EDITION SPECIALE MOLIERE :
L’AVARE
« Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les
divertissant, j’ai cru que, dans l’emploi ou je me trouve, je
n'avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures
ridicules les vices de mon siècle. »
Molière, Premier placet au Roi (1669)
Edité par la Revue de la Presse
– Séminaire « Molière » WS 2011/12 –
Rédaction :
Theresa Weyh
EDITORIAL
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VOS AVIS : LETTRES DE
LECTEURS
• Avare, plus avare,
Harpagon – Harpagon en
tant que caractère
principal de L’Avare
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• Molière le visionnaire
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REPORTAGE
• Molière accusé de plagiat
en 2012
Page 8
INTERVIEW
• La table ronde de France
culture ! Page 10
EN BREF Page 20
BIBLIOGRAPHIE
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DECLARATION
D’HONNETETE
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REVUE DE LA PRESSE
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Editorial
Chères lectrices, chers lecteurs !
«(…) Il y a peu de poètes (…) moins corrects et moins purs que lui. […] Cependant
l’opinion commune est qu’aucune des auteurs de notre théâtre n’a porté aussi loin son
genre que Molière a poussé le sien ; et la raison en est, je crois, qu’il est plus naturel
que tous les autres. »1 :
Voici le jugement de Vauvenargues porté sur le succès de Molière. Que Molière a marqué
le théâtre et surtout le genre de la comédie est incontestable si on regarde des programmes
de théâtre de nos jours.
Cette année, le dramaturge, auteur de comédie, et peut-être que l’on pourrait même dire le
visionnaire Molière, aurait fêté ses 200 ans. Avec des comédies comme par exemple
L’Avare, Molière a encore, 200 ans après sa naissance, du succès. Et cela non seulement
parce qu’il maîtrisait les moyens de faire rire les gens, mais aussi parce qu’il évoquait des
thèmes ayant encore une résonance en 2012 comme par exemple l’avarice. Nous
constatons en effet que ce sujet est toujours d’actualité, comme le montrent les nombreuses
campagnes publicitaires prônant l’avarice : « L’avarice, c’est le luxe ! », « Geiz ist
geil ! »2
Depuis que ce rapport à l’actualité de la pièce a été présenté par le Club de la littérature le
19 janvier 2012 intitulé « L’avarice et en général l’importance de l’argent est-ce que ce
sont des problèmes de notre société mondialisée et marquée par la crise financière ? », les
discussions autour de la pièce de théâtre L’Avare, actuellement la pièce avec le plus de
succès de nos jours derrière Tartuffe, ont reprises. Cette comédie qui a été représentée
pour la première fois le 9 septembre 1668, n’avait à l’époque pas beaucoup de succès mais
aujourd’hui le vieux Harpagon qui terrorise et détruit à cause de sa manie, à savoir
l’avarice, toute sa famille fascine d’autant plus le public et le fait même rire.
Mais comment est-ce que Molière a réussi à faire d’un sujet si sérieux une comédie ?
Comment réussit-il finalement à faire rire le public ce qui était le but primordial d’un
auteur de comédie comme Molière ?
Afin de pouvoir répondre à ces questions, notre rédaction a publié cette édition spéciale de
la Revue de la presse ne se composant que d’articles sur la pièce L’Avare de Molière. Tout
d’abord, il y a deux lettres de lecteurs qui se rapportent directement au Club de la
1 LASALLE, H./ Van PRAET, A. : Préface Molière L’Avare. Paris 1993, p. 9.
2 Ce sont des publicités de l’entreprise « Gallo suisse » et de l’entreprise allemande « Saturn ».
REVUE DE LA PRESSE EDITORIAL
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littérature du 19 janvier 2012 et ayant comme sujet le rôle de l’argent en général et
Harpagon en tant que personnage principal de la comédie de caractère. Après avoir éclairci
ces particularités de la pièce, nous vous proposons un débat entre deux experts de la
littérature française sur les aspects non seulement comiques mais aussi tragiques de la
pièce.
La rédaction vous souhaite une bonne lecture !
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Vos avis : Lettres de lecteurs
Avare, plus avare, Harpagon –
Harpagon en tant que caractère principal de L’Avare
Un homme de soixante ans, veuf, père de deux enfants, tyrannique et autoritaire n’ayant
que de l’argent dans la tête : Voilà le personnage que Molière a choisi pour sa comédie de
caractère. Il lui a donné le nom d’Harpagon qui vient d’un mot grecque signifiant
« grappin » ou « harpon »3, une image qui correspond parfaitement à ce personnage rapace,
car il essaie désespérément de garder son argent : sa préoccupation n’est pas seulement de
faire des économies – en donnant par exemple l’ordre à son cuisiner de préparer un dîner
pour huit ou dix personnes mais surtout de ne préparer à manger que pour huit personnes
(cf. III, 1)4 ou en expliquant à sa servante qu’il ne faut pas « frotter les meubles trop fort,
afin de les user » (III, 1)5 – mais aussi de faire accroître sa fortune par l’usure. Selon le
MicroRobert un usurier est un « prêteur qui exige un taux excessif (et souvent illégal) »6 ce
que son propre fils va lui reprocher (cf. II, 2). Toutefois, ses enfants ne lui sont pas très
chers et encore moins leur opinion. Pour Harpagon, la seule chose qui compte c’est son
argent. A cause de cela, il veut marier sa fille à Monsieur Anselme qui la prend « sans
dot » (I, 4) – le plus grand cadeau qu’un futur gendre pourrait lui faire – et Harpagon lui-
même veut épouser la jeune Marianne « pourvu (…) [qu’il] y trouve quelque bien » (I, 4)
« car encore n’épouse-t-on point une fille sans qu’elle apporte quelque chose » (II, 5). Par
conséquent, l’avarice maladive d’Harpagon détruit sa propre famille, le seul contact social
qui lui restait après la mort de sa femme. La manie mène Harpagon jusqu’à la méfiance
totale : il fouille son valet (cf. I, 3) de crainte qu’il vole son « pauvre argent », son « cher
ami » (IV, 7) et il surveille toutes les actions de ses enfants et surtout de son fils. De plus, il
vérifie à chaque occasion si son argent placé dans une cassette, qu’il a enterré dans son
jardin, est encore au bon endroit. La peur de perdre son argent est omniprésente dans sa
3 Cf. « Podcast L’Avare » : http://podcasts.unifreiburg.de/podcast_content/player?data_url=http://
podcast2.ruf.unifreiburg.de/ub/casts/1993_vorlesungen_zur_geschichte_der_franzoesischen_literatur/F9949_
64Kbit_44kHz_mono.mp3&id_group=12&id_content=36&link=http://podcast2.ruf.uni-freiburg.de/ub/casts/
1993_vorlesungen_zur_geschichte_der_franzoesischen_literatur/F9949_64Kbit_44kHz_mono.mp3&playeri
mage=playerbackground_audio&title=Moli%C3%A8re%20IV:%20%22L%27Avare%22&author=Frank-
Rutger%20Hausmann [15.4.2012]
4 En raison de la clareté du texte les renvois à l’œuvre de Molière (l’acte et la scène) seront mentionnés tout
au long de ce travail entre parenthèse directement derrière la citation.
5 Les citations directes du texte de Molière sont tirées de l’édition Pocket :
MOLIERE, J.B. : L’Avare. Préface et « Clés de l’œuvre » par Hélène Lassalle et Annie Van Praet. Paris, 1993.
6 REY, A. (Direct.) : Le Robert Micro. Dictionnaire d`apprentissage de la langue française. Version
électronique. Paris 2005.
REVUE DE LA PRESSE LETTRES DE LECTEURS
5
tête, il en est même obsédé : « Il me semble que j’entends un chien qui aboie. N’est-ce
point qu’on en voudrait à mon argent » (I, 5).
Cet homme de soixante ans tyrannise avec son avarice alors toute la famille et tous les
employés de la maison, un fait qui va à l’encontre de l’avarice mais qui laisse s’expliquer
par son rang – Harpagon appartient probablement à la Bourgeoisie – qui l’oblige à avoir
des domestiques. Il n’est donc pas étonnant que Molière ait créé à partir de cette forte
personnalité une comédie de caractère – le pendant d’une comédie d’intrigue – où il s’agit
de « tout donné aux caractères, c’est-à-dire rien à l’intrigue »7. Dans le processus de
composition, Molière a donc d’abord créé le caractère et puis l’intrigue. De surcroît, dans
une comédie de caractère la motivation suscitant une action est pensée avant l’action elle-
même.8 Toute la pièce, toutes les actions des personnages sont liées à un seul trait de
caractère d’Harpagon, à savoir l’avarice. Guardia constate qu’Harpagon est caractérisé de
manière univoque, il parle de mono-caractérisation. Certes, Harpagon « ne dit pas un mot,
ne fait pas un mouvement qui ne soit pas avare »9 , mais il est cependant caractérisé de
différente manière. Quelques fois ce sont les ordres donnés aux domestiques qui le
caractérisent, quelques fois ce sont ses ambitions de marier ses enfants ou de faire de
l’usure qui décrivent son caractère.
Avec la comédie L’Avare, Molière a donc créé une comédie de caractère par
définition :
« La comédie de caractère met l’accent sur la description exacte des motivations des
personnages : dans la dialéctique aristotélicienne entre action et caractère, l’action n’a
d’importance que dans la mesure où elle caractérise, c’est-à-dire définit et visualise
fidèlement les protagonistes. »10
Il en résulte que toutes les actions dans L’Avare n’ont qu’une seule fonction : illustrer la
manie d’Harpagon ! Même si des grandes entreprises de nos jours prônent l’avarice
comme par exemple en Allemagne avec l’adjectif « geil » dans le slogan « Geiz ist geil ! »,
pour moi Harpagon reste un « pauvre » homme maladif et seul. L`adjectif pauvre ne faisant
dans ce contexte pas référence à l’argent mais à ses relations humaines qu’il n’est plus
capable d’entretenir. C’est sa pauvreté de sentiments qui m’a touché quand j’ai relu la
7 GUARDIA, J. : Poétique de Molière. Comédie et répétition. Préface de Gilles Declercq. Genf 2007, p.119.
8 Cf. ibid., p. 128.
9 Batteux, Ch. : Traité de la Poésie dramatique, pp.171-172. Citer selon : GUARDIA, Poétique de Molière.
Comédie et répétition. Préface de Gilles Declercq. Genf 2007, p.127.
10 Pavis, P. : Dictionnaire du théâtre article « Comédie de caractère ». Citer selon : GUARDIA, Poétique de
Molière. Comédie et répétition. Préface de Gilles Declercq. Genf 2007, p.128.
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