
Financement de l’économie: de nouveaux canaux pour la croissance
Banque de France•Revue de la stabilité nancière •N°19• Avril 2015
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Réallouer l’épargne à l’investissement–Le nouveau rôle des gestionnaires d’actifs
Yves Perrier
importante du financement de l’économie via le
crédit bancaire (plus de 90% du crédit aux entreprises
en zoneeuro), mais les investisseurs institutionnels
sont également cruciaux pour répondre aux besoins,
dettes ou fonds propres, de l’ensemble des acteurs
économiques, qu’il s’agisse desPME, desETI, des
grandes entreprises, de l’État ou du secteur public
en général, etc. Eneffet, l’industrie de la gestion
d’actifs, qui assure la gestion pour compte de tiers
des investisseurs institutionnels et capte en direct
des capitaux étrangers ou des épargnants, contribue
activement au financement de l’économie. Il existe
plusieurs canaux distincts:
• la détention d’une partie significative de la
capitalisation boursière en actions (plus de 20%
dans le cas de laFrance);
• lefinancement à moyen etlongterme: détention
de 20% du stock de dette en titres à moyen et
longterme des émetteurs français, de 25% du stock
d’obligations d’entreprises non financières et de plus
de 20% du stock des obligations d’État;
• lefinancement à courtterme: détention de plus
de 30% du stock de dette en titres à courtterme
des émetteurs français, de 45% des certificats de
dépôts (pour le financement de la liquidité des
banques) et de plus de 35% des billets de trésorerie
des entreprises;
• le financement en fonds propres des PME
non cotées, via le capital‑investissement, s’avère
indispensable, notamment enFrance où le manque
de fonds propres est patent.
Il est donc nécessaire de développer l’épargne
à long terme, et cela passe par plusieurs
pistesincontournables:
• revoir la fiscalité de l’épargne, en faisant bénéficier
l’épargne longue de la clause de «l’épargne la plus
favorisée fiscalement»;
• compléter et renforcer l’offre de dispositifs et
produits contribuant au financement de longterme
de l’économie, en développant par exemple les
produits de type fonds diversifiés avec contraintes
d’emplois (actions non cotées : 10 %, actions
cotées: 40%, obligations: 30%, cash: 20%),
éligibles au plan d’épargne en actions (PEA),
auPEAPME et aux supports en unités de compte de
l’assurance‑vie à taux préférentiel, ainsi que les fonds
Euro‑Croissance. Il s’agit également de proposer des
fonds d’investissement de longterme, dans le cadre
desELTIFs (European long‑term investment funds);
• compléter la retraite par répartition avec une
épargne retraite individuelle et collective, en
s’appuyant notamment sur les dispositifs existants
(assurance‑vie, plan d’épargne pour la retraite
collectif–PERCO, épargne salariale, dispositifs
individuels, etc.). Cela passe inévitablement par des
incitations notamment fiscales, et cela pour chacune
des familles de produits d’épargne retraite;
• mettre en place des actions pédagogiques pour
sensibiliser les investisseurs privés potentiels
des bénéfices collectifs et individuels de
l’investissement de longterme, et leur permettre
de mieux comprendre les modalités du couple
«risque/rendement». Celapermet infine d’objectiver
et de «rationaliser» l’aversion au risque du grand
public. Favoriser et rémunérer la prise de risque est
nécessaire, car la croissance passe par la capacité
à affronter lesrisques.
Au total, pour mobiliser l’épargne vers l’investissement
productif, il faut favoriser l’épargne longue, attirer
les capitaux privés grâce une fiscalité attractive,
et assurer une plus grande captation des actifs
étrangers: seulement 14% des actifs gérés enFrance
proviennent de l’étranger contre 38% àLondres.
Pourcela, il est nécessaire de rompre avec le caractère
dissuasif de la réglementation actuelle, et d’assouplir
les règles qui poussent les investisseurs à longterme
traditionnels à se «désintéresser» des actifs risqués
longs. C’est grâce à de telles mesures qu’il sera possible
aux gestionnaires d’actifs d’apporter une plus grande
contribution au financement de l’économie. Àce rôle
traditionnel s’ajoutent des actions plus novatrices.
2|3 Lesgestionnaires d’actifs
et larelance de l’investissement:
un nouveau rôle
Nous avons évoqué plus haut le fait que nous vivons
une période de mutations technologiques, avec
notamment le digital, la transition énergétique, etc.
Cesont les investissements dans ces secteurs qui seront
àterme les plus générateurs de croissance, et une
approche plus «micro» est inévitable etsouhaitable.