
La réutilisation des eaux usées traitées (ReUSE) en France
Enjeux et perspectives
SWELIA – Réseau des entreprises de la filière eau en LRMP- Action collective ReUSE – Pilotage : ECOFILAE Décembre 2015
Les enjeux environnementaux :
Limiter l’exploitation des ressources naturelles : inégale répartition des ressources en eau et des activités
consommatrices d’eau (agriculture, loisirs, tourisme…) ; risque d’accentuation des déficits hydriques par le
changement climatique ;
Améliorer la qualité des eaux usées rejetées dans l’environnement (en sortie de station de traitement)
Une alternative aux méthodes traditionnelles de mobilisation de la ressource en eau, levier majeur d’aménagement
du territoire face aux tensions sur cette ressource
Les enjeux économiques :
Créer une filière française d’excellence, génératrice d’export et d’emplois. Cette filière doit être polymorphe (il n’y a
pas de modèle unique, mais des filières à façon garantissant le même niveau de sécurité)
Maintenir ou sécuriser des activités industrielles ou agricoles dans des zones en manque d’eau, en déprise
économique ou sensible aux effets du changement climatique (biseaux salés, concentration des milieux, disparition
des zones humides)
Maintien d’un cadre de vie agréable (arrosage d’espaces verts, lavage de voieries, restauration de zones humides,
création de zones de loisirs) – gages d’attractivité, d’activité économique et de démographie dynamiques pour les
collectivités territoriales
Dans tous les cas, les projets de réutilisation d’eaux usées traitées se feront en France lorsqu’ils répondront à un
business model viable, une étude d’opportunité combiner à une analyse économique sont indispensable afin de s’assurer
au cas par cas, au regard des coûts engendrés (traitement, stockage, transport, suivi) et des revenus envisagés, de l’intérêt
économique du projet.
LE CADRE REGLEMENTAIRE EN PLACE DE L’IRRIGATION/ARROSAGE D’EAUX USEES DOMESTIQUES TRAITEES
La réglementation en vigueur (Arrêté de 2010 révisé en 2014) ne concerne que l’irrigation/arrosage par des eaux usées
domestiques traitées. La révision de 2014 a certes « décoincé » la ReUSE en irrigation (des projets sont en cours de
montage) mais ne permet pas de répondre à l’enjeu attendu qui est de la ReUSE multi ressources / multi usages.
Si ce texte comporte des avancées positives (reconnaissance de l’intérêt de la ReUSE pour utiliser le pouvoir épurateur des
sols, suivis de qualité d’eau périodique au point d’usage), il laisse entrevoir de nombreuses voies d’amélioration pour cet
usage irrigation/arrosage, avec la persistance de freins forts à une véritable dynamique de mise en place des projets de
ReUSE (liste non exhaustive établie par retours des membres de Swelia):
Les mêmes restrictions d’usage sont appliquées quelle que soit la qualité des eaux (A->D)
La viabilité d’un projet de REUSE est subordonnée à des problèmes de métrologie et de sensibilité de méthode
d’analyse (surtout pour les projets nécessitant une eau de qualité A).
Obligation de suivi qualité de 6 mois (cout estimé à 10kE), et quasi-obligation de mettre en place une désinfection
préalable à l’autorisation de la station, sont des.
Impossibilité de ReUSE dans le cas d’espaces verts urbains, liée aux distances aux zones sensibles
Obligation de contrôle de la vitesse du vent avant épandage difficile à mettre en œuvre pour les irrigants.
Mise en place recommandée de système de management de la qualité (ISO 9001 et ISO 14001) pour s’assurer de la
fiabilité de l’installation de ReUSE, alors que l’analyse des « risques de défaillance » obligatoire pour les stations > 200
Eh est maîtrisée par les acteurs, peu onéreuse, et transmise au service en charge du contrôle (arrêté du 21 juillet
2015).
VERS UN CADRE GENERAL DE LA REUTILISATION MULTI-SOURCES/MULTI-USAGES
Principaux freins à lever, constatés dans tous les pays ayant engagé une réflexion sur la ReUSE (par delà ceux liés à
l’actuelle réglementation):
Une règlementation mono-usage, alors que la ReUSE doit être orientée multi-ressources et multi-usages (urbain,
environnement) telle que pratiquée dans les pays leaders au niveau mondial,
Une coordination interministérielle nécessitant un consensus gagnant-gagnant entre les ministères en charge de
l’Industrie, de l’Environnement et de la Santé,
Une méthodologie de projet cohérente avec les enjeux environnementaux, sociaux, économiques et de santé,
Une offre de filière intégrée multi contexte (rural, urbain….) où tous les usagers potentiels doivent trouver leur
solution de ReUSE dans les meilleures conditions économiques, sociales, environnementales et de sécurité sanitaire.
Ceci conforterait la position de la France vis à vis de l’Europe, dans sa volonté d’appuyer ses partenaires du Sud
(Maghreb notamment) tout en motivant ses partenaires du Nord sur les aspects sécuritaires (sanitaires) des productions
issues des projets de ReUSE.
La ReUSE maîtrisée et bien encadrée = un maillon capital de l’économie circulaire, créateur de valeur