L’Encéphale
(2012)
38,
318—328
Disponible
en
ligne
sur
www.sciencedirect.com
journal
homepage:
www.em-consulte.com/produit/ENCEP
PSYCHIATRIE
DE
L’ENFANT
Anomalies
électroencéphalographiques
paroxystiques
et
troubles
spécifiques
du
langage
de
l’enfant
:
vers
un
modèle
neurodéveloppemental
?
Abnormal
electroencephalography
results
and
specific
language
impairment:
Towards
a
theoretical
neurodevelopmental
model?
M.
Lévy-Rueffa,,
M.
Bourgeoisb,
A.
Assousc,
B.
Beauquier-Maccotac,d,
E.
Boucheronc,
C.
Clouardc,
S.
Dondéc,
O.
Fostinic,
P.
Pinotc,
A.
Mosserc,
G.
Rittoric,
C.
Soufflete,
L.
Vaivre-Douretd,
B.
Golsec,d,
L.
Robelc,d
aService
de
pédopsychiatrie,
intersecteur
6,
hôpital
Sainte-Anne,
1,
rue
Cabanis,
75014
Paris,
France
bDépartement
de
neurologie
infantile,
hôpital
Necker—Enfants-Malades,
AP—HP,
149-161,
rue
de
Sèvres,
75015
Paris,
France
cService
de
psychiatrie
de
l’enfant
et
de
l’adolescent,
hôpital
Necker—Enfants-Malades,
AP—HP,
149-161,
rue
de
Sèvres,
75015
Paris,
France
dInserm
U669
PSIGIAM,
maison
de
Solenn,
97,
boulevard
de
Port-Royal,
75679
Paris
cedex
14,
France
eLaboratoire
d’explorations
fonctionnelles
neurologiques,
hôpital
Necker—Enfants-Malades,
149-161,
rue
de
Sèvres,
75015
Paris,
France
Rec¸u
le
4
aoˆ
ut
2011
;
accepté
le
10
octobre
2011
Disponible
sur
Internet
le
24
janvier
2012
MOTS
CLÉS
Langage
;
EEG
;
Psychiatrie
;
Développement
psychomoteur
;
Développement
neurologique
Résumé
Les
troubles
spécifiques
du
langage
(TSLO)
sont
fréquemment
associés
à
des
ano-
malies
paroxystiques
infracliniques
observées
sur
l’électroencéphalogramme.
L’objectif
de
ce
travail
d’analyse
rétrospective
des
dossiers
de
35
enfants
atteints
d’un
trouble
spécifique
du
langage
est
de
déterminer
quelle
proportion
présente
des
anomalies
paroxystiques
électroencé-
phalographiques
(EEG),
de
les
décrire
et
d’étudier
leur
association
à
certaines
caractéristiques
anamnestiques,
cliniques,
paracliniques
et
évolutives.
Dans
cette
population
d’enfants
âgés
de
quatre
à
sept
ans,
comportant
49
%
de
patients
atteints
de
TSLO
de
type
expressif
et
51
%
de
type
réceptif,
49
%
des
enfants
présentent
des
anomalies
EEG.
Très
fréquentes,
elles
sont
essentielle-
ment
localisées
à
gauche
et
dans
deux
régions
:
temporo-occipitale
(60
%)
et
frontorolandique
(30
%).
On
observe
une
atteinte
de
la
dimension
phonologique
du
langage
significativement
plus
importante,
un
nombre
significativement
plus
important
de
retards
d’acquisition
de
la
marche
et
de
la
propreté
et
une
fréquence
accrue
(quoique
non
significative
statistiquement)
Auteur
correspondant.
Adresse
e-mail
:
(M.
Lévy-Rueff).
0013-7006/$
see
front
matter
©
L’Encéphale,
Paris,
2012.
doi:10.1016/j.encep.2011.12.008
Troubles
spécifiques
du
langage
et
anomalies
électroencéphalographiques
319
d’anomalies
psychomotrices.
La
fréquence
de
telles
anomalies
suggère
qu’elles
puissent
refléter
des
particularités
physiopathologiques
associées
aux
TSLO.
On
peut
ainsi
envisager
pour
les
TSLO
un
modèle
théorique
neurodéveloppemental,
comme
pour
les
troubles
envahissants
du
développement
et
la
schizophrénie.
©
L’Encéphale,
Paris,
2012.
KEYWORDS
Specific
language
disorders;
Vulnerable
population;
Electroencephalo-
graphy;
Child
development
Summary
Background.
Specific
language
impairment
(SLI)
is
a
primary
developmental
disorder
in
which
language
is
significantly
more
impaired
than
other
developmental
domains.
Abnormal
elec-
troencephalographic
recordings
without
clinical
seizures
are
often
observed.
The
aim
of
this
retrospective
study
was
to
characterize
the
frequency
of
these
abnormalities,
to
describe
them
and
to
analyze
their
association
with
anamnestic,
clinical,
paraclinical
and
evolution
characteristics.
Methods.
The
cases
of
35
children
with
a
diagnosis
of
SLI,
who
also
underwent
electroence-
phalography
and
MRI,
were
systematically
reviewed
retrospectively.
Results.
In
this
population,
aged
between
4
and
7
years,
49%
(n
=
17)
of
patients
exhibited
a
specific
expressive
language
disorder
and
51%
(n
=
18)
a
specific
receptive
disorder.
Forty-
nine
percent
of
the
children
featured
abnormal
electroencephalography
results.
Abnormalities
were
essentially
localized
on
the
left
side
of
the
brain
and
in
two
specific
regions:
the
temporo-
occipital
(60%)
and
the
frontorolandic
(30%)
regions.
The
groups
with
and
without
abnormalities
were
compared
statistically
with
each
other
in
terms
of
clinical,
paraclinical
and
evolution
characteristics.
Evolution
data
were
available
for
24
patients
through
a
telephone
interview
and
for
nine
patients
through
a
new
complete
language
evaluation.
The
comparison
of
the
two
groups
showed
significant
differences
in
terms
of
severity
of
the
phonological
disorder,
a
higher
number
of
delayed
acquisition
of
walking
and
cleanliness
and
a
higher
range
of
non
specific
psychomotor
difficulties.
Discussion.
A
large
proportion
of
children
suffering
from
SLI
present
abnormal
electroence-
phalography
recordings
with
no
clinical
seizures.
This
rate
is
much
higher
than
in
the
general
population
and
the
abnormalities
are
essentially
localized
on
the
left
side
of
the
brain
in
regions
known
for
their
specific
role
in
language
development.
These
abnormalities
are
more
frequent
in
children
with
a
severe
phonological
disorder,
suggesting
that
they
may
share
common
pathophysiological
features
with
SLI.
Conclusion.
The
presence
of
EEG
abnormalities
in
a
large
group
of
patients
suffering
from
SLI
associated
with
minor
neurological
abnormalities
suggests
a
possible
theoretical
neurodevelop-
mental
model.
Minor
neurodevelopmental
abnormalities,
genetically
transmitted
or
acquired
during
the
pre-
or
perinatal
period,
may
create
vulnerability
towards
SLI.
This
vulnerability,
in
conjunction
with
environmental
influences
such
as
family
environment,
linguistic
stimuli,
exposure
to
multiple
languages,
or
transitory
hearing
loss,
might
take
the
form
of
SLI.
This
hypothesis
underlines
the
importance
of
prevention
and
early
detection
of
SLI
when
identifying
vulnerable
subjects.
Monitoring
the
family
early
through
parental
guidance
and
early
school
support
would
facilitate
the
acquisition
of
language.
©
L’Encéphale,
Paris,
2012.
Introduction
Les
retards
de
langage
représentent
un
des
principaux
motifs
de
consultation
en
pédopsychiatrie.
Le
diagnostic
de
trouble
spécifique
du
langage
est
retenu
lorsque
le
retard
de
lan-
gage
n’est
pas
inscrit
dans
une
autre
pathologie,
tel
qu’un
trouble
envahissant
du
développement,
un
retard
mental,
un
retard
simple
de
parole
et
de
langage
ou
un
trouble
isolé
de
l’articulation.
Ajuriaguerra,
en
1958
[1],
a
décrit
sous
le
terme
d’
«
audimutité
»
le
concept
de
«
dysphasie
»,
terme
remplacé
dans
la
littérature
internationale
[2]
par
la
notion
de
trouble
spécifique
du
langage
(TSLO).
Il
s’agit
d’un
trouble
structurel,
primaire
et
durable
de
l’apprentissage
et
du
développement
du
langage
oral.
Les
TSLO
sont
fré-
quents
puisqu’ils
concernent
1—7
%
de
la
population
dans
les
pays
développés
[3,4]
avec
un
sex-ratio
défavorable
pour
les
garc¸ons.
Considérant
l’importance
du
langage
pour
le
développement
cognitif,
affectif,
social
et
instrumental,
l’adjectif
«
spécifique
»
ne
doit
pas
être
compris
de
fac¸on
restrictive
puisqu’on
retrouve
chez
les
enfants
présentant
un
TSLO
une
prévalence
beaucoup
plus
élevée
de
troubles
dans
ces
différents
domaines.
Les
TSLO
concernent
un
groupe
hétérogène
de
patients
selon
l’étendue
et
la
gravité
des
symptômes
qu’ils
pré-
sentent.
La
classification
internationale
des
maladies
et
des
problèmes
de
santé
(CIM
10
[2])
distingue
:
le
trouble
de
l’acquisition
du
langage
de
type
expressif
(F80-1)
dans
lequel
les
capacités
de
l’enfant
à
utiliser
le
langage
oral
sont
nettement
inférieures
au
niveau
corres-
pondant
à
son
âge
mental,
mais
la
compréhension
du
langage
se
situe
dans
les
limites
de
la
normale
;
le
trouble
de
l’acquisition
du
langage
de
type
récep-
tif
(F80-2)
dans
lequel
les
capacités
de
l’enfant
à
320
M.
Lévy-Rueff
et
al.
comprendre
et
à
exprimer
le
langage
sont
inférieures
au
niveau
correspondant
à
son
âge
mental.
L’évolution
à
court,
moyen
et
long
terme
des
TSLO
est
mal
connue,
mais
elle
est
habituellement
considérée
comme
sévère
[5].
Les
liens
entre
troubles
des
acquisitions
et
des
appren-
tissages
et
épilepsie
sont
décrits
depuis
longtemps.
Dès
1964,
Gibbs
et
al.
prenaient
soin
d’établir
des
corré-
lations
entre
les
données
électroencéphalographiques
(EEG)
et
des
troubles
psychiatriques
et
cognitifs
[6].
L’épilepsie
peut,
en
effet,
être
associée
à
certains
déficits
cognitifs
et
notamment
à
des
difficultés
d’acquisition
du
langage,
qu’il
s’agisse
d’une
épilepsie
symptomatique
frontale
ou
temporale,
ou
d’une
épilepsie
idiopathique.
Certaines
ano-
malies
chromosomiques
peuvent
être
associées
à
des
crises
d’épilepsie
et
à
des
troubles
langagiers.
L’épilepsie
à
pointes
centrotemporales
(ECPT)
est
consi-
dérée
comme
l’épilepsie
partielle
idiopathique
la
plus
fréquente
chez
l’enfant.
D’évolution
favorable,
elle
peut
néanmoins
s’accompagner
de
troubles
cognitifs,
touchant
plus
particulièrement
le
langage
[7]
:
troubles
d’acquisition
du
langage
et
troubles
de
la
motricité
buccale
[8,9].
Ces
troubles
sont
plutôt
observés
dans
les
formes
actives
d’épilepsie
à
pointes
centrotemporales
et
sont
en
relation
avec
la
fréquence
des
paroxysmes,
l’apparition
de
foyers
multiples
et
leur
activation
dans
le
sommeil
[7,10]
;
ils
tendent
à
se
normaliser
à
long
terme.
Une
forme
particulière
associant
EPCT
et
atteinte
neuropsychologique
a
été
indi-
vidualisée
sous
l’appellation
d’épilepsie
partielle
bénigne
atypique
(EPBA)
par
Aicardi
et
Chevrie
en
1982
[11],
compor-
tant
des
crises
avec
absences
atypiques
et
avec
myoclonies
et
des
anomalies
EEG
abondantes.
Ces
formes
actives
d’épilepsie
à
pointes
centrotempo-
rales
peuvent
d’ailleurs
parfois
évoluer
vers
l’épilepsie
avec
pointes
ondes
continues
pendant
le
sommeil
lent
(POCS)
ou
le
syndrome
de
Landau-Kleffner
(SLK),
spécifi-
quement
associés
à
des
troubles
du
langage.
Le
syndrome
de
POCS
décrit
initialement
sous
le
terme
d’état
de
mal
électrique
pendant
le
sommeil
lent
[12]
représente
un
tableau
électroclinique
parfaitement
défini
par
des
crises
partielles
relativement
rares,
généralement
nocturnes
et
par
la
survenue
dès
l’endormissement
de
pointes
ondes
diffuses
continues
ou
subcontinues.
Les
POCS
sont
asso-
ciées
à
une
atteinte
neuropsychologique
portant
sur
le
langage
[13].
Le
SLK
est
caractérisé
par
de
rares
crises
épileptiques,
mais
surtout
par
la
présence
de
pointes
tem-
porales
et
d’anomalies
paroxystiques
subcontinues
dans
le
sommeil
sur
l’hémisphère
concerné
[14,15]
dont
on
pense
qu’elles
pourraient
expliquer
l’aphasie
acquise
[16],
puisque
la
régression
des
symptômes
cliniques
suit
celle
des
anoma-
lies
électriques.
Il
faut
aussi
évoquer
les
crises
épileptiques
operculaires,
rapportées
en
1987
par
Fejerman
et
Di
Biasi
[17]
et
plus
récemment
par
Salas-Puig
et
al.
[18]
:
ces
enfants
présentent
une
apraxie
buccofaciale,
une
dysarthrie
avec
parfois
des
secousses
péri-orales
occasionnelles,
sans
trouble
de
vigilance,
ni
de
compréhension
et
des
décharges
critiques
operculaires.
Ces
observations
nous
ont
incités
à
nous
poser
la
question
du
lien
éventuel
entre
TSLO
et
anomalies
éléctroencé-
phalographiques
(EEG).
En
effet,
les
troubles
du
langage
peuvent
être
associés
à
des
anomalies
EEG
sans
que
n’existe
une
véritable
épilepsie.
La
relation
entre
ces
décharges
paroxystiques
infracliniques
et
certains
troubles
cognitifs
transitoires
a
été
mise
en
évidence,
remettant
en
question
leur
nature
«
infraclinique
»
[19—21].
Ainsi,
de
nombreux
auteurs
ont
rapporté
l’existence
d’anomalies
paroxystiques
chez
des
enfants
porteurs
de
TSLO
et
indemnes
de
crises
cli-
niques
[16,22].
Certaines
études
ont
relaté
une
fréquence
très
élevée
des
anomalies
EEG
dans
les
TSLO,
jusqu’à
50
%
[23,24].
D’autres
travaux
plus
récents
ont
rapporté
des
taux
plus
faibles
[25,26],
31,5
%
sur
111
enfants
âgés
de
deux
à
dix
ans
[26].
Lorsqu’elles
sont
retrouvées,
ces
anomalies
sont
le
plus
souvent
polymorphes
[16]
et
localisées
à
gauche
[24].
Les
auteurs
décrivent
un
rôle
activateur
du
sommeil
carac-
térisé
par
un
plus
grand
nombre
d’anomalies
paroxystiques
nocturnes
[27,28].
Les
TSLO
sont
donc
fréquemment
associés
à
des
anomalies
paroxystiques
électroencéphalographiques
infra-
cliniques,
notamment
dans
le
sommeil.
La
question
se
pose
du
lien
entre
ces
anomalies
et
les
troubles
du
langage,
d’autant
que
la
physiopathologie
de
ces
anomalies
et
leur
association
à
certains
critères
cliniques
voire
pronostiques
reste
encore
méconnue.
L’objectif
de
ce
travail
original
est
d’identifier
quelle
proportion
des
enfants
atteints
de
TSLO
présente
des
anomalies
paroxystiques
électroencéphalographiques,
de
décrire
ces
anomalies
et
de
déterminer
si
elles
sont
asso-
ciées
à
certaines
caractéristiques
anamnestiques,
cliniques,
ou
pronostiques.
Sujets
et
méthode
Sujets
Le
centre
référent
langage
de
l’hôpital
Necker
rec¸oit
des
enfants
âgés
de
moins
de
sept
ans
pour
une
évaluation
mul-
tidisciplinaire
et
paraclinique
(EEG
de
veille
et
de
sieste,
bilan
ORL
avec
audiogramme,
IRM).
L’évaluation
comporte
des
temps
de
bilan
psychologique,
orthophonique,
psychomoteur
et
des
temps
d’observation
informelle.
Le
diagnostic
est
établi
de
manière
consen-
suelle
entre
les
différents
professionnels
et
formulé
selon
les
classifications
de
la
CIM
10,
aux
parents
comme
aux
pro-
fessionnels
qui
suivent
l’enfant.
Les
enfants
ont
tous
bénéficié
d’une
évaluation
psycho-
métrique
par
le
WPPSI-R,
confirmant
la
dissociation
entre
compétences
verbales
et
non
verbales.
Les
cinq
dimensions
du
langage
(phonologie,
expression
et
compréhension
lexicale,
expression
et
compréhension
syntaxique)
ont
été
évaluées
par
des
tests
standardisés
et
normés.
Le
bilan
orthophonique
comprend
plusieurs
épreuves
:
le
BEPL-A
[29]
pour
les
praxies
buccofaciales,
l’ELO
[30]
pour
l’évaluation
de
la
phonologie,
du
lexique
et
de
la
morphosyntaxe,
les
épreuves
de
la
N-EEL
[30]
pour
la
pho-
nologie,
le
lexique,
l’expression
spontanée
et
la
mémoire
auditivo-verbale
et
l’EVALO
[31]
pour
l’évaluation
phoné-
tique,
phonologique,
de
la
morphosyntaxe,
de
l’attention,
des
gnosies
auditivo-verbales
et
des
praxies
buccofaciales.
Afin
d’homogénéiser
les
résultats
des
différents
tests
exprimés
en
termes
de
déviation
standard
ou
d’équivalent
Troubles
spécifiques
du
langage
et
anomalies
électroencéphalographiques
321
d’âge
selon
les
tests,
nous
avons
converti
tous
les
résultats
en
équivalent
d’âge
et
calculé
la
différence
entre
l’âge
ver-
bal
obtenu
et
l’âge
chronologique.
Un
retard
exprimé
en
années
est
donc
donné
pour
chaque
enfant
pour
chaque
dimension
du
langage
et
les
valeurs
vont
de
0
à
4
années
de
retard.
Les
différents
aspects
du
développement
psychomo-
teur
(développement
postural,
praxies,
intégration
visuo-
motrice,
schéma
corporel,
latéralité)
ont
été
évalués
grâce
à
l’utilisation
de
tests
normés.
Le
bilan
psychomoteur
se
compose
d’un
examen
de
la
latéralité
manuelle,
visuelle
et
pédestre
[32],
du
tonus,
de
la
motricité
globale,
des
praxies,
des
gnosies,
du
repérage
visuo-spatial
et
de
l’attention
auditive
[32],
la
coordination
oculo-manuelle,
la
posture
et
le
niveau
locomoteur
[32],
du
graphisme
par
le
des-
sin
du
bonhomme
[33]
et
le
VMI
Visser
[34],
du
schéma
corporel
(dessin
du
bonhomme)
et
de
la
représentation
spatiotemporelle.
La
présence
de
troubles
psychopathologiques
associés
a
également
été
évaluée
selon
les
critères
de
la
CIM
10.
L’EEG
a
été
recueilli
selon
un
montage
dix
à
20
électrodes
avec
enregistrement
de
veille
et
de
sieste
après
privation
de
sommeil.
Des
épreuves
d’hyperpnée
et
de
stimulation
lumineuse
intermittente
ont
été
effectuées
au
réveil
de
la
sieste.
Tous
les
dossiers
des
enfants
évalués
entre
mars
2003
et
mai
2008
ont
été
repris
de
manière
rétrospective.
Ont
été
retenus
les
enfants
pour
lesquels
un
diagnostic
de
TSLO
avait
été
posé
en
excluant
ceux
pour
lesquels
des
anomalies
génétiques
ou
une
comorbidité
somatique
pouvant
avoir
un
important
retentissement
sur
le
développement
psychomo-
teur
des
enfants
ont
été
retrouvées.
Les
sujets
bilingues
ont
été
inclus,
puisque
ce
critère
n’est
pas
un
critère
d’exclusion
du
diagnostic
du
TSLO
selon
la
CIM10
et
que
la
littérature
ne
rapporte
pas
une
différence
dans
la
fréquence
des
TSLO
dans
cette
population
[35].
L’évaluation
de
l’évolution
actuelle
a
été
effectuée
au
moyen
d’un
entretien
semi-dirigé
en
juin
2008
auprès
des
parents.
Certains
patients
ont
également
bénéficié
de
bilans
de
réévaluation.
Analyses
statistiques
Les
analyses
ont
été
effectuées
au
moyen
du
logiciel
R
ver-
sion
2.4
avec
le
package
psy.
La
comparaison
des
deux
groupes
avec
ou
sans
anomalies
EEG
a
été
effectuée
au
moyen
de
tests
bivariés
:
comparai-
sons
de
moyennes
au
moyen
de
tests
t
lorsque
les
conditions
de
validité
étaient
remplies
et
le
cas
échéant
par
des
tests
non
paramétriques
de
Wilcoxson,
comparaisons
de
pourcen-
tages
au
moyen
de
tests
de
Khi2à
un
ou
plusieurs
degrés
de
liberté
ou
des
tests
non
paramétriques
de
Fisher.
Le
niveau
de
significativité
choisi
est
de
5
%.
Résultats
Population
Les
caractéristiques
sociodémographiques
résumées
de
notre
population
figurent
dans
le
Tableau
1.
Les
évalua-
tions
réalisées
au
centre
référent
langage
ont
permis
de
Tableau
1
Caractéristiques
sociodémographiques
d’une
population
d’enfants
atteints
de
troubles
spécifiques
du
lan-
gage
(n
=
35).
Sexe
:
garc¸ons/filles
(n)
26/9
Âge
moyen
(années)
5,28
±
1,28
Parents
100
%
vivent
maritalement
Âge
moyen
pères
(années)
33,12
±
5,36
Âge
moyen
mères
(années)
29,70
±
4,36
Origine
:
franc¸aises/étrangères
(n)
24/11
Bilinguisme
(n)
7
Efficience
QIP
(moyenne
±
SD)
96
±
18
QIV
(moyenne
±
SD)
77
±
19
diagnostiquer
que
49
%
(n
=
17)
des
enfants
présentaient
une
forme
réceptive
des
TSLO
contre
51
%
(n
=
18)
de
formes
expressives.
Les
évaluations
des
différentes
dimensions
du
langage,
le
retard
moyen
et
les
scores
de
QI
figurent
également
dans
le
Tableau
1.
Nous
disposons
des
don-
nées
évolutives
concernant
24
des
35
patients.
Pour
quatre
patients,
l’évaluation
effectuée
en
2008
était
trop
récente
pour
obtenir
des
données
d’évolution.
Neuf
patients
étaient
perdus
de
vue.
Neuf
des
24
enfants
avaient
bénéficié
d’une
réévaluation,
soit
par
un
médecin,
soit
par
un
orthophoniste
du
service.
Les
résultats
obtenus
au
questionnaire
étaient
congruents
aux
évaluations
effectuées
dans
le
service
pour
ces
patients.
L’évaluation
de
l’évolution
était
réalisée
avec
un
recul
moyen
de
2,55
ans
(SD
=
1,22)
avec
un
maximum
de
cinq
ans
et
un
minimum
de
11
mois.
Elle
rendait
compte
de
la
scolarité,
des
prises
en
charges
actuelles
et
de
l’évolution
clinique
des
enfants
dans
les
domaines
de
l’expression,
de
la
compréhension,
de
la
lecture
et
de
l’habileté
gestuelle.
Les
difficultés
psychomotrices
observées
lors
de
l’évaluation
concernaient
essentiellement
la
motricité
fine
(n
=
16)
et
pour
certains
le
graphisme
et
les
praxies
(n
=
10).
Les
difficultés
psychologiques
associées
au
trouble
du
langage
étaient
pour
trois
enfants
des
troubles
opposi-
tionnels
avec
provocation
et
pour
neuf
d’entre
eux
des
symptômes
du
registre
anxieux
:
trois
à
prédominance
obsessionnelle
et
six
phobiques.
Lors
des
réévaluations
les
enfants
avaient
vu
ces
symptômes
régresser
hormis
deux
pour
lesquels
les
symptômes
anxio-phobiques
restaient
très
prégnants.
Quelle
proportion
d’enfants
atteints
de
troubles
spécifiques
du
langage
présentaient
des
anomalies
paroxystiques
électroencéphalographiques
?
Dix-sept
(49
%)
des
enfants
présentaient
des
anoma-
lies
à
l’EEG
pendant
le
sommeil
contre
18
(51
%)
qui
n’en
présentaient
pas.
Les
anomalies
observées
étaient
à
nette
prédominance
gauche
(n
=
12).
Pour
deux
enfants
elles
étaient
droites,
pour
les
autres
elles
étaient
bilatérales.
Dans
tous
les
cas,
il
s’agissait
322
M.
Lévy-Rueff
et
al.
Tableau
2
Anomalies
à
l’électroencéphalogramme
dans
une
population
d’enfants
atteints
de
troubles
spécifiques
du
langage
:
description
et
précision
de
la
latéralisation
manuelle
(n
=
17).
Patients Épilepsie
EEG
Latéralité
manuelle
Bonne
structuration
Localisation
des
anomalies
Côté
dominant
1
Non
Oui
Temporo-occipitales
G
D
2
Non
Oui
Temporo-occipitales
G
I
3
Non
Oui
Frontorolandiques
D
D
4
Non
Oui
Frontorolandiques
G
D
5
Non
Oui
Temporo-occipitales
G
D
6
Non
Oui
Diffus
D
7 Oui Non Temporo-occipitales G
D
8 Non Oui Temporo-occipitales G G
9 Non
Oui
Temporo-occipitales
G
D
10
Non
Oui
Frontorolandiques
G
D
11
Non
Oui
Temporo-occipitales
G
D
12 EPR
Oui
Temporo-occipitales
G
D
13 Non Non
Temporo-occipitales
D
D
14 Non
Oui
Frontorolandiques
D
15 EPR Oui
Frontorolandiques
G
D
16 Non Oui Temporo-occipitales
G
G
17 Non ?
Diffus
D
EEG
:
électroencéphalogramme
;
G
:
gauche
;
D
:
droite
;
I
:
indéterminée
;
EPR
:
épilepsie
à
paroxysme
rolandique.
Une
majorité
de
sujets
présente
des
anomalies
à
prédominance
gauche,
dans
les
régions
temporo-occipitales
et
frontorolandiques.
de
pointes
amples,
larges,
volontiers
biphasiques,
mais
aussi
de
bouffées
de
pointes-ondes.
Les
localisations
étaient,
soit
diffuses
pour
deux
enfants,
soit
focales
:
frontorolandiques
pour
cinq
enfants,
temporo-occipitales
pour
dix
enfants.
Les
anomalies
EEG,
leur
localisation
ainsi
que
la
latéralisation
manuelle
figurent
dans
le
Tableau
2.
Chez
cinq
enfants,
les
anomalies
prédominaient
dans
les
régions
frontorolandiques
et
pour
deux
d’entre
eux,
les
ano-
malies
étaient
majorées
dans
le
sommeil
et
diffusaient
sur
les
régions
homologues
controlatérales.
Aucun
de
ces
cinq
enfants
n’avait
présenté
de
crise
épileptique.
Concernant
les
dix
enfants,
dont
les
anomalies
EEG
étaient
localisées
dans
les
régions
temporo-occipitales,
neuf
étaient
plutôt
gauche,
une
plutôt
droite.
Les
enfants
atteints
d’un
trouble
spécifique
du
langage
qui
présentaient
des
anomalies
à
l’électroencéphalograme
présentaient-ils
certaines
caractéristiques
anamnestiques,
cliniques
et
évolutives
particulières
?
Nous
avons
comparé
les
deux
groupes
présentant
(n
=
17)
ou
non
(n
=
18)
des
anomalies
à
l’EEG
(Tableau
3).
La
comparaison
des
deux
groupes
montre
un
nombre
significativement
plus
important
de
retards
de
marche
et
de
propreté
chez
les
enfants
présentant
un
EEG
anormal
et
davantage
de
difficultés
psychomotrices
à
la
limite
de
la
significativité
statistique.
La
comparaison
des
sous-scores
de
langage
des
deux
groupes
montre
que
les
patients
ayant
des
anomalies
EEG
présentent
un
retard
phonologique
plus
important,
alors
que
les
autres
dimensions
du
langage,
le
degré
de
retard
ou
la
proportion
respective
de
formes
expressives
et
réceptives
selon
la
CIM10
ne
diffèrent
pas
significativement.
Nous
n’avons
pas
observé
de
différences
dans
l’évolution
des
troubles
selon
que
les
enfants
présentaient
ou
non
des
anomalies
à
l’EEG
(Tableau
4).
Il
faut
noter
toutefois
que
les
deux
enfants
qui
n’ont
pas
vu
s’améliorer
leur
anxiété
présentaient
tous
les
deux
des
anomalies
à
l’EEG.
Du
fait
du
petit
nombre
de
sujets
concernés
par
des
anomalies
focales
(n
=
15)
et
de
la
fréquence
inégale
des
localisations
frontorolandiques
(n
=
5)
et
temporo-
occipitales
(n
=
10)
de
ces
anomalies,
il
n’est
pas
possible
de
corréler
statistiquement
une
localisation
donnée
à
la
fonction
du
langage
la
plus
touchée.
Toutefois,
une
ana-
lyse
descriptive
des
résultats
(Fig.
1)
semble
aller
dans
Figure
1
Pourcentages
des
retards
supérieurs
à
deux
ans
et
demi
dans
les
différentes
dimensions
du
langage
selon
la
locali-
sation
des
anomalies
électroencéphalographiques
(EEG)
(n
=
15
;
TO
:
n1
=
10,
FR
:
n2
=
5).
TO
:
temporo-occipitales
;
FR
:
frontorolandiques.
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