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Forum Med Suisse 2009;9(46):831 831
curriculum
Que doit savoir le médecin de premier
recours sur le traitement antirétroviral?
Des associations thérapeutiques antirétrovirales très ef-
ficaces sont disponibles depuis 1995. Les médicaments
actuellement à disposition sont nettement plus efficaces
et mieux tolérés que ceux d’il y a 5–10 ans: >90% des
patients actuellement traités en Suisse ont une évolution
favorable sous ART (remontée des CD4, suppression
virale) [1, 2]. Il faut malgré cela modifier le premier
traitement dans pratiquement 50% des cas en raison
des effets indésirables (tab. 2 p) – ni les patients ni
l’équipe thérapeutique ne doivent se décourager!
Un autre concept clé dans le traitement du VIH consiste
à préciser les éventuelles interactions avec l’ART lors
de toute prescription d’autres médicaments. Il s’agit de
prévenir toute diminution de l’efficacité et toute toxicité
des médicaments prescrits en même temps que l’ART.
Dans le doute, il convient de discuter avec un spécialiste
VIH, consulter les sites Internet spécialisés (par ex.
www.hiv-druginteractions.org) ou doser les concentra-
tions sériques des agents antirétroviraux (TDM: thera-
peutic drug monitoring). Les classes médicamenteuses
suivantes peuvent poser des problèmes d’interactions
avec l’ART: les inhibiteurs de la pompe àprotons (contre-
indiqués avec l’atazanavir car ils diminuent son absorp-
tion par augmentation du pH gastrique), les statines
(lovastatine et simvastatine contre-indiquées en asso-
ciation avec les IP en raison du risque d’augmentation
des concentrations sériques et d’intoxication par les sta-
tines) et les benzodiazépines (lorazépam, oxazépam et
témazépam ont un faible potentiel d’interactions).
Les femmes infectées par le VIH
peuvent-elles avoir des enfants?
Grâce àl’allongement de l’espérance de vie et àl’amélio-
ration de la qualité de vie sous ART, les femmes infec-
tées par le VIH envisagent de plus en plus souvent une
grossesse. Il est extrêmement important de bien les
conseiller. Depuis quelques années, les données à dis-
position montrent quelerisque de transmission hétéro-
sexuelle et verticale du VIH est très faible si la charge
virale est basse. Si la virémie est indétectable depuis
plus de 6 mois, en l’ab-
sence d’autres IST, la
conception et l’accou-
chement peuvent se
faire de façon naturelle
avec un risque de conta-
mination du partenaire
séronégatif et du fœtus
quasi nul. Grâceàl’ART,
le recours aux mé-
thodes de procréation
assistée, extrêmement coûteuses et non remboursées
par les assurances, n’est pratiquement plus utilisé pour
les couples sérodiscordants [1, 3].
En Suisse, les cas d’infections VIH de la mère au fœtus
sont rares et sont en général observées lorsque l’infection
est dépistée tardivement durant la grossesse ou n’est
pas dépistée avant l’accouchement. Un dépistage de
routine du VIH pendant la grossesse est donc capital.
Toutes les femmes enceintes infectées par le VIH doivent
débuter un ART quel que soit leur nombre de CD4 et
leur virémie. Le but est la suppression totale de la viré-
mie avant la 36esemaine de grossesse. Le risque de
malformations fœtales et les complications de l’accou-
chement ne sont pas plus élevés chez les mères infec-
tées par le VIH. Le début de l’ART peut être repoussé
jusqu’au 2etrimestre en raison du risque théorique de
tératogénicité durant le premier trimestre, notamment
en ce qui concerne l’efavirenz (Stocrin®), contre-indiqué
durant cette période.
Chez une patiente traitée avec une virémie <1000 copies
d’ARN/ml, il n’y a pas de bénéfice à effectuer une césa-
rienne élective par rapport à un accouchement par voie
basse (transmission <1%). Pour cette raison, l’accou-
chement par voie basse est possible dans cette situa-
tion. Une co-infection par le virus de l’hépatite C reste
toutefois une indication à un accouchement par césa-
rienne. Après la naissance, le nouveau-né doit recevoir
une prophylaxie post-expositionnelle pendant 4 se-
maines. L’ allaitement reste toujours contre-indiqué en
raison du risque de transmission du VIH par le lait
maternel.
Quels vaccins sont recommandés chez
les personnes infectées par le VIH?
Lesquels sont contre-indiqués?
Les patients VIH doivent être vaccinés selon le plan suisse
de vaccination avec en plus une vaccination annuelle
contre la grippe. Si les CD4 sont <300/μl ou si la viré-
mie est détectable, l’efficacité des vaccins et la durée de
leur protection sont diminuées. Il faut dès lors si possible
vacciner précocement dans l’évolution d’une infection
VIH ou attendre que les CD4 soient supérieurs à 200–
300/μl sous ART [4].
Les vaccins vivants atténués (par ex. ROR, varicelle,
fièvre jaune) sont à éviter si les CD4 sont <200/μl. Le
vaccin inactivé contre la poliomyélite (Salk/injection)
Ta bleau 1. Check-list avant la mise en route d’un traitement antirétroviral –
les 10 clés du succès.
1. Environnement social et médical encourageant h
2. Patient informé h
3. Patient motivé h
4. Comorbidités prises en compte (dépression, dépendance,
hépatite B ou C chronique, insuffisance rénale,
risque cardiovasculaire, déficits neurocognitifs) h
5. Résultats des tests de résistance du VIH h
6. Association médicamenteuse efficace h
7. Attitude en cas d’éventuels effets indésirables, d’urgence,
d’absences (contact téléphonique avec spécialiste,
contrôle à la consultation) h
8. Importance d’une excellente adhésion au traitement expliquée h
9. Interactions médicamenteuses précisées h
10.Communication Interdisciplinaire h
Pour les couples sérodiscor
dants (homme infecté par le
VIH, femme séronégative),
les méthodes de procréation
médicalement assistée
(instillation de spermatozoïdes
«lavés») ne sont pratique
ment plus utilisées grâce à
un ARTefficace