
capital) devrait être abaissé à un niveau tel qu’il ne pourrait couvrir que l’amortissement du
capital et une prime de risque raisonnable.
Pour Keynes, la baisse des taux d’intérêt mènerait progressivement à l’euthanasie du rentier,
c’est-à-dire à la disparition de la classe des capitalistes oisifs, c’est-à-dire les capitalistes qui
touchent des revenus de capital (intérêts, dividendes) sans être eux-mêmes impliqués dans la
gestion des entreprises (l’entrepreneur). Cette révolution, cette disparition, se ferait de façon tout
à fait pacifique, de façon graduelle, au cours d’une période de transition.
Keynes laisse sous-entendre, mais ce n’est pas clair, que les intérêts/dividendes pourraient être
taxés plus fortement que les revenus provenant de la gestion et l’administration des entreprises
financières ou non-financières.
III
Pour atteindre le plein emploi, il faut une propension à consommer suffisamment élevée, mais
Keynes doute que la seule politique monétaire (par la fixation de faibles taux d’intérêt) ou même
la politique fiscale soit suffisante pour parvenir au plein emploi. Il faut donc aussi que
l’investissement soit suffisamment élevé (dans l’équation déterminant le PIB, on a : Y = I/(1-b),
avec b la propension à consommer). Pour s’assurer que I soit suffisamment élevé, Keynes pense
qu’il faut “une assez large socialisation de l’investissement”. Il n’est pas clair ce que Keynes veut
dire par là. Veut-il dire que le gouvernement devra offrir de fortes subventions pour inciter les
entreprises à investir davantage; veut-il dire que le gouvernement va forcer, par législation, les
entreprises à investir davantage; signifie-t-il que le gouvernement doit investir massivement dans
des infrastructures publiques qui autrement auraient pu être laissées aux mains du secteur public?
Keynes prétend que la fixation des taux d’intérêt et la socialisation de l’investissement sont
suffisants pour parvenir au plein emploi. Il n’est pas nécessaire d’étatiser la propriété des moyens
de production (nationaliser les entreprises, faire de toutes les entreprises des entreprises d’État,
comme en Union Soviétique), et il n’est pas nécessaire d’imposer un régime totalitaire qui
régirait toute la vie privée (comme dans l’Allemagne nazie). Keynes propose donc une troisième
voie, qui préserve la liberté individuelle et l’initiative privée, tout en donnant un rôle important à
l’État. Il faut néanmoins élargir les fonctions de l’État.
Dans cette section, Keynes concède beaucoup à la théorie traditionnelle. Il affirme que la théorie
néoclassique reprend tous ses droits une fois que l’économie se retrouve au plein emploi
(notamment une épargne plus forte va alors permettre une croissance plus rapide), et qu’il n’a
“rien à objecter” à la théorie néoclassique sur le plan de la répartition du revenu, l’allocation des
ressources, la nécessité de la concurrence parfaite, la cohérence entre les intérêts individuels et
les intérêts collectifs. L’économie capitaliste gère très bien l’allocation des ressources et de la
production existante; son problème c’est que le niveau de production est trop faible
(L’affectation des gens employés est correcte, le problème c’est que la théorie néoclassique n’a
rien à dire sur les millions de gens inemployés et sur l’insuffisance de la demande globale).