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assurer à la métropole le monopole de l’industrialisation et du commerce. Ainsi, la métropole se comporte un peu à
l’instar de la ville médiévale vis-à-vis du plat pays.
II. LA RÉVOLUTION DU SECTEUR PRIMAIRE.
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Une augmentation importante de la population , constante à partir du début du XVIIIe siècle, va
- comme ce fut déjà le cas aux XIe-XIIe siècles - commander de nouvelles méthodes de production, d’abord dans
l’agriculture et ensuite dans l’industrie.
Le grand propriétaire foncier anglais (
landlord
) va s’appliquer à moderniser son exploitation pour la
rentabiliser. On verra se créer des fermes modèles où vont s’expérimenter les innovations. L’agriculture va se
renouveler par le recours au labour profond, au binage fréquent, au drainage, au mélange de terres ; la fumure sera
plus abondante ; une meilleure rotation des cultures, avec le développement des légumineuses, va permettre
l’abandon de la jachère (assolement quadriennal). D’autre part, l’élevage tant ovin que bovin va se pratiquer sur un
mode intensif ; il sera amélioré par le croisement de races sélectionnées, afin de permettre une production
industrielle. Ex. : le cuir des bovins sera traité dans les usines à chaussures.
N.B. L’esprit d’entreprise de l’aristocratie terrienne anglaise est sans équivalent sur le continent. Là, et
notamment en France, la noblesse - et à sa suite la haute bourgeoisie, qui souvent singe la noblesse en
consacrant sa fortune à l’achat de terres et à la construction de châteaux - n’est nullement soucieuse de
moderniser ses exploitations et continue à former une caste oisive. Indifférents au progrès, la plupart des
aristocrates continentaux se contentent d’encaisser les revenus de leurs domaines, sans le moindre souci de
rationalisation ou d’ouverture à l’extérieur. Les préjugés aristocratiques sont tenaces, assurant la persistance
d’une mentalité conservatrice, dédaigneuse des métiers manuels et s’interdisant les activités lucratives
(notion de dérogeance). Il est vrai que la société anglaise comporte une catégorie particulière, la
gentry
,
petite noblesse mêlée dès le XVIIe siècle à la classe marchande ; elle avait des intérêts communs avec
celle-ci et ne répugnait nullement aux activités lucratives.
Ces progrès requièrent de très gros capitaux, et seules les grandes exploitations vont pouvoir se les permettre.
Elles vont procéder à un remembrement des terres pour constituer de grands ensembles destinés à la culture
comme à l’élevage (parcs à moutons). Majoritaires au Parlement entre 1760 et 1801, les grands propriétaires vont y
faire passer des lois favorables à cette nouvelle agriculture : suppression du droit de parcours (
open field
) et des
communaux ou terres de vaine pâture (
common fields
), expropriations. Les terres rassemblées seront clôturées
(
enclosures
), pourvues de haies et de chemins d’accès. Tous ces aménagements supposent des dépenses
considérables, que le petit paysan est incapable d’engager. S’il n’a pas déjà été exproprié au nom de cette
modernisation, le petit propriétaire se trouvera tôt ou tard privé ses biens, ayant dû vendre ceux-ci après avoir tenté
vainement de soutenir la concurrence de son opulent voisin. Cette situation sera à l’origine de l’exode rural .
C’est ainsi que le secteur primaire, stimulé par les nécessités de l’approvisionnement des villes (blé, viande,
lait, beurre) et par l’essor de l’industrie textile (laine), va connaître une véritable révolution. Celle-ci bénéficiera à
son tour de l’industrialisation (mécanisation). Cependant, après 1846, l’agriculture sera sacrifiée au profit de
l’industrie, la Grande-Bretagne optant définitivement pour une politique de libre échange alors que le secteur
primaire réclamait le protectionnisme.
III. LES CONDITIONS DU
DÉCOLLAGE
(
take off
).
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Le décollage ou démarrage de la grande industrialisation a eu lieu à différents moments selon les pays :
Grande-Bretagne 1780, Belgique 1800, France 1825, Etats-Unis 1835, Allemagne 1865, Japon à partir de 1868,
Russie fin XIXe s., etc.
Il a été rendu possible par l’action simultanée de six facteurs essentiels :
A. Une nouvelle doctrine économique : le libéralisme .
Référence : SMITH (Adam),
The Wealth of Nations
[
Essai sur la Richesse des Nations
], 1776.
Le libéralisme, comme dans le domaine politique, prône un maximum de liberté individuelle et un
minimum d’intervention étatique. L’économie est censée obéir à des lois naturelles qu’il est dangereux de
contrecarrer. D’où le mot d’ordre : « Laisser faire, laisser passer », traduisant la liberté d’entreprendre et la
La Révolution industrielle
.