CONFÉRENCE PHILOSOPHIQUE
“Plus l’être humain sera éclairé, plus il sera libre.”
Voltaire
L’INVENTION DE L’HOMME
Comment l’idée de l’Homme
est-elle venue aux hommes ?
CONFÉRENCE PAR ÉRIC LOWEN
Association ALDÉRAN Toulouse
pour la promotion de la Philosophie
MAISON DE LA PHILOSOPHIE
29 rue de la digue, 31300 Toulouse
Tél : 05.61.42.14.40
Site : www.alderan-philo.org conférence N°1600-163
L’INVENTION DE L’HOMME
Comment l’idée de l’Homme est-elle venue aux hommes ?
Conférence d’Éric Lowen donnée le 28/10/2008
à la Maison de la philosophie à Toulouse
Il ne suffit pas d’être humain pour comprendre ce que nous sommes. Dans notre conscience
de soi, nous nous définissons en priorité par le sexe, la profession, la nation, la religion ou
autres éléments culturels de même portée. Rarement nous posons comme fondation de notre
réalité et de notre identité l’appartenance à l’espèce humaine, à la fois comme espèce et
comme ensemble métaculturel. C’est pourtant quantitativement l’essentiel des éléments
constituant notre individualité. Cette notion est à peine émergente dans les principes
identitaires de l’humanité contemporaine. Peut-on répondre correctement à la question
philosophique “Qui suis-je” si on ne répond pas correctement à la question première du “Que
suis-je” ? Pour un autre regard sur l’Humanité et soi-même.
Association ALDÉRAN © - Conférence 1600-163 : “L’invention de l’Homme” - 19/05/2004 - page 2
L’INVENTION DE L’HOMME
Comment l’idée de l’Homme est venue aux hommes ?
PLAN DE LA CONFÉRENCE PAR ÉRIC LOWEN
L’homme n’est pas un cercle à un seul centre ;
c’est une ellipse à deux foyers.
Les faits sont l’un, les idées sont l’autre.
Victor Hugo (1802-1885)
Les Misérables, 1862
I IL NE SUFFIT PAS D’ÊTRE HUMAIN POUR COMPRENDRE LA NATURE HUMAINE
1 - L’idée de ce qu’est l’homme n’est pas naturelle en nous
2 - Nous n’avons pas les moyens spontanés de comprendre “l’humanité” en nous
3 - La nature humaine ne se perçoit pas, c’est une construction cognitive
4 - Ne pas confondre la nature humaine et l’Humanité, qui est une autre invention
II L’INVENTION DE L’HOMME
1 - Pourquoi parler d’invention et non de découverte ?
2 - L’idée de l’homme est une double création : factuelle et conceptuelle
3 - La notion actuelle d’humanité, de ce qu’est l’homme, est un fait très récente
4 - L’invention de l’idée de l’homme fut lente, collective et progressive
5 - Pendant la majorité de l’histoire, nous étions dans un roman de l’homme
6 - Une révolution épistémologique, l’entrée dans la connaissance de l’homme
7 - Connaissance est le résultat d’un effort de l’esprit humain, à l’encontre de notre spontanéisme
8 - La conséquence du développement de la pensée scientifique et de la réflexion philosophique
III QUELQUES DATES ET ÉLÉMENTS MARQUANTS DE CETTE INVENTION DE L’HOMME
1 - La discontinuité Animal / Humain, la spécificité humaine de notre nature animale
2 - La reconnaissance des facultés spécifiquement humaines dans notre nature
3 - La découverte de l’anthropodiversité et de la diversité culturelle : de 1492 aux années 1990
4 - La reconnaissance de l’altérité dans l’autre, le rôle des humanistes de la Renaissance (1550)
5 - La place de l’Être Humain dans la nature (Copernic 1543, Galillé 1609, Einstein 1905)
6 - L’Être Humain pensé comme objet de science, la recherche scientifique appliquée à l’homme
7 - Les apports de la chimie (1783) : toute vie, y compris la vie humaine, est chimie
8 - La révolution biologique : la biologie est commune aux hommes et aux animaux (de Lamarck
à Landsteiner en 1901)
9 - La découverte d’une préhistoire de l’Humanité bien avant l’Humanité présente (1849)
10 - Les origines animales de l’homme (révolution darwinienne, 1859)
11 - La naturalité, la matérialité et la corporalité de l’homme
12 - La naissance de la sociologie à la fin du 19ème siècle
13 - La révolution freudienne, la désacralisation de la conscience et de la pensée
14 - Le développement de l’anthropologie et de l’ethnologie au début du 20ème siècle
15 - L’inexistence des races (conséquence de la révolution génétique, 1953)
16 - L’égalité de tous les hommes en humanité et leur origine commune
17 - La reconnaissance de la femme, “alter égale” en humanité et en droits
18 - La reconnaissance de l’unicité de chaque individu
19 - La découverte de l’ancienneté de notre espèce (années 1960)
20 - La distinction entre l’espèce, la nature humaine et la condition humaine
21 - La conscience de l’Humanité, fait distinct de l’espèce, et de l’aventure humaine
22 - La neurologisation de la pensée, la matérialisation de l’esprit humain
23 - L’intégration de l’Humanité dans l’écosystème planétaire (principe Gaïa)
24 - Un homme qui se découvre sans dieu, naturalisé, porteur d’une novation spéciste radicale
25 - L’intégration consciente de ces données, fait nouveau et structurant de l’homo novus
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IV LES CONSÉQUENCES DE L’INVENTION DE L’HOMME
1 - Un ensemble de savoirs qui ont révolutionné notre idée de nous-mêmes et de l’Humanité
2 - L’homme n’est plus une terrae incognitae, le dévoilement de l’homme à lui-même
3 - Une acceptation de ce que nous sommes qui n’est pas évidente, elle demande un effort spirituel
4 - La remise en cause de la majorité des conceptions culturelles et des croyances religieuses
5 - Une nouvelle obligation philosophique dans la conscience de soi, de son identité et de l’Homme
6 - Une nouvelle étape dans l’aventure humaine : celle de l’homme conscient de son humanité
ORA ET LABORA
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Document 1 : La barrière culturelle est une des plus importantes à franchir dans ce cheminement à la
découverte de l’Humanité, et surtout de l’humanité de l’autre. Réfléchissons à ce texte de Claude Lévi-
Strauss.
L’attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques
solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés
dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes
culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de
celles auxquelles nous nous identifions. “Habitudes de sauvages”, «cela n'est pas de
chez nous», «on ne devrait pas permettre cela», etc., autant de réactions grossières qui
traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de
croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui
ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de
barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même
sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le
mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des
oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire
"de la forêt " évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine.
[...]
Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les «sauvages» (ou tous ceux
qu'on choisit de considérer comme tels) hors de l'humanité, est justement l'attitude la plus
marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. [...]
L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du
village ; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-
mêmes d'un nom qui signifie les «hommes» (ou parfois - dirons-nous avec plus de
discrétion ? - les «bons», les “excellents”, les «complets»), impliquant ainsi que les autres
tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine,
mais qu'ils sont tout au plus composés de «mauvais», de «méchants», de «singes de
terre» ou «d'œufs de pou». On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré
de réalité en en faisant un "fantôme" ou une «apparition». Ainsi se réalisent de curieuses
situations deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les grandes
Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols
envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non
une âme, ces derniers s'employaient à immerger des blancs prisonniers, afin de vérifier,
par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. [...]
En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou
«barbares» de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes
typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie.Claude Lévi-Strauss (1908-2009)
Race et Histoire, 1968
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