Dit ainsi, on dirait que les Etats sont les seuls à porter la responsabilité dans
cette difficulté financière. Ce n'est pas l'avis des Chefs d'Etat qui, vous le
savez, ont reproché à la Banque centrale de pratiquer une politique
monétaire qui ne soutient pas les économies des Etats membres…
Je ne sais pas trop techniquement ce que cela signifie. Je peux toutefois dire
que cette manière de faire de la politique monétaire a été abandonnée, depuis
longtemps dans les pays qui ont une monnaie sérieuse. C'est d'ailleurs pour
cela que l'on a coutume, désormais, de dire que faire de la politique monétaire,
c'est envoyer des messages. Par ailleurs, l'historique de l'intervention de la
Banque centrale a montré que de 1975 à 1990, nous avons fait du financement
direct ; que ce soit pour la commercialisation des produits agricoles, café,
cacao et autres; le financement direct d'un certain nombre d'investissements
fait par l'Etat, à travers l'article 15 des statuts de la Banque centrale qui
permettait aux Etats de tirer sur la monnaie, pour financer des investissements
sociaux : l'hydraulique villageoise en Côte d'Ivoire, par exemple, dans les
années 80, a été financée par ce moyen ; dans d'autres pays aussi, comme le
Niger, le Burkina Faso, etc. Financement direct encore de l'économie et de
l'Etat en ce qui concerne les besoins de trésorerie des Etats et des banques, etc.
Résultat de cette politique d'intervention direct: nous nous sommes retrouvés
avec un endettement colossal de l'Etat et des banques dans le portefeuille de la
Banque centrale, que ni les uns ni les autres ne pouvaient rembourser…
Ne pouvait-il qu'en être ainsi si la Banque centrale, elle-même, n'a pas su
encadrer ce financement ?
C'est plutôt facile à dire. Il s'agissait de droits de tirage au titre de l'Article 15
des statuts de la BCEAO par exemple, avec, évidemment, l'engagement de
rembourser. C'est cela l'encadrement. Car, ici comme ailleurs, droits et devoirs
vont de pair. Mais, si les Etats ne remboursent pas, la Banque centrale n'a pas
de bataillon pour les y contraindre. On s'est donc retrouvé avec un portefeuille
très alourdi. Souvenez-vous, la crise du système bancaire est aussi intervenue
à cette époque-là, à cause de cette politique d'intervention directe de la Banque
centrale dans l'économie. Depuis lors, nous avons fait des réforme, et nous
sommes passés aux mécanismes indirects, notamment, par le marché. Nous
avons créé un marché de l'argent à court terme : c'est le marché monétaire
dans lequel la Banque centrale est présente, pour permettre aux offres et
demandes de se rencontrer. Sous mon impulsion, nous avons également mis
en place un marché financier avec un compartiment de Bourse des valeurs.
Ainsi, la banque centrale n'intervient désormais que pour ajuster les
déséquilibres, faire l'appoint. En cas, par exemple, d'insuffisance des sommes
mobilisées par rapport au volume recherché. A l'inverse, lorsque offres et
demandes se rencontrent sur le marché et que l'on constate qu'il y a trop de
liquidité sur le marché, susceptible de créer des perturbations, du genre sortie
de devises, hausse des prix, etc., alors la Banque centrale intervient pour
absorber le surplus. C'est ce que font, maintenant, toutes les banques centrales.
Par ce mécanisme, la Banque centrale facilite la mise des ressources à la