
ACCES HAUT DEBIT ET DYNAMIQUES TERRITORIALES EN FRANCE : DETERMINISMES ET DEGRES DE
LIBERTE
3 Colloque « TIC et inégalités, les fractures numériques » : 18 et 19 novembre 2004, Carré des Sciences, Paris
INTRODUCTION
D’un point de vue stratégique, l’ensemble des acteurs de « l’économie numérique » dispose
de nombreux degrés de liberté. Ainsi les opérateurs de télécommunications étendent leurs
activités, sur toutes les couches du modèle de l’OSI
, les Fournisseurs d’Accès Internet
(F.A.I.) se concentrent sur les couches hautes, les opérateurs du Génie Civil sur les couches
basses et enfin, les fournisseurs de services et de contenus, publics ou privés (santé,
éducation, formation, musique en ligne, télévision numérique, commerce électronique,
infomédiation…) proposent leurs prestations payantes ou gratuites, qui viennent se
positionner au-dessus des dernières couches du modèle de l’OSI.
En terme d’économie industrielle, l’existence des couches les plus basses, est une « condition
de base » qui détermine le développement des usages qu’il est maintenant convenu d’appeler
de « l’économie numérique ». Il s’agit de l’ensemble des activités qui s’appuient sur
l’existence de services de télécommunications performants et d’accès « haut débit » (ou
« large bande » ou « Broadband »)
. Les stratégies d’aménagement du territoire à l’heure de
l’économie de la connaissance reposent également sur cette « condition de base » qui est
d’ordre technique et économique. En effet, l’accès haut débit se fait essentiellement grâce à la
technologie DSL en France puisqu’à partir des chiffres de l’ART et des principaux opérateurs,
il est possible d’estimer que sur les 4,5 millions d’accès haut débit opérés à la fin du premier
trimestre de 2004, plus de 90% l’étaient avec des technologies DSL, 9% grâce au câble et 1%
avec les autres technologies d’accès (RNIS, fibre otique, BLR, WiFi, WiMax, Câble, satellite,
CPL, ou UMTS dans un avenir proche).
Aussi, force est de constater que l’accès haut débit est parfois insuffisamment développé voire
totalement absent sur certains micro-territoires au sein d’un quartier, d’une ville, d’un
département, d’une région ou d’un espace national voire supra-national. Ces infrastructures et
services d’accès haut débit peuvent être fournis à l’initiative exclusive du secteur privé,
lorsque la densité de population et d’activité laisse augurer des retours sur investissements
suffisants. Dans le cas contraire, les pouvoirs publics locaux, nationaux ou européens,
disposent de degrés de liberté pour éviter une « fracture numérique ». Ils peuvent conjuguer
leurs efforts financiers, y compris avec les opérateurs de télécommunications, afin de
constituer ces couches basses, nécessaires au développement des services publics et privés de
« l’économie numérique ».
Dans la première partie, les marchés d’accès haut débit en France sont analysés en termes
techniques et économiques en respectant la typologie des « marchés pertinents » proposée par
l’ART, afin de dresser le tableau des déterminismes techniques et économiques. Dans la
seconde partie, les stratégies des opérateurs agissant sur les différentes couches du modèle de
l’OSI sont exposées. Dans le contexte de « l’économie de la connaissance », les choix qui
s’offrent aux pouvoirs publics, à la fois en termes d’aménagement du territoire et de
développement des accès haut débit, dans le cadre législatif et réglementaire français des
communications électroniques (récemment renouvelé), sont analysés.
Il est souvent fait référence au modèle de l’OSI pour analyser les systèmes d’information et de
télécommunications. Ces derniers sont découpés en couches partant de celles dites basses (les infrastructures) et
en allant jusqu’aux couches dites hautes (les services).
Il est communément admis que l’accès « haut débit » ou « large bande » ou « Broadband » concerne en France
tous les accès à Internet dont le débit offert au client final est au mois de 128 Kbit.s-1, même s’il n’existe pas de
définition « officielle » émanant par exemple de l’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART).