
Institute on Aging, appelait de ses vœux. Ce modèle biomédical présente en outre de fructueuses
retombées économiques : les recherches génèrent d’importants crédits, des programmes nationaux,
des équipes de recherches et des laboratoires parfois sponsorisés par une industrie pharmaceutique
pour qui le vieillissement des populations constitue une véritable manne. Alors que, constatent encore
les Van der Lindern « on ne dispose à ce jour d’aucun médicament ayant une efficacité réelle qui
puisse entraver l’évolution de la MA, ni améliorer l’autonomie et la qualité de vie de ces malades». Et
l’on sait aujourd’hui que les neuroleptiques et les antidépresseurs, bien que souvent prescrits, sont
peu efficaces et peuvent entraîner des effets secondaires graves.
Autre sujet très controversé : le dépistage précoce de la maladie. Le MCI ( mild cognitive impairment,
déficit cognitif léger) est censé évaluer les prémices de MA chez des seniors présentant des troubles
de mémoire et de l’attention. Mais là encore, de nombreuses données mettent en avant une faible
validité de ce diagnostic, qui ne prédit pas la démence dans les deux tiers des cas. D’autant que les
performances aux tests sont très variables, conditionnées souvent par le stress de se voir étiqueté
futur Alzheimer, la fatigue, la prise de médicaments dont les effets négatifs sont connus sur la mémoire
et l’attention, et qui font que l’on peut observer de faibles performances au MCI chez des sujets
normaux. Cette extension de la demande du diagnostic précoce, nourrie par une grande peur sociale
et l’angoisse des patients, remplit les salles d’attente des cliniciens spécialisés. Elle fait aussi
fructifier les fabricants de tests de dépistage et autres logiciels de stimulation cognitive dont on
reconnaît aujourd’hui les effets plus que modérés (voir dossier du Cercle Psy n°13).
Au total, « le spectre d’Alzheimer », omniprésent par les dépistages, les diagnostics et surdiagnostics,
aboutit à stigmatiser la population des personnes âgées, et même, ajoute Alain Jean, « à les exclure
d’une société qui se voudrait éternellement jeune. Il existe en fait une multiplicité de facteurs qui
interviennent de manière délétère dans les détériorations cognitives du grand âge : les deuils,
l’angoisse de mort, le regard négatif de la société sur les vieillards, et notamment sur ceux qui
commencent à ‘‘perdre la tête’’. Mais aussi des interactions manifestes engendrées par les douleurs
chroniques, les anesthésies opératoires, les médicaments inadaptés… »
Partie intégrante de l’aventure humaine
C’est pourquoi des chercheurs et des cliniciens proposent de changer de focale. Pour eux, le
vieillissement cognitif n’est pas une maladie, « il fait partie intrinsèquement de l’aventure humaine»,
écrivent les Van der Linden. Son évolution est très variable selon les individus et d’innombrables études
montrent le poids des facteurs psychologiques, sociaux, culturels, environnementaux. On sait par
exemple que l’activité physique (dès la cinquantaine) contribue à optimiser le fonctionnement cognitif.
Ces effets bénéfiques seraient dus pour partie à son action sur le système endocrinien du stress. Alors
que justement, les grands stress de la vie (deuils, stress post-traumatique) et les émotions négatives
peuvent aggraver le vieillissement cérébral.
L’insertion sociale et familiale, les relations amoureuses, les loisirs, des activités intellectuelles
stimulent également le cerveau et entretiennent l’estime de soi. Tandis que le sentiment de solitude,
l’absence de sens à l’existence, souvent associés à des handicaps physiques engendrent des
symptômes dépressifs susceptibles d’accroître la détérioration cognitive.
On sait aussi que nous ne sommes pas égaux face à la vieillesse : généralement, plus on a fait d’études,
moins on présente de problèmes de mémoire et de risque de démence. Des facteurs tels que le niveau
scolaire, la profession exercée, et même, selon certaines recherches, le bilinguisme, contribueraient à
former ce que les psychologues appellent une « réserve cérébrale » qui limiterait les effets du
vieillissement.