L`état congolais à l`épreuve de l`actuelle crise financière et

70 I Dounia N° 2
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P M’B T
Lcrise nancière doublée
de la crise économique, dont lori-
gine e située vers aux États-Unis,
principalement du seeur bancaire
privé, frappe de plein fouet les pays du
monde à des degs divers et ne cesse de
faire couler beaucoup dencre et de sa-
live. Cette crise mondiale (on n’a rien vu
de tel depuis la crise économique de 
qui avait amené un crash boursier mon-
dial), venant allonger davantage la lie
des grands problèmes mondiaux, ne peut
être eompée voire vaincue sans une in-
tervention de lÉtat – certes une certaine
opinion veut que l’État soit aussi respon-
sable de lavènement de cette crise.
Atténuer les eets de la crise ou en
envisager les possibles voies de sortie,
écarter la crise en excluant l’État dans
une telle démarche e une gageure.
N’en déplaise aux tenants des thèses
globalies qui s’eorcent de démontrer
le déclin sinon le déclassement de l’État.
Ils crivent, à linar de Kenichi Oh-
mae, un monde autonome par rapport
aux États, « suivant sa logique propre,
organisé par les biais de l’économie et
déconneé des clivages nationaux». Si-
non, ils clarent carrément la mort de
l’État.
LÉtat, aeur rationnel, internatio-
nal, le plus privilég et le plus impor-
tant, devenu depuis le milieu du e
siècle lunité sociopolitique territoriale
de base du syème international, e, en
tant que tel, géré par une entité politique
qui détient ce que Max Weber a appelé
le monopole de la contrainte organi-
sée, «car il e le seul («monopole») à
pouvoir édier des règles de droit et à
les faire respeer, au besoin par la force
(«contrainte»), et cela tout à fait ociel-
cembre 2009 l 71
lement («organisée»), tant sur le plan
intérieur (police) que vis-à-vis de lex-
térieur (armée), condition de lindépen-
dance nationale ou souveraineté».
Cependant, nous devons à la vérité
de reconnaître que la mondialisation
a remis sur le tapis les débats concer-
nant: le rôle et la capacité de l’État; la
notion de souveraineté ; limportance
de la place occupée par dautres aeurs
internationaux et surtout la pertinence
du maintien de la diance entre lexté-
rieur et lintérieur. Et dans cette optique,
Pierre de Sernaclens s’interroge: «lÉtat,
écrit-il, garde souvent le monopole de la
coercition intérieure, mais son autono-
mie politique dans la sphère économique
et sociale en particulier tend aujourdhui
à se trécir, car il ne peut défendre ses
intérêts sans développer des seaux de
coopération internationale».
A propos de cette souveraineté, Phi-
lippe Bretton en donne la signication :
• Dire de cette souveraineté
qu’elle epermanente veut dire qu’elle
ne peut pas être aliénée par un ae ju-
ridique quelconque. Ajouter qu’elle e
intégrale implique une volonté de radi-
calisation.
• Préciser qu’elle s’exerce non
seulement sur les ressources naturelles
mais aussi sur les richesses et les aivités
économiques a pour conséquence qu’elle
s’étend à lensemble de lappareil écono-
mique de produion, dont une partie e
souvent détenue, au moment de lacces-
sion à lindépendance, par des intérêts
étrangers, publics ou privés.
• Insier sur la notion de com-
pétence nationale en la matière, c’e
armer que chaque État a le droit de
réglementer les inveissements étran-
gers comme bon lui semble, et surtout
de procéder à des transferts de propriété,
la plupart du temps sous forme dexpro-
priation ou de nationalisation, en ex-
cluant toute référence au droit interna-
tional tant du point de vue des sources
de droit applicable (traités coutumiers,
principes généraux du droit) que des
modes de règlement des litiges».
Armer ainsi la souveraine n’e pas
la poser en absolu infeible. Elle e re-
lative autant en théorie qu’en pratique.
La souveraineté de chaque État ne
peut être que relative dans cet aréopage
étatique les États sont souverains et
égaux. LÉtat exerce sa souveraineté sur
le plan aussi bien national qu’interna-
tional. Dans ce dernier cas, cette sou-
veraineté permet à l’État de se détermi-
ner librement, sans inuence extérieure,
dentrer en relation avec les autres États,
de se soumettre à des règles juridiques
acceptées dun commun accord, sans les-
quelles il n’y aurait aucune sécurité dans
les relations juridiques internationales.
Elle elimitée par certains principes,
notamment linterdiion du recours à la
force, la proteion internationale des
droits de lhomme, dune part, et la si-
tuation dinterdépendance, dautre part,
qui oblige ainsi les États à coopérer selon
des modalités diverses. La communauté
des États et les lois internationales af-
feent ou réduisent la souveraineté des
États. Lintervention armée dun État
sur le territoire dun autre État réduit la
souveraineté de ce dernier. Certaines at-
teintes à la souveraineté des États peuvent
être juiées par des raisons humanitaires.
Le syème économique mondial do-
minant esans contee, le capitalisme
que les démocraties libérales appliquent,
cela va de soi.
La démocratie libérale e un sys-
tème de gouvernement dans lequel les
élus (représentants du peuple) doivent
L’État congolais à l’épreuve de l’actuelle crise financière et économique mondiale
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rendre compte de leurs cisions aux
citoyens ; un syème qui fonionne
conformément à un certain nombre de
principes, notamment lexience dune
opposition initutionnalisée et dun
pouvoir judiciaire indépendant, ainsi
que dune libre compétition économique,
une liberté dexpression et de croyance.
Les États à régime démocratique
conituent lidéal vers lequel devraient
tendre (ou tendent) tous les États du
monde. Les démocraties libérales per-
mettent de transcender les inins de
violence et initutionnalisent les normes
qui pacient les relations internationales.
Il n’e pas queion ici de l’État tel
que vu par les ultralibéraux.
Ainsi, un État sera considéré comme
démocratique quand il aura vécu au
moins un changement de l’équipe di-
rigeante à la suite déleions libres et
jues, quand on y reconnaîtra limpor-
tance des ruures initutionnelles,
notamment la réglementation qui en-
cadre laivité économique et le lea-
dership de l’État.
SITUATION PARTICULIÈRE DE LA RDC
La République Démocratique du
Congo (RDC) e le troisième plus vae
pays dAfrique derrière le Soudan et lAl-
gérie et le plus peuplé dAfrique centrale.
Ce le pays le plus peuplé de la fran-
cophonie avec une population eimée
à plus de  millions dhabitants. Elle
e également appelée « Congo-Kins-
hasa» pour la diérencier de son voisin,
la République du Congo ou « Congo-
Brazzaville », ou encore simplement
Congo quand la situation ne prête pas à
confusion. Cétait autrefois le «Congo-
opoldville», de lancien nom de sa ca-
pitale, Kinshasa. Il a également porté le
nom de Zaïre de à . Ceune
ancienne colonie belge.
Elle fait partie des pays les moins
avancés. Sa ruure économique e
comparable à celle des autres pays de
lAfrique centrale, essentiellement ex-
traive (basée sur lexportation des ma-
tières premières extraites de son sous-
sol), mais moins compétitive.
La Générale des carrières et des
mines (Gécamines), avec une conces-
sion minière de plus de  kpour
le cuivre, était la principale entreprise
minière du pays et fournissait en 
environ  des recettes budgétaires
de l’État et   de ses recettes dex-
portation. Elle jouait un rôle social et
économique important pour beaucoup
de PME se trouvant dans sa périphérie.
Pendant plus de  ans, cette entreprise
a été le moteur de léconomie. Elle était
citée parmi les plus grands employeurs
de la RDC. À côté de ce ant, on
trouvait des groupes de moindre im-
La RDC en chiffres
* D’immenses richesses : cuivre, cobalt,
zinc, uranium, argent, or et diamant.
* Production minière : 20 000 tonnes
de cuivre produites en 2004 contre
470000 tonnes en 1985.
* 60% du budget de la RDC est finan
par la Communauté internationale.
* PIB par habitant : 113 dollars en 2004,
en diminution de 70% depuis vingt-cinq
ans.
* Dette extérieure : plus de 12 milliards
de dollars en 2005.
* 90% de la population vit en dessous
du seuil de pauvreté.
Placide M’Banga Tshibaka
cembre 2009 l 73
L’État congolais à l’épreuve de l’actuelle crise financière et économique mondiale
portance : Zaïre-Étain (détenu à -
par l’État et par omines belge) qui
exploitait la cassitérite (aujourdhui dis-
parue) ; lOce des mines de Kilo-Moto
(société dÉtat) assurant lextraion de
lor ; la société congolaise Miba celle du
diamant.
Mais, aujourdhui, la réalité n’e
plus la même. La Gécamines a été dé-
chue, la produion minière indurielle
s’eeondrée avec elle. Sa produion
en cuivre e passée de  tonnes
avec un prix de  USD la tonne (en
) à   tonnes avec un prix de
 USD la tonne (en ) entraînant
des conséquences graves sur léconomie
et sur la situation sociale.
Selon l’Organisation des Nations
unies pour lalimentation et lagricul-
ture (FAO), les exportations agricoles
ne représentaient environ que  du
PIB en , contre en . Ja-
dis orissant, avec une produion plus
réduite, le seeur agricole auel de la
RDC – totalement paralysé – connaît
une ahénie de produivité conduisant
de la population congolaise à vivre
dans linsécurité alimentaire, les impor-
tations de denrées alimentaires (produits
de première nécessité) augmentent et les
exportations des produits de rente bais-
sent. La produion s’een eet réduite
depuis quelques années à des aivités de
subsiance malgdes conditions natu-
relles favorables (environ  des terres
arables bénécient dune saison cultu-
rale de plus de huit mois dans lannée.
De plus, du territoire national sont
de terres agricoles dont seulement
sont mises en valeur).
Ce problème seoriel, partiellement
là la faiblesse de la produivité, relève
de problèmes daccès au marché, déva-
cuation des produits, de conservation,
de la perte de main-dœuvre agricole
(suite aux conits et aux maladies en-
démiques) et de semences de qualité, de
lutilisation de techniques inappropriées,
et du manque dinruments de travail
adéquats.
Ce dans ces conditions que la crise
a surpris léconomie congolaise déjà en
diculté, mieux en crise.
Étant donné que la récente crise a des
eets sur dautres marchés, comme celui
des matières premières, il va de soi que
léconomie congolaise, essentiellement
extravertie, mise à mal depuis des an-
nées, e davantage mise à genoux, car
son économie e tributaire des ventes
de matières premières, comme dailleurs
larme Bienvenue Marie Bakuma-
nya:«Laivité minière e à la limite de
la récession. Il se conate une diminution
de laivité. Anvil Mining a déjà licencié
 travailleurs des fermes Kinsevere et
Kolwezi. Les employés sud-africains ont
été rapatriés. Quant à MCK, il a fermé
ses fours de Kolwezi et de Lubumbashi.
Ses aivités en faveur dAnvil Mining
à Kinsevere sont arrêtées. Camec cesse
également dopérer dans le Katanga, tout
comme Boss Mining a arrêté lexploita-
tion minière. Cette rme s’aive présen-
tement à épuiser son ock.
Pour CMSK (Forre), la fermeture
serait projetée pour le er janvier au plus
tard. Pour ce qui e de EGMF,  em-
ployés ont déjà été licenciés à Lubum-
bashi. En attendant une évolution de
la conjonure, les deux gros chantiers
prévus au Katanga pour , à savoir
le concentrateur de Kinsenda et le uo-
solide de Luilu, étant annus, des inter-
rogations sur l’avenir d’autres aivités
éclatent.»
Le commerce extérieur du pays e
perturbé et les données reprises dans le
74 I Dounia N° 2
tableau ci-dessus seront sensiblement -
duites à la baisse.
Les États-Unis se retrouvent dans
la colonne des importations de la RDC
en e position derrière lAfrique du Sud,
la Belgique, la France mais avant lAl-
lemagne. Par contre, dans la colonne
des exportations, les États-Unis sont
absents, mais la Belgique e en tête de
peloton avec ,, suivie par un autre
pays européen, la Finlande. Ces deux
derniers pays du Nord, frappés par la
crise, ne peuvent que réduire le volume
des importations de matières premières
venant de la RDC. Le Zimbabwe éga-
lement.
POSSIBLES VOIES DE SORTIE,
DES RAISONS DESPÉRER
La RDC eun pays aux ressources
fossiles aussi colossales qu’indispen-
sables à lindurie des pays riches (Hi-
Tech et autres). Elle possède des gise-
ments contenant une cinquantaine de
minerais recensés, mais seulement une
douzaine de ces derniers e exploitée:
le cuivre, le cobalt, largent, luranium, le
plomb, le zinc, le cadmium, le diamant,
lor, létain, le tungène, le manganèse
et quelques métaux rares comme le col-
Commerce exrieur
tan. Elle extrait également de son sous-
sol des diamants. Lesserves sont très
importantes. Ainsi, le pays possède la
deuxième réserve mondiale en cuivre
avec  du total recensé sur la pla-
te et surtout les plus importantes
serves de cobalt (ps de  ). Les
recettes d’exportations atteignaient en
 environ un milliard de dollars
américains.
L’agriculture ree le principal seeur
de léconomie, représentant ,  du
PIB en . Les principales produions
exportées sont le ca, lhuile de palme,
le caoutchouc, le coton, le sucre, le thé et
le cacao, tandis que les cultures vivrières
concernent essentiellement le manioc, la
banane plantain, le maïs, larachide, et
le riz. Environ des terres arables
bénécient dune saison culturale de
plus de huit mois dans lannée. De plus,
 du territoire national sont des terres
agricoles dont  seulement sont mises
en valeur. En , lagriculture occupait
  de la population aive.
Ces performances peuvent être at-
teintes aujourdhui, voire dépassées si
lenvironnement international s’y prête.
LÉtat congolais, pour lutter contre la
faim, a lobligation de reformer le sec-
teur agricole en le dotant dun budget
susant et dune infraruure appro-
Exportations 346 milliards de dollars Importations 1,417 million de dollars (2002)
Biens exportés Cuivre, Cobalt, Coltan,
Diamant, Electricité... Biens importés Biens de consommation, Biens
d'équipements...
Principaux clients
Belgique 42,5 %,
Finlande 17,8 %,
Zimbabwe 12,2 %,
Chine 6,5 %
(2004)
Principaux
fournisseurs
Afrique du Sud 18,5 %,
Belgique 15,6 %,
France 10,9 %,
États-Unis 6,2 %,
Allemagne 5,9 %,
Kenya 4,9 %
Placide M’Banga Tshibaka
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