Anthropologie de l`Europe - l`Institut d`Histoire sociale

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LE BILLET D’HUMEUR
de Arthur Kriegel *
Anthropologie de l’Europe
L
’ETHNOLOGIE, SCIENCE D’ORIGINE EUROPÉO-AMÉRICAINE, s’était donné
pour champ l’étude des sociétés, des mœurs et de la vie de peuples autrefois dits
primitifs. Elle s’opposait justement à l’esprit de supériorité coloniale, à la typologie
bêtement évidente fondée sur la couleur de peau, au préjugé tout à fait arbitraire de l’ignorance
foncière et de l’état de sauvagerie des indigènes d’Afrique ou d’Amérique. Cela malgré
Montaigne, malgré l’élan humaniste de notre XVIIIe siècle, malgré l’image souvent caressée
du bon sauvage, malgré, surtout, la pensée universaliste de notre siècle français des Lumières.
Les travaux des ethnologues parvinrent, avec la génération de Claude Lévi-Strauss et
l’anthropologie structurale, à fonder la compréhension de ces sociétés sur la fonction
essentielle, dans les rapports sociaux, les structures familiales et les rites, des mythes fondateurs
conçus comme une tentative de comprendre le monde, ses origines et celles du groupe étudié.
Cette nouvelle vision de l’histoire ou de la préhistoire humaine fut pour beaucoup dans
le succès du relativisme culturel qui s’est particulièrement épanoui après la Seconde Guerre
mondiale et en réaction aux totalitarismes, avec la facilité d’une extension illimitée de
l’acception du mot «racisme». La faillite matérielle et morale du système colonial justifiait
ainsi l’idée que tout se vaut dans le domaine culturel.
Il y a pourtant une objection à cela: si tout se vaut dans ce domaine, pourquoi n’a-t-on
pas décrit la culture ou les cultures européennes par ses mythes, je veux dire exhaustivement
comme l’a fait Lévi-Strauss pour les Nambikwaras? Je propose de dire que c’est parce que la
civilisation, née sur le pourtour méditerranéen et en Europe, s’est donné les moyens, par la
rationalité et la recherche de la vérité, par la science et la technologie, d’aller vers l’universalité,
que la vague mondialiste actuelle est en train d’étendre à la planète entière.
* Auteur de La Race perdue, PUF, 1983.
N° 44
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histoire & liberté
Un domaine échappe au scalpel de la rationalité: l’amour. C’est pourquoi, sans doute,
Alain Besançon a scruté la mythologie et les sources antiques de notre culture[1]. La mythologie
grecque, l’histoire d’Israël dans la Bible, le christianisme, mais aussi les légendes celtiques et
germaniques composent les thèmes de l’amour tel qu’il existe dans notre culture, et tel qu’il
évolue, se transforme et renaît toujours dans notre littérature. Peut-être est-ce le dernier
chapitre du relativisme culturel? C’est en tout cas une œuvre littéraire dont la lecture charme
et enrichit et qu’on ne quitte qu’à regret.
Le titre du livre d’Alain Besançon, d’ailleurs, fait référence à l’œuvre célèbre de Pirandello,
Six personnages en quête d’auteur. Une autre pièce de cet auteur pourrait être évoquée: À
chacun sa vérité.
1. Alain Besançon, Cinq personnages en quête d’amour, Édition de Fallois, coll. «Essais».
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OCTOBRE 2010
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