
tel désenchantement ? C’est l’objet de cette communication, un sujet qui sera abordé
non pas dans sa globalité mais à travers l’exemple particulier des échanges entre
Marseille et l’Ouest africain.
1. Un marché d’appoint sinistré la récession des années 1930
Que représentent, à la veille de la récession des années 1930, les échanges
entre Marseille et l’Ouest africain ? En volume, cela constitue un commerce de 271
000 tonnes dont les ¾ sont réalisés avec la seule A.O.F. : 167 000 tonnes, pour les
importations ; 104 000 tonnes pour les exportations. Les oléagineux – arachides,
palmistes et huile de palme – représentent 87 % du total des importations
. Comme
au XIXe siècle, le marché ouest africain demeure avant tout une source
d’approvisionnement en matières grasses pour les besoins des huileries, des
savonneries et des stéarineries marseillaises, un complexe industriel rassemblant
près de 70 usines et employant 10 000 personnes
. La production de cet ensemble
s’élève alors à 270 000 tonnes d’huiles de graines, 178 000 tonnes de savons, 55 000
tonnes de graisses végétales et une quarantaine de millions de paquets de bougies.
Les principales unités de production sont alors celles des sociétés Rocca, Tassy & de
Roux, Verminck, Fournier, Ferrier, Régis, Magnan, Darier de Rouffio, l’Huilerie
nouvelle (famille Rastoin) etc. L’importance du marché ouest africain est cependant
relative : en 1929, il ne représente que 22 % du total des approvisionnements des
huileries marseillaises, ce qui le situe au troisième rang seulement derrière l’Inde (37
%) et les îles indonésiennes (27 %). Pour le complexe oléagineux marseillais, l’Ouest
africain n’est finalement qu’un marché d’appoint. Autre caractéristique de ces
échanges, ils s’effectuent dans un cadre douanier relativement libéral contrairement à
d’autres domaines coloniaux comme l’Algérie, l’Indochine ou Madagascar. La loi de
1892, confirmée en 1910, a en effet classé l’AOF dans la catégorie des colonies non
assimilées au tarif douanier métropolitain, tout en garantissant la libre entrée de ses
oléagineux sur le territoire national. Par ailleurs, la convention franco-anglaise du
Niger, signée le 14 juin 1898, assure aux deux puissances coloniales une réciprocité
commerciale en Côte d’Ivoire, en Gold Coast, au Dahomey et au Nigeria. Ces marchés
coloniaux sont donc relativement ouverts à la concurrence.
Deux maisons de commerce dominent ces échanges : la CFAO (Compagnie
française de l’Afrique occidentale) et la CICA (société Commerciale et industrielle de
la Côte d’Afrique). Avec 74 millions de capitaux propres, un chiffre d’affaires de 142
millions de francs, un bénéfice net de 21,1 millions de francs et une action donnant un
rapport de 36 %, la CFAO est, en 1928, la plus importante de toutes les sociétés
françaises installées dans l’Ouest africain, bien loin devant la SCOA, sa principale
rivale. C’est aussi l’une des plus anciennes. Elle possède des comptoirs dans presque
toutes les colonies de la Côte occidentale et transporte elle-même une partie de ses
oléagineux. Depuis 1919, la CFAO vend la quasi-totalité de ses achats d’arachides à
une des plus modernes huilerie-savonnerie de Marseille, gérée par Paul Cyprien-
Fabre, les nouveaux Etablissements Verminck. La CICA est une entreprise beaucoup
plus modeste. Fondée en 1917 sur les décombres de l’ancienne maison Armandon &
Cie (1905-1916), elle est dirigée par l’armateur Jean Fraissinet. Ses comptoirs sont
implantés au Dahomey, en Côte d’Ivoire et au Togo. Avec 16,7 millions de francs de
capitaux propres, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires de plus de 20 millions de
francs, dégage un bénéfice net de 1,5 million de francs et son action donne un taux de
rentabilité de 7 %. La CICA est contrôlée par l’armement Fraissinet et l’industriel Paul
Fournier. Les premiers assurent le transport des oléagineux jusqu’à Marseille tandis