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Actualités JuriSanté n° 72 – Décembre 2010-Janvier 2011 5
chambres seules. Mais, aujourd’hui, tout doit être mis
en œuvre pour que la famille puisse se recueillir, tou-
cher, embrasser, voire participer à ces derniers gestes
s’ils ne sont pas traumatisants pour les proches.
•Ensuite avec les personnels
administratifs, notamment le
bureau d’état civil (générale -
ment les admissions) pour les
formalités d’état civil, le service
social si le patient avait des diffi-
cultés personnelles ou aucune
famille connue susceptible de
s’occuper des obsèques, le régis-
seur si des bijoux non enlevés
lors de la toilette post-mortem sont restés sur le corps.
S’agissant des bijoux, il est essentiel de rappeler que
seul le régisseur de l’établissement (1) a le droit de les
remettre aux membres de la famille. Cette règle s’ap-
plique y compris à la remise de l’alliance au conjoint.
Quiconque la méconnaît engage sa responsabilité.
•Enfin, avec les personnels médicaux si le certificat de
décès est incorrectement rempli ou que manquent des
éléments essentiels comme la présence d’une prothèse
fonctionnant au moyen d’une pile ou les critères d’une
mort suspecte ou violente.
Les relations avec les familles
Chaque patient qui décède est un être unique avec une
histoire unique, celle de sa vie.
Chaque famille sera toujours différente dans l’expression
de son chagrin, dans ses exigences, dans l’entame de son
travail de deuil. Les agents de service mortuaire ont donc
l’obligation de savoir s’adapter à chaque situation, tout en
préservant l’ordre et la sérénité. Cela les contraint à vivre
des situations parfois très difficiles et à avoir ou à acquérir
des qualités personnelles et humaines conciliant empathie
et fermeté, tout en sachant se préserver du poids moral
qui pèse selon les cas rencontrés. Les textes juridiques
sont un des outils et non des moindres permettant cette
protection. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne
les limitations des missions
confiées aux agents de service
mortuaire. Ils ne peuvent, en
aucun cas se substituer aux profes-
sionnels du funéraire et sortir du
cadre strict de leurs missions.
Rester dans ces limites ne veut pas
dire ne rien faire mais, au contraire,
faire tout ce qui est possible sans
enfreindre la loi.
Les relations avec les opérateurs funéraires
Les relations avec les opérateurs funéraires peuvent être
(et sont) très délicates et surtout très réglementées. La
personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles a et
doit avoir une liberté totale dans le choix de son opérateur
funéraire.
Ce choix doit pouvoir s’exercer sans pression d’aucune
sorte. Pour éviter toute suspicion ou tout malentendu, nul
ne peut donner de conseil aux familles endeuillées ou
recommander tel opérateur funéraire, même pour rendre
service… même lorsque les proches sont dans des situa-
tions financières dramatiques… même lorsqu’ils sont
perdus ne sachant vers qui se tourner… même si chacun
est en capacité de comparer la qualité des prestations des
différents opérateurs, que ce soit pendant l’exercice de
ses fonctions ou à titre privé.
Pour se préserver de tout malen-
tendu ou de toute suspicion, cha-
cun doit rester à la place qui est la
sienne et accomplir les tâches
pour lesquelles il est rémunéré. Le
seul conseil qui peut être donné en
toute sérénité et sans ambiguïté
consiste à rappeler aux familles
qu’elles ont parfaitement le droit
de faire jouer la concurrence entre les différents presta-
taires. Mais, nul ne doit sortir de sa réserve profession-
nelle, surtout dans le contexte économique dans lequel
évolue la mort.
Les peines encourues en cas de corruption sont de nature
à refroidir toute tentation (2).
Les missions
des agents exerçant en chambre mortuaire
Le transport des corps des personnes décédées entre le
service clinique et la chambre mortuaire, la toilette mor-
tuaire (l’entretien du corps pour qu’il puisse être présenté
aux familles pendant le séjour) et l’habillage, voire le ma-
quillage du défunt, l’accueil des familles et des proches
jusqu’à la levée du corps, l’accueil des ministres du culte
et des opérateurs funéraires, le nettoyage et l’entretien
des zones technique et publique de la chambre mortuaire,
sont les missions essentielles des agents de la chambre
mortuaire.
Les missions des agents de la chambre mortuaire doivent
être listées très précisément dans le livret d’accueil de la
chambre mortuaire ainsi que dans le règlement intérieur
du service. Ce règlement intérieur, rendu obligatoire par le
CGCT (art. R. 2223-68 à R. 2223-70) doit reprendre
l’organisation du service : amplitude d’ouverture au public,
missions, dispositions générales de l’accueil, etc. Il est
juridiquement opposable à tous :
agents, familles, opérateurs funé-
raires.
Le livret d’accueil de la chambre
mortuaire doit également préciser
les conditions retenues en cas de
prélèvements post-mortem. Et
dans ce domaine, les missions des
agents exerçant en chambre
mortuaire sont limitativement
énumérées… Ainsi, les agents assistent le praticien, sans
jamais pouvoir se livrer seuls (même en présence d’un
médecin) à une autopsie médicale ou à des prélèvements
ainsi qu’à leur conditionnement. En revanche, ils sont
chargés, sous la responsabilité et le contrôle du praticien,
de la restauration tégumentaire du corps.
Enfin, il est ici rappelé qu’en aucun cas l’agent qui exerce
en chambre mortuaire n’est habilité à pratiquer des soins
Dossier •••
Agent de service mortuaire : vers la reconnaissance d'un métier
(1) Article L. 1113-6 et suivants du Code de la santé publique.
(2) L’article L. 2223-35 du CGCT punit de 5 ans d’emprisonnement et de
75 000 € d’amende le corrupteur et de 3 ans d’emprisonnement et de
20 000 € d’amende le corrompu.
«Chaque patient qui décède est un
être unique avec une histoire unique,
celle de sa vie. »
«Les missions des agents de la
chambre mortuaire doivent être
listées très précisément dans le
livret d’accueil de la chambre
mortuaire. »