La récente découverte en Géorgie d`un fossile exceptionnel pourrait

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Elsa CAMPERGUE
Rédaction d’un article de presse. 10.01.2014
La récente découverte en Géorgie d’un fossile exceptionnel pourrait réécrire
l’histoire de l’évolution.
"Les fossiles hominidés de Dmanasi sont les représentants les plus anciens du genre Homo hors
d’Afrique" affirme David Lorkipanidze, directeur du Museum national de Géorgie, à Tbilissi, et
premier signataire de la publication relatant cette découverte dans la revue Science le 18 octobre
2013.
Faisant l’objet de fouilles régulières depuis les années 80, le site de Dmanisi, situé dans le sud de la
Géorgie, s’est révélé fort riche de fossiles humains et animaux, ainsi que de vestiges outillés. En effet,
ce site constituait dans la préhistoire un important carrefour entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
Un crâne de 1,8 millions d’années, découvert récemment, a pu être associé à une mandibule de
même datation, découverte cinq ans plus tôt à quelques mètres. S’emboitant à la perfection, ils
constituent aujourd’hui l’ensemble crânien le plus complet de cette période éloignée. D’une
exceptionnelle conservation, une reconstitution de la tête et du visage a pu être même réalisée et
offre des informations nouvelles sur le visage des premiers hommes.
Cet individu, baptisé "Skull 5", présente une boite crânienne relativement petite – 546 cm³. Soit le
tiers de celle d’un homme moderne, comme Homo Habilis. Mais aussi un museau allongé et
prognathe, comme Homo Erectus, et de très grandes dents comme Homo Rudolfensis.
D’autres éléments du squelette découverts à proximité permettent de l’imaginer de taille moyenne –
1,50 m de haut environ - et pesant une cinquantaine de kilos. En somme, un corps presque
semblable à celui d’un homme moderne.
Ces éléments auraient pu laisser croire que ce crâne est celui d’un ancêtre commun aux différentes
espèces du genre Homo dont il porte les caractéristiques. "Si la boite crânienne et la mandibule de ce
crâne avaient été trouvés séparément et en plusieurs endroits d’Afrique, ils auraient pu être
attribués à des espèces différentes. Car ce crâne est le seul à ce jour à réunir l’ensemble de ces
caractéristiques" remarque Christoph Zollikofer, de l’Institut d’Anthropologie de Zürich, ayant
participé aux recherches.
Mais quatre autres crânes, moins bien conservés, ont été également trouvés au fur et à mesure des
campagnes de fouilles dans les mêmes couches géologiques. Après une minutieuse comparaison
morphologique des cinq crânes de Géorgie, puis une autre comparaison avec des fossiles
d’hominidés découverts en Afrique, en Asie et en Europe, tous datés entre 1,8 et 1,2 millions
d’années, la conclusion des chercheurs impliqué dans le projet est la suivante : si les différences
entre les cinq crânes géorgiens ne permettent pas d’affirmer avec certitude qu’ils proviennent d’une
même famille, mais seulement qu’ils étaient contemporains, leurs variations ne sont pas plus
prononcées que celles que l’on peut constater aujourd’hui entre cinq hommes modernes ou cinq
chimpanzés.
Il y a à l’heure actuelle deux façons d’interpréter la diversité des fossiles d’hominidés. Soit sous
l’angle d’une lignée unique, soit sous l’angle d’une lignée multiple avec de nombreuses ramifications,
dont certaines se sont éteintes assez rapidement. La lignée unique proposera de fortes variations
d’un individu à un autre, alors que la lignée multiple proposera des variations modérées entre les
représentants d’une même "sous-branche". Ainsi certains chercheurs se demandent, avec beaucoup
de prudence, si certains sous-genres de la classification – Homo Habilis, Homo Ergaster, Homo
Rudolfensis – ne seraient pas seulement des variations locales, voire individuelles, d’une seule et
même lignée.
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Bien que ces quatre crânes diffèrent assez nettement de Skull 5, en ayant selon les cas une capacité
crânienne supérieure ou un museau moins développé, ils ne font que montrer la variabilité naturelle
des premiers hommes, déjà constatée à de nombreuses reprises parmi les fossiles trouvés de longue
date en Afrique. Pour les chercheurs du projet, cette variabilité naturelle ne serait pas suffisamment
prise en compte. Il serait donc possible que la demi-douzaine d’espèces issues du genre Homo ne soit
en fait que des variations locales d’une seule et même espèce, liées à des isolements temporaires de
populations, des biotopes divers ou des conditions climatiques particulières.
"Ces fossiles semblent très différents les uns des autres et il serait tentant de publier leur découverte
sous la forme d’espèces distinctes, explique Christoph Zollikofer. Nous savons cependant que ces
individus venaient du même endroit et de la même période géologique. Aussi ils pourraient en
principe représenter une seule population d’une seule espèce. Nous estimons donc que ces fossiles
sont des Homo Erectus dont les différences morphologiques sont internes au genre", conclut-il.
Cette hypothèse est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique internationale.
En effet les distinctions entre les différentes espèces d’Homo ne sont pas fondées exclusivement sur
la morphologie crânienne. D’autres éléments, tels que la longueur des bras ou des jambes, entrent
aussi en ligne de compte pour distinguer les espèces. "Il est donc encore un peu tôt pour jeter aux
orties l’ancienne classification", explique Bernard Wood, paléobiologiste à l’université George
Washington, dans une récente interview au National Geographic.
"Bien-sûr, ces résultats devront être validés par des études complémentaires sur les autres
ossements de ce gisement, qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Mais ils posent quand même la
question de l’interprétation morphologique dans l’attribution des fossiles d’une espèce donnée, et
dans une plus large perspective, dans la compréhension du buisson évolutif de l’homme", explique
Dominique Grimaud-Hervé, anthropologue au Museum national d’histoire naturelle.
Fort heureusement, le site de Dmanisi est d’une exceptionnelle richesse. Il a déjà livré, outre ces cinq
crânes et quelques éléments de squelette, plus de dix mille fossiles de plantes et d’animaux de cette
époque et des outils de pierre utilisés par ces hominidés. "Et il reste encore 50 000 m² de terrain à
explorer" se réjouit David Lordkipanidze. Si cette hypothèse se confirme dans les années à venir, elle
aura le mérite de simplifier un peu la compréhension de l’évolution de l’humanité.
Sources documentaires :
- David Lordkipanidze et alii, "A Complete Skull from Dmanisi, Georgia, and the Evolutionary
Biology of Early Homo", Science, vol.342, 18 october 2013, p.326-331.
- Stephany Gardier, "Un crâne simplifie le genre Homo", Le Monde.fr, 21 octobre 2013.
- Dylan Gamba, "La découverte d’un crâne pourrait réécrire l’histoire de l’évolution",
L’Express.fr, 18 octobre 2013.
- Jean-Luc Nothias, "Un crâne de 1,8 millions d’années révolutionne l’histoire de l’évolution", Le
Figaro.fr, 5 novembre 2013.
- Bernard Nomblot, "Comme un seul homme", Science Actualités.fr, 18 octobre 2013.
- Erwan Lecomte, "Un crâne préhistorique bouleverse l’évolution humaine", Sciences et
Avenir.fr, 21 octobre 2013.
- Brian Switek, "Beautiful skull spurs debate on human history", National Geographic.com,
October 17. 2013.
- Elizabeth Landau, "Rare skull sparks human evolution controversy", EditionCNN.com, October
17. 2013.
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- Alan Boyle, "Did the human family tree just get simpler? Skull stirs up debate", NBCnews.com,
October 17. 2013
- Ian Sample, "Skull of Homo erectus throws story of human evolution into disarray", The
Guardian.com, October 18. 2013
- Bonnie Malkin, "Skull discovery suggests early man was single species", Telegraph.co.uk,
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