
4 Profil culturel des pays du sud membres de la Francophonie
Par Francisco Ayi d’Almeida
et Marie-lise Alleman
En cette période caractérisée par la mondialisation, la
multiplicité des contacts entre les cultures et les risques
d’homogénéisation culturelle qu’ils comportent, la préser-
vation et la promotion de l’identité culturelle d’un pays
constituent un enjeu crucial.
De ce fait, la capacité des pays en développement à assu-
mer une production locale ayant une présence quantitative
et qualitative significative sur leurs propres marchés et les
marchés internationaux est une condition impérative pour
la vitalité des expressions culturelles et la promotion de
leur diversité. Or, le niveau de développement de cette
capacité nationale dépend de l’environnement dans lequel
opèrent les créateurs et les entreprises culturelles locales.
Il dépend également des effets des marchés mondiaux
de produits culturels et des politiques publiques mises en
œuvre pour favoriser leur développement : lois et mesures
d’encadrement, dispositifs de formation, d’information et
de soutien technique, matériel et financier. Bref, la vitalité
du secteur culturel est conditionnée, certes par la créativité
des créateurs, mais aussi par la qualité de l’environnement
dans lequel opèrent les différents métiers et entreprises
connexes qui les entourent.
Dans le contexte actuel marqué par le déséquilibre du
commerce international des biens et services culturels, la
diversité culturelle pourrait être menacée dans les pays où
les États ne mettent pas en œuvre des stratégies adéquates
pour dynamiser les industries culturelles et pour soutenir
une vie culturelle vivante et en évolution permanente. Or,
pour élaborer ces politiques publiques, il est indispensable de
disposer des données – analyses et statistiques- permettant
de connaître la structure du secteur, ses opérateurs, le niveau
d’activités, l’impact en termes d’emplois et de revenus, ainsi
que la capacité à satisfaire la demande culturelle dans la
diversité de ses formes.
Pour soutenir les efforts des pays du Sud membres de la
Francophonie, l’OIF a initié un programme d’identifica-
tion des industries culturelles et de leur environnement.
Commençant en 2007-2009 par l’Afrique de l’Ouest
(Burkina Faso, Côte d’Ivoire), Sénégal, ce programme se
poursuit par étapes, en couvrant les différentes zones
géographiques concernées : Afrique centrale (Cameroun,
Congo Brazzaville, Gabon), la Caraïbe francophone (La
Dominique, Haïti, Sainte Lucie) et la zone Asie du Sud-Est
et Pacifique (Vanuatu, Laos, Vietnam, Cambodge). L’ob-
jectif visé est de mener avec les institutions nationales de
ces pays un travail d’identification du champ des indus-
tries culturelles. Le résultat constituera un outil d’informa-
tion sur les potentialités, les atouts et les handicaps qui
freinent les capacités nationales de production de biens
et de services culturels.
Pour réaliser ce type d’outil, le profil culturel constitue
une méthode de travail très utile. Elle consiste, grâce à la
collecte de données quantitatives et qualitatives, à conduire
une évaluation de la situation des secteurs culturels –
en particulier des industries culturelles dans le présent
ouvrage – et du système institutionnel administratif d’un
pays, notamment les pratiques concernant l’accès à l’infor-
mation, à la formation et aux financements. Elle nécessite
un travail de terrain et la collaboration active des acteurs
concernés. Elle suppose une habitude de concertation
entre pouvoirs publics et organisations professionnelles et
une culture d’observation et d’analyse de l’économie de
la culture.
Collecter des données fiables dans les pays africains est
une mission quasi impossible surtout lorsqu’on ne peut
acheter l’information produite par des cabinets d’étude
privés. Dans tous les cas, c’est un exercice rempli de diffi-
cultés et de frustration.
En fait, la prédominance de l’informel, la culture du secret
commercial , la peur du fisc et la méfiance vis à vis de la
puissance publique, perçue comme éloignée de ces réalités
et impuissante à résoudre les problèmes, expliquent cette
situation qui perdurera aussi longtemps que le cercle non
vertueux que dépeignent nos interlocuteurs se maintiendra.
Toutefois, malgré les difficultés rencontrées, nos équipes
ont travaillé dans chacun des trois pays avec un succès
variable selon les filières et selon la bonne volonté de
leurs interlocuteurs. Environ 20 personnes (enquêteurs
INTRODUCTION
CULTURE ET ÉCONOMIE EN AFRIQUE DE L’OUEST :
APERÇU D’UN SECTEUR EN DEVENIR.