
Que faire? Les exigences de Travail.Suisse
Le monde politique a fini par se réveiller. Il faut s’en réjouir. Travail.suisse soutient ce nouvel
élan. A nos yeux, des améliorations ponctuelles et des changements plus radicaux
s’imposent dans les domaines suivants :
Supprimer les incitations aux effets pervers: bonus limités et interdiction des parachutes
et des hélicoptères dorés. Les bonus des managers sont l’un des facteurs déterminants à
l’origine des évolutions erronées qui se sont produites sur les marchés financiers et dans
l’ensemble de l’économie. Un manager qui touche jusqu’au 90% de sa rémunération sous
forme de bonus ne travaille plus que pour son bonus et plus forcément pour l’entreprise.
Ces composantes du salaire soit disant «liées au mérite» tournent définitivement à la
farce si on les couple en plus avec des indemnités de départ (qui éliminent tout risque fi-
nancier pour le manager en cas d’échec) et d’arrivée (qui neutralisent l’effet des systèmes
de bonus orientés sur le long terme). Pour Travail.Suisse, il est dès lors clair que les bonus
devraient être limités à environ un mois de salaire et que tant les parachutes que les héli-
coptères dorés doivent être interdits.
Augmenter la transparence: publication dans le rapport annuel de la rémunération indi-
viduelle des membres du CA et de la direction du groupe et vote sur la rémunération des
membres du CA et du management lors de l’AG. La transparence des salaires des mana-
gers reste lacunaire, tout comme les compétences décisionnelles de l’AG en la matière. Ni
la révision en cours du droit de la société anonyme, ni l’initiative contre les rémunéra-
tions abusives n’amèneront des améliorations suffisantes. Pour Travail.Suisse, il est abso-
lument indispensable que le public obtienne une vue d’ensemble complète des rémunéra-
tions octroyées et que les actionnaires puissent décider de leur niveau. Travail.Suisse ne
comprend pas pourquoi les managers refusent ce regard extérieur alors qu’ils estiment
que leurs salaires sont justifiés.
Faire sauter le cartel des salaires: des employés au conseil d’administration. Toutes les
nouvelles règles s’appliquant aux salaires des managers ne serviront à rien si elles ne sont
pas mise en œuvre et soumises à un contrôle. Tant que le cartel salarial des managers dé-
tiendra tout le pouvoir et que règnera la « poignée de main invisible »
plutôt que la
main invisible du marché, des améliorations réelles passeront par une forte densité de ré-
gulations et une implication importante de l’Etat. Aux yeux de Travail.Suisse, un chemin
plus prometteur serait de faire sauter le cartel en restaurant le partenariat social, autre-
ment dit en admettant les employés dans les conseils d’administration. L’implication
dans les discussions de personnes qui gagnent 80'000, 100'000 ou 150'000 francs change-
rait certainement la teneur des débats sur les hauts salaires dans les conseils
d’administration. Et cela garantirait que l’on garde les salaires des autres employés à
l’esprit.
La représentation des employés au conseil d’administration existe dans de nombreux pays
d’Europe. Son introduction en Suisse permettrait de souligner la valeur élevée du travail
pour l’économie suisse. Les entreprises ne sont pas de simples machines à multiplier l’argent
voir Katja Rost et Margrit Osterloh, «Unsichtbare Hand oder unsichtbares Händeschütteln? Wachstum der
Managerlöhne in der Schweiz», Institut für Organisation und Unternehmenstheorie der Universität Zürich.