Certains contestent l’existence même d’un système propre à la publication des A.J.L. Il est
frappant de constater, à la lecture du rapport remis en octobre 2004 au Premier ministre par M.
Michel Camdessus 1, que ce régime de publication apparaît dans le chapitre « Supprimer les
réglementations qui visent essentiellement à protéger des situations acquises ». Si la proposition est
d’autant plus excessive qu’elle ne se base pas sur un constat avéré, elle est néanmoins révélatrice
d’un état d’esprit. La question, donc, de l’abandon d’un système réglementé de publication, ou de la
mise en place d’un système différent de celui existant, doit faire l’objet d’une réflexion, d’autant
que la mise en œuvre des nouvelles technologies de l’information et de la communication, comme
la dimension européenne peuvent changer la donne.
Comme souvent en matière de presse écrite, l’observateur peu averti pensera que le
dispositif de publication des A.J.L., mis en place par une loi du 4 janvier 1955, serait demeuré à
l’identique depuis lors afin de protéger des situations acquises, et que ni les administrations
compétentes ni les représentants de la presse, des entreprises ou des professions judiciaires
concernées, n’imagineraient que les règles doivent changer, alors même qu’elles seraient devenues
peu adaptées à un monde en profonde évolution.
Les choses, en réalité, sont moins simplistes. La législation et la réglementation relatives
à la presse écrite, contrairement à une assertion assez répandue, ont profondément évolué,
notamment depuis une dizaine d’années. Par exemple, il n’est pas un seul fonds d’aide à la presse
qui soit identique, dans ses modalités d’attribution, à ce qu’il était en 1995, et plusieurs ont été créés
dans cette période. L’inadaptation supposée et parfois décriée ne vient pas d’un refus de
réformes ou d’une crispation sur des pré-carrés. Si le régime des A.J.L. a peu changé en
cinquante années, c’est sans doute que les principes qui le soutendent étaient et demeurent
valables. Cette assertion, toutefois, doit être vérifiée, et c’est l’objet, notamment, de la première
partie du présent rapport, consacrée au contexte propre aux publicités légales et à celles relatives
aux marchés publics.
Ces dernières doivent actuellement, au-delà de certains seuils en valeur, utiliser le support
constitué soit par l’édition spécialisée du Journal Officiel de la République française soit par les
journaux habilités à publier les A.J.L. Ceci pose des problèmes spécifiques, au moment d’une part
où une dématérialisation de ces marchés est mise en œuvre, et d’autre part où des modalités de
publicité de nature à toucher un public européen et non plus seulement hexagonal sont imaginées.
La question de savoir si un dispositif d’annonces propre aux marchés publics doit être mis en place,
et dans l’affirmative lequel, constitueront des éléments à prendre en compte dans la résolution de
cette question.
S’il était retenu de conserver dans son esprit et ses principes fondateurs le système issu de la
loi de 1955 modifiée, il conviendrait d’évaluer, afin d’y remédier, les difficultés qui ont été
relevées, à plusieurs reprises, et par différents interlocuteurs des pouvoirs publics. Plusieurs
propositions seront apportées dans la seconde partie du présent rapport, susceptibles de
permettre un meilleur fonctionnement du régime de publication des A.J.L..
Il s’agit donc, à ce point du raisonnement, de respecter l’esprit initial de la loi, en
considérant que, sous réserve de nouvelles adaptations ou simplifications de procédure, les
principes retenus il y a cinquante ans ne doivent pas aujourd’hui être considérés comme caducs.
En tout état de cause, le premier objectif d’un dispositif propre à ce type d’annonces est
d’assurer à ces dernières une publicité suffisante et efficace, auprès des personnes intéressées ;
l’intérêt de la presse est second par rapport à cette fin. La question essentielle est bien de savoir
quels publics doivent recevoir l’information et comment, hors de tout esprit de système.
1 « Le sursaut – Vers une nouvelle croissance pour la France », rapport, remis le 19 octobre 2004, du groupe
de travail présidé par Michel Camdessus.