depuis le milieu des années 1990. Le système fiscalo-social modifie la
distribution des revenus entre les ménages. Ainsi, une hausse des
ressources d’activité d’un individu augmente les prélèvements qu’il
supporte et réduit les prestations sociales dont il bénéficie. Les gains
au travail sont réduits d’autant plus que le dispositif est généreux. Il
est donc susceptible de réduire l’offre de travail. Ceci concerne
surtout les personnes qui, étant donné leurs qualifications, ne peuvent
obtenir qu’une faible rémunération sur le marché du travail. Cette
population souffre d’un taux d’emploi et d’un taux d’activité nettement
plus faible que celui des individus plus qualifiés (annexe I, tableau 3
et 4). Son taux de chômage est plus élevé que celui des personnes
qualifiées quel que soit le pays considéré 1.
Les mesures d’incitation au travail ne peuvent réduire le chômage
que sous trois conditions essentielles:
— Il faut qu’une imposition effective lourde pèse sur certaines
transitions sur le marché du travail (du non-emploi à l’emploi à temps
partiel ou à plein temps…) de telle sorte qu’un surcroît d’activité
induise un faible gain financier (voire une perte de revenu). Autrement
dit, pour que les concepts de « trappes à inactivité, à chômage et à
pauvreté » soient pertinents, il faut que l’emploi ne paie pas ou pas
suffisamment. Les taux marginaux effectifs d’imposition permettent
d’évaluer le gain financier associé à une augmentation de l’activité. Cet
outil indique les « anomalies » du système fiscalo-social qui peuvent
potentiellement désinciter les individus à travailler (ou à travailler plus),
mais rien ne permet d’affirmer qu’ils réagissent effectivement à ces
effets de seuil.
— Il faut donc que le choix de « travailler » (ou de « travailler
plus ») soit déterminé par les gains financiers associés à l’emploi. Dans
ce cas, une revalorisation des revenus d’activité relativement à ceux
de l’inactivité, via la fiscalité par exemple, peut stimuler l’offre de travail.
Cependant, les réactions effectives de l’offre de travail aux modifica-
tions de la fiscalité sont difficiles à mesurer.
— Enfin, si les deux conditions précédentes sont remplies, il faut
que les individus qui souhaitent travailler (ou travailler plus), en
réaction à l’incitation fiscale, soient en mesure de trouver un emploi
(ou d’augmenter leur temps de travail). Ainsi la demande de travail
doit-elle être suffisante pour satisfaire ce surcroît d’offre. Si le marché
du travail est contraint par une demande trop faible, toute mesure
augmentant l’offre de travail entraînera un taux de chômage plus élevé.
Or le segment « non qualifié » du marché du travail est plus enclin
Hélène Périvier
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Revue de l’OFCE 87
1. En France, par exemple, il était de plus de 15 % en 1999 contre 6 % pour les individus
les plus qualifiés, pour un taux de chômage global d’environ 10 %. Les écarts de taux de chômage
entre les moins qualifiés et les plus qualifiés sont très marqués en Allemagne, en Belgique, en
France, en Finlande et en Irlande (annexe I, tableau 2). Leur taux d’activité est nettement plus
faible (66,6 % en 1999 en France) que celui des personnes plus qualifiées (87,2 %).