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En 2015, Hesbeen approfondit, en montrant que la posture professionnelle se
manifeste dans la manière de se tenir, de parler et d’entrer en relation. Il souligne que
la qualité de la relation dépend des manières d’être, de faire et de dire
(Hesbeen, 2015, p. 4). Face à un patient dysarthrique, désorienté et diminué
physiquement, le choix des mots, le ton, la temporalité et le positionnement corporel
deviennent des médiateurs essentiels. La posture professionnelle infirmière constitue
ainsi un véritable outil thérapeutique, qui organise simultanément la sécurité, la lisibilité
de la relation, la prévention de l’escalade et le maintien du prendre-soin dans une
situation de grande vulnérabilité.
Les apports d’Hesbeen (2012, 2018) permettent de comprendre la dimension
relationnelle de la situation. Il distingue le soin technique du soin comme intention
orientée vers ce qui est bon pour la personne (Hesbeen, 2012, p. 3) et insiste sur la
notion de « juste présence », une posture ajustée, sensible et adaptée à la singularité
de chaque situation (Hesbeen, 2018, p. 25). En relisant la situation à la lumière de ces
travaux, je comprends que ma présence, bien que professionnelle, peut manquer
d’ajustement dans un moment où M. D. est particulièrement vulnérable. La « juste
présence » implique davantage d’anticipation, de lenteur, de reformulation et de prise
en compte de son état émotionnel.
La gestion de l’agressivité mobilise les compétences émotionnelles du soignant.
Hesbeen (2018, p. 27) rappelle que la relation de soin exige une sensibilité présente
« avec justesse » et qu’« il ne peut être question de se blinder » lorsque l’on souhaite
maintenir une relation de soin de qualité. La distance professionnelle n’est donc pas
une froideur protectrice, mais la capacité à demeurer présent sans être débordé, à
rester en lien sans se laisser entraîner dans la violence de l’instant.
Bourgeois (2017, p. 1) souligne que des soignants « au clair avec leurs propres
émotions » peuvent accueillir celles du patient de manière professionnelle. Dans la
phase descriptive, je me sens sidérée et déstabilisée ; la littérature m’aide à
comprendre que cette sidération est normale, mais qu’elle limite ma disponibilité
relationnelle. Le Boterf (1994, p. 45) précise que la compétence consiste à « faire face
à des difficultés imprévues », ce qui implique une capacité d’adaptation et de régulation
émotionnelle.
Ainsi, la compréhension globale de la situation émerge de l’articulation entre les faits
observés et les apports théoriques. L’agressivité de M. D. s’explique par l’interaction
entre ses troubles neurocognitifs, son vécu émotionnel, le contexte vespéral, les
contraintes environnementales, la difficulté à verbaliser ses besoins et ma posture
professionnelle encore en construction. La littérature me permet de comprendre que
le crachat n’est pas une attaque personnelle, mais l’expression d’un inconfort global
dans une situation de vulnérabilité extrême. Cette analyse met en évidence la
nécessité d’une posture ajustée, d’une anticipation des signes d’agitation et d’une
régulation émotionnelle pour sécuriser la relation de soin.