
1. L’Équation de Balling : Fondements et Dérivation
▌ 1.1 Contexte historique et scientifique
Carl Joseph Napoleon Balling (1805–1868), chimiste et brasseur bohémien, a établi au XIXe siècle une relation
empirique fondamentale décrivant la répartition massique des produits de la fermentation alcooliéque. Son
approche repose sur le bilan stoechiométrique de la fermentation en considérant uniquement les grandes
familles de molécules et les mesures de densité accessibles au brasseur.
Son travail a été révisé et affiné par la suite, notamment par Brix et Plato, dont les échelles de mesure de
densité portent les noms. Aujourd’hui, l’équation de Balling reste une référence en brasserie car elle constitue
une approximation stoechiométrique globale, valable pour l’ensemble des sucres fermentescibles présents
dans le moût (glucose, maltose, maltotriose, saccharose).
▌ 1.2 Réaction biochimique globale de la fermentation
La fermentation alcooliéque est catalysée par les levures via la voie d’Embden-Meyerhof-Parnas (glycolyse)
suivie de la décarboxylation du pyruvate. La réaction globale, simplifiée à partir du glucose, s’écrit :
C₆H₁₂O₆ → 2 C₂H₅OH + 2 CO₂
(180,16 g/mol) (2 × 46,07 g/mol) (2 × 44,01 g/mol)
Réaction de Gay-Lussac (glucose)
Vérification massique :
• 1 mol de glucose (180,16 g) produit 2 mol de CO₂ (88,02 g) et 2 mol d’éthanol (92,14 g).
• Rapport CO₂ / glucose = 88,02 / 180,16 = 0,489 g CO₂ / g glucose (théorique pur).
Cependant, en fermentation réelle, une partie des sucres est orientée vers la synthèse de biomasse cellulaire,
de glycérol (osmoprotecteur), d’acides organiques et d’autres métabolites secondaires. La stœchiométrie
strictement gay-lussacienne surestime donc la production de CO₂ et d’éthanol. C’est précisément pour corriger
cela que Balling a introduit des coefficients empiriques.
▌ 1.3 L’équation de Balling : formulation originale
Balling a mesuré expérimentalement les proportions massiques des produits issus de 100 g d’extrait
fermentescible (sucres totaux dissous dans le moût) dans des conditions de fermentation brassicole
représentatives. Il a obtenu la répartition suivante :