
Situation d'appel
Lors de mon stage de deuxième année en soins infirmiers au sein d’un service de Soins de Suite
et de Réadaptation gériatrique, je participe à la prise en charge de Monsieur A., âgé de 70 ans,
originaire d’Afrique de l’Ouest et de confession musulmane. Il est hospitalisé à la suite d’un
accident vasculaire cérébral ayant entraîné une hémiplégie droite, et présente un cancer du
pancréas métastatique dont l’évolution engage désormais une démarche palliative centrée sur
le confort. Ses quatre enfants lui rendent visite régulièrement, et j’observe combien leur
présence semble constituer un repère affectif, culturel et spirituel essentiel.
La perte d’autonomie liée à l’hémiplégie prive Monsieur A. de l’usage de son côté dominant.
Lors des soins impliquant l’intimité corporelle, je remarque qu’il détourne le regard, se
recroqueville du côté gauche et couvre systématiquement son corps avec les draps. Il verbalise
parfois son refus de soins dans ces moments, comme pour préserver une dignité mise à mal par
la dépendance.
Un matin, accompagnée de ma tutrice infirmière, j’entre dans sa chambre pour réaliser une
toilette au lit et administrer les antalgiques prescrits. Dès notre arrivée, Monsieur A. détourne
le regard, replie son corps sur lui-même et remonte les draps pour cacher sa nudité. Il déclare
d’une voix ferme : « Laissez-moi, je ne veux aucun soin ce matin et je ne prendrai pas ces
médicaments. » Je ressens immédiatement une tension et une rupture dans la relation de soin.
Je suis surprise par la brusquerie du refus, puis déstabilisée : j’ai l’impression que ma présence,
pourtant bienveillante, est perçue comme intrusive.
Je lui explique les soins prévus, leur déroulement et l’intérêt des antalgiques pour son confort.
Malgré mes efforts de communication, il maintient son refus de la toilette et des traitements. Je
perçois que mes mots n’atteignent pas leur objectif, comme si la barrière de la pudeur et des
croyances spirituelles empêchait toute possibilité d’adhésion.
Lorsque son fils est présent, j’observe que Monsieur A. accepte plus facilement la toilette. Les
gestes deviennent réalisables, la relation se fluidifie, et il ne verbalise pas de refus dans ces
moments. Je ressens alors un soulagement : le soin peut être effectué dans un climat plus serein.
Cependant, même en présence de son fils, Monsieur A. refuse fréquemment la prise
d’antalgiques. Face à ce refus persistant, je me sens impuissante et limitée dans mon rôle, car
je ne parviens pas à obtenir son adhésion au traitement prescrit.
Cette situation me confronte à mes limites professionnelles et m’amène à questionner ma
posture : comment respecter la pudeur et le refus exprimé par Monsieur A. tout en maintenant
une relation de soin adaptée ? Quelle place accorder au proche dans l’acceptation du soin ?
Comment ajuster ma manière d’être auprès d’un patient qui met à distance le soin, et comment
concilier respect du refus et continuité des soins nécessaires ?
Questionnement
1. En quoi la perte d’autonomie brutale liée à une hémiplégie droite bouleverse-t-elle
l'identité d’un homme issu de la culture ouest-africaine, traditionnellement considéré
comme le pilier familial ?