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Introduction
Que veulent dire « Mon œil! », « ne pas avoir froid aux yeux », « avoir un vélo dans
la tête »? Pourquoi les utilisons-nous sous ces formes? Pourquoi « oeil», « froid » et
« vélo » plutôt qu'autre chose? Quels sont les liens de ces expressions avec ces parties du
corps? Autant de questions que nous nous posons depuis que nous avons commencé à
apprendre le français…
Toutes les langues contiennent des expressions « toutes faites » qui ne facilitent pas
l’apprentissage, étant donné que le sens qu’elles véhiculent au « premier degré » n’est pas
directement lié à leur sens « au second degré ». D’ailleurs, ne dit-on pas qu’une langue
étrangère est parfaitement parlée lorsque le locuteur sait jouer de ses expressions?
Des cours de français nous apprennent des termes tels que forme figée, sens opaque,
métaphore pour se référer à des expressions imagées. Mais au-delà des définitions
académiques que recouvrent ces mots, n’y a-t-il pas une manière plus pertinente de
structurer ces expressions dans le but d'en savoir plus sur le fonctionnement des langues, du
langage et peut-être de la cognition humaine. Si nous comprenions l’ancien mode de
représentation du monde qui a produit en effet ces locutions, et pourquoi coexistent telle
forme et tel sens, il serait peut-être plus facile de les retenir.
Pour ce qui est des typologies déjà établies des phrasèmes, elles n’abordent que la
question des sources sémantiques intra-linguistiques, en fournissant des études descriptives.
Nous allons nous efforcer de préparer un travail plus explicatif par rapport à ce qui nous
intéresse.
Ainsi s’explique que nous partions de l'idée que le corps humain est tout de même
assez particulier. Pourquoi s’intéresser au lien entre parties du corps et sens imagé dans les
locutions figées? Il se peut que ce soit un lieu de convergence entre représentation du corps,
cognition visuelle, croyances populaires et langage.
Cette étude a pour but de tenter de répondre à la question si les expressions figées
avec des noms de parties du corps constituent dans les langues française et hongroise des
moules productifs dans lesquels la fonction du nom de partie du corps est déterminable ou
ces tournures appartiennent plutôt aux héritages culturels. Dans le cas où elles instaureraient
des moules, nous chercherons à découvrir s’il existe un grand décalage entre les deux
langues mentionnées dans les optiques des champs sémantiques et des combinaisons
syntaxiques.
Par conséquent, nous avons choisi à établir un système de classification dans les deux
langues en l’occurrence, en suivant une combinaison de démarches onomasiologique et
sémasiologique, pour examiner les problématiques à travers une analyse interlinguistique.
Dans une première partie, nous présenterons les cadres théoriques de la notion
d’« expression figée » en général – en nous basant sur la théorie d’Igor Mel’čuk -,
l’importance de la question du figement et le problème de motivation – arbitraire. Puis nous
essaierons de fournir une image globale des différents types de motivation, et nous
développerons en détail les sources de motivation concernant les locutions. Nous
aborderons encore le lexique des parties du corps dans le domaine de la phraséologie, nous
regarderons leurs divers statuts symboliques, et les structures syntaxiques dans lesquelles
elles sont attestées dans le français et le hongrois.
Ensuite, nous exposerons les choix méthodologiques qui s’imposaient à notre étude.
Nous verrons alors les outils utilisés pour la sélection du corpus d’expressions et les
problèmes éventuellement évoqués. Partant de ce fait, nous décrirons les principes de