
Journal Identification = NRP Article Identification = 0462 Date: June 13, 2018 Time: 4:48 pm
REVUE DE NEUROPSYCHOLOGIE
NEUROSCIENCES COGNITIVES ET CLINIQUES
169
Méthodologie
Introduction
L’évaluation des fonctions exécutives constitue un des
éléments essentiels du bilan neuropsychologique qu’il soit
conduit dans un but de diagnostic (pathologies cérébrales
focales et neurodégénératives) ou de revalidation [1, 2].
Dans une acception très générale, les fonctions exécutives
renvoient à un ensemble de processus (d’inhibition, de
planification, de flexibilité, de contrôle...) dont la fonc-
tion principale est de faciliter l’adaptation du sujet à des
situations nouvelles. On considère qu’elles sont particu-
lièrement recrutées lorsque les routines d’actions, ou les
habiletés cognitives sur-apprises, ne sont pas suffisantes
pour faire face à la situation [3, 4]. Les fonctions exécutives
commencent donc précisément à l’endroit où l’activité du
sujet requiert la mise en œuvre de processus contrôlés.
Différentes propositions théoriques existent quant au
nombre et à la nature des processus exécutifs. Selon le
modèle de Miyake et al. [5], trois processus distincts
sont considérés comme importants : «la mise à jour »ou
retrait/ajout rapide d’informations en mémoire de travail ;
«la flexibilité »ou changement de tâche ou de contenu
mental ; et «l’inhibition »ou blocage intentionnel de la
production d’une réponse dominante. Plusieurs tests ont
été construits dans le but de cerner sélectivement ces diffé-
rents processus, même si, comme l’ont montré les travaux
de Miyake et al., les tests classiques de neuropsychologie
recrutent le plus souvent plusieurs processus différents à la
fois. L’épreuve que nous présentons dans ce travail est un
test permettant de mesurer les capacités de flexibilité du
sujet.
Plusieurs tests de flexibilité sont utilisés en neuropsy-
chologie et il est possible de les distinguer selon qu’il s’agit
de flexibilité spontanée (fluences verbales et non verbales,
usages inhabituels d’objets, etc.) ou de flexibilité réactive
(Trail Making Test [TMT], Test d’évaluation de l’attention
[TAP], flexibilité de Stroop). Parmi les tests de flexibilité
réactive existants, il convient encore de les distinguer selon
que la flexibilité concerne un changement de focus atten-
tionnel sur la tâche ou un changement de focus sur les
items. Ainsi, dans le TMT [6], qui est probablement l’un
des tests de flexibilité réactive les plus utilisés, le focus atten-
tionnel se déplace à chaque essai d’une catégorie d’items
(les chiffres) à une autre (les lettres) dans une suite ascen-
dante. La flexibilité porte donc sur les items, la flexibilité
exigeant de déplacer à chaque essai le focus attentionnel
en fonction de la nature des stimuli ; au contraire, la tâche
du sujet – construire une suite ascendante – reste constante
lettres/versus/chiffres. Dans le subtest «Flexibilité »de la
batterie TAP [7], une lettre et un chiffre apparaissent simul-
tanément à l’écran (à gauche et à droite d’une cible placée
au centre de l’écran). Le sujet a pour tâche d’appuyer sur
la touche réponse située du même côté que celui où appa-
raît l’item cible, à savoir, alternativement la lettre puis le
chiffre, et ainsi de suite. L’endroit d’apparition des cibles
est fixé dans un ordre pseudo-aléatoire. Ici, à nouveau,
la flexibilité concerne l’alternance entre désigner la posi-
tion du chiffre versus de la lettre entre les essais. Ces deux
tests emblématiques sont couramment utilisés en clinique
neuropsychologique, car ils sont simples d’utilisation, ils
disposent de normes et sont sensibles à de nombreuses
conditions pathologiques.
Nous présentons l’Alphaflex, un test simple, qui peut
être ajouté à l’arsenal des outils destinés à l’évaluation de
la flexibilité mentale. Cette épreuve a d’abord été dévelop-
pée par l’un d’entre nous1lors de l’examen clinique au lit
de patients, que l’on ne pouvait pas examiner plus longue-
ment dans un bureau, afin de procéder à un examen rapide
d’un aspect de leur capacité de flexibilité mentale. Comme
le TMT, le test est composé de deux parties : une première
partie qui demande au sujet de produire une routine ver-
bale bien automatisée, c’est-à-dire, la récitation rapide mais
clairement articulée de la suite complète des lettres de
l’alphabet ; et une seconde partie dans laquelle le sujet doit
à nouveau réciter l’alphabet à voix haute mais cette fois-ci
en ne prononc¸ant qu’une lettre sur deux (exemple : A ... C
... E). Dans cette seconde partie, le sujet doit alterner entre
la production orale d’une lettre et la subvocalisation de la
lettre suivante. Alors que le TMT demande d’alterner entre
deux séries en mémoire, l’Alphaflex n’exige de la flexibi-
lité qu’au niveau de la production de la réponse ; le sujet
devant alternativement «émettre »ou «ne pas émettre »
tout en progressant dans la suite des lettres. L’Alphaflex se
range donc aussi dans la catégorie des tests de flexibilité
réactive. Toutefois, le déplacement du focus attentionnel
ne porte pas sur les stimuli mais bien sur l’activité du sujet,
c’est donc davantage un test de flexibilité de tâches (ou
de processus) plutôt qu’un test de flexibilité de contenu
(ou d’items). Il nous paraît, au moins sur base d’une ana-
lyse a priori, être plus simple que les deux tests principaux
de flexibilité réactive présentés ci-dessus. Un autre intérêt
de l’Alphaflex réside dans le fait que sa passation n’exige
aucun traitement visuel et aucune réponse motrice (hormis
la production orale de la réponse). Par ailleurs, sa passation
est rapide (environ trois minutes). L’Alphaflex est facile à
administrer dans la mesure où les consignes sont simples
et qu’il ne nécessite aucun matériel particulier, mis à part
l’utilisation d’un chronomètre. Cette simplicité de consi-
gnes et de mesures permet de l’utiliser facilement dans
divers contextes (ex. : bilan d’évaluation classique, hospi-
talisation, domicile). L’Alphaflex reposant sur une routine
peu complexe et connue de tous les sujets lettrés, la maî-
trise de l’alphabet étant acquise dès la première maternelle
[8], il peut également être administré à de très nombreux
patients. Cette séquence sur-apprise et automatisée devrait
donc, comme les comptines ou les prières, bien résister aux
effets liés à l’âge ou à l’apparition de pathologies neurodé-
génératives, ce qui peut rendre cet instrument utile auprès
de ces populations.
Dans ce contexte, l’objectif de cette étude est d’établir
des scores normatifs pour l’Alphaflex sur une population
1Xavier Seron.
Copyright © 2019 John Libbey Eurotext. Téléchargé par HOPITAUX DE SAINT MAURICE le 28/01/2019.