Premier aperçu de la faune malacologique terrestre (Escargots non

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Mémoires de la Société d’Histoire Naturelle du Creusot 5 : 43-62 (2009)
Premier aperçu de la faune malacologique terrestre
(Escargots non aquatiques)
dans la Combe Lavaux à Gevrey-Chambertin
Analyse socio-écologique des communautés
Jean Béguinot
Société d'Histoire Naturelle du Creusot,
12 rue des Pyrénées F 71200 - Le Creusot
Résumé
Une investigation préliminaire de la faune malacologique (Escargots terrestres non
aquatiques) a été réalisée à partir d'un lot, encore limité, de 9 échantillonnages effectués
en zone forestière, en fond et flanc de la Combe Lavaux. Au total, 2341 individus ont été
recensés, distribués entre 50 espèces. Cette richesse malacologique remarquable est pour
80 % environ "intrinsèque" c'est à dire propre à "l'écologie moyenne", éminemment
favorable, de la Combe et, pour les 20 % complémentaires, à la variabilité écologique entre
les sites échantillonnés dans la combe.
Parmi les 50 espèces présentement recensées, 7 au moins offrent une réelle valeur
patrimoniale et méritent particulière attention : Azeca goodalli, Lauria sempronii,
Macrogastra plicatula, Macrogastra ventricosa, Platyla dupuyi, Vitrea subrimata et
surtout Vertigo alpestris, d'affinité nettement alpine. Cette dernière apparaît
nouvellement citée pour la Bourgogne.
Ce recensement préliminaire a ensuite servi de base à une série d'analyses socio-
écologiques visant :
- d'une part, à caractériser le mode de structuration fonctionnelle interne des différentes
communautés en termes (i) de hiérarchisation des niveaux de compétitivité relative des
espèces co-occurrentes et (ii) de caractéristiques spécifiques qui leurs sont associées et,
- d'autre part, à analyser les correspondances entre les espèces et les sites (ou groupes
écologiquement homogène de sites) échantillonnés, puis à en déduire une première
approche de caractérisation écologique de chacune des principales espèces, en terme de
préférences relatives vis à vis de deux types substratiques opposés.
Mots clés : faune malacologique, escargot, mollusque, gastropode, Combe Lavaux,
Gevrey-Chambertin, Bourgogne, espèce patrimoniale, Vertigo alpestris
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1 - Introduction
L'entablement calcaire qui forme l'ossature des Côtes et Hautes Côtes de
Beaune et de Nuits forme corniche assez abrupte à son flanc oriental, à la faveur
du jeu d'une succession de failles méridiennes, lesquelles ont déterminé
l'effondrement Bresse - Saône, il y a quelque 40 millions d'années.
Cet abrupt, en exposition orientale, fait en quelque sorte miroir à celui qui
limite, à sa face occidentale, le premier plateau jurassien et cette symétrie
réflexive ne s'applique pas seulement au relief mais aussi à l'une des
conséquences majeures de l'érosion - dissolution karstique : la formation de
"reculées". Combes souvent étroites, entaillant plus ou moins orthogonalement
l'abrupt, conséquemment cernées de pentes très vives et, le plus souvent
couronnées de falaises se terminant en cul de sac plus ou moins spectaculaire, les
"reculées" sont certes avant tout emblématiques du premier plateau jurassien.
Pourtant, à l'arrière de ses vignobles les plus célèbres, les Côtes de Beaune-Nuits
réservent des "reculées bourguignonnes" dignes d'intérêt, qui festonnent le
développement des Côtes, depuis Vauchignon au sud, jusqu'à Dijon même. Et qui
se retrouvent encore plus au nord, depuis le Val Suzon jusque aux quelques
combes entaillant le plateau de Langres (voir par exemple la belle reculée de la
Vingeanne).
La Combe Lavaux est, sans conteste, le plus remarquable de ces étroits
vallons entaillant les Côtes, même si, malgré ses belles falaises et pitons, elle ne
répond pas tout à fait canoniquement au strict aspect d'une authentique reculée
jurassienne.
Par ailleurs, son ampleur est favorable au plein développement d'une
biodiversité répondant à l'écologie particulière de ces reculées ; son classement
en réserve biologique en découle naturellement.
La faune malacologique au creux de la Combe Lavaux se devait d'être
examinée, non pas seulement parce que l'Escargot est emblème anecdotique de la
Bourgogne, mais parce que la conjonction de la fraîcheur et du substrat calcaire,
qui singularise les reculées, est a priori très favorable à la faune des mollusques
terrestres.
On trouvera ci-après un premier aperçu, qui n'intéresse pour le moment
que le fond et les flancs boisés de la Combe. La faune spécialisée, plus xéro-
thermophiles, des corniches et leurs abords n'est pas considérée ici ; elle viendra
ultérieurement augmenter encore la richesse spécifique déjà remarquable du
fond de combe.
2 - Méthodes
Neufs sites ont été échantillonnés dans le fond et les flancs boisés de la
Combe (Tableau 1). Les prélèvements pour caractérisation des communautés
malacologiques ont été réalisés en échantillonnant le substrat sur une profondeur
d'environ 2 à 3 cm et sur une surface cumulée de l'ordre d'un à quelques
environ, incluant aussi bien individus frais que coquilles vides, conformément aux
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préconisations de RUNDELL & COWIE (2003, p. 159), selon lesquelles toutes les
coquilles récoltées ont lieu d'être prises en compte : "collecting data from both the
live and dead [shells] assemblages is the most pragmatic strategy". Cette procédure
d'échantillonnage favorise en effet un certain lissage des variations annuelles
d'abondances, comme l'indique aussi PUISSEGUR qui, pour cette me raison,
propose également d'échantillonner le substrat sur quelques centimètres de
profondeur (PUISSEGUR 1976).
Tous les individus coltés ont été terminés au niveau spécifique, par
référence, à l'ouvrage classique de KERNEY & CAMERON (KERNEY & CAMERON, 1999)
en consultant également, si nécessaire, le manuel de GERMAIN (GERMAIN, 1930-31).
Enfin, les représentants de chaque espèce ont été dénombrés au sein de
chacun des échantillons (Tableau 2). En effet, au delà du simple listage des
espèces présentes, la notation de leurs abondances respectives autorise des
traitements et analyses qui, à leur tour, ouvrent d'intéressants aperçus (voir
BÉGUINOT (2009a) pour un survol méthodologique plus complet). Il est ainsi
possible d'estimer les degrés d'exhaustivité de chacun des échantillonnages,
information évidemment essentielle pour juger de leur représentativité. La prise
en considération des abondances spécifique log-transformées permet d'autre part
de rendre compte approximativement des niveaux de compétitivité relative
(sensu latissimo) des différentes espèces participant à une même communauté et
d'analyser ainsi la structuration dynamique de la communauté .
1
terre argileuse humique en sous bois (hetraie à buis) en bord sentier montant en amont réservoir d'eau
sur environ 300m [ 04° 56' 52" E - 47° 13' 17" N] 5 06 2005
2
terreau léger sous tapis mousse pleurocarpes à base paroi rocheuse, à mi-pente boisée, cote 350m,
environ 300m en amont du Réservoir [ 04° 56' 50" E - 47° 13' 15" N] 5 06 2005
3
terre argileuse humique gravillonneuse sous hêtraie à Buis sèche en ubac, entre Parking près réservoir
et Bec de Judry [04° 56 53 E - 47° 13 17 N à 04° 56 58 E - 47° 13 14 N ] 22 04 2009
4
terreau léger sous mousses pleurocarpes sur replats sous paroi rocheuse vers base du "Bec de Judry"
[04° 56' 47" E - 47° 13' 12" N] 22 04 2009
5
terreau léger sous mousses pleurocarpes sur replats de paroi du "Bec de Judry", en montant vers
l'entrée de la grotte [04° 56' 48" E - 47° 13' 12" N] 22 04 2009
6
terre argileuse humique très fortement gravillonneuse-caillouteuse en fond de petit vallon secondaire, à
l'aplomb de extrémité aval du tunnel routier [04° 55' 55'' E - 47° 13' 25'' N ] 22 04 2009
7
terre argileuse humique très gravillonneuse et mouillée auprès de ruisseau en fond vallon boisé, env.
110 m en amont entrée O du tunnel routier [ 04° 55' 44" E - 47° 13' 24" N ] 22 04 2009
8
terre argileuse humique sur replats se paroi fraîche ombreuse en fond de vallon, en amont du tunnel
routier et à l'approche du cul de sac final de la combe [04° 55' 39" E - 47° 13' 24" N] 22 04 2009
9
terreau léger sous mousses pleurocarpes sur terre-plain gravillonneux-rocheux à base falaise, en bord
de route, cote env. 350m [ 04° 55' 53" E - 47° 13' 28" N] 5 06 2005
Tableau 1 - Description sommaire et localisation des sites de caractérisation
des communautés malacologiques dans la Combe Lavaux
Le degré d'exhaustivité de l'échantillonnage de chaque communauté a été
évalué en rapportant le nombre So d'espèces observées à l'estimation du nombre
total St d'espèces dans la communauté échantillonnée. Ce nombre total est
estimé en utilisant le classique estimateur non paramétrique "CHAO 1" (CHAO
1984 ; CODDINGTON et al. 1996 ) sous sa forme généralisée (BÉGUINOT 2009b) :
St = So + [ f1x/(x! fx) ] (1/(x-1))
f1 et fx correspondent aux nombres d'espèces représentées dans l'échantillon
par 1 individu et par x individus respectivement.
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On considère ordinairement la formulation originale (avec x = 2). Toutefois celle
ci tendant à diverger lorsque f2 < 2, on considère également les degrés d'ordre
supérieur (x > 3) de l'expression généralisée de l'estimateur en ne retenant que
les degrés x pour lesquels fx atteint au moins 3.
L'analyse structurelle des communautés est basée sur l'ordonnancement des
niveaux de compétitivité relative des différentes espèces co-présentes. Elle
permet de mieux interpréter, causalement, la dynamique inter-spécifique
aboutissant à la hiérarchisation des abondances des espèces au sein de la
communauté. La notion de compétitivité étant entendue ici dans son sens le plus
large, intégrant non seulement la performance relative actuelle de l'espèce mais
aussi l'hystérésis de la performance de l'espèce au long de son historique de
colonisation du site (BÉGUINOT 2009 a). On montre que le niveau de compétitivité
relative de l'espèce 'i' dans la communauté 'j' s'estime par :
ICNij = log (aij %+1)
ICNij est l'Indice de Compétitivité relative Numérique de l'espèce 'i' (numérique
car appréciée en terme de nombre d'individus de 'i') et aij % représente
l'abondance (%) de l'espèce 'i'dans la communauté 'j' (BÉGUINOT 2009 a).
La pertinence de l'usage de l'abondance log-transformée et la justification de la
formulation "ICN" de la compétitivité relative des espèces dans leurs
communautés, détaillée par ailleurs (BÉGUINOT 2009a), sont brièvement
développées en Annexe 2.
N.B. : afin de pouvoir aisément comparer les indices de compétitivité d'une même espèce dans
différentes communautés, il est commode de considéré ICN en valeur relative : "ICN %".
A cet effet, on rapporte la valeur d'ICN de l'espèce 'i' dans une communauté donnée 'j' à la somme,
Σ (ICN), des ICN pour chacune des espèces participant à la communauté 'j', soit :
ICN % = 100 x ICN/ Σ (ICN)
c'est à dire : ICNij % = 100.[log (aij %+1)]/[Σk log (akj %+1)]
Σk représente la sommation sur l'ensemble des espèces de la communauté 'j'
3 - Résultats
3.1 - Richesse spécifique globale de l'échantillonnage en fond et flancs
boisé de Combe
3.1.1 - résultats synthétiques
Le Tableau A1, en Annexe, rend compte des résultats bruts
d'échantillonnage des neuf communautés décrites au Tableau 1 : nombres
d'occurrence 'nij' de chacune des espèces 'i' dans chacune des neuf communautés
'j' échantillonnées.
Les degrés d'exhaustivité de l'échantillonnage de chacune de ces
communautés, évalués au moyen de l'estimateur "CHAO 1 généralisé" 2)
figurent en dernière ligne du Tableau 2. Avec des degrés d'exhaustivité compris
entre 83 % et 100 % (moyenne 93 %), on peut considérer que l'essentiel de la
richesse spécifique de chacune des neuf communautés a été capté par
l'échantillonnage. Et ce malgré des effectifs d'échantillonnage relativement
modestes : 2341 individus ont été recensés au total (moyenne 260 individus par
communauté).
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La richesse spécifique observée par communauté, So, est comprise entre 13
et 34 espèces (moyenne 21) et l'estimation de la richesse spécifique exhaustive
par communauté, St, est comprise entre 14 et 40 (moyenne 23).
La richesse spécifique observée sur l'ensemble des neuf communautés
réunies s'élève à pas moins de 50 espèces (avec un total exhaustif estimé qui
pourrait avoisiner sans doute les 55 à 60 espèces).
3.1.2 - estimation de la contribution de la diversité écologique entre
sites échantillonnés à la richesse spécifique globale
Il va de soi que la richesse spécifique globale d'une localité est, toutes
choses égales par ailleurs, fonction croissante de la diversité écologique des sites
d'échantillonnage réalisés sur cette localité. La richesse spécifique globale peut
ainsi s'envisager comme somme de la richesse spécifique propre à un site
théorique censé représenter "l'écologie moyenne" de la localité échantillonnée et
de la contribution supplémentaire apportée par l'hétérogénéité écologique de la
localité. On a décrit une méthode pour estimer les parts respectives de ces deux
contributions à la diversité spécifique (BÉGUINOT 2009a). Elle est fondée sur la loi
tendancielle de proportionnalité du nombre d'espèces observées au logarithme
de l'effectif d'individus échantillonnés. Extrapolant ainsi la régression
logarithmique effectuée sur les neuf échantillons considérés ici jusqu'au nombre
total d'individus sur l'ensemble de ces neuf échantillons (soit 2341 individus), on
déduit (figure 1) une richesse estimée pour le site théorique "d'écologie
moyenne" égale à 40 espèces. Or le nombre d'espèces effectivement observées
pour ce même effectif d'individus se monte à 50 espèces. On est donc fondé à
répartir approximativement les 50 espèces observées en (i) 40 espèces
représentant, en quelque sorte, la "richesse moyenne intrinsèque" d'un site précis
et (ii) 10 espèces attribuables à l'hétérogénéité existant entre les sites
échantillonnés (hétérogénéité dont on confirmera l'existence et précisera la
nature essentielle plus loin, au § 3.5.1).
Figure 5 - Estimation de la part de richesse spécifique attribuable à hétérogénéités écologiques
entre les 9 sites et communautés échantillonnés : le cumul des 9 échantillons comporte 2341
individus conduisant à une richesse spécifique, estimée par extrapolation, de 40 espèces si les
écologies des différents sites étaient identiques ou suffisamment similaires (cf. courbe de
régression logarithmique). La richesse spécifique effectivement recensée, 50 espèces, conduit à
inférer que la dizaine d'espèces supplémentaires résulte des différences écologiques entre sites.
0
10
20
30
40
50
60
0500 1000 1500 2000 2500
nombre d'individus échantillonnés
nombre d'espèces observées
les 9 communautés
séparément
les 9 communautés unies
Logarithmique (les 9
communautés sépament)
1 / 20 100%
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