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culots globulaires. Il faut donc que la décision puisse être
prise rapidement sauf en cas d’hyperleucocytose comme
nous le verrons ultérieurement. Ainsi, lors de la première
rencontre entre le patient et l’équipe médicale et paramédi-
cale, une explication des risques et bénéfices de la transfu-
sion de produits sanguins doit être donnée. Ensuite, un bilan
prétransfusionnel doit être réalisé comprenant les examens
suivants : groupe sanguin et Rhésus avec une double détermi-
nation accompagné d’un phénotypage érythrocytaire étendu
(Kell, Cc, Ee, Fya, Fyb, Jka, Jkb, Lea, Leb, M, N, S, s) mais
aussi et surtout des sérologies des hépatites B et C (HBV,
HCV), du cytomégalovirus (CMV) et du virus de l’immunodé-
ficience humaine (VIH). Ces examens sont obligatoires avant
toute demande et réalisation de transfusion de produit san-
guin labile. Le traitement initial de l’anémie au diagnostic
repose uniquement sur les transfusions afin d’améliorer l’état
général du malade avant de débuter la chimiothérapie.
Cependant, dans certains cas d’hyperleucocytose majeure
avec signe de leucostase (dyspnée, trouble de la vigilance), il
est fortement déconseillé de transfuser initialement car la
transfusion peut aggraver les signes de leucostase [2]. Dans
ce cas, il est nécessaire de débuter la chimiothérapie en
urgence pour diminuer la leucocytose et d’améliorer la tolé-
rance de l’anémie par la mise en place le plus souvent d’une
oxygénothérapie. Dès que les signes de leucostase auront
disparu, souvent lorsque la leucocytose sera inférieure à
15 000/mm
3
, la transfusion pourra débuter.
Le traitement des LAM consiste en des polychimiothérapies
plus ou moins intensives induisant une aplasie médullaire,
plus ou moins longue et profonde, dans les8à15jours
suivant leur initiation. L’anémie d’origine centrale va donc se
poursuivre, non plus par envahissement médullaire, mais par
action de la chimiothérapie. Il est donc nécessaire durant
plusieurs semaines consécutives de réaliser des transfusions
sanguines afin de conserver un taux d’hémoglobine suffisant
au maintien d’un état général correct. Le taux visé est habi-
tuellement établi à 8 g/dL pour un patient jeune sans antécé-
dent associé et à 9 g/dL pour un patient présentant une
insuffisance cardiaque ou respiratoire principalement. Ces
transfusions étant itératives, elles nécessitent de diminuer le
plus possible le risque d’immunisation antiérythrocytaire, ce
qui explique la nécessité de transfuser des produits sanguins
phénotypés. D’autres précautions transfusionnelles doivent
être prises en fonction des antécédents de traitement ou de la
possible intensification thérapeutique par greffe autologue ou
allogénique comme l’irradiation des produits sanguins ou la
prescription de produits négatifs pour le cytomégalovirus
(CMV).
Il faut cependant associer à ce traitement purement « pallia-
tif » de l’anémie une prise en charge globale du malade et
traiter les causes associées. Ainsi, les risques de saignement
doivent être minimisés par la transfusion de concentrés pla-
quettaires d’aphérèse, par la correction des troubles de la
coagulation mais aussi par l’arrêt d’un saignement extério-
risé ou non. La tolérance de l’anémie sera d’autant meilleure
que le patient sera apyrétique et que les infections seront
contrôlées.
En sortie d’aplasie médullaire, les transfusions sanguines
restent parfois encore nécessaires afin d’améliorer l’état
général du malade et lui permettre un retour à son domicile
dans de bonnes conditions avant la prochaine séance de
chimiothérapie. Comprendre les causes initiales de l’anémie
dans le cadre des LAM est donc très important, mais cette
gestion de l’anémie doit se faire sur le long terme puisque la
chimiothérapie va induire à nouveau des périodes d’anémie
parfois très longues. De plus, cette même chimiothérapie, par
une dénutrition, voire une malabsorption dans certains cas,
peut entraîner des carences vitaminiques, en particulier des
carences en folate qui vont induire un retard de la reconstitu-
tion hématopoïétique en particulier au niveau de la lignée
érythroblastique. Il est donc parfois nécessaire de doser ces
différentes vitamines afin de mettre en place un traitement de
substitution pour éviter une aggravation de l’anémie d’ori-
gine carentielle.
Utilisation
de l’érythropoïétine de synthèse
L’utilisation de facteurs de croissance érythroblastique, de
type érythropoïétine de synthèse (Epo), pourrait sembler
intéressante, afin de limiter les besoins transfusionnels en
activant les cellules érythroblastiques lors de la sortie d’apla-
sie. Cependant, aucune molécule de ce type n’a l’autorisa-
tion de mise sur le marché (AMM) dans le cadre du traitement
des LAM. En effet, certaines cellules tumorales de LAM
présentent à leur surface des récepteurs à l’érythropoïétine
(EpoR) et des études ex vivo ont même montré une pousse des
blastes tumoraux dans des milieux de culture contenant de
l’Epo [3]. Aussi, existe-t-il un risque d’activation du processus
tumoral et donc d’échec de la chimiothérapie par l’utilisation
de l’Epo. Il a été décrit, dans ce même ordre d’idées, après
utilisation de l’Epo dans le traitement d’une anémie sidéro-
blastique (ARSIA), la survenue d’une transformation en LAM
secondaire. Dans ce cas, les blastes tumoraux présentaient à
leur surface des EpoR [4]. Inversement, dans certains cas
difficiles de prise en charge de témoins de Jehova refusant
toute transfusion, il a été réalisé des injections d’Epo en
post-chimiothérapie avec une bonne efficacité et obtention
d’une rémission complète [5].
Aucun protocole n’est actuellement activé en France pour
définir la place éventuelle de l’administration d’Epo dans le
traitement des LAM. Les sujets jeunes de moins de 60 ans ont
un traitement de clôture par allogreffe de moelle ou par
autogreffe de cellules souches périphériques (CSP) en
absence de donneur. Cette intensification thérapeutique par
autogreffe nécessite, dès l’obtention de la rémission com-
plète, un recueil de cellules souches périphériques pour
constituer un greffon autologue. Comme cela se fait dans la
prise en charge des myélomes [6], on pourrait imaginer
réaliser une expansion érythroblastique par injection d’Epo
Hématologie, vol. 12, n° spécial 3, août 2006
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