Conférence d’Eric GASPAR "Le cerveau pour allié en classe ? C’est la classe !"
Mardi 14 octobre 2014
Les neurones communiquent entre eux grâce à l’électricité et à la chimie.
Neuroscience + Science de l’Education= Neuroéducation
Les neurones sont sphériques.
Le point de contact entre 2 neurones = synapse. Chacun a son code électrique pour désigner
ce qu’est, par exemple, une pomme.
La plasticité cérébrale : capacité du cerveau à se modifier en fonction de stimulations
rencontrées. C’est une source d’espoir très forte pour tous les élèves.
Le cerveau fait la connexion entre 2 neurones. Il les déconnecte aussi : c’est l’oubli.
Ex : si on ne pratique pas, les neurones se déconnectent.
Le cerveau est constitué de neurones rassemblés en réseau. Certains de ces réseaux s’occupent
de certaines fonctions
- mémoire sensorielle : ex « c’est Noël »
- mémoire de travail (mémoire à court terme)
- mémoire à long terme : on ressort dans notre mémoire ce que l’on sait sur Noël. On
mélange le présent et le passé pour créer un scénario probable .
On fait des aller-retour sans cesse. Les souvenirs sont codés par des réseaux de neurones.
Ex pomme. Quand on se souvient, le cerveau se reconstitue. Mais on ne ressort pas 100% du
cerveau. C’est un mélange avec l’humeur du moment. Cela devient le nouveau souvenir.
C’est donc fascinant mais aussi effrayant.
Ex : le faux souvenir.
Ex : « le soleil sur la peau, j’adore » devient après mauvaise expérience « une année, j’ai eu
des cloques »
Ex : détails techniques d’enfance. « C’était Marie », non « C’était Julie » d’après une autre
personne.
Ex : je me souviens que j’avais 5 ans, je faisais du vélo avec Marie. J’avais du rouge sur le
genou. Je ne me souviens plus qu’il y avait une pierre. Je crois que c’est Julie qui est
responsable de ma chute.
Ex : Enquête policière. Les policiers aiment croiser les témoignages.
Ce n’est jamais le même souvenir mais plus on fait des aller-retours, plus on pratique, plus on
emprunte les mêmes réseaux de neurones, plus ils deviennent stables, rapides et solides. Ex :
piano. Plus on joue, plus c’est facile. Si j’arrête pendant 10 ans, on n’est plus au niveau où
l’on s’était arrêté.
Le souvenir demande sans cesse de la pratique. Les constructions neuronales sont fines, après
arrêt.
Ex : taxis londoniens qui ont appris à retenir les noms des rues. Après arrêt, hippocampe
réduit à la normal
Lorsque vous êtes spécialiste de qqch, si vous arrêtez, vous revenez à la moyenne. Si vous
vous y remettez, vous aurez des bases.
Stratégies pour les élèves
- allers/retours pour mémoriser
- participer : activer des circuits neuronaux. Faire des allers/retours entre les 2 types de
mémoire (qui correspondent à des lieux différents dans le cerveau). Participer dès que
l’idée vient en tête.
- Relire, faire les exercices : cela aide à mémoriser par connexion.
Stratégies pour les professeurs :
- faire des résumés en début d’heure.
- utiliser les 5 dernières minutes du cours pour faire le résumé de l’heure écoulée (aller/
retour mémoire)
- Faire un exercice pour vérifier que tout le monde a compris plutôt que de demander si tout
le monde a compris. Ex : 30 noms de fruits écoutés, compris mais non mémorisés.
Problème : la mémoire de travail :
- ne travaille que dans l’instant
- trie l’utile de l’inutile
- une fois cela accompli, la mémoire efface.
D’où l’utilité de mémoriser rapidement car cela va être effacé.
La mémoire choisit, sans nous consulter, de trier l’utile de l’inutile.
Notre cerveau est sensible à toutes les stimulations.
Ex : couleurs, formes, gens dans l’amphithéâtre : le cerveau ne s’y intéresse pas, il s’intéresse
à l’endroit où on va se placer.
Ex : publicité où l’on cite 4 noms de jeune fille. Le caméraman ne s’intéressera aux prénoms
que s’il est intéressé par une des filles, car il sait que cela va lui être utile.
Stratégie des professeurs :
- Faire l’erreur de parler pendant 10 min puis d’annoncer que l’on va faire une activité sur
ce qui vient d’être dit. Stupéfaction ! le cerveau ne savait pas que ce que le prof disait
allait être utilisé dans 10 min. Il ne pensait pas que cela serait utile pour le futur proche.
- Il suffit donc d’inverser les étapes. « Dans 10 min, nous allons faire telle activité. Vous ne
pourrez pas la réussir, si vous ne mémorisez pas ce que je vais vous dire maintenant.
Le cerveau des élèves reçoit un message d’utilité qui demande à la mémoire de travail de ne
pas effacer les choses.
- Utiliser les 5 dernières minutes de cours pour faire un résumé de l’heure écoulée. Moment
de silence car « Je n’ai que 5 minutes à me concentrer » Les élèves en sont accros !
Stratégies élèves :
Quand on a compris quelque chose, ne pas hésiter à noter par quelques mots ce que l’on vient
de comprendre. Cela marche quelque soit l’âge.
Autant rentabiliser son temps de présence à l’école. Agir subtilement avec la connaissance de
son cerveau.
2
ème
problème : le cerveau efface si c’est inutile mais aussi efface s’il y a trop de données.
Moyenne mondiale : l’homme est capable de retenir 7 éléments (+ ou – 2), donc entre 5 et 9
éléments. C’est le seul point sur lequel nous ne sommes pas égaux. On ne peut pas augmenter
la taille de notre mémoire de travail.
Ce que l’on peut faire :
- gérer au mieux la taille de notre mémoire de travail grâce à des astuces :
- regrouper les informations
- ex : Mais où est donc Ornicar ? (mais ou et donc or ni car, conjonctions de
coordination) Cela compte pour une seule unité pour le cerveau.
- Numéro de téléphone regroupés par 2 ou 3 chiffres.
- Plaques d’immatriculation
- extrait de « C’est pas sorcier »
- tout le monde peut retenir plus d’informations si elles sont regroupées :
- en catégorie
- en colonne
- en paragraphe
- en zones différentes sur la feuille
- 1
ère
liste : on ne peut pas organiser les mots entre eux car il n’y a pas de lien et ils
appartiennent à des catégories différentes.
- 2
ème
liste : mots appartenant à 5 catégories différentes. Quand on apprend de nouveaux
mots organisables en catégorie, cela améliore la mémoire. On arrive à se souvenir de plus
de choses
- ex : 16 mots à regrouper en 4 catégories :
Fraises
Tennis
Pomme
Allemagne
Eau
France
Football
Poire
Vin
Coca
Sénégal
Rugby
Volley
Kiwi
Orangina
Chine
30 secondes pour mémoriser. Retourner la feuille. Pas de souci avec ces 16 mots
Procédé très puissant car astuce : regroupement par dénomination, par propriété.
- ex Monarque absolu On cherche les expressions qui peuvent regrouper plusieurs
propriétés :
- droits divins
- pouvoirs
- attitude
Ce n’est pas la définition mais le regroupement de toutes les propriétés qui permettront de
savoir ce qu’est un monarque absolu.
- ex en math : fonction paire. >Quelle est la courbe ?
- ex en français : la tragédie grecque. > suspense ? placement des acteurs ?
- ex pour la pomme : l’odeur, la forme
Les différentes composantes d’une information stockée sont séparées mais reliées entre elles.
Il n’y a pas un centre de la mémoire. Les informations sont rangées dans plusieurs endroits
dans le cerveau (odeur, son, goût, image, toucher)
C’est l’hippocampe qui fixe les informations. Il peut les relier entre elles. Il suffit de se
rappeler d’une de ses composantes pour tirer le fil qui va avec. C’est ce qu’on appel un indice
récupérateur
Le cerveau fonctionne toujours ainsi que l’on en ait conscience ou pas. La restitution d’une
information stockée se fait toujours grâce à un « indice ».
Ex : La Madeleine de Proust : madeleine trempée dans le thé
Ex : film « Ratatouille » critique culinaire qui doit mettre une note. 1
ère
bouchée : se rappelle
de son enfance.
Ex des indices récupérateurs : soit le cerveau vous les impose, soit vous les créez vous-même.
Attention : Ne pas dire 2 consignes à la fois.
Ex : vous devez former des groupes de 2 (à gauche, s’occuper de la partie gauche de la
feuille, à droite, s’occuper de la partie droite) Plier la feuille en 2 et avoir, face à soi, le côté
qui nous destiné. Ecrire à côté de chaque mot imposé, un mot qui va avec, non parce que c’est
un synonyme mais parce que cela nous rappelle quelque chose. Mettre qqch de personnel pour
lequel le cerveau se souviendra pourquoi on l’a choisi.
Passer la feuille au binôme une fois écrit tous les mots . Le binôme va prendre un des mots au
hasard que vous avez écrit. On fait l’exercice en alternance jusqu’à ce que mort s’en suive…
C’est très performant !
neige vacances vélo liberté
garage éléphant montagne orange
bouteille terre feuilleter médicament
usine bleu bonbon douche
chanson marcher camion poêle
expérience pleine nez équerre
chaise bol lune Espagne
Pourquoi les indices personnels sont-ils les plus forts ?
- le cerveau relie en permanence le nouveau à l’ancien, l’inconnu au connu, l’impersonnel
au personnel.
- Quand l’indice est personnel, il y a une composante d’une assemblée de neurones stable et
rapide. La nouvelle information bénéficie alors de ces atouts.
- > A emprunté un réseau personnel, répété des milliers de fois. Réseau très solide et rapide.
Mots qui fait partie du réseau : fiabilité, rapidité.
- Méthode de la carte mentale (schéma heuristique)
Se créer volontairement des indices de récupération et les utiliser comme supports
d’apprentissage.
Feuille remplie de mots ou de dessins clefs personnels
La carte mentale dans les entreprises se lit du centre vers l’extérieur.
Pour mémoriser pour l’élève : > de l’indice récupérateur personnel jusqu’à ce qu’a dit le prof.
Il existe des logiciels qui font des cartes mentales.
Pour mémoriser, c’est la main qui arrive le mieux. Le cerveau mémorise le geste que vous
avez fait alors qu’il ne mémorise pas les touches du clavier…
Si on veut se servir d’une carte mentale pour être exhaustif et pour communiquer d’adulte à
adulte, d’entreprise à entreprise, utiliser les logiciels.
Par contre, si ce n’est pas un outil de communication, mais un outil de mémorisation, alors
insister sur les indices récupérateurs.
2
nd
modèle : « le croque-note » (sketchnote)
C’est nouveau en France, cela vient du Québec.
Feuille format à l’italienne. Faire des indices récupérateurs en un minimum de place. Avec
ces seuls indices récupérateurs, l’élève sera capable de ressortir énormément de choses.
Un seul piège : parfois, on n’a pas choisi les indices récupérateurs.
Ex : un élève dit : « je ne comprends pas, j’ai révisé, je savais tout, hier » En fait, il croyait
tout savoir. Car, si l’indice récupérateur n’est pas dans le contrôle d’évaluation, il y a des
risques pour que les mots ne soient pas récupérables. < Se méfier des indices récupérateurs
présents sans qu’on le sache.
Méthode pour contourner le problème :
Cahier fermé : Ecrire d’abord au brouillon, tout ce dont on se souvient spontanément.
Cahier ouvert : comparer avec le cours pour voir ce qui manque puis noter sur une feuille ce
qu’on n’avait pas réussi à se remémorer et mémoriser cette feuille qui est uniquement
constituée des termes qu’on n’avait pas réussi à restituer sans aide. On évite le piège des
indices récupérateurs et on divise le temps de travail par 2, 3 ou 4.
Attention à l’effacement dans la mémoire à long terme si on ne réactive pas car la trace
mnésique devient plus instable, fragile, fine.
1
er
principe : le cerveau garde plus facilement ce qui a été vécu mentalement au moins 2 fois
dans la journée.
Ex chat qui rencontre un chien une 1
ère
fois (pas méfiant), puis une 2
nde
fois, (méfiant, anticipe
sur une 3
ème
rencontre)> Cela s’est produit 2 fois de manière rapprochée (dans les 24 h)
2
ème
principe : Règle du 1 jour, 1 semaine, 1 mois, 1 semestre.
Si absence de révision, on ne conserve que 25 % de ce qu’on a entendu. Au bout d’une
semaine, 7%, au bout d’un mois, 2 à 3%.
Si on revoit dans les 24h, information gardée en mémoire à long terme, pendant une semaine.
Si relecture au bout d’une semaine, gardera en mémoire pendant un mois.
Si revu au bout d’un mois, gardera en mémoire pendant 6 mois. Revoir, ce n’est pas se
torturer la tête, c’est relire
Quitte à ne réviser qu’une seule fois, mieux vaut le faire dans les 24 h qui suivent le cours
même si le prochain cours de la même discipline n’est que dans 3 jours.
Les phénomènes d’inattention
Depuis 10 ans, explosion de l’inattention chez les élèves, chez les adultes, chez les hommes
d’affaires. Ces derniers ont été les premiers à s’en être inquiétés car ont perdu de l’argent lors
de négociation de contrat.
Des millions de stimuli ne sont pas traités. Le cerveau donne la priorité à ce qui est le plus
important. Le cerveau doit soigneusement choisir « dépenser l’argent mental »
On ne peut pas faire attention à tout. Sinon, nous serions morts énergiquement parlant.
Quelles sont les causes vraisemblables de cette perte d’attention ?
1
ère
cause : les habitudes prises par le cerveau hors de l’école avec les nouvelles technologies
(internet, Facebook, smartphones…) que l’on retrouve forcément en classe, qui d’après les
études, ont pour répercussions positives une plus grande rapidité à :
- trouver une information
- prendre une décision
Mais qui ont pour répercussions négatives, une moins bonne capacité à : :
- être attentif (cerveau sollicité sur internet par des tas de pages de pub)
- mémoriser (lien hypertexte + on ne mémorise plus ce qu’on lit mais le nom du site où il
faudra revenir si on veut avoir les infos). Stratégie encore plus économe en énergie.
2
ème
cause : Le mythe du « multi-tâches » dont de plus en plus de personnes (ados comme
adultes) se réclament. Or le vrai multi- tâches n’existe pas
Un ado dit « J’envoie un sms tout en écoutant le prof car je suis multi-tâches ! > Faire
plusieurs choses dans un temps réduit (lessive, habiller un enfant, téléphoner au médecin…)
Mais pour le scientifique, multi-tâches : est-ce que le cerveau arrive à faire 2 tâches
concurrentielles vraiment en même temps ? Les recherches sont très nettes : quand 2 tâches
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