
Institut de veille sanitaire — Maladies thyroïdiennes dans la cohorte SU.VI.MAX / p. 3
L’incidence du cancer de la thyroïde augmente depuis les années
soixante-dix en France. L’Institut de veille sanitaire a été chargé
d’identifier les facteurs de risque de cette pathologie pouvant expliquer
cette augmentation. Les pathologies thyroïdiennes de nature biologique
(hypothyroïdies et hyperthyroïdies) et morphologiques (nodules et
goitres) comptent parmi les facteurs de risque présumés du cancer
de la thyroïde. Au vu de l’augmentation observée de l’incidence de ce
cancer, l’incidence des pathologies thyroïdiennes et leurs facteurs de
risque ont été étudiés grâce aux données recueillies dans le cadre de
la cohorte "Supplémentation en vitamines et minéraux antioxydants"
(SU.VI.MAX).
L’étude SU.VI.MAX est un essai randomisé en double aveugle
vs
placebo, sur une cohorte de 12 741 sujets (femmes : 35-60 ans, hommes :
45-60 ans) testant l’efficacité d’une supplémentation en vitamines
et minéraux antioxydants à doses nutritionnelles, sur la prévention
primaire des cancers, des maladies cardiovasculaires et la mortalité.
Les bilans biologiques et cliniques réalisés dans le cadre de l’étude
SU.VI.MAX ou dans le cadre de consultations en ville, ont permis
d’identifier les sujets sains de toute pathologie thyroïdienne
à l’inclusion. Les analyses d’incidence des dysthyroïdies biologiques
ont été séparées de celles des événements morphologiques,
la date d’origine d’observation des sujets étant différente entre
ces deux types d’événements (dosages de thyréostimuline et de
thyroxine libre en 1994-1995, palpation thyroïdienne en 1995-1996).
Les analyses ont été réalisées de façon séparée par sexe et, chez les
femmes, en deux groupes d’âge (35-44 ans et 45-60 ans à l’inclusion).
Les facteurs de risque ont été analysés pour leur association avec
la survenue d’un événement thyroïdien par des analyses de survie.
La variable du groupe de supplémentation (placebo ou antioxydants)
a été forcée dans les modèles.
L’examen des 5 166 sujets ne présentant aucune dysthyroïdie en
début de suivi, a conduit à identifier 95 cas incidents d’hyper- et
d’hypothyroïdies après un suivi de 7,5 ans en moyenne. L’incidence
des dysthyroïdies a été estimée à 2 % (hommes 45-60 ans : 0,5 % ;
femmes 35-44 ans : 2,3 % ; femmes 45-60 ans : 3,6 %). Aucun
facteur de risque n’a été identifié chez les hommes, alors que
les femmes les plus âgées (45-60 ans) (Odds-ratio (OR)=1,72 ;
intervalle de confiance (IC) à 95 % : 1,10-2,69
vs
35-44 ans)
et, dans une moindre mesure, celles qui résidaient dans la région
Nord-Est (
vs
Nord-Ouest) (OR=1,81 ; IC 95 % : 0,93-3,56) étaient
à risque de connaître ce type d’événement au cours du suivi.
Les facteurs de risque d’une hypothyroïdie, chez les femmes, sont l’âge
et une consommation d’alcool supérieure à 15 g/jour, ainsi que, dans
une moindre mesure, la région de résidence, le diplôme et la gestité.
Concernant les événements morphologiques, 160 cas "incidents"
sur les 3 995 sujets sains de ce type d’événement à l’inclusion, ont
été identifiés. Après 7 années de suivi en moyenne, l’incidence
cumulée était estimée à 4,6 % (hommes 45-60 ans : 2,2 % ; femmes
35-44 ans : 4,9 % ; femmes 45-60 ans : 7,4 %). L’incidence estimée
pour les nodules était de 3,9 % (hommes 45-60 ans : 2,0 % ; femmes
35-44 ans : 3,7 % ; femmes 45-60 ans : 6,7 %), et 0,6 % pour les goitres.
Un niveau élevé de thiocyanate, marqueur d’un tabagisme actif ou
passif (OR=0,51 ; IC 95 % : 0,29-0,89), et la prise d’un contraceptif
(OR=0,46 ; IC 95 % : 0,23-0,91) étaient des facteurs protecteurs
chez les femmes. Chez les hommes, un niveau élevé de thiocyanate
(OR=2,05 ; IC 95 % : 1,16-3,62) était positivement associé à
l’incidence, tandis qu’un niveau d’iode urinaire élevé semblait plutôt
protecteur (OR=0,52 ; IC 95 % : 0,27-1,01).
L’incidence et les facteurs associés aux dysthyroïdies biologiques
sont cohérents avec les données d’études conduites dans d’autres pays.
Peu d’études relatives aux événements thyroïdiens morphologiques ont
été conduites au niveau international et les facteurs de risque décrits
dans notre population mériteront des investigations complémentaires.
Ces données, non disponibles jusqu’à présent en France, sont utiles
pour l’identification d’éventuels excès de risques d’affections
thyroïdiennes localement.
Résumé