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Profils d’expression et pronostic
Plusieurs études rétrospectives ont suggéré le potentiel pronostique des puces à
ADN en cancérologie mammaire à travers l’identification de nouvelles classes pro-
nostiques non identifiables par les moyens conventionnels, dans des groupes de
tumeurs d'apparence histo-clinique homogène, mais hétérogènes sur le plan évo-
lutif. Ces études ont porté sur la recherche de profils d’expression associés à la survie
sans ou avec traitement systémique (chimiothérapie CT et/ou hormonothérapie
HT) en situation adjuvante (analyse de la tumeur réséquée) ou néo-adjuvante (ana-
lyse de la biopsie tumorale avant CT), dans des formes localisées ou localement
avancées.
Lors d’une étude pilote analysant l’expression d’environ 200 gènes candidats
dans une série de 34 cancers du sein localisés, nous avons identifié, parmi des
tumeurs de mauvais pronostic traitées par CT adjuvante, deux classes d’évolution
différente en terme de survie. Cette discrimination résultait de l’expression différen-
tielle de 23 gènes (5). Nous avons ensuite analysé l’expression d’environ 1 000 gènes,
incluant les 200 précédents, dans une population théoriquement homogène de 55
tumeurs localisées, de mauvais pronostic (6). Toutes les patientes avaient reçu une
CT adjuvante à base d’anthracyclines. Nous avons dans un premier temps validé
l’intérêt pronostique de notre jeu de 23 gènes dans cette série indépendante de
tumeurs. Une analyse plus approfondie a ensuite identifié une signature de
40 gènes, directement dérivée de la précédente, qui affinait la classification en dis-
tinguant trois classes de patientes équilibrées sur les facteurs pronostiques clas-
siques, mais présentant une survie globale et sans métastase significativement diffé-
rente sur un suivi médian de cinq ans (figure 2). Une étude de validation rétrospec-
tive est en cours aujourd’hui au niveau uni- et multicentrique.
Figure 2
– Représentation en 2D des résultats de classification hiérarchique des 55 tumeurs en fonc-
tion de l’expression respective des gènes du cluster I (25 gènes corrélés à ESR1 qui code
pour RE) et des gènes du cluster II (15 gènes). Pour chaque classification (attention, celle
concernant les gènes du cluster II a été pivotée de 90° pour des raisons de représentation
graphique), chaque ligne représente un gène et chaque colonne représente une tumeur. Les
gènes sont référencés par leur symbole LocusLink et les tumeurs par un numéro. Les
numéros des tumeurs avec une évolution fatale sont notés en rouge. Pour chaque gène, les
niveaux d’expression sont rapportés au niveau d’expression médian à travers toutes les
tumeurs et sont représentés par une échelle de couleur allant du vert pour les gènes sous-
exprimés au rouge pour les gènes sur-exprimés. La classification hiérarchique a été appli-
quée aux échantillons et aux gènes sur la base d’une similarité des niveaux d’expression
génique : les échantillons les plus similaires entre eux sont regroupés sur l’axe horizontal,
de même que les gènes sur l’axe vertical. La longueur des branches du dendrogramme
reliant les éléments reflète leur degré de similarité. La représentation croisée en 2D définit
quatre groupes de tumeurs (A, B, C et D). Les carrés noirs indiquent les patientes en vie au
dernier suivi et les carrés rouges les patientes décédées de leur maladie. Trois classes de
patientes (A, B+C, D) sont définies avec une survie significativement différente.
– Courbe de survie sans métastase pour les trois classes.
– Courbe de survie globale pour les trois classes.
270 Cancer du sein