
Examexl du N{ET Cliraique Entretien psychologique
1è" session Janvier 201S
Justine a pris RDV au CMP par téléphorr.. p11. a eu RDV avec un psychologue homme car il
avait une place libre. Ce qui suit est la première rencoûtre, deux semalnes après la prise du
RDV. elle alieu à 15h.
. Alors qu'ils vont de la sal1e d'attente au bureau, le psychologue est frappé par le fait que
Justine, à laquelle il donne autour de trente ans, semble reuoqueviliée sur elie-même, il
ressent d'emblée quelque chose de souffrant
Après qu'ils se soient assis, le psychologue (P) invite Justine (J) à dire ce qui i'amène.
Suit un long silence, Justine semble à la fois concentrée et en retrait, el1e regarde beaucoup
par terte, sursaute aux bruits venant du couloir (les cloisons ne sont pas 1rès épaisses, i1 y a du
passage dans les couloirs).
Le psychologue manifeste son attention pour des « oui. ..??? ».
Justine commence à parler sans lever la tête :
Vous êtes un homme, j'avais pas compris 1e prénom au téléphone... J'aurais préféré une
fernme... Ça aurait été plus facile... en{in, c'est comme ça. Et puis, de toute façon, j'ai jamais
de chance dans ma vie.
P : Dans votre vie ... ?
J: Oui, jamais eu de chance... (Justine semble lutter pour ne pas pleurer, tout le reste d.e
l'entretien des larmes couleront sur ses joues ; après un moment, comme eile renifle, le
psychologue lui.propose un mouchoir en papier, Justine le remercie et sort les siens de son sac
à main). Je sais pas pourquoi j'ai pris rendez-vous, j'en avais trop marre. (Eile sursaute
comme on entend rin peu deux personnes parler dans le couloir). J'habite toute seule. Avec
ma sæur on a essayé d'habiter ensemble, c'était pire. Au lieu de s'aider on se cléprimait
mutuellement, on parlait du passé, de notre enfance. (long silence)
P : Votre enfance ?
J : Ben, vous savez, on vivait à la campagne, mes parents, ma sceur et moi. Une petite ferme.
On n'était pas riche, J'avais six ans quand mon père est mort dans un accident de tracteur, il
s'est renversé dans un fossé, il a été écrasé à ce qu'on nous a dit. Ma mère, elle ne s'en est
jamais remise. Elie s'en sortait pas, elle ne s'occupait plus de nous, e11e s'est mise à boire.
Tous les trois, on s'est occupé d'elie. Quand on rentrait de l'école on avait pew, on savait
jamais comment on al1ait ia trouver. Des fois el1e étalt pas 1à, elle revenait tard, ou le
lendemain, elie disait rien. Des fois elle était bien, elle avait fait un gâteau. Des fois elle
rentrait totalement iwe. Alors soit elie allait se coucher colnme si on n'existait pas, soit elle
nous engueulait, des fois elle nous frappait. El1e s'est anêtée la foib où mon $and frère l'a
prise à bras le corps et l'a portée dans 1a chambre en lui disant « Fais plus jamais ça ». Elie
s'est rnise à pleurer, à pleurei, on savait plus quoi faire.. . (Justine, toujours tête baissée,
pleure un long moment silencieusement, ne parle plus).
Le psychologue n'intervient pas mais 1a soüient du regard, intérieurement il ressent un
senement gn écoutant cette patiente qui l'émeut profondérnent car i1 ressent chez elle une
profonde détresse, il aurait envie de la prendre dans ses btas pour la consoler comme un petit
enfant.