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2016
PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES :
LE GROS DU CHOC DÉJÀ ABSORBÉ ?
La très forte baisse du prix du pétrole depuis mi-2014
– passé de plus de 110 dollars le baril en juin 2014 à
quasiment 30 dollars début 2016 (graphique ) – résulte
à la fois du ralentissement de la croissance dans les pays
émergents et du développement de sources alternatives
d’énergie (pétrole et gaz de schiste, énergies renouve-
lables). Cette baisse constitue – toutes choses égales
par ailleurs – un choc positif de grande ampleur pour
l’économie mondiale, notamment pour les économies
avancées qui sont quasiment toutes importatrices nettes
d’hydrocarbures[9].
En juillet 2015, le FMI estimait que la baisse du prix
du pétrole observée sur la seconde moitié de l’année
2014 (recul de 40 %) aurait un effet positif sur le PIB
mondial compris entre 0,5 % et 1 % sur deux ans[10]. En
extrapolant ce résultat à la nouvelle baisse des prix
observée depuis début 2015, l’effet total pourrait être
de l’ordre de 1 % à 1,5 % de PIB mondial sur deux ans.
Toutefois, la chute de revenu induite pour les pays ou
les grandes entreprises producteurs pourrait aussi
entraîner des dérèglements financiers non négligeables.
Prix du pétrole depuis janvier 2000
en dollars US
À l’horizon 2017, l’effet sur la croissance mondiale
devrait être en grande partie absorbé car c’est avant
tout la variation du prix du pétrole qui a un impact
sur la croissance. Quelles évolutions de prix peut-on
attendre par la suite ? Plusieurs facteurs structurels à
l’origine de cette baisse devraient perdurer dans les
années à venir, laissant penser à un maintien des prix
à des niveaux bas. Du côté de la demande, le ralentis-
sement des économies émergentes devrait se pour-
suivre. De même, l’exploitation continue du pétrole de
schiste aux États-Unis, qui s’est révélée plus résiliente
qu’escompté à la baisse des prix, devrait continuer de
soutenir l’offre mondiale. Toutefois à moins de 30 dollars
le baril aujourd’hui, la possibilité d’un contrechoc
pétrolier ne peut totalement être écartée. L’arrêt de
l’investissement dans l’exploration de nouveaux gise-
ments ou la possibilité d’un événement géopolitique
majeur au Moyen-Orient pourrait déclencher un tel
mouvement.
UNE CONTRIBUTION MOINDRE
DES ÉCONOMIES ÉMERGENTES
À LA CROISSANCE MONDIALE
Alors que la décennie 2007-2016 a vu la croissance
mondiale être très largement tirée par les économies
émergentes, ce moteur pourrait s’enrayer au cours
de la décennie 2017-2027.
Premier risque de freinage, la croissance potentielle
de certaines grandes économies émergentes qui ont
connu une expansion très soutenue va ralentir de
manière importante. C’est déjà le cas pour l’économie
chinoise sous l’effet du rééquilibrage de son modèle
de développement. Selon certaines estimations[11], et
sans même mettre en cause la réalité des chiffres
publiés, la croissance potentielle chinoise devrait se
réduire à 5,5 % dès 2017 et être proche de 4,5 % en
2027. Malgré le poids de la Chine dans le PIB mondial
qui ne cessera de progresser (pour être supérieur à 20 %
en moyenne sur la décennie 2017-2026[12]), ce ralentis-
sement devrait retrancher annuellement 0,3 point
environ à la croissance globale[13]. Selon une étude
récente du FMI[14], certaines économies émergentes
comme le Mexique, le Brésil et la Turquie verront leur
croissance potentielle se réduire dans les prochaines
années du fait d’une moindre progression de leur
population active et de leur stock de capital.
Dans un tel contexte, d’autres régions seront-elles en
mesure de prendre le relais ? L’Inde et l’Afrique
combinent toutes deux une trajectoire démographique
fortement dynamique et des perspectives de rattra-
page de productivité très importantes. Toutefois, leur
poids dans le PIB mondial à l’horizon 2017 restera
inférieur à celui de la Chine en 2007[15]. En outre, les
économies d’Afrique sub-saharienne sont souvent
dépendantes du marché des matières premières et
souffrent encore d'un déficit important en capital
humain et d’un cadre institutionnel fragile, ce qui
limitera inévitablement leur trajectoire de croissance
à court terme. De même, le maintien d’une croissance
élevée en Inde reste conditionné à la mise en œuvre
de réformes structurelles qui libéreront les forces
productives du pays.
Par ailleurs, les économies émergentes ont bénéficié
d’un double cycle – financier et prix des matières pre-
mières – qui, depuis 2007, leur a été particulièrement
favorable. L’endettement, privé comme public, de nom-
bre d’entre elles a fortement augmenté (graphique )
sous l’effet des politiques monétaires expansionnistes
des banques centrales et des afflux de capitaux massifs
qui en ont découlé. Mais avec le resserrement graduel
des politiques monétaires dans les économies avan-
cées, ce cycle financier devrait s’inverser et donner
lieu à une phase de désendettement potentiellement
coûteuse pour la croissance. Alors qu’un peu plus du
tiers de la croissance réalisée dans les pays émergents
était issu des économies exportatrices de matières
premières (graphique ), le retournement observé
des prix depuis mi-2014 et l’effet récessif induit devraient
lourdement peser sur la croissance du bloc émergent,
comme cela a déjà été le cas en 2015.
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Source : Datastream
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9. Les baisses de prix
libèrent du pouvoir
d’achat et des capacités
d’investissement dans les
pays importateurs nets
qui ont une propension à
consommer et à investir
plus élevée que les pays
exportateurs.
10. Husain A.M. et al.
(2015), “Global
Implications of Lower Oil
Prices”, IMF Staff
Discussion Note,
SDN/15/15, juillet.
11. Albert M., Jude C.
et Rebillard C. (2015),
“The Long Landing
Scenario: Rebalancing
from Overinvestment and
Excessive Credit Growth,
and Implications for
Potential Growth in
China”, Working Paper,
Banque de France, février.
12. Sur la base de la
projection réalisée par
Fouré J., Bénassy-Quéré A.
et Fontagné L. (2012), “The
Great Shift: Macroeconomic
Projections for the World
Economy at the 2050
Horizon”, CEPII Working
Paper 2012- 03, février.
13. La contribution
moyenne de la Chine à la
croissance mondiale a été
de 1,4 % sur la décennie
2007-2016. Avec une
croissance annuelle
moyenne de 5 %
et un poids moyen
de 21 % sur la
décennie, la contribution
serait de 1,1 %, soit 0,3 %
de moins que par le passé.
14. FMI (2015), “Where are
we Headed? Perspectives
on Potential Output”,
World Economic Outlook,
chapitre 3, avril.
15. L’Afrique sub-saha-
rienne et l’Inde devraient
peser respectivement
2 % et 7 %
du PIB mondial en PPA
à l’horizon 2017, contre
11 % pour la Chine en 2007.