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Emission Des Sous…et des Hommes diffusée le 23-10-2001 sur Aligre FM- 93.1
Site Internet: www.des-sous-et-des-hommes.org
d’argent de coté. Cela est un phénomène général. Les ménages sont structurellement excédentaires en
épargne. Ce sont eux qui épargnent. Les entreprises au contraire dépensent plus qu’elles ne gagnent pendant
une période donnée. Cela veut dire que les entreprises ont besoin d’investir à la fois pour maintenir leur
outil de production et pour le développer.
Maintenir l’outil de production veut dire qu’il faut tenir compte de l’usure des machines dans le
fonctionnement de l’entreprise, tenir compte de l’usure des bâtiments, tenir compte de l’usure de
l’outil de production. Il faut donc prévoir de le remplacer, il faut acheter de nouvelles machines pour
maintenir la production. En plus, si l’entreprise veut développer la production, il faut qu’elle achète encore
de nouvelles machines. Je résume évidement. Donc que se soit pour remplacer les machines usées ou pour
acquérir de nouvelles machines, il faut investir. Qu’est-ce que l’investissement ? C’est se procurer de
l’argent pour acheter des machines notamment mais aussi des terrains, des bâtiments, des hangars qui
vont permettre la production.
Evidemment, il n’est pas sûr que les bénéfices que l’entreprise a réalisés les années passées soient
suffisants pour payer en une année les investissements. Un exemple concret : une entreprise de
construction automobile a un bénéfice net de 1 milliard d’euros une année. Elle souhaite, l’année suivante,
lancer un nouveau modèle et doit investir 2 milliards d’euros pour les études et l’aménagement des chaînes
de production. L’entreprise va donc essayer de se procurer de l’argent, emprunter (on verra tout à l’heure
comment) pour acheter des machines, pour investir. C’est la situation habituelle des entreprises. Les
entreprises sont donc de manière permanente demandeuses d’épargne. Elles ont besoin de financements
pour leurs investissements.
Dans l’économie, vous avez donc d’un côté des acteurs économiques qui s’appellent les ménages et qui ont de
l’épargne à proposer et d’un autre côté, vous avez un autre agent économique que sont les entreprises qui,
elles, recherchent de l’épargne. Les marchés financiers vont servir à mettre en relation ces différents
agents économiques : ceux qui ont de l’épargne à proposer et ceux qui en recherchent. Voilà d’abord la
raison pour laquelle il y a des marchés financiers.
Pascale Fourier : Je croyais que les entreprises faisaient comme moi : quand elles ont besoin d’argent,
ne vont-elles pas faire un emprunt à la banque ?
Jacques Nikonoff : C’est ce qu’elles faisaient et ce qu’elles continuent de faire. Mais un certain nombre de
phénomènes ces 20 dernières années ont modifié la manière dont se finance l’entreprise. Avant, vous avez
raison, les entreprises se finançaient pour une part très importante auprès des banques. Elles allaient
voir leur banquier, elles demandaient des crédits, notamment pour les investissements. Leurs financements
s’effectuaient de cette manière.
De façon croissante, les entreprises financent désormais leur développement par la Bourse et de moins
en moins par les banques. On pourrait se demander quelles sont les raisons de cette situation. Il y en a
plusieurs, qui sont connues : la première raison est que les entreprises qui faisaient appel aux crédits
bancaires ne souhaitaient plus être mises sous tutelle des banques en quelque sorte. En effet, dès lors
que vous avez des crédits auprès d’une banque, la banque exerce alors une sorte de contrôle sur votre
activité. La banque a évidemment envie d’être remboursée et contrôle donc ce que vous faites. Les grandes
entreprises avaient envie de se libérer de cette sorte de tutelle des banques. La deuxième raison est que
les entreprises se sont aperçues que le coût de l’argent, c’est à dire le taux d’intérêt des emprunts,
était plus bas en Bourse que les taux d’emprunts auprès des banques.
Donc, petit à petit, les grandes entreprises sont parvenues à convaincre les pouvoirs publics de les
autoriser à collecter directement de l’argent en Bourse sans passer par les banques. Avant, c’était
interdit. Les entreprises n’avaient pas le droit de se financer directement par la Bourse.
Pascale Fourier : Une interdiction stricte ?
Jacques Nikonoff : Elle avait droit d’émettre des actions ,mais on verra que la bourse, ce n’est pas
seulement les actions. Donc, c’est ce que l’on appelle le phénomène de libéralisation financière qui a conduit
à réduire le rôle des banques dans le financement de l’économie au profit des marchés financiers, au profit
des titres financiers.