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Point de vue économique 13 janvier 2016 www.desjardins.com/economie
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1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020
Graphique 7 – Investissements, économies avancées du G7
en % du PIB mondial
Sources : Fonds monétaire international, World Economic Outlook Database, Octobre 2015 et Desjardins, Études économiques
Prévisions
aux États-Unis, en excluant la composante énergie (fossile
et électrique)3, on note qu’il y a eu diminution au début des
années 2000 et que le rétablissement amorcé en 2010 n’a
tout de même pas permis de rejoindre le sommet de l’année
2000. La remontée est plutôt récente et la question qui se
pose est de savoir si la tendance se maintiendra, et ce, pour
combien de temps.
Au cours de la dernière décennie, la conance des entre-
prises canadiennes n’a guère dépassé le niveau de 2002
et a également montré une forte instabilité comparative-
ment aux courbes observées dans les années 1980 et 1990
(graphique 6). Alors que la conance des entreprises pou-
vait s’inscrire dans le passé dans de longues périodes de
hausses, il apparaît que l’incertitude qui marque l’économie
mondiale depuis une quinzaine d’années a laissé les entre-
prises dans un état permanent de prudence, le tout avec des
conséquences directes sur leur propension à investir.
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Graphique 6 – Canada : indice de confiance des entreprises
Sources : Conference Board du Canada et Desjardins, Études économiques
2015
Le taux d’utilisation des capacités de production, qui est
un des déterminants de l’investissement, ne permet pas
non plus d’améliorer les perspectives : entre 1987 et 2015,
le taux moyen de l’utilisation des capacités de production
s’est situé à 82,5 %, avec un plafond de 87,6 % atteint au
premier trimestre de 1998. Après une chute en 2009 jusqu’à
71,6 %, le taux d’utilisation des capacités industrielles a re-
joint sa moyenne historique, mais sans vraiment la dépasser
(82,0 % au troisième trimestre de 2015).4
Dans un tel contexte, il n’est pas évident pour les entre-
prises de lancer de nouveaux projets d’investissement. Par
ailleurs, l’accélération de la mondialisation a exacerbé la
concurrence internationale, chamboulant les débouchés
habituels des différentes économies, toutes engagées dans
un réajustement de leurs positions concurrentielles. Cette
transition, aussi longue que délicate, explique peut-être la
relative mollesse de l’investissement des entreprises cana-
diennes et québécoises.
L’hésitation des entreprises pourrait également expliquer
la préférence qu’elles ont accordée au cours des dernières
années à l’amélioration de leur situation nancière. Les
bénéces nets des entreprises canadiennes non nancières
ont dépassé en 2010 des niveaux records5. Au cours des cinq
dernières années, les marges bénéciaires des entreprises
non nancières ont oscillé entre 7 et 8 %, ce qui est relati-
vement élevé au regard des données historiques. Cela s’est
fait de manière concomitante avec une forte diminution de
leur ratio d’endettement, particulièrement depuis la crise de
3 Selon la nomenclature de Statistique Canada : SH-2709 - Huiles brutes
de pétrole ou de minéraux bitumeux, SH-2710 - Huiles de pétrole ou de
minéraux bitumeux, SH-2711- Gaz de pétrole et autres carburants gazeux
et SH-2716 – Énergie électrique.
4 « Une longue période de détérioration de la compétitivité, marquée par
la Grande Récession, a provoqué la destruction de nombreuses rmes et
a déprimé les investissements des entreprises à l’extérieur du secteur de
l’énergie, ce qui s’est traduit par une réduction appréciable des capacités
du secteur hors ressources. » Banque du Canada, Rapport sur la politique
monétaire, octobre 2015 p.23
5 Les marges bénéciaires des entreprises se sont xées à un ratio moyen
de 4,8 dans les années 1990, de 6,2 dans les années 2000 et de 7,2 depuis
le début de 2010. Source : Statistique Canada, Cansim 187-0002
D’ailleurs, ce scepticisme peut aussi se justier par des
perspectives plus globales : les prévisions économiques du
Fonds monétaire international (FMI) à l’horizon 2020 ne
concluent pas à un déclin de l’économie mondiale, mais au
moins à un manque évident de dynamisme. La croissance
mondiale se limitera en 2015 à environ 3 % pour n’aug-
menter ensuite que très progressivement vers les 4 % en
2020. De plus, les échanges commerciaux de biens et de
services auront tendance à stagner. Toujours selon le FMI,
la croissance économique des pays du G7 ne dépassera pas
le taux de 2 % à l’horizon de 2020. De plus, l’investissement
des pays du G7 devrait progresser jusqu’en 2020, mais à un
rythme trop lent pour atteindre l’importance qu’ils avaient
en 2007 (graphique 7), avant la crise nancière.