
ANALYSE LITTÉRAIRE & PLAN DÉTAILLÉ — MÉTHODE FICHE
« En aucun cas, les productions monstrueuses ne relèvent de la nature qui ne leur prête que le réceptacle d’une matière pour
accueillir la forme. C’est ainsi que l’imaginaire peut exister, même s’il est bien isolé comme étant d’imagination, non de nature. »
— Jean-Louis Poirier, Critique, 1978.
1. ANALYSE CONCEPTUELLE ET DÉFINITIONS (HYLÉMORPHISME)
• « En aucun cas » : Formule d'exclusion absolue. Elle refuse catégoriquement tout compromis ou transition biologique
progressive entre l'ordre régulier et le monstrueux.
• « Productions monstrueuses » : Le terme production renvoie à un acte de genèse ou de fabrication artificielle. Le monstre
qualifie l'écart morphologique radical vis-à-vis du type de l'espèce.
• « Ne relèvent de la nature » : La nature est appréhendée comme physis, à savoir un principe souverain d'ordre, de régularité
prévisible et de lois universelles fixes.
• « Le réceptacle d'une matière pour accueillir la forme » : Référence directe au modèle hylémorphique d’Aristote. La
nature joue un rôle purement passif, inerte (le support charnel ou biologique), tandis que la forme déviante provient d'une force
externe.
• « L'imaginaire peut exister [...] bien isolé » : L'imagination est posée comme l'unique instance active capable de modeler la
matière en anomalie. Elle est étanche, séparée du devenir biologique réel.
2. Problématique de la Fiche
Dans quelle mesure la monstruosité échappe-t-elle aux lois immuables et ordonnées de la nature pour s'instituer comme une
pure création de l'esprit humain, alors même que le vivant recèle ses propres dynamiques d'anomalies accidentelles et subit
directement les déformations de notre imagination ?
II. PLAN DÉTAILLÉ — PARTIE I
I. Certes, il semble que les productions monstrueuses ne relèvent pas de la nature
Conformément à la thèse de Poirier, la nature est définie par une régularité mathématique et rationnelle. Le monstre n'est
qu'une illusion perceptive ou une projection psychologique.
a. Les lois de la nature seraient sans exception : Ce que l'esprit non averti nomme « monstre » n'est aux yeux de la
science qu'une variation explicable par les causes mécaniques du vivant.
Exemple (Canguilhem / Saint-Hilaire) : Canguilhem rappelle que pour le zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, les
anomalies morphologiques obéissent à des lois naturelles aussi précises que celles des formes normales. C'est l'ignorance
humaine qui invente la monstruosité là où il n'y a qu'un déterminisme rigoureux.
b. L'imagination invente, déforme et combine : Le monstre est le produit d'une conscience insatisfaite de la réalité, qui
assemble arbitrairement des fragments du réel pour extérioriser ses angoisses ou ses fictions.
Exemple (Le Mur invisible - Haushofer) : Confinée derrière sa paroi mystérieuse, la narratrice réalise à quel point
l'imaginaire humain occidental s'est nourri de fictions et de représentations artificielles pour fuir la vérité brute, nue et
parfaitement indifférente de la nature sauvage.
c. Le monstre est une contre-valeur vitale : Le monstre terrifie car il représente une menace immédiate d'inachèvement
ou de destruction des formes fonctionnelles.
Exemple (Canguilhem) : Le philosophe démontre que la monstruosité suscite la panique de l'esprit parce qu'elle est
vécue comme la négation du vivant par le non-viable, une menace de mort biologique directe au cœur du processus de
développement.
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