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100 000 millions d’Européens recourent actuellement à la médecine traditionnelle. De plus,
certaines pratiques nécessitent certains soins (traitements à base de plantes pour la
phytothérapie) ou ustensiles (aiguilles pour l’acupuncture). Dans le cadre de la phytothérapie,
certains médicaments à base de plantes doivent être importés. En effet, ceux-ci sont souvent
fabriqués dans un pays autre que celui où ils sont vendus. Par exemple la production de
matériel médical chinoise se montait à US$ 83,1 milliards en 2012, soit une hausse de 20%
par rapport à l’année précédente. Aux Etats-Unis, les dépenses directes des ménages
consacrées à des produits naturels se sont chiffrées à US$ 14,8 milliards en 2008.
Bio piraterie
La médecine traditionnelle fait l’objet de nombreuses recherches, notamment sur les
plantes médicinales dans le but d’évaluer leur efficacité biologique. Nous pouvons citer le
programme de l’association d’AVERTAM, à Madagascar, qui, grâce à des outils
biomédicaux, veut valoriser les connaissances phyto thérapeutiques des individus ou des
tradipraticiens. Cette association aspirait par ce biais à valider scientifiquement des
connaissances vernaculaires (indigènes) spécifiques (c’est ce que l’on appelle
l’ethnopharmacologie). Cette science fait appel à de nombreuses disciplines comme
l’anthropologie, la botanique, la pharmacologie, l’écologie… En outre, d’un point de vue
économique, la biomédecine, s’intéressent à la médecine traditionnelle pour la recherche de
nouvelles molécules, de nouveaux médicaments commercialisables dans les pays du Nord.
Nous pouvons ainsi nous poser la question de l’appropriation des connaissances
traditionnelles, c’est-à-dire ce que l’on appelle la bio piraterie. Pat Mooney propose une
définition de la bio piraterie : « l’utilisation des systèmes de propriété intellectuelle pour
légitimer la propriété et le contrôle exclusif des connaissances et des ressources
biologiques sans reconnaître, récompenser ou protéger les contributions des
communautés indigènes et paysannes. » Il est donc nécessaire d’établir des règlementations
efficaces pour garantir la reconnaissance et la protection des droits de propriété intellectuelle.
En fait, des lois existent déjà, toutefois, ces réglementations ne peuvent pas s’appliquer
facilement pour protéger le savoir traditionnel d’un détournement ou de l’octroi de brevets.
Des organisations telles que l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, ou encore
l’Office des Patentes des Etats-Unis ou de l’Union européenne, sont chargées de vérifier que
les populations premières soient justement compensées. Ainsi, la pression des grandes
compagnies pour « harmoniser » les systèmes de brevets permet aux chercheurs indépendants
ou aux compagnies de breveter une molécule ou une plante.
Dans les pays du sud, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, les compagnies
pharmaceutiques financent des recherches sur les plantes et minéraux utilisés dans la
médecine traditionnelle par les autochtones. Même s’ils sont soumis à des contrôles des
comités d’éthique et de recherche, ils n’ont toutefois, pas l’obligation de partager les brevets
avec les populations autochtones ni de leur faire bénéficier de leurs découvertes
pharmaceutiques. Il leur sera seulement peut-être proposé un brevet en échange de paiement.
Nous sommes donc confrontés non seulement au problème d’appropriation du savoir de ces
populations, mais également, à leur inaccessibilité face aux avancées pharmaceutiques