Flore intestinale

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DIÉTÉTIQUE
FLORE INTESTINALE
Les probiotiques et les prébiotiques
Si l’attention et les mesures de prévention pour prévenir et traiter de nombreuses maladies se sont
surtout portées sur l’équilibre alimentaire, il a été montré qu’il fallait prendre en compte le
fonctionnement de l’intestin, lieu où s’effectue l’assimilation des nutriments. La flore intestinale
est un élément essentiel, puisqu’elle interagit avec l’organisme : modulation du système immunitaire,
rôle métabolique, synthèse de vitamines… Cette flore mérite d’être connue puisque certains
médicaments, pathologies, modes de vie peuvent la perturber, par contre certains aliments ou
compléments alimentaires peuvent l’améliorer. Dr Paule Nathan*
L’INTESTIN,
ORGANE DE DÉFENSE
Le tube digestif est en contact avec des microorganismes extérieurs, bactéries, virus,
produits toxiques, par l’intermédiaire de
la muqueuse intestinale faite de villosités et de microvillosités réparties sur
300m2, soit l’équivalent d’un court de tennis. Son système de défense élaboré associe la flore intestinale, le système immunitaire intestinal et le mucus. L’intestin
est le premier organe lymphoïde, il contient
dans sa muqueuse 70 % des cellules
immunitaires lymphoïdes de l’organisme.
Le système immunitaire intestinal protège l’organisme contre les bactéries présentes dans le système digestif et contre
les micro-organismes pathogènes via la synthèse d’anticorps, les immunoglobulinesA
sécrétoires (S-IgA). Le système immunitaire
intestinal intervient aussi dans les réponses
immunes suppressives, intervenant lors
du contact avec les protéines alimentaires.
Il existe ainsi une tolérance orale de ces protéines étrangères. En cas de dysrégulations, les réponses immunes ne sont plus
réprimées provoquant des réactions inflammatoires, sources d’allergies alimentaires
ou de maladies inflammatoires chroniques
du tube digestif.
la partie terminale de l’intestin grêle et au
niveau du colon.
■ Constitution
Constituée par environ cent mille milliards de bactéries, regroupées en
500 espèces, essentiellement des bactéries anaérobies, la flore intestinale est
un véritable écosystème qui associe :
- Une flore résidente, une flore saprophyte
présente à l’état physiologique dans les
intestins, composée d’une flore dominante et d’une flore sous-dominante. La
flore dominante est constituée d’une vingtaine d’espèces différentes présentes à des
concentrations élevées, plusieurs milliards par millilitre, de bacilles gram(bactéroïdes), gram+ (eubactérium, bifidobactérium, catenabactérium), et de
cocci gram+ (peptostreptococcus, ruminococcus, veillonella, acidaminococcus,
méthanobrevibacter smithil). La flore
sous-dominante est constituée par quelques
millions de bactéries par millilitre, avec
des entérobactéries, des streptocoques,
des lactobacilles. Cette dernière peut être
pathogène lorsqu’elle se multiplie.
se fait dès la naissance, elle se crée à partir de la flore vaginale et fécale de la mère
et des bactéries de l’environnement. C’est
elle qui va stimuler la maturation du système immunitaire intestinal de l’enfant.
■Rôles
Ses rôles sont multiples et chacun est
essentiel.
• Effets sur le système immunitaire
La flore intestinale module la réponse
des IgA sécrétoires vis-à-vis des micro-organismes pathogènes et des bactéries. Elle
développe les mécanismes de la tolérance
immune vis-à-vis des protéines alimentaires et des bactéries intestinales. Au
niveau périphérique, elle stimule la phagocytose protectrice contre l’infection et
la synthèse des cytokines nécessaires à
la réponse immune.
• Effet de barrière
Elle protège le tube digestif et l’organisme
de l’implantation et de la multiplication
des bactéries exogènes.
- Une flore de passage, polymorphe qui,
sauf circonstances pathologiques, ne
s’implante pas dans le tube digestif.
• Effet de production d’éléments essentiels
Elle participe à la synthèse de produits
dérivés ayant un rôle bénéfique : vitamines B, K, B9 (acide folique).
Le développement de la flore intestinale
• Effet de détoxication
LA FLORE INTESTINALE
La flore intestinale se situe surtout dans
* Nutritionniste, endocrinologue, diabétologue, Paris
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Elle peut dégrader les substances toxiques
exogènes ou produites in situ, et module
les effets des toxines émises par les microorganismes pathogènes.
■Facteurs de déséquilibre
Ils sont variés : les traitements médicamenteux (antibiotiques, laxatifs irritants, antituberculeux, chimiothérapie, pour certains les contraceptifs
oraux…), les germes pathogènes (salmonelles…), les modifications du transit (constipation, diarrhée…), le déséquilibre alimentaire et la dénutrition,
le vieillissement physiologique. La mauvaise hygiène de vie et les stress sont
fortement suspectés. Tous ces facteurs
peuvent concourir à une sensibilité
accrue aux infections, à des troubles digestifs fréquents et à l’augmentation de la
fréquence des allergies alimentaires.
LES PROBIOTIQUES
■Définition
Probiotique provient du grec pro bios,
soit littéralement : « en faveur de la vie
». Les probiotiques sont des micro-organismes vivants non pathogènes, qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité déterminée
et suffisante sous la forme de médicaments ou de produits alimentaires,
exercent une influence positive sur la
santé ou la physiologie de l’hôte. Ils
transitent sans se multiplier dans les
intestins (1). Leur rôle est d’améliorer
les fonctions de la flore intestinale.
Mis à part la levure probiotique employée
comme médicament (saccharomyces
boulardii), les probiotiques sont principalement des bactéries lactiques. On
dispose actuellement de probiotiques
d’origine humaine qui ont une résistance
supérieure vis-à-vis de l’écosystème
digestif peu accueillant (pH acide de l’estomac, sels biliaires dans l’intestin
grêle). Ils ont aussi, semble-t-il, une
capacité d’adhésion supérieure à la
muqueuse intestinale, adhésion essentielle pour la stimulation du système
immunitaire.
■Des micro-organismes connus
depuis longtemps
C’est en 1907 qu'Elie Metchnikoff, Prix
Nobel de médecine et inventeur du yaourt
moderne, établit une relation entre la longévité des bulgares et leur consommation
de produits laitiers fermentés. En 1974,
le terme probiotique fut proposé pour
désigner, en alimentation animale, les
souches microbiennes utilisées pour limiter l’effet des antibiotiques et renforcer
leur efficacité. Depuis, les études sur
l’homme se sont multipliées et les probiotiques ont leur place en prévention et
en thérapeutique.
■Origine
Les probiotiques se trouvent dans les produits alimentaires fabriqués par l’homme,
contenant des souches bactériennes
d’origine humaine : bifidobactéries, lactobacilles acidophiles, caséi… Ces souches
bactériennes sont contenues dans les produits laitiers fermentés, yaourts et laits
fermentés, certains fromages, mais aussi
les salaisons (charcuteries). Le lactococcus lactis est présent dans le fromage blanc, le yaourt contient du lactobacillus vulgaris ou bulgaricus et du
streptococcus thermophilus, un lait fermenté contient du lactobacillus bulgaricus, du streptococcus thermophilus et
du lactobacillus casei.
De nouvelles bactéries ont été introduites
dans les yaourts et les laits fermentés du
fait de leurs effets reconnus bénéfiques
pour la santé. Ces bactéries, pour exercer
leur action, doivent être ingérées vivantes.
Il faut donc que ces produits soient conservés au froid de leur fabrication jusqu’à leur
consommation.
• En gastro-entérologie
- Certains probiotiques sont capables de
moduler la réponse immunitaire du tissu
lymphoïde présent dans la muqueuse
intestinale.
- Ils exercent un rôle trophique sur la
muqueuse intestinale, les probiotiques
aident à la maintenir fonctionnelle.
- Dans la maladie de Crohn (inflammation
chronique de l’intestin), les probiotiques
permettent de restaurer l’effet barrière en
rapport avec l’action bénéfique de la flore
intestinale.
- Ils neutralisent un certain nombre de substances toxiques ou carcinogènes.
- Ils permettent une réduction des signes
de colopathie du fait de la dégradation facilité des fibres par les bactéries apportées
par les probiotiques.
- Ils améliorent l’intolérance au lactose.
Affection relativement fréquente, elle est
due à une mauvaise digestion du lactose
et est exacerbée par la présence de colopathie. Les probiotiques améliorent l’intolérance au lactose par l’action digestive de la β-galactosidase active apportée
par les bactéries du yaourt. Il semblerait
que la bactérie puisse répondre au signal
que représente le lactose, en synthétisant de nouveau une β-galactosidase
active. C’est ainsi que le yaourt est mieux
digéré que le lait du fait de la présence de
ferments lactiques : lactobacillus bulgaricus et streptococcus thermophilus.
- Ils limitent les diarrhées consécutives
à un traitement antibiotique.
- Ils permettent une diminution de l’incidence des diarrhées infectieuses chez
l’enfant. Certaines souches de lactobacillus réduisent la durée de la diarrhée et
améliorent les symptômes. L’effet est surtout net pour les diarrhées à rotavirus.
■Bénéfices santé (2)
• Sur le système immunitaire
On note une production accrue d’immunoglobuline A (IgA) et de cytokines, une
augmentation du nombre des cellules
immunocompétentes, une stimulation
de la phagocytose. L’action se fait sur le
système immunitaire intestinal et général de l’organisme.
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• Protection vis-à-vis des micro-organismes pathogènes
- Ils participent à renforcer l’effet barrière de protection.
- Ils s’opposent à l’implantation des microorganismes pathogènes par compétition
sur les sites d’adhésion microvillositaires.
- Ils exercent une action antibactérienne
directe par la production de bactériocines
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et indirecte par la création d’un environnement défavorable à l’implantation
des micro-organismes pathogènes.
• Sur l’allergie et l’eczéma atopique
Sous probiotiques, on observe une réduction de la fréquence, de l’intensité et de
la durée des poussées d’eczéma atopique.
• Sur la sphère urogénitale
Lors d’un déficit de lactobacilles en rapport avec une modification de la sphère
génitale, les probiotiques permettent de
restaurer une flore et de réduire les infections urogénitales, surtout les candidoses.
• Les études en court
Elles portent principalement sur la prévention
des infections oto-rhino-laryngologiques
(ORL) et trachéobronchiques, et sur la
diminution du taux de cholestérol. En
effet, les probiotiques auraient un effet bactériostatique ou bactéricide vis-à-vis de
l’hélicobacter pylori en empêchant son adhésion sur la muqueuse intestinale. Ils
auraient un rôle de prévention vis-à-vis
de cette infection, mais cette pleine action
mérite d’être démontrée.
Des études sont en cours pour estimer leurs
actions dans la prévention des cancers du
colon. Il a été montré in vitro que certains
probiotiques ont un effet puissant sur la
réduction de la carcinogenèse.
■Précautions d’usage
Les effets bénéfiques des probiotiques sont
démontrés par des études sérieuses bien
documentées, ils sont nombreux. Les propriétés sont souches-dépendantes, ainsi
les résultats ne sont valides que pour la
ou les souches étudiées.
Les produits mis à la disposition des
patients doivent contenir un produit
vivant et métaboliquement actif. Ils doivent être consommés régulièrement en
quantité suffisante.
Ils bénéficient d’une très bonne innocuité puisqu’aucune toxicité n’a été rapportée à ce jour.
cides d’origine végétale ou synthétique,
mais ils peuvent être d’origine animale
ou microbienne, ou issus de peptides ou
de lipides. « Les plus connus sont les fructanes, polymères du fructose parmi lesquels on trouve l’inuline, présente dans
plusieurs végétaux (oignon, ail, asperges,
artichauts, bananes, certaines céréales…)
et généralement extraite des tubercules
de chicorée, et les fructo-oligosaccharides
(FOS) produits soit par hydrolyse de l’inuline, soit par biosynthèse à partir de saccharose et de fructose ». D’autres oligosaccharides possèderaient aussi des
activités prébiotiques mais les preuves
sont encore insuffisantes.
■Actions
LES PRÉBIOTIQUES
Les prébiotiques ne sont pas des organismes
vivants. On appelle prébiotiques « des
substrats non digestibles qui atteignent
le gros intestin et y “nourrissent” de façon
spécifique certaines bactéries coliques,
considérées comme bénéfiques, favorisant
ainsi leur croissance et leur métabolisme»
(3). Leur action est complémentaire de l’action des fibres alimentaires et des probiotiques.
■Origine
La plupart des prébiotiques sont des glu-
Effets bénéfiques des probiotiques alimentaires (2)
- Effets cliniques : préventifs et thérapeutiques
Effets sur l’allergie/eczéma atopique : démontrés
Effets sur les diarrhées infectieuses : démontrés
Effets sur le risque lié à Hélicobacter pylori : à confirmer
- Effets sur les fonctions physiologiques
Digestion du lactose : démontré
Effet sur la constipation : démontré
Effets sur les marqueurs de l’immunité : démontrés
Participe à la stimulation du système immunitaire : sans doute
- Effets hypothétiques
Rôle dans la prévention des cancers : ?
Rééquilibrage de la microflore : ?
- Attention
Les effets dépendent des souches, l’extrapolation à toutes les
souches d’une même espèce est abusive.
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• Effets sur la flore intestinale
- Ils modulent l’équilibre entre les populations bactériennes dominantes chez
l’enfant et chez l’adulte ce qui accroît les
effets métaboliques de la flore et influence
les activités enzymatiques impliquées
dans le fonctionnement des bactéries
coliques.
- Ils modifient la composition bactérienne.
Ils agissent en augmentant sélectivement
la concentration fécale des bactéries produisant de l’acide lactique : les bifidobactéries chez l’homme. L’effet dure pendant toute la période que dure l’ingestion
du produit, puis diminue progressivement à son arrêt.
- Ils assurent une protection vis-à-vis des
agents pathogènes. Ils augmentent la
résistance à la colonisation par des microorganismes pathogènes.
- Ils modifient le pH intestinal. Les acides
organiques produits par les bifidobactéries
abaissent le pH intestinal, ce qui crée un
climat défavorable à la prolifération des
germes pathogènes. De plus, la diminution du pH entraîne la solubilisation des
minéraux en particulier le calcium,ce qui
améliore leur absorption par la muqueuse
colique. Au contraire, le pH acide insolubilise
les sels biliaires réduisant leur absorption
et augmentant leur excrétion fécale. L’acidité inhibe la conversion fécale des acides
biliaires primaires en acides secondaires,
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facteurs de risque du cancer colorectal.
- Ils exercent des effets sur les activités
enzymatiques de la flore.
- Ils ont une action positive sur l’effet barrière. On évoque une stimulation des
capacités de défense de la barrière intestinale.
• Effets sur les fonctions intestinales
Ils augmentent la masse bactérienne des
fèces et la teneur des selles en eau liée aux
bactéries. On note une exonération facilitée ainsi qu’une augmentation de la fréquence d’émission. Cet effet semble plus
net chez le sujet légèrement constipé.
• Effets sur les diarrhées infectieuses
de l’enfant
Les probiotiques, aussi bien chez les
enfants que chez les adultes, permettent
de limiter les symptômes associés, comme
la fièvre, et améliorent le bien-être pendant les épisodes de diarrhéiques.
• Effets sur les maladies coliques
Les propriétés anti-inflammatoires et
anti-cancéreuses sur la muqueuse colique
demandent à être confirmées chez l’homme.
LES SYMBIOTIQUES
Ils sont composés d’un probiotique et
d’un prébiotique.
EN CONCLUSION
Probiotiques et prébiotiques méritent
d’être mieux connus, les études en cours
permettront de certainement de les considérer comme un véritable soin et un
agent de prévention puissant. Une chose
est sûre, la flore intestinale est un élément
essentiel de notre organisme, un véritable
organe à part entière avec sa fonction, ses
régulations, ses facteurs d’équilibre.
Nous devons inciter nos patients à revoir
leur mode de vie, à consommer des aliments riches en bactéries lactiques. Les
médecins doivent connaître les signes qui
peuvent orienter vers un déséquilibre
au décours de leur traitement. La nutrition prend ici toute sa dimension.
A suivre…
■
MOTS-CLÉS
DIGESTION, INTESTIN,
SYSTÈME IMMUNITAIRE,
IGA SÉCRÉTOIRES,
MICRO-ORGANISMES,
SOUCHES BACTÉRIENNES
BIBLIOGRAPHIE
1. Fuller R. Probiotics in man and animal. J Appl Bactériol 1989 ; 66 : 365-78.
2. Cortier G. Probiotiques : adaptation à l’environnement digestif. Cahier de Nutrition et de
Diététique 2003 ; 38 : 355-62.
3. Cherbut C. Prébiotiques et fonctions gastro-intestinales : revue des effets et des
perspectives. Cahier de Nutrition et de Diététique 2003 ; 38 : 346-54.
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