
18 Perception du mouvement et mouvement propre
FIG. 1.1 – Localisation crˆanienne du syst`eme vestibulaire. ACoupe frontale sch´ematique montrant la
localisation du syst`eme vestibulaire dans l’oreille interne. Celui-ci est compos´e d’une part des canaux semi-
circulaires, dont l’horizontal (en rouge), l’ant´erieur (en bleu cyan) et le post´erieur (en vert), et d’autre
part des otolithes (saccule et utricule ; en orange). Les canaux semi-circulaires sont compos´es du canal
proprement dit et d’un renflement situ´e au dessus de l’utricule, l’ampoule. BVue lat´erale de la tˆete, et
position de l’appareil vestibulaire. Remarquons que le canal semi-circulaire horizontal (en rouge) n’est pas
dans le plan horizontal du crane, mais est d´evi´e de celui-ci d’un angle d’environ 25◦.CVue du dessus :
les canaux semi-circulaires ant´erieurs (en bleu) et post´erieurs (en vert) sont orient´es `a environ 45◦du plan
sagittal, et approximativement perpendiculaires entre eux. L’orientation des canaux ant´erieurs est d´efinie
par la ligne passant par le centre des structures vestibulo-cochl´eaires et le bord post´erieur du foramen
magnum, et l’orientation des canaux post´erieurs est d´efinie par la ligne passant par le centre des structures
vestibulo-cochl´eaires et la selle turcique.
Plus g´en´eralement, l’ensemble des capteurs vestibulaires dote le cerveau d’informations sur le
mouvement de la tˆete dans l’espace physique tridimensionnel. L’importance du capteur vestibulaire
et de sa structure peuvent ˆetre per¸cues `a travers sa phylog´enie. Les premiers organismes fossilis´es
poss´edant un labyrinthe sont les Ostracodermes (familles des Agnathes, 350-400 millions d’ann´ees).
Ce labyrinthe primitif ne comprend que des canaux verticaux. Les descendants modernes des Gna-
thostomes (organismes pourvus de mˆachoire), les poissons cartilagineux et osseux (Chondrichtiens
et Ost´eichtiens) acqui`erent un nouvel ´el´ement : les canaux horizontaux. Si le labyrinthe des pois-
sons osseux est identique `a celui des Mammif`eres, celui des poissons cartilagineux ne poss`ede pas de
partie commune entre les canaux ant´erieur et post´erieur, laissant penser au d´eveloppement de deux
solutions ´evolutives distinctes. Toutefois, remarquons que le capteur vestibulaire apparaˆıt relati-
vement tˆot dans l’´evolution des vert´ebr´es, et que sa structure tri-dimensionnelle, une fois acquise,
reste inchang´ee. Le labyrinthe est donc une solution ´evolutive stable pour percevoir le mouvement
dans l’espace tridimensionnel (Graf 1988).
1.1.1.2 Les canaux semi-circulaires sont des capteurs de rotation
Depuis la description de Mach en 1875, l’on sait que les canaux semi-circulaires sont adapt´es
pour percevoir les rotations de la tˆete en trois dimensions. Chaque canal a ainsi un axe de ro-
tation c´ephalique pr´ef´er´e, c’est-`a-dire qu’une rotation autour de cet axe provoque une r´eponse
neuronale maximale (Fig. 1.2A). L’axe pr´ef´er´e n’est, en g´en´eral, pas align´e avec l’axe anatomique
du canal, mais diff`ere de celui-ci d’environ 10◦en moyenne chez le primate (Reisine et al. 1988).
Par ailleurs, les six canaux semi-circulaires fonctionnent en couple, d´efinissant 3 axes de rota-
tion majeurs. Les deux canaux horizontaux d´efinissent l’axe vertical, les canaux ant´erieur-droit
et post´erieur-gauche d´efinissent l’axe horizontal diagonal ant´erieur-droit post´erieur-gauche, et les
canaux ant´erieur-gauche et post´erieur-droit d´efinissent le deuxi`eme axe horizontal diagonal.
Le fonctionnement des canaux semi-circulaires est bas´e sur un m´ecanisme inertiel. Une trans-
lation de la tˆete, donc de l’ensemble des canaux semi-circulaires, ne provoque aucun effet sur ces
derniers. Par contre, dans le cas par exemple d’une rotation horizontale de la tˆete vers la droite, le
canal horizontal droit est activ´e, le canal horizontal gauche inhib´e (Fig. 1.2A). Le mouvement de
rotation de la tˆete provoque, par inertie du liquide endolymphatique `a l’int´erieur du canal droit, un
mouvement fluide vers la gauche, qui d´evie la cupule de l’ampoule du canal droit vers la gauche (Fig.
1.2B). Cette d´eviation entraˆıne un mouvement des cils –des cellules cili´ees de la base ampoulaire–
qui sont solidaires de la cupule. L’inclinaison des cils vers le kinocil provoque `a son tour l’ouverture
de canaux ioniques transmembranaires, aboutissant `a l’excitation des cellules cili´ees qui sont en
contact avec les cellules bipolaires du ganglion de Scarpa.