
Le Sénégal dans la Première Guerre Mondiale | 1914–1918
Histoire — Tirailleurs Sénégalais Page 5
▸ B. Une contribution économique à l'effort de guerre
Au-delà des hommes, le Sénégal contribue massivement à l'économie de guerre française.
1. L'arachide : le combustible de la guerre
Depuis les années 1840, la colonisation française a transformé le Sénégal en économie de
monoculture arachidière. Les paysans wolof, sérères et toucouleurs ont progressivement
abandonné les cultures vivrières pour planter des arachides destinées aux huileries de Marseille
et Bordeaux.
Pendant la guerre, cette dépendance devient un levier d'extraction. L'arachide sénégalaise
fournit à la France :
• Les huiles alimentaires qui entrent dans la composition des rations militaires et des
conserves ;
• La glycérine, sous-produit du raffinage, utilisée dans la fabrication de la nitroglycine
et donc des explosifs militaires ;
• Les tourteaux (résidus solides) utilisés pour l'alimentation des chevaux et mulets de
l'armée ;
• Les savons à base d'huile d'arachide, indispensables à l'hygiène des troupes en
campagne.
2. La ponction fiscale : payer la guerre de l'autre
Le système fiscal colonial, déjà oppressif en temps de paix, est intensifié pendant le conflit
selon trois mécanismes :
• L'impôt de capitation (ou impôt de case), prélevé sur chaque ménage et payable en
argent, oblige les paysans à vendre leurs récoltes à vil prix aux maisons de commerce
françaises (CFAO, SCOA) pour obtenir du numéraire ;
• Les emprunts de guerre : des campagnes de souscription aux bons de la Défense
nationale sont organisées dans toute l'AOF sous forme de quotas imposés aux villages
;
• Les taxes douanières du port de Dakar, principal nœud commercial de l'Afrique de
l'Ouest, qui constituent une rente régulière au bénéfice de la métropole.
3. Le travail forcé : bâtir et porter pour la guerre