
Journal Identification = VIR Article Identification = 0459 Date: October 18, 2012 Time: 5:12 pm
éditorial
la capacité des T CD4 prélevés lors de la primo-infection
à inhiber la réplication du VIH dans des macrophages
autologues infectés, ce qui suggère une action cytotoxique
directe. Notons toutefois que le pouvoir cytotoxique des
T CD4 semble modéré par rapport à celui des cellules T
CD8 et se focalise sur les cellules exprimant un fort niveau
de molécules du CMH de classe II, nécessaires à la présenta-
tion des peptides Gag reconnus par les T CD4. Il est frappant
que, dans la cohorte étudiée par Soghoian et al., l’amplitude
des réponse T CD8 mesurée aux temps précoces ne dis-
tingue pas les groupes de patients évoluant favorablement
ou non, alors que les réponses T CD4 sont elles prédictives
d’une évolution favorable. On peut noter que les patients
de cette cohorte n’étaient pas préférentiellement porteurs
d’allèles protecteurs du CMH de classe I, tels que HLA
B57 et B27, qui sont associés à des réponses T CD8 efficaces
en primo-infection, et qui sont préférentiellement exprimés
par les patients dits HIV controllers capables de contrô-
ler spontanément la réplication du VIH sous le seuil des
50 copies d’ARN viral/mL [17]. On pourrait donc distinguer
deux classes de patients montrant une évolution favorable
de l’infection à VIH avec un groupe de patient exprimant
les allèles B57 et B27, pour qui une réponse T CD8 précoce
serait prédominante, et un second groupe de patients où
les réponses T CD4 pourraient jouer un rôle protecteur.
D’après une étude récente en modèle simien, une déplétion
partielle des lymphocytes T CD4 avant l’inoculation du
SIVmac accélère la progression de l’infection, ce qui
renforce la notion d’un rôle nécessaire de la population
T CD4 dans l’établissement des réponses antivirales [18].
Conclusion : les lymphocytes T CD4 +
contribuent au contrôle viral
par de multiples mécanismes
Il serait réducteur de limiter le rôle antiviral direct des lym-
phocytes T CD4 à leur capacité cytotoxique. Ces cellules
sécrètent également des médiateurs solubles, dont des cyto-
kines et chimiokines capables d’inhiber la réplication du
VIH. Ainsi, l’IFN-␥peut contribuer à l’induction d’ISG
agissant directement en tant que facteurs de restriction du
VIH, tels SAMHD1, APOBEC3G/F, ou la Tetherin [19, 20].
La sécrétion des -chimiokines RANTES, MIP-1␣,et
MIP-1peut mener à l’occupation et à l’internalisation
du corécepteur CCR5, inhibant ainsi l’entrée du VIH
dans ses cellules cibles [21]. De plus, les lymphocytes
T CD4 orchestrent l’aide fournie à de multiples effecteurs
du système immunitaire, en favorisant diverses fonctions
effectrices suivant leur état de différentiation : les cellules
T helper 1 (Th1) activent macrophages et cellules dendri-
tiques, et fournissent une aide spécifique aux lymphocytes
T CD8 ; les Th2 et les T follicular helper (Tfh) aident à la
maturation des lymphocytes B et à la production d’anticorps
de forte affinité ; les Th17 et les Th22 contribuent à
l’intégrité des muqueuses intestinales et au développement
de l’immunité antibactérienne et antifongique [22]. Une
fonction helper souvent sous-estimée est celle d’aide au
recrutement des cellules effectrices de l’immunité innée :
les cellules T CD4 mémoire, de par leur capacité à sécré-
ter rapidement des quantités importantes d’IFN-␥et de
TNF-␣lorsqu’elles reconnaissent leur antigène, induisent
la sécrétion de cytokines (IL-1, IL-6, IL-12) et de chimio-
kines inflammatoires (CCL2, CXCL9, CXCL10) par les
cellules présentatrices environnantes. Celles-ci recrutent à
leur tour des médiateurs de l’immunité innée comme les
cellules NK, NKT, ou les neutrophiles sur le site tissulaire
infecté [23]. À cette fonction s’ajoute le recrutement des
cellules T CD8 effectrices exprimant CXCR3, le récepteur
activé par les chimiokines CXCL9 et CXCL10 [24]. Lors
d’une infection virale aiguë activant fortement la réponse
inflammatoire via les récepteurs de motifs propres aux
pathogènes (pattern recognition receptors [PRR]), les cel-
lules T CD4 ne sont pas indispensables à l’établissement
d’une réponse T CD8 efficace car les cellules présentatrices
sont déjà activées [9]. En revanche, dans le cadre d’une
infection virale chronique, l’aide fournie par les cellules
Th1 est essentielle au maintien de réponses T CD8 effi-
caces sur le long terme. Les modèles murins d’infection
chronique suggèrent qu’en absence de T CD4 helper, les
lymphocytes T CD8 adoptent un phénotype d’épuisement,
perdent leur capacité proliférative, et sont sujets au suicide
« fratricide » par la voie de tumor-necrosis-factor related
apoptosis inducing ligand (TRAIL) [25, 26].
Le cas de l’infection à VIH est particulier, car l’induction
de fonctions T CD4 helper est contrebalancée par le fait
que les T CD4 activées représentent les cibles les plus per-
missives à la réplication du VIH. Le problème est d’autant
plus aigu que les cellules T CD4 spécifiques des antigènes
du VIH semblent préférentiellement infectées et déplé-
tées [27]. Toute stratégie vaccinale devra donc veiller à ne
pas induire un surplus de cibles T CD4, phénomène qui
pourrait expliquer l’effet facilitant observé dans certains
essais cliniques [28, 29]. D’un autre côté, l’essai vaccinal
RV144 mené en Thaïlande montre un modeste effet protec-
teur associé à l’induction de réponses T CD4 anti-VIH [30],
suggérant qu’il est possible de trouver un équilibre où les
fonctions antivirales des T CD4 prédominent sur leur effet
facilitant. Une piste serait de parvenir à induire préféren-
tiellement des cellules T CD4 effectrices à la différentiation
Th1 marquée, ces cellules semblant moins susceptibles à
l’infection par le VIH de par l’induction de facteurs de
restriction dépendants de l’interféron [31].
Conflits d’intérêts : aucun.
274 Virologie, Vol 16, n◦5, septembre-octobre 2012
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