
Chez l’homme, on compte environ 100 milliards neurones, un chiffre com-
parable à 10 fois la population humaine de la planète. Ils sont organisés en un
réseau complexe qui connecte chaque cellule à environ 10 mille autres ! A chaque
connexion correspond des molécules définies par des centaines d’éléments. Pour
se donner un ordre d’idée, ce sont donc à un potentiel de plus de 1011 ×104×103
= 1018 éléments d’informations (soit de l’ordre de cent mille disques durs d’un
tera octet !) que correspond l’architecture de notre cerveau à chaque instant.
Cette organisation est immature chez le bébé : même si les grandes structures
anatomiques sont déjà en place, les connexions entre neurones sont largement
aléatoires. C’est par la maturation du nouveau-né, et par son interaction avec
le monde qui l’entoure, que cette organisation va progressivement se mettre en
place. Petit à petit, les neurones, qui sont de ”bêtes” cellules microscopiques,
vont se connecter et s’associer. Dans les aires visuelles par exemple, des neu-
rones vont développer une préférence pour certaines classes de signaux comme
les lignes Les neurones peuvent alors s’organiser à de plus grande échelle des
populations de neurones. Les différentes parties du cerveau vont progressive-
ment se spécialiser chez le jeune adulte jusqu’à produire des fonctions cognitives
efficaces, comme la vision ou la motricité, pour par exemple produire des mouve-
ments coordonnés. Mais comment ce résultat peut-il émerger d’un simple réseau
de neurones ? Quelle ”magie” fait que les neurones puissent se parler ? Par quel
”miracle” peuvent-ils apprendre ? Ce sont là les questions qui nous fascinent
tant mais au lieu de parler de magie ou de miracle, essayons de comprendre
quels mécanismes se cachent derrière nos neurones.
2 Comment décrypter le langage des neurones ?
En grande majorité 1, les neurones communiquent par de brèves impulsions
électrochimiques, les potentiels d’action, qui -de façon assez surprenante- ont
des formes très similaires entre neurones dans le cerveau mais aussi au sein du
vivant (voir Figure 2) . On parle de potentiel d’action pour ces signaux car c’est
le fait que ce soit des impulsions qui permet de libérer des substances chimiques à
l’interface entre deux neurones, la synapse, et de propager de l’information d’un
neurone à l’autre. L’information est donc essentiellement transmise à travers de
brèves impulsions : comme en musique un simple rythme. Ce qui compte ici c’est
donc bien le temps, les instants où ces évènements sont émis. Le cerveau ne code
donc pas son information sous forme de valeur, mais code son information de
manière temporelle (le moment où l’impulsion est émise) et de manière spatiale
(l’endroit, c’est à dire le neurone, qui a émis cette information). Si on écoute
le signal émis par un neurone en l’amplifiant dans un haut-parleur, on entend
1. Nous négligerons les jonctions électriques entre neurones et le rôle encore largement
méconnu du rôle des cellules gliales en ce qui concerne le traitement de l’information.
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