Activités Physiques Adaptées : Quand le sport et la santé

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L’écho des seniors, Le Magazine des Seniors, mercredi 26 février 2014
http://l-echo-des-seniors.fr/
Activités Physiques Adaptées : Quand le sport
et la santé vont de paire
Encore méconnu du public et pourtant promis à un grand avenir, le métier de professeur
d’Activités Physiques Adaptées (APA) ne cesse de se développer. Nous avons rencontré
Stéphane Dijoux, enseignant de cette discipline qui œuvre au quotidien pour apporter des
prises en charge adaptées aux besoins biologiques et psycho-sociaux des personnes en
situation de handicap, quel que soit leur âge.
Comment avez-vous découvert cette activité ?
Stéphane Dijoux : Après une première année d’études en psychologie, j’ai découvert par
hasard en 1999-2000, l’existence d’une option « Activités Physiques Adaptées » proposée
par la Faculté des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS). Féru
de sport et sensible aux handicaps, je m’y suis inscrit l’année suivante.
En quoi consiste la formation ?
Stéphane Dijoux : Nous disposons d’une formation universitaire sur l'activité physique et
sportive et la santé, de niveau bac+3, bac+5 voire Bac+8 pour certains… En ce qui me
concerne, une partie de ma formation s’est déroulée au sein du service de Soins de Suite et de
Réadaptation (SSR) de Salins Les Bains, dispensée par le médecin-chef et les Enseignants en
Activité Physique Adaptée et Santé (EAPA-S). J’ai eu alors la chance d’être sensibilisé aux
diverses approches proposées par des équipes pluridisciplinaires : Educateurs Spécialisés,
Assistantes
Sociales,
Psychologues,
Professeurs
APA-Santé,
Ergothérapeutes,
Psychomotriciens, Kinésithérapeutes, Educateurs Sportifs, etc.
Et votre parcours professionnel ?
Stéphane Dijoux : Je suis devenu Professeur APA-S en 2005 au service de Soins de Suite et
de Réadaptation (SSR) Polyvalent de l’hôpital Local Loewel/Haslach de Munster en Alsace.
En parallèle de mon activité, je me suis engagé pour la reconnaissance de la profession,
notamment en devenant membre de la Société Française des Professionnels en Activités
Physiques Adaptées (SFP-APA) et en participant à plusieurs travaux engagés par cette
association. Je participe enfin à différentes commissions thématiques mises en place par ce
réseau (psychiatrie, réglementations, réhabilitation respiratoire, obésité et diabète, cancer
etc...)
Face à l’intérêt grandissant de la thématique de l’activité physique des seniors, la SFP-APA
travaille en outre à la mise en place d’une commission « APA et personnes âgées ».
Qu’est-ce que l’APA et quel est son rôle ?
Stéphane Dijoux : Le terme APA pour Activité Physique Adaptée est né au Québec en 1970.
En France, la formation universitaire STAPS APA s’est développée à partir des années 1980,
et la mention APA est apparue dans l’intitulé du diplôme en 1999. Les APA regroupent
l’ensemble des Activités Physiques et Sportives, adaptées aux capacités de la personne. Elles
sont dispensées auprès des personnes en situation de handicap, et/ou vieillissantes, atteintes de
maladie chronique, ou en difficulté sociale, à des fins de prévention, de rééducation, de
réadaptation, de réinsertion et d’éducation.
C’est pendant mes années d’études que j’ai réellement pris conscience du rôle de l’APA. J’ai
pu voir les difficultés que les personnes en situation de handicap rencontrent dans leur vie
quotidienne. Franchir un trottoir, une pente ou un simple escalier quand on se déplace en
fauteuil roulant par exemple, mais également face au regard des autres (condescendance, pitié,
ignorance, peur…)
Dans quels types de structure les professeurs d’APA interviennent-ils ?
Stéphane Dijoux : La liste est longue, nous intervenons dans plusieurs branches comme le
secteur sanitaire (hôpitaux, cliniques, Soins de Suite et de Réadaptation (SSR), Centre de
Rééducation Fonctionnelle), le secteur médico-éducatif (Institut Médico-Educatif (IME),
Maisons d’Accueil Spécialisé (MAS), Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique) ou
encore le secteur médico-social (principalement en maison de retraite).
Comment se passe la prise en charge d’un patient ?
Stéphane Dijoux : Pendant un séjour en service de rééducation/réadaptation, la prise en charge
en APA-S commence par un entretien avec le patient. Après l’évaluation de ses capacités,
nous lui proposons un programme personnalisé basé sur une ou plusieurs activité(s)
physique(s). La prise en compte des retours du patient au sujet des séances et de ses ressentis
est importante et nous permet d’analyser le bilan de sa prise en charge.
La profession est assez récente et encore méconnue, à quoi attribuez-vous ces faits ?
Stéphane Dijoux : Les premiers Professeurs d’Education Physique sous l’autorité du corps
médical et au service de la santé existent depuis le début du 19ème siècle donc je ne parlerai
pas d’une profession récente. Néanmoins, après avoir été exercée jusque dans les années
soixante, l’éducation physique et sportive a laissé progressivement de côté le domaine de la
santé pour y revenir 1982, avec la création du diplôme Activité Physique Adaptée (APA), qui
est devenu Activité Physique Adaptée et Santé en 2007(APA-S).
La méconnaissance de la profession est due, dans un premier temps, au manque d’intérêt des
pouvoirs publics pour l’APA dans un but de santé, mais aussi d’un manque de publications
scientifiques (intervention basée sur les preuves) pour justifier de son intérêt.
De nombreux stéréotypes perdurent également, d’ailleurs, je vous laisse imaginer les freins
auxquels les premiers « Profs APAS » ont été confrontés de la part de certains professionnels
de santé ou encore des familles, lorsqu’ils ont proposé à des publics fragilisés par l’âge, la
maladie ou le handicap de reprendre la marche, le vélo, de faire de la musculation ou de la
gymnastique !
Enfin, nous sommes encore trop peu nombreux dans certaines structures et les moyens
financiers et matériels sont souvent réduits. Malgré cela, et depuis 2008, tout cela tend à
changer car la reconnaissance et l’intérêt pour l’APA en général sont en train d’apporter un
nouveau souffle à la profession.
L’enseignant en APA est-il un éducateur sportif ou un professionnel de santé ?
Stéphane Dijoux : Un peu des deux ! Nous devons nous déclarer auprès de l’administration
représentant le ministère des Sports en région qui nous délivre notre carte professionnelle
d’éducateur sportif, donc oui, nous faisons partie des professionnels de l’activité physique et
sportive, mais notre profession, au-delà du simple enseignement et de l’encadrement sportif,
éduque aussi nos patients à la santé. Elle conçoit des programmes d’APAS, les présente et les
met en place. Comme par exemple dans le secteur sanitaire, où nous intervenons sur
prescription médicale, en nous inscrivant pleinement dans le projet de soin, comme les autres
professionnels de la santé.
L’APA concerne-t- elle seulement les seniors ?
Stéphane Dijoux : L’APA-Santé concerne toutes les personnes avec des déficits et des
incapacités, des problèmes de santé ou à risques. Elle s’adresse aux enfants, aux adolescents,
aux adultes, aux seniors et aux centenaires. Qu’ils soient en institution (IME, IMPRO, MAS,
EHPAD, Maison de retraite, SSR), en milieu scolaire ou à domicile.
Vous intervenez au sein d'équipes pluridisciplinaires, comment se passe la collaboration
avec les autres professionnels ?
Stéphane Dijoux : Malgré des débuts difficiles avec certains collègues, la collaboration avec
les différents professionnels (médical, paramédical, soins, techniques, …) est, pour ma part,
plutôt bonne, voire très bonne. Travailler ensemble, avec un même objectif mais des
approches différentes et dans le respect mutuel, est un vrai plus pour les patients.
Certaines difficultés sont parfois liées à la méconnaissance de nos compétences. Je
comparerai ça à l’entrée des ergothérapeutes dans le milieu de la rééducation, qui fut difficile
avec certains professionnels et où chacun travaillait de son côté pour éviter le conflit, avant
qu’ils apprennent à travailler ensemble. L’APA-S se développe, les formations se diversifient
et deviennent pluridisciplinaires (par exemple : à Grenoble existe une formation conjointe
kiné/APA-S) et ces difficultés, j’en suis sûr, s’atténueront et/ou se régleront avec le temps.
Pour conclure, quels sont les besoins de votre profession aujourd’hui ?
Stéphane Dijoux : L’APA-S est un domaine passionnant, dont le développement est une
évidence doublée d’une nécessité. Cela passe par une meilleure reconnaissance de la
profession.
Pour reprendre les propos de Madame la Ministre Valérie Fourneyron : « Le sport plutôt
qu’une longue liste de médicaments, le sport qui permet de diminuer l’hypertension ou
l’insuline de nos diabétiques, c’est une idée qui doit faire son chemin. Le sport joue un rôle
thérapeutique. Cela doit être dit et redit sans cesse par les médecins, ainsi que par les
professionnels de la santé…Les personnes « à besoins particuliers » méritent également toute
notre attention : je pense aux seniors en perte d’autonomie ou aux personnes atteintes de
pathologies chroniques. Tous ceux pour lesquels l’activité physique encadrée est
particulièrement recommandée ».
François Hollande aime rappeler que la crise ne rend pas le sport moins nécessaire mais
qu’elle le rend encore plus indispensable. Avec Marisol Touraine, nous nous inscrivons
complètement dans ce propos. Nous voulons inscrire dans la durée cette ambition partagée,
interministérielle, de faire du sport un outil majeur de santé publique dans notre pays. » Nous
ne pouvons que souhaiter que ces discours deviennent des actes cohérents.
Propos recueillis par G.Gauthier le 21 Février 2014
Pour rencontrer les professionnels et obtenir davantage d’informations, rendez-vous le 4 avril
2014 à Bobigny où se tiendra le 1er Congrès des professionnels en APA.
Liens utiles : www.cnp-apa.sfp-apa.fr ; www.sfp-apa.fr ; www.activites-physiques-adaptees.fr ; www.apasante.fr
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