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Forum : AG4 Forum sur la santé
Sujet : Comment développer des synergies efficaces et équitables entre
les médecines traditionnelles ancestrales et la biomédecine
contemporaine ?
Membre de l’État-major : Claire Pinto Dos Santos Almeida
Position : Facilitateur
Introduction
Les médecines traditionnelles existent depuis des millénaires et découlent des
croyances et des cultures des différents pays dont elles sont originaires. Avant l’apparition de
la médecine moderne, seule la médecine naturelle existait, c’est pourquoi chaque pays dans le
monde a développé sa propre forme de médecine traditionnelle. Or, en Europe, en Océanie, et
en Amérique la médecine moderne a pris le pas sur la médecine traditionnelle, c’est pourquoi
celle-ci est bien souvent oubliée ou mise de côté. De nos jours, la médecine traditionnelle qui
subsiste et qui est la plus répandue provient bien souvent d’Asie ou d’Afrique.
Les pratiques de la médecine traditionnelle sont très diverses, on en dénombre plus de 400
dans le monde.
Ceci dépasse donc le simple cadre de la santé, et présente des enjeux socioculturels, religieux,
politiques et économiques.
En outre, la médecine traditionnelle est en pleine expansion ; en effet, aujourd’hui les termes
tels qu’acupuncture, hypnose, ou encore yoga sont connus d’un très grand nombre.
Le savoir-faire de la médecine traditionnelle se transmettant de générations en générations,
elle est plus ancrée dans les cultures, les habitudes et ainsi plus acceptée par certaines
populations. Ces populations sont donc plus réticentes à la médecine moderne qui est très
récente. De plus la médecine moderne est bien plus chère et donc moins accessibles aux
populations plus pauvres.
A l’inverse, dans les pays la médecine moderne est prépondérante, les populations font de
plus en plus appel aux médecines traditionnelles car elles sont parfois déçues par la médecine
moderne ; ainsi leur confiance a été érodée par plusieurs scandales sanitaires (sang contaminé,
le Médiator, thalidomide (médicaments donné aux femmes enceintes, responsables de
malformations fœtales...). De plus, la médecine traditionnelle prend bien souvent en compte le
patient dans son ensemble (il le questionne sur son environnement, ses habitudes...) alors que
la médecine moderne ne s’occupe que de la pathologie du patient.
C’est pourquoi nous sommes amenés à nous interroger sur l’efficacité et la sûreté de ces
pratiques, et d’étudier comment nous pourrions faire collaborer ces deux approches médicales
afin de mieux répondre aux besoins des populations.
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Définition des termes clefs
Médecines traditionnelles ancestrales :
Désigne l’ensemble des pratiques thérapeutiques résultant des croyances ancestrales
propres à une culture. On en dénombre plus de 400 , qu’on classe souvent dans la famille des
médecines douces ou alternatives, comme par exemple, l’acupuncture, l’ostéopathie, la
sophrologie, l’hypnose, la chiropraxie, l’homéopathie, l’hydrothérapie, le jeûne, la
phytothérapie, l’aromathérapie…
Il existe de nombreuses appellations pour la médecine traditionnelle (MT ou MTR), elle est
aussi connue sous le nom de médecine complémentaire, alternative...
Biomédecine contemporaine :
Désigne la médecine moderne basée sur des connaissances scientifiques, qui résulte
d’expérimentations. Elle étudie le fonctionnement du corps humain afin de maintenir en
bonne santé la population par la prévention des pathologies mais également par des thérapies
adéquates en cas de maladie. Ce type de médecine utilise les nouvelles technologies telles
que l’imagerie médicale afin de diagnostiquer les pathologies des patients ; la chirurgie, les
antibiotiques, les vaccins, les médicaments… afin de traiter les patients. Elle reste en
constante évolution grâce aux avancées scientifiques notamment en biologie et en chimie.
La biomédecine contemporaine est également connue sous le nom de médecine moderne ou
encore médecine conventionnelle (MC).
Praticien ou tradipraticien :
Est une personne pratiquant la médecine traditionnelle, un guérisseur par exemple. Un
praticien peut à la fois être un personnel de la santé tel qu’un médecin, un infirmier, une sage-
femme, un pharmacien, un physiothérapeute ayant reçu un enseignement supérieur sur la
médecine traditionnelle. Mais très souvent, ces praticiens n’ont pas reçu de formations
académiques reconnues par les autorités de santé.
La médecine anthroposophique :
Ce fut Ita Wegman et R.Steinar qui créèrent la première clinique anthroposophique en
Suisse. La médecine anthroposophique prend en considération la globalité de l’être humain
pour faire un pronostic, ils étudient les causes physiques, psychiques et personnelles qui ont
pu déclencher la maladie. Les médicaments anthroposophiques sont fabriqués à base de
plantes (en grande partie de type homéopathique), qui stimulent les forces d’auto-guérison de
l’organisme.
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Aperçu général
De nos jours, il existe deux systèmes de santé distincts: la médecine traditionnelle
ancestrale et la biomédecine contemporaine. La médecine traditionnelle est exercée dans de
nombreux pays mais elle ne fait pas toujours partie intégrante des systèmes de santé reconnus
par l’Etat.
Cependant, la médecine traditionnelle constitue une partie importante du service médical
mondial, puisque 40 à 60% de la population mondiale y a recours ; de plus, la demande des
services dans ce domaine est en pleine progression. Celle-ci a par ailleurs un rôle économique
important dans de nombreux pays.
La place de la médecine traditionnelle dans le monde
La médecine traditionnelle fait partie de l’héritage culturel de chaque société. En effet,
elle est le résultat de siècles d’expérimentations et de croyances populaires. Elle a, donc
évoluée en même temps que les cultures et les modes de vie.
Néanmoins, la médecine traditionnelle est bien souvent discréditée car elle ne repose sur
aucune base scientifique comme c ‘est le cas pour la médecine moderne.
Dans certaines régions du monde elle constitue le mode principal de prestation de soins de
santé. Ces pays sont habituellement ceux la médecine basée sur la science n’est pas bien
développée, donc inaccessible et généralement plus chère. C’est le cas des pays en
développement 60 à 90% des habitants ont recours à la médecine traditionnelle pour des
soins de santé primaire. Dans les pays africains par exemple, 80% des habitants ont reconnu
en 2002 y avoir eu recours au moins une fois. C’est le cas également dans les pays asiatiques
la médecine traditionnelle constitue le moyen le plus répandu pour se soigner. Au
contraire, dans les pays occidentaux ces pratiques sont négligées au profit de la biomédecine
contemporaine.
Il existe également des pays le système de santé conventionnel est relativement établi,
cependant pour des raisons historiques et culturelles, la population préfère se tourner vers la
médecine traditionnelle. C’est le cas pour Singapour et la République de Corée
respectivement 76% et 86% recourent encore couramment à la médecine traditionnelle.
Au contraire dans les pays développés elle ne constitue qu’un complément à la biomédecine
contemporaine comme c’est le cas par exemple en Amérique du Nord et dans une grande
partie de l’Europe, (où le système de santé est en général très avancé). La médecine
traditionnelle manque alors d’encadrement et de réglementation.
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Finalement dans des pays tels que la Chine, la République de Corée, le Japon ou encore le
Vietnam, la médecine traditionnelle est intégrée dans le système de soin et possède les mêmes
réglementations que la biomédecine contemporaine. D’après une enquête réalisée en Chine, le
nombre de consultations médicales en médecine traditionnelle chinoise était de 907 millions
en 2002, ce qui représente 18% de l’ensemble des consultations médicales dans l’ensemble
des établissements interrogés. De plus, 90% des hôpitaux généraux comportent un
département de médecine traditionnelle, tant pour les patients traités en ambulatoire que pour
ceux hospitalisées, signe que la médecine traditionnelle est parfaitement intégrée dans le
système de santé chinois. En outre, nous pouvons généraliser ce phénomène dans de
nombreux pays car en 2007, 62 pays avaient des instituts de médecine traditionnelle, contre
12 en 1970.
Figure 1. Différents modes d’utilisation de la médecine traditionnelle par la population dans
différents pays en pourcentage, selon Einsenberg DM, 1998, Fisher P&Ward A, 1994 ;
Health Canada, 2001 ; l’Organisation mondiale de la santé, 1999, et les rapports de
gouvernements soumis à l’OMS
Les populations de nombreux pays en voie de veloppement ont recours à la médecine
traditionnelle pour satisfaire leurs besoins en matière de soins de santé tandis que les
populations de nombreux pays développés ont eu recours au moins une fois à la médicine dite
complémentaire qui désignent ces médecines non conventionnelles.
L'essor de la médecine traditionnelle et son impact économique
La médecine traditionnelle se propage à travers le monde par la diffusion de pratiques
ancestrales venues de pays étrangers, par exemple, d’après les rapports de 129 pays, 80%
d’entre eux reconnaissent désormais l’utilisation de l’acupuncture (pratique venue de Chine).
Les praticiens de cette technique médicale se multiplient dans les pays développés. Plus de
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100 000 millions d’Européens recourent actuellement à la médecine traditionnelle. De plus,
certaines pratiques nécessitent certains soins (traitements à base de plantes pour la
phytothérapie) ou ustensiles (aiguilles pour l’acupuncture). Dans le cadre de la phytothérapie,
certains médicaments à base de plantes doivent être importés. En effet, ceux-ci sont souvent
fabriqués dans un pays autre que celui ils sont vendus. Par exemple la production de
matériel médical chinoise se montait à US$ 83,1 milliards en 2012, soit une hausse de 20%
par rapport à l’année précédente. Aux Etats-Unis, les dépenses directes des ménages
consacrées à des produits naturels se sont chiffrées à US$ 14,8 milliards en 2008.
Bio piraterie
La médecine traditionnelle fait l’objet de nombreuses recherches, notamment sur les
plantes médicinales dans le but d’évaluer leur efficacité biologique. Nous pouvons citer le
programme de l’association d’AVERTAM, à Madagascar, qui, grâce à des outils
biomédicaux, veut valoriser les connaissances phyto thérapeutiques des individus ou des
tradipraticiens. Cette association aspirait par ce biais à valider scientifiquement des
connaissances vernaculaires (indigènes) spécifiques (c’est ce que l’on appelle
l’ethnopharmacologie). Cette science fait appel à de nombreuses disciplines comme
l’anthropologie, la botanique, la pharmacologie, l’écologie… En outre, d’un point de vue
économique, la biomédecine, s’intéressent à la médecine traditionnelle pour la recherche de
nouvelles molécules, de nouveaux médicaments commercialisables dans les pays du Nord.
Nous pouvons ainsi nous poser la question de l’appropriation des connaissances
traditionnelles, c’est-à-dire ce que l’on appelle la bio piraterie. Pat Mooney propose une
définition de la bio piraterie : « l’utilisation des systèmes de propriété intellectuelle pour
légitimer la propriété et le contrôle exclusif des connaissances et des ressources
biologiques sans reconnaître, compenser ou protéger les contributions des
communautés indigènes et paysannes. » Il est donc nécessaire d’établir des règlementations
efficaces pour garantir la reconnaissance et la protection des droits de propriété intellectuelle.
En fait, des lois existent déjà, toutefois, ces réglementations ne peuvent pas s’appliquer
facilement pour protéger le savoir traditionnel d’un détournement ou de l’octroi de brevets.
Des organisations telles que l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, ou encore
l’Office des Patentes des Etats-Unis ou de l’Union européenne, sont chargées de vérifier que
les populations premières soient justement compensées. Ainsi, la pression des grandes
compagnies pour « harmoniser » les systèmes de brevets permet aux chercheurs indépendants
ou aux compagnies de breveter une molécule ou une plante.
Dans les pays du sud, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, les compagnies
pharmaceutiques financent des recherches sur les plantes et minéraux utilisés dans la
médecine traditionnelle par les autochtones. me s’ils sont soumis à des contrôles des
comités d’éthique et de recherche, ils n’ont toutefois, pas l’obligation de partager les brevets
avec les populations autochtones ni de leur faire bénéficier de leurs découvertes
pharmaceutiques. Il leur sera seulement peut-être proposé un brevet en échange de paiement.
Nous sommes donc confrontés non seulement au problème d’appropriation du savoir de ces
populations, mais également, à leur inaccessibilité face aux avancées pharmaceutiques
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