Journal
de
pédiatrie
et
de
puériculture
(2012)
25,
249—254
Disponible
en
ligne
sur
www.sciencedirect.com
ARTICLE
ORIGINAL
Réactions
d’hypersensibilité
aux
anti-inflammatoires
non
stéroïdiens
(AINS)
chez
l’enfant
Hypersensitivity
to
non-steroidal
anti-inflammatory
drugs
in
children:
A
review
A.
Pipeta,,
H.
Colasb,
F.
Wessela,
A.
Magnana
aPlate-forme
transversale
d’allergologie,
l’institut
du
thorax,
CHU
de
Nantes,
boulevard
Jacques-Monod,
44093
Nantes
cedex
1,
France
bService
de
pédiatrie,
pôle
Mère—Enfant,
CHU
de
Nantes,
boulevard
Jacques-Monod,
44093
Nantes
cedex
1,
France
Rec¸u
le
30
avril
2012
;
accepté
le
10
juillet
2012
MOTS
CLÉS
Anti-inflammatoires
non
stéroïdiens
;
Hypersensibilité
médicamenteuse
;
Inhibiteurs
de
cyclo-oxygénases
;
Asthme
;
Aspirine
Résumé
L’hypersensibilité
aux
AINS
est
un
problème
plus
fréquemment
rencontré
chez
l’adulte
que
chez
l’enfant,
en
partie
du
fait
de
moindres
indications
de
prescription.
Il
est
indispensable
dans
ce
domaine
de
connaître
la
classification
des
AINS
aussi
bien
selon
leur
structure
que
leur
degré
de
sélectivité
pour
les
cyclo-oxygénases
2
(COX2).
Les
cas
de
véri-
table
allergie
IgE
médiée
sont
beaucoup
plus
rares
que
les
hypersensibilités
immédiates
non
allergiques
liées
à
l’inhibition
des
COX1
par
les
AINS.
Les
hypersensibilités
aiguës
(<
24
heures)
chez
l’enfant
sont
essentiellement
cutanées,
avec
une
prédominance
d’angio-œdèmes
péri-
orbitaires
notamment
chez
l’adolescent
atopique.
Les
réactions
retardées
(>
24
heures)
sont
le
plus
souvent
des
exanthèmes
maculopapuleux
d’évolution
bénigne.
Les
explorations
allergolo-
giques
reposent
sur
l’anamnèse,
primordiale,
et
éventuellement
des
tests
cutanés
en
cas
de
suspicion
d’allergie
IgE
médiée
(prick-tests
±
IDR)
ou
pour
les
allergies
retardées
(patch-tests).
En
cas
de
doute
diagnostique,
il
ne
faut
pas
hésiter
à
proposer
un
test
de
réintroduction
oral
sous
surveillance
hospitalière,
plutôt
que
de
risquer
une
éviction
à
tort
de
toute
cette
classe
médicamenteuse.
Le
choix
d’une
alternative
au
sein
des
AINS
en
cas
d’hypersensibilité
avérée
s’avère
parfois
difficile
en
pratique
clinique
et
quelques
exemples
illustrent
ce
sujet.
©
2012
Elsevier
Masson
SAS.
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droits
réservés.
Auteur
correspondant.
Adresse
e-mail
:
(A.
Pipet).
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2012
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http://dx.doi.org/10.1016/j.jpp.2012.07.004
250
A.
Pipet
et
al.
KEYWORDS
Non-steroidal
anti-inflammatory
drugs;
Cyclooxygenase
inhibitors;
Drug
hypersensitivity;
Asthma;
Aspirin
Summary
Hypersensitivity
to
NSAIDs
is
a
less
frequent
problem
in
children
than
in
adults,
maybe
because
they
are
less
prescribed.
It
is
needed
to
know
the
structural
classification
of
NSAIDs,
but
overall
their
functional
classification
based
on
their
cyclooxygenase
2
(COX-2)
selectivity.
Authentical
IgE-mediated
allergies
are
very
rare
compared
to
non-allergic
imme-
diate
hypersensitivities,
due
to
the
inhibition
of
COX-1
by
NSAIDs.
Immediate
hypersensitivities
(<
24
h)
in
children
are
predominantly
cutaneous
forms;
the
peri-orbital
angioedema
is
more
frequently
seen
in
atopic
teenagers.
Late
reactions
(>
24
h)
are
often
minor,
exanthema-like.
Allergological
work-up
is
based
on
a
detailed
clinical
history,
and
sometimes
cutaneous
tests
(prick-tests
±
ID
when
authentical
IgE-mediated
reactions
are
suspected,
and
patch-tests
for
late
reactions
suspected
to
be
lymphocyte-mediated
allergies).
When
the
diagnosis
of
hyper-
sensitivity
remains
doubtful,
it
is
important
to
perform
an
oral
provocation
test
under
strict
medical
surveillance,
because
avoiding
the
whole
class
of
NSAIDs
without
any
proof
can
be
dele-
terious
for
the
patient.
When
an
immediate
hypersensitivity
to
one
or
several
NSAIDs
is
proven,
the
second
step
consists
in
determining
a
safe
alternative
for
the
patient:
frequently
the
choice
of
an
alternative
molecule
is
difficult,
and
some
clinical
examples
illustrate
this
problem.
©
2012
Elsevier
Masson
SAS.
All
rights
reserved.
Introduction
La
première
description
d’hypersensibilité
à
l’aspirine
remonte
à.
.
.
1902,
soit
trois
ans
après
le
début
de
la
produc-
tion
industrielle
d’aspirine
par
Bayer.
Depuis,
de
nombreuses
molécules
sont
venues
agrandir
cette
famille
des
«
AINS
»,
et
on
connaît
désormais
la
diversité
des
manifestations
d’hypersensibilité
à
ces
médicaments,
dont
les
mécanismes
ne
sont
pas
toujours
bien
élucidés.
De
ce
fait,
le
terme
«
hypersensibilité
»,
jugé
plus
juste,
est
actuellement
pré-
féré
aux
anciennes
dénominations
de
«pseudo-allergies
»
ou
«
intolérances
»
[1].
Épidémiologie
Les
AINS
représentent
la
deuxième
classe
médicamenteuse
en
cause
dans
les
réactions
d’hypersensibilité.
Les
chiffres
de
prévalence
publiés
sont
forcément
approximatifs
:
nombreux
sont
les
AINS
disponibles
en
vente
libre,
et
le
nombre
de
sujets
exposés
ne
peut
être
connu
avec
certitude.
De
plus,
tous
les
cas
d’hypersensibilité
ne
sont
pas
déclarés,
encore
moins
explorés
en
service
d’allergologie.
La
prévalence
de
l’hypersensibilité
à
l’aspirine
est
esti-
mée
à
0,5—1,9
%
de
la
population
générale
;
ce
pourcentage
s’élève
nettement
dans
certaines
populations
comme
les
asthmatiques
(4,3—11
%)
ou
les
patients
souffrant
d’urticaire
chronique
(27—35
%)
[1].
Les
publications
s’intéressant
spé-
cifiquement
à
la
population
pédiatrique
sont
assez
rares,
ce
problème
étant
rencontré
moins
fréquemment
que
chez
l’adulte.
Dans
une
revue
de
synthèse
sur
l’asthme
à
l’aspirine
en
2004,
Jenkins
et
al.
estimaient
la
prévalence
chez
l’enfant
à
5
%
[2].
En
revanche,
au
sein
d’une
popula-
tion
d’enfants
consultant
pour
suspicion
d’hypersensibilité
aux
AINS,
4
à
28
%
selon
les
études
réagissent
lors
d’un
test
de
réintroduction
oral
[3].
Si
le
diagnostic
se
fonde
sur
l’histoire
clinique
convaincante
plus
ou
moins
test
de
réintroduction,
le
pourcentage
peut
s’élever
à
50
%
[4].
Tableau
1
Classification
des
anti-inflammatoires
non
stéroïdiens
(AINS)
selon
leur
structure.
Salicyles
Aspirine
Dérivés
de
l’acide
acétique
Indométacine,
sulindac
(indolés)
Diclofénac
Fenamates Acide
méfénamique
Acide
niflumique
Propioniques
Ibuprofène,
kétoprofène,
naproxène,
flurbiprofène,
fénoprofène.
.
.
Oxicams
Piroxicam
Meloxicam.
.
.
Pyrazoles
Phénylbutazone
Coxibs
Celecoxib,
Etoricoxib
Le
paracétamol
est
classé
avec
les
AINS
chez
nos
confrères
Anglo-Saxons
«
acetaminophen
».
Le
sexe
n’est
pas
un
facteur
de
risque
d’hypersensibilité
aux
AINS
chez
l’enfant
;
en
revanche,
un
âge
plus
élevé
et
un
terrain
atopique
majorent
le
risque
(75,3
%
des
81
enfants
avec
hypersensibilité
prouvée
aux
AINS
dans
l’étude
de
Has-
sani
et
al.
étaient
atopiques)
[4].
Classification
des
AINS
En
matière
d’hypersensibilité
aiguë
aux
AINS,
il
est
en
général
plus
utile
de
connaître
leur
potentiel
anti-
COX1
que
la
classification
basée
sur
les
structures
chimiques
(Tableau
1)
:
en
effet,
les
cas
d’allergie
IgE
médiée
sont
rares,
concernant
surtout
les
pyrazolés
(de
prescription
désuète
en
France).
Pour
mémoire,
les
AINS
agissent
en
inhibant
les
cyclo-oxygénases
(COX),
leur
action
thé-
rapeutique
étant
principalement
liée
à
l’inhibition
des
Réactions
d’hypersensibilité
aux
AINS
chez
l’enfant
251
Figure
1.
Cascade
schématique
du
métabolisme
de
l’acide
arachidonique.
D’après
Gollapudi
et
al.
[12]
(5-LO
:
5
lipoxygénase
;
LT
:
leuco-
triène
;
PG
:
prostaglandine
;
FLAP
:
5
lipoxygénase
activating
protein
;
HPETE
:
5-hydroxyperoxyecosotetraenoic
acid
:
COX
:
cyclooxygénase
;
PLA2
:
phospholipase
A2
;
TXA2
:
thromboxane
A2).
COX2
inductibles
(fièvre,
inflammation).
L’inhibition
des
COX1
constitutionnelles
est
à
l’origine
d’effets
indésirables
comme
les
ulcères
gastriques
(inhibition
de
production
de
prostaglandines
à
effet
protecteur,
PGI2
et
PGE2).
Cette
inhibition
«dévie
»
le
métabolisme
de
l’acide
arachidonique
vers
la
production
de
leucotriènes
par
la
5-lipoxygénase
(5-
LO),
d’autant
plus
que
le
frein
exercé
d’ordinaire
par
la
PGE2
sur
la
5-LO
est
levé
(Fig.
1).
Cette
surexpression
de
la
voie
des
leucotriènes
serait
à
l’origine
de
certaines
hypersensibilités
comme
l’asthme
à
l’aspirine,
hypothèse
corroborée
par
l’élévation
majeure
du
taux
de
leucotriènes
LTE4
urinaires
chez
les
patients
atteints,
après
un
test
de
provocation
à
l’aspirine
[1].
Actuellement,
on
distingue
parmi
les
AINS
ceux
dits
«
classiques
»,
inhibant
fortement
les
complexes
enzyma-
tiques
COX1,
les
AINS
«
anti-COX2
préférentiels
»
(sélectivité
relative
pour
COX2,
disparaissant
aux
fortes
doses)
et
enfin
les
anti-COX2
sélectifs
ou
coxibs
(Fig.
2).
Dans
le
cadre
du
syndrome
de
Widal,
une
étude
interna-
tionale
a
montré
la
bonne
tolérance
d’un
coxib
(celecoxib)
chez
33
patients
adultes,
sans
aucune
élévation
des
leuco-
triènes
LTE4
urinaires
ni
variation
du
VEMS
au
cours
du
test
d’administration
orale
[5].
Des
liens
entre
leucotriènes
et
urticaire
ont
également
été
soulignés
et
expliqueraient
que
les
patients
souffrant
d’urticaire
chronique
et
aggravés
par
les
AINS
classiques
tolèrent
en
général
bien
mieux
les
coxibs
[6].
Formes
d’hypersensibilité
aux
AINS
Il
est
très
important
de
faire
préciser
par
le
patient
le
délai
de
survenue
des
symptômes
après
la
prise
du
médicament
et
s’il
s’agissait
de
la
première
prise
au
cours
de
la
cure.
En
effet
cette
chronologie,
alliée
aux
descriptions
cliniques
rapportées
par
les
patients,
oriente
vers
un
type
de
mécanisme
d’hypersensibilité
ou
un
autre.
La
stratégie
d’exploration
de
ces
hypersensibilités
en
dépend
:
comme
souvent
en
médecine,
l’anamnèse
prend
ici
une
place
pri-
mordiale.
Dans
le
cas
des
AINS,
on
distingue
deux
situations
chro-
nologiques
:
les
réactions
aiguës
(<
24
heures)
:
elles
regroupent
des
expressions
variées
(asthme,
urticaire/angio-œdème,
anaphylaxie,
autres),
c’est
un
groupe
hétérogène.
Il
ne
faut
pas
oublier
de
considérer
le
terrain
sous-jacent
(rechercher
un
asthme,
une
urticaire
chronique,
un
ter-
rain
atopique
;
chez
l’adulte
on
se
méfie
grandement
de
la
triade
de
Widal
qui
associe
asthme,
intolérance
aux
AINS
et
polypose
nasosinusienne).
Chez
l’enfant,
les
réactions
cutanées
prédominent
et
il
faut
souligner
la
fréquence
des
manifestations
d’angio-œdème
péri-orbitaire
chez
les
adolescents,
volontiers
atopiques
[3,4]
;
les
réactions
retardées
(>
24
heures)
:
on
y
range
les
exan-
thèmes
maculopapuleux
(formes
les
plus
fréquentes),
les
érythèmes
pigmentés
fixes
ou
EPF,
les
toxidermies
bulleuses
sévères
(particulièrement
avec
les
oxicams,
RR
=
34
[7]),
les
pustuloses
exanthémateuses
aiguës
géné-
ralisées
(PEAG),
les
Drug
Reaction
with
Eosinophilia
and
Systemic
Syndrome
(DRESS),
les
allergies
de
contact
et
photo-allergies
de
contact.
Nous
traiterons
peu
de
ces
manifestations
dans
cette
synthèse.
L’étude
de
Hassani
et
al.
en
2008
n’a
relevé
aucun
cas
de
toxider-
mie
sévère
chez
164
enfants
consultant
pour
suspicion
d’hypersensibilité
aux
AINS
(uniquement
7,5
%
de
cas
252
A.
Pipet
et
al.
Figure
2.
Schématisation
de
la
sélectivité
des
AINS
pour
COX2.
d’éruption
bénigne
retardée)
[4].
Leur
exploration
est
basée
sur
les
tests
cutanés
à
lecture
retardée,
principa-
lement
les
patch-tests.
Moyens
diagnostiques
dans
les
réactions
aiguës
L’anamnèse
Elle
occupe
ici
une
place
de
choix.
Par
exemple,
chez
l’adulte,
en
cas
d’asthme
et
de
polypose
nasosinusienne,
une
crise
d’asthme
30
à
120
minutes
après
une
prise
d’AINS
suffit
à
poser
le
diagnostic
d’hypersensibilité
aux
AINS
à
forte
activité
anti-COX1
(bonne
valeur
prédictive
positive
de
l’interrogatoire
[1],
ce
qui
est
loin
d’être
le
cas
pour
les
autres
hypersensibilités
médicamenteuses
!).
Est
ainsi
bou-
clée
la
«triade
de
Widal
»ou
«AIA
»
pour
les
Anglo-Saxons
(aspirin-induced-asthma).
À
l’interrogatoire
en
général,
on
sera
attentif
aux
manifestations
anaphylactiques,
qui
peuvent
témoigner
d’authentiques
allergies
IgE
médiées,
et
donc
explorables
par
tests
cutanés.
Tests
cutanés
(pricks,
parfois
intradermo
réactions,
ou
IDR)
Leur
seul
intérêt
réside
dans
l’exploration
des
cas
l’on
suspecte
un
mécanisme
IgE
médié,
ce
qui
est
rare.
Les
positi-
vités
ont
surtout
été
décrites
par
le
passé
avec
les
pyrazolés,
mais
aussi
plus
récemment
avec
le
diclofénac
(ce
qu’illustre
le
cas
clinique
4).
En
outre,
il
n’existe
aucun
consensus
pour
leur
réalisation
;
la
dernière
synthèse
publiée
par
le
groupe
de
travail
européen
EAACI/ENDA
en
convient
[1]
:
Standards
for
skin
testing
have
not
been
universally
accep-
ted,
and
a
significant
variability
in
specificity
and
sensitivity
has
been
reported
for
different
NSAID.
Comme
pour
toutes
les
explorations
cutanées
en
allergologie
médicamenteuse,
les
règles
de
prudence
s’imposent,
particulièrement
avec
les
IDR.
Ces
tests
doivent
donc
être
réalisés
par
un
person-
nel
médical
ayant
l’habitude
de
ces
tests,
disposant
d’un
chariot
d’urgence.
Tests
in
vitro
?
Pour
les
hypersensibilités
aiguës,
il
s’agit
du
test
d’activation
des
basophiles
(TAB),
non
disponible
en
routine,
non
standardisé.
Cette
technique
apparaît
intéressante
dans
les
cas
d’authentique
allergie
IgE
médiée
(les
plus
rares).
En
revanche,
les
équipes
qui
la
pratiquent
reconnaissent
que,
pour
les
réactions
d’hypersensibilité
aiguë
sans
implication
des
IgE,
les
résultats
varient
beaucoup
d’un
laboratoire
à
l’autre
(.
.
.the
European
Network
for
Drug
Allergy
began
a
multicenter
study
to
validate
the
real
usefulness
of
this
technique.
It
must
be
stated
that
a
heterogeneous
response
in
the
results
from
each
participating
group
in
both
sensi-
tivity
and
specificity
was
observed.)
[8].
Place
des
tests
«
de
provocation
»
En
cas
de
doute
diagnostique
(par
exemple
plusieurs
médi-
caments
co-prescrits,
ou
délai
atypique,
cofacteurs
ayant
pu
entrer
en
jeu),
le
«
gold-standard
»
reste
le
test
oral
(pour
l’aspirine
des
recommandations
ont
été
éditées
par
le
groupe
de
travail
européen
ENDA
[9]),
mais
on
peut
réa-
liser
aussi,
à
moindre
risque
pour
le
patient,
des
tests
par
voie
nasale,
conjonctivale
ou
inhalée.
Le
test
oral
est
éga-
lement
incontournable
pour
s’assurer
de
la
bonne
tolérance
d’une
molécule
alternative
en
cas
d’hypersensibilité
avérée.
Tous
ces
tests
doivent
toujours
être
réalisés
par
une
équipe
entraînée,
en
milieu
spécialisé
pouvant
assurer
les
soins
de
réanimation
en
cas
de
complication.
Choix
des
alternatives
en
cas
d’hypersensibilité
aiguë
avérée
Le
raisonnement
devant
une
hypersensibilité
aux
AINS
est
parfois
difficile
car
nos
connaissances
physiopathologiques
restent
insuffisantes
dans
de
nombreuses
situations.
Prédire
d’éventuelles
réactions
croisées
représente
un
défi
lorsque
l’on
ignore
le
mécanisme
sous-jacent
!
En
effet,
on
distingue
:
Réactions
d’hypersensibilité
aux
AINS
chez
l’enfant
253
des
formes
cliniques
qui
semblent
bien
liées
à
la
puis-
sance
d’activité
anti-COX1
de
l’AINS,
ce
qui
est
démontré
par
la
bonne
tolérance
des
coxibs
alors
que
des
anti-COX
non
sélectifs
de
structures
très
différentes
engendrent
tous
des
réactions
d’hypersensibilité
;
dans
ces
cas
tous
les
AINS
«classiques
»sont
contre-indiqués,
et
on
vérifie
la
tolérance
d’un
anti-COX2
préférentiel
ou
d’un
coxib
par
un
test
oral
sous
haute
surveillance
en
milieu
hospitalier.
Les
tests
cutanés
n’ont
pas
d’intérêt
dans
ces
formes.
On
y
retrouve
les
urticaires
chroniques
aggravées
par
les
AINS,
les
syndromes
de
Widal,
mais
aussi
des
urticaires/angio-
œdèmes
et
des
réactions
anaphylactiques
sans
terrain
favorisant
;
des
formes
d’hypersensibilité
sélective
à
un
AINS
mais
sans
preuve
de
mécanisme
IgE
médié
(les
hypersensibilités
sélectives
représenteraient
30
%
des
réactions
cutanées
et
anaphylaxies
aux
AINS
d’après
Blanca
et
al.
[10])
:
dans
ces
cas
un
AINS
de
structure
différente,
même
non
sélectif
pour
COX2,
s’avère
bien
toléré.
La
bonne
tolérance
d’une
molécule
alternative
est
toujours
établie
par
un
test
oral
en
milieu
hospitalier,
avec
un
maximum
de
précautions
;
des
formes
beaucoup
plus
rares
un
mécanisme
IgE
médié
est
prouvé
(tests
cutanés
positifs,
il
s’agit
en
géné-
ral
de
tableaux
anaphylactiques
volontiers
sévères).
Les
alternatives
thérapeutiques
sont
alors
recherchées
parmi
les
AINS
de
structure
différente,
même
non
sélectifs
pour
COX2.
aussi,
la
tolérance
d’une
alternative
est
vérifiée
en
service
spécialisé
avec
toutes
les
précautions
requises.
Dans
tous
les
cas,
il
faut
tenir
compte
des
besoins
spé-
cifiques
du
patient
et
de
sa
demande
et/ou
de
celle
de
sa
famille.
Si
l’hypersensibilité
paraît
plausible
et
si
les
AINS
sont
importants
pour
sa
prise
en
charge,
il
convient
de
l’adresser
à
un
service
d’allergologie
hospitalier
afin
de
réaliser
les
explorations.
Au
terme
du
bilan
allergo-
logique,
si
l’hypersensibilité
est
avérée,
les
allergologues
s’attacheront
à
rechercher
une
alternative
thérapeutique
pour
permettre
au
patient
d’utiliser
un
AINS
en
cas
de
besoin.
Chez
l’enfant,
l’utilisation
des
AINS
est
assez
res-
treinte,
mais
à
partir
de
l’adolescence
les
indications
deviennent
plus
fréquentes
(douleurs
menstruelles
chez
les
filles,
traumatologie.
.
.).
Il
faut
tenir
compte
des
autres
effets
indésirables
connus
du
médicament
choisi
comme
alternative
et
des
contre-indications
liées
à
l’âge.
Ainsi,
les
coxibs
sont
contre-indiqués
en-dec¸à
de
16
ans,
le
naproxène
en-dec¸à
de
huit
ans,
le
diclofénac
en-dec¸à
de
quatre
ans
d’après
le
dictionnaire
Vidal.
Quatre
exemples
cliniques
vous
sont
rapportés
pour
illustrer
cette
démarche,
parfois
difficile,
nécessitant
souvent
une
discussion
collégiale
au
sein
de
l’équipe
d’allergologie.
En
cas
de
nécessité
absolue
d’aspirine
Ce
cas
de
figure
est
rencontré
plus
fréquemment
chez
l’adulte,
avec
les
besoins
d’aspirine
à
visée
cardiovascu-
laire,
en
général
à
petites
doses.
Il
s’agit
volontiers
de
situations
d’urgence
rendant
impossible
un
bilan
allergolo-
gique.
En
cas
de
suspicion
d’hypersensibilité
à
l’aspirine,
dans
l’intérêt
du
patient,
on
a
recours
alors
à
une
accou-
tumance
à
l’aspirine.
Plusieurs
protocoles
ont
été
publiés
et
leur
bonne
tolérance
est
démontrée,
même
si
des
études
à
plus
grande
échelle
restent
toujours
néces-
saires
ainsi
qu’une
homogénéisation
des
pratiques.
L’équipe
d’allergologie
de
Montpellier
a
récemment
publié
le
résultat
de
son
expérience
chez
31
patients
adultes,
avec
un
pro-
tocole
par
voie
orale
(administration
toutes
les
30
minutes
de
doses
croissantes
d’aspirine
:
1—10—30—50
mg)
[11].
Dans
28
cas
le
protocole
s’est
déroulé
sans
aucun
inci-
dent
;
trois
patients
ont
présenté
des
réactions
modérées
de
type
urticaire/angio-œdème
très
vite
contrôlées
par
anti-
histaminiques
et
corticoïdes.
Vingt
et
un
patients
ont
pu
être
recontactés
à
distance,
à
36
±
23
mois
en
moyenne,
et
19
poursuivaient
leur
traitement
par
aspirine
75
mg
sans
pro-
blème.
Deux
patients
l’avaient
interrompu
pour
des
raisons
non
allergiques.
Cas
cliniques
Cas
clinique
1
Marine,
vue
à
18
ans,
souffrant
d’urticaire
chronique
idiopathique
depuis
des
années,
avait
pu
stopper
son
anti-
histaminique
depuis
seulement
un
mois
sans
problème.
Elle
rapportait
des
aggravations
franches
de
son
urticaire
sous
aspirine
et
ibuprofène.
L’éviction
des
AINS
commenc¸ait
à
lui
poser
problème
(douleurs
menstruelles,
petits
traumatismes
sportifs
au
basket).
À
cette
époque,
nous
avons
testé
le
nimésulide
(anti-COX2
préférentiel,
choisi
du
fait
des
pous-
sées
d’urticaire
chronique
encore
récentes)
qui
a
été
très
bien
toléré.
Suite
aux
avis
de
prudence
de
l’Agence
euro-
péenne
des
médicaments,
cette
jeune
patiente
a
ensuite
rec¸u
un
courrier
de
notre
part
l’informant
des
risques
d’hépatite
sous
nimésulide,
lui
proposant
de
tester
un
autre
AINS.
Un
test
au
celecoxib
est
en
attente.
Cas
clinique
2
Chloé,
vue
à
19
ans,
rapportait
trois
histoires
très
cohérentes
d’angio-œdème
facial
en
moins
d’une
heure
avec
trois
AINS
:
Aspegic®(acétylsalicylate
de
lysine)
à
sept
ans,
Advil®
(ibuprofène)
à
dix
ans,
Rhinadvil®(iboprofène
+
pseudo-
éphédrine)
pris
par
erreur
à
17
ans.
Elle
n’avait
pas
de
terrain
atopique
ni
urticarien
chronique.
Ses
histoires
étant
cohérentes
avec
deux
AINS
différents,
il
a
été
décidé
de
rechercher
d’emblée
une
alternative
au
sein
des
anti-
COX2
préférentiels
et
de
se
garder
la
famille
des
coxibs
«
en
réserve
».
Cas
clinique
3
Adrien,
15
ans,
rapportait
une
réaction
éloquente
à
l’aspirine
:
à
14
ans,
il
a
pris
1
g
d’Aspegic®et
a
présenté
dans
les
cinq
minutes
un
prurit
pharyngé,
une
urticaire
du
visage
et
une
crise
d’asthme.
Il
était
connu
pour
un
asthme
inter-
mittent
et
une
allergie
alimentaire
ancienne
à
l’arachide
(patient
et
famille
formels,
pas
d’ingestion
d’aliment
à
risque
lors
de
cet
épisode).
Il
n’a
pas
été
réalisé
de
test
cutané
à
l’aspirine
dans
ce
cas,
ce
qui
aurait
pu
présenter
un
intérêt
vue
la
chronologie
très
rapide,
pouvant
plaider
pour
un
mécanisme
IgE.
Bien
qu’un
peu
jeune
pour
un
syndrome
de
Widal,
il
a
été
vu
en
consultation
d’ORL
ce
qui
a
permis
d’éliminer
une
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