Posture infirmière et sécurité patient agressif

Telechargé par Dévote NDAYISHIMIYE
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NDAYISHIMIYE Dévote
Etudiante L2
Référent Pédagogique : Laura GIORDANO
UI 5 4 – S4 SOINS EDUCATIFS ET FORMATION DES
PROFESSIONNELS ET DES STAGIAIRES
Analyses de situation de pratique professionnelle
« Dans quelle mesure l’adaptation de la posture
professionnelle de l’infirmière contribue-t-elle à sécuriser
le prendre soin d’un patient agressif ? ».
Institut de Formation en Soins Infirmiers
Promotion 2024/2027 13 AVRIL 2026
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1. L’ANALYSE DESCRIPTIVE
La situation que je vis se déroule dans un service de médecine et de réadaptation
spécialisé en neurovasculaire gériatrique du Groupement Hospitalier Centre (HCL).
L’équipe pluridisciplinaire regroupe des médecins, des internes, des infirmiers, des
aides-soignants, des kinésithérapeutes, des psychomotriciens, des diététiciens, un
psychologue, une assistante sociale, une infirmière coordinatrice et un cadre de santé.
Le service accueille des patients de 65 ans et plus, victimes d’accident vasculaire
cérébral, nécessitant une surveillance clinique, une prévention des complications, un
accompagnement à la rééducation et une communication adaptée à leurs troubles
cognitifs.
C’est lors de ma première semaine de stage du semestre 4, le 11 février 2026 vers
20h, au moment de la distribution des traitements du soir. M. D., 80 ans, est hospitalisé
dans une chambre individuelle depuis le 10 septembre 2025 pour un hématome
capsulo-lenticulaires gauche ayant entraîné une hémiparésie du membre supérieur
droit, une dysarthrie et une désorientation temporo-spatiale. Il présente une agitation
vespérale, est contenu au niveau abdomino-pelvien et porte un bracelet anti-fugue. Il
se déplace en fauteuil roulant et nécessite une surveillance rapprochée en raison d’un
risque élevé de chute et de fugue.
Je suis dans le couloir avec l’infirmière lorsque M. D. sonne. Je me rends dans sa
chambre et je lui dis : « Bonsoir M. D., vous nous appelez ? ». Il me répond qu’il
souhaite être accompagné aux toilettes. Je l’accompagne en fauteuil roulant sans me
poser de questions, je retire la ceinture abdomino-pelvienne qui le contient et je
l’installe sur les WC. Je place ensuite son fauteuil devant lui et je lui laisse la sonnette
en lui demandant de m’appeler dès qu’il termine. Deux à trois minutes plus tard,
j’entends des cris provenant de sa chambre. Je m’y rends immédiatement et je
retrouve le au sol, dans l’espace entre les toilettes et la chambre., après qu’il s’est levé
seul et a chuté, sans blessure apparente. J’appelle l’infirmière pour m’aider à le relever.
Nous vérifions l’absence de traumatisme et nous le réinstallons dans son fauteuil
roulant en remettant la ceinture de contention abdomino-pelvienne. Pendant que je lui
rappelle calmement le danger de se lever seul, notamment le risque de se fracturer
quelque chose et d’aggraver sa dépendance, il se met brusquement en colère et me
crache au visage.
Face à cette réaction, je me sens tétanisée et sidérée par son intensité. Je ressens de
la peur, une culpabilité de ne pas avoir pu anticiper la chute, ainsi qu’un doute profond
sur la pertinence de mes actions. Cette situation met en évidence mes limites dans la
gestion simultanée de l’agitation, du risque de chute et de l’expression agressive d’un
patient vulnérable. Cette expérience, qui survient en début de stage, révèle la
complexité de la relation soignant-soigné lorsque les capacités de compréhension du
patient sont altérées, ainsi que la nécessité, pour moi, de maintenir une stabilité
émotionnelle afin d’assurer un soin sécurisant et respectueux
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Questionnement
Cette situation soulève plusieurs interrogations :
1. Comment les troubles cognitifs influencent-ils les comportements agressifs lors d’un
soin ?
2. Quels sont les éléments favorisants une agressivité d’un patient présentant les
troubles cognitifs ?
3. Comment sécuriser la prise en soins d’un patient dépendant et agité pour prévenir
les risques de chute et d’agressivité ?
4. Comment adapter la communication pour être mieux compris par un patient
présentant des troubles cognitifs ?
5. Comment gérer ses émotions face à un geste agressif du patient pour maintenir une
posture professionnelle stable ?
6. Quel est l’impact de la posture professionnelle sur l’apaisement des comportements
agressifs ?
À la suite de ce questionnement, mes réflexions m’amènent à retenir la question
fédérative suivante :« Dans quelle mesure l’adaptation de la posture
professionnelle de l’infirmière contribue-t-elle à sécuriser le prendre-soin d’un
patient agressif ? ».
2. ANALYSE EXPLICATIVE
L’analyse de la situation que je vis avec M. D. nécessite d’articuler les faits observés
avec les connaissances issues de la littérature afin de comprendre ce qui conduit à
l’escalade agressive. Dans la phase descriptive, je constate que M. D., désorienté,
dysarthrique, dépendant et soumis à des mesures de sécurité, réagit par un crachat
lorsque je lui rappelle calmement le danger de se lever seul. Pour comprendre ce
comportement, je mobilise les repères théoriques relatifs aux troubles neurocognitifs,
à l’agitation, à la perte d’autonomie, au contexte vespéral et à la posture soignante.
Les travaux de Dorey, Herrmann, Schuster, von Gunten et Lepetit (2019) montrent que
l’agitation et l’agressivité chez les personnes présentant des troubles neurocognitifs
constituent « le plus souvent la manifestation comportementale d’un inconfort
relationnel, environnemental, physique ou psychique » (Dorey et al., 2019, p. 7). Ce
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cadre théorique éclaire directement la situation : les troubles cognitifs de M. D.,
associés à sa désorientation et à sa dysarthrie, limitent sa capacité à comprendre les
consignes et à verbaliser son vécu. Ce que j’interprète dans la phase descriptive
comme une opposition personnelle apparaît, à la lumière de ces connaissances,
comme une réaction liée à son incapacité à exprimer autrement son inconfort.
Selon Ducraux et al. (2016, p. 28), l’agitation est une forme de communication
inadaptée traduisant une souffrance ou une détresse émotionnelle en lien avec une
difficulté à exprimer clairement des besoins et par conséquent de les satisfaire. Leur
analyse rejoint ce que j’observe : M. D. vient de chuter, il est remis en contention et se
trouve dans un état de vulnérabilité majorée. Les auteurs soulignent que ces
comportements résultent d’une combinaison de facteurs neurologiques,
psychologiques, somatiques et environnementaux (Ducraux et al., 2016, p. 28). Cela
me permet de comprendre que le crachat n’est pas un geste isolé, mais l’expression
d’un cumul de tensions : perte d’autonomie, frustration, peur, incompréhension et
impossibilité de se faire comprendre.
Le contexte vespéral constitue un élément explicatif majeur de la situation. D’après
mon observation fondée sur mes expériences professionnelles antérieures, chez les
personnes âgées présentant des troubles cognitifs, la fin de journée accentue la
fatigue, la désorientation et la diminution des capacités d’adaptation, ce qui peut
majorer l’agressivité. Dans la phase descriptive, je constate que la situation se déroule
vers 20 h, moment où M. D. manifeste déjà des signes d’agitation. La littérature
confirme que toute sollicitation supplémentaire peut être vécue comme intrusive ou
difficile à intégrer. Cette compréhension éclaire le fait que mon rappel sur la sécurité,
pourtant bienveillant, soit perçu par M. D. comme une contrainte supplémentaire.
L’écart entre mon intention de soignant et la perception de M.D. apparaît alors central.
Ce que je vis comme une mesure de protection (contention, rappel du risque de chute)
peut être vécu par M. D. comme une atteinte à son autonomie. Cette discordance est
décrite par Dorey et al. (2019), qui soulignent que l’agressivité augmente lorsque la
personne ne peut exprimer ses besoins ou lorsqu’elle se sent empêchée
(Dorey et al., 2019, p. 7). Je comprends ainsi que la réaction de M. D. est liée à un
sentiment de dépossession renforcé par la chute, la contention et la dépendance.
La posture du soignant joue également un rôle déterminant dans la compréhension de
la situation. Seppey (2022) rappelle que la désescalade repose sur la communication,
l’auto-régulation et la capacité à repérer les signes précurseurs de violence, tels que
la confusion, l’irritabilité ou l’agitation (Seppey,2022, p. 18). Dans la phase descriptive,
je n’ai pas identifié ces signaux avant-coureurs d’une escalade. La littérature m’aide à
comprendre que ma posture, mon rythme et ma proxémie influencent la perception de
M. D., et qu’une anticipation plus fine des signes d’agitation aurait pu prévenir la
montée de tension.
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En 2015, Hesbeen approfondit, en montrant que la posture professionnelle se
manifeste dans la manière de se tenir, de parler et d’entrer en relation. Il souligne que
la qualité de la relation dépend des manières d’être, de faire et de dire
(Hesbeen, 2015, p. 4). Face à un patient dysarthrique, désorienté et diminué
physiquement, le choix des mots, le ton, la temporalité et le positionnement corporel
deviennent des médiateurs essentiels. La posture professionnelle infirmière constitue
ainsi un véritable outil thérapeutique, qui organise simultanément la sécurité, la lisibilité
de la relation, la prévention de l’escalade et le maintien du prendre-soin dans une
situation de grande vulnérabilité.
Les apports d’Hesbeen (2012, 2018) permettent de comprendre la dimension
relationnelle de la situation. Il distingue le soin technique du soin comme intention
orientée vers ce qui est bon pour la personne (Hesbeen, 2012, p. 3) et insiste sur la
notion de « juste présence », une posture ajustée, sensible et adaptée à la singularité
de chaque situation (Hesbeen, 2018, p. 25). En relisant la situation à la lumière de ces
travaux, je comprends que ma présence, bien que professionnelle, peut manquer
d’ajustement dans un moment où M. D. est particulièrement vulnérable. La « juste
présence » implique davantage d’anticipation, de lenteur, de reformulation et de prise
en compte de son état émotionnel.
La gestion de l’agressivité mobilise les compétences émotionnelles du soignant.
Hesbeen (2018, p. 27) rappelle que la relation de soin exige une sensibilité présente
« avec justesse » et qu’« il ne peut être question de se blinder » lorsque l’on souhaite
maintenir une relation de soin de qualité. La distance professionnelle n’est donc pas
une froideur protectrice, mais la capacité à demeurer présent sans être débordé, à
rester en lien sans se laisser entraîner dans la violence de l’instant.
Bourgeois (2017, p. 1) souligne que des soignants « au clair avec leurs propres
émotions » peuvent accueillir celles du patient de manière professionnelle. Dans la
phase descriptive, je me sens sidérée et déstabilisée ; la littérature m’aide à
comprendre que cette sidération est normale, mais qu’elle limite ma disponibilité
relationnelle. Le Boterf (1994, p. 45) précise que la compétence consiste à « faire face
à des difficultés imprévues », ce qui implique une capacité d’adaptation et de régulation
émotionnelle.
Ainsi, la compréhension globale de la situation émerge de l’articulation entre les faits
observés et les apports théoriques. L’agressivité de M. D. s’explique par l’interaction
entre ses troubles neurocognitifs, son vécu émotionnel, le contexte vespéral, les
contraintes environnementales, la difficulté à verbaliser ses besoins et ma posture
professionnelle encore en construction. La littérature me permet de comprendre que
le crachat n’est pas une attaque personnelle, mais l’expression d’un inconfort global
dans une situation de vulnérabilité extrême. Cette analyse met en évidence la
nécessité d’une posture ajustée, d’une anticipation des signes d’agitation et d’une
régulation émotionnelle pour sécuriser la relation de soin.
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