La consommation

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La fonction de consommation
Les besoins humains se manifestent par la demande des agents économiques pour divers biens.
Cette demande s’exprime à son tour dans les dépenses de consommation. En analyse
macroéconomique, les dépenses sont envisagées au niveau global ou agrégatif. Il ne s’agit donc pas
d’examiner les choix de l’individu entre divers biens ou services, mais bien les dépenses de
l’ensemble des consommateurs pour tous les biens à la fois.
L’intuition, les études statistiques, et l’analyse microéconomique suggèrent qu’il existe une relation
de cause à effet entre le revenu total des individus et leurs dépenses globales de consommation :
plus simplement, à tout accroissement du revenu correspond généralement une augmentation des
dépenses. Cette relation porte le nom de fonction de consommation, qui se définit comme la
relation entre le montant global des revenus dans une économie, et le montant total consommé.
Considéré comme l’un des plus importants déterminants de la production, sa modélisation
permettrait de mieux d’offrir aux gouvernants un outil à la décision pour stimuler une économie
en panne (crise). De ce fait, nous abordons dans ce chapitre quelques tentatives de modélisation de
la consommation sous l’angle macroéconomique en deux points. Le premier présente la fonction
de consommation keynésienne considérée comme la pionnière. Le second point présente les
principaux prolongements de cette fonction.
I. La fonction de consommation keynésienne
A. Les fondements
Trois hypothèses fondent l’analyse de Keynes. La première et la plus importante découle de la loi
psychologique fondamentale. Selon celle-ci, « les individus sont prêts, en principe et en moyenne à accroître
leur consommation à mesure que leur revenu augmente, mais moins proportionnellement à la croissance de celui-ci ».
De cette loi dérive ce qu’il appelle la propension marginale à consommer (PMC) définie comme la
part consommée de chaque unité de revenu supplémentaire. Pour Keynes, la PMC est comprise
entre 0 et 1. En d’autres termes, quand un consommateur gagne une unité supplémentaire de
revenu, il en dépense en général une partie, et le reste est épargné.
La deuxième hypothèse porte sur la part du revenu global consommé encore appelé propension
moyenne à consommer (pmc). En effet, Keynes fait l’hypothèse que la part du revenu consommé
diminue avec l’augmentation du revenu. Pour lui, l’épargne est un luxe que ne peuvent se permettre
que les riches.
Enfin, dans sa troisième hypothèse, Keynes postule que la consommation est déterminée par le
revenu principal et que celle-ci est faiblement influencée par le taux d’intérêt. Cette hypothèse peut
être considérée, selon certains auteurs, comme la principale cause du divorce entre Keynes et
l’économie classique à juste titre. Cela tient au fait que pour les classiques le taux d’intérêt détermine
des arbitrages entre consommation et épargne dans le temps chez les individus (explications :
lorsque le taux d’intérêt augmente…).
De ces trois hypothèses, Keynes dérive la fonction de consommation suivante :
0
CcYC=+
2
C est la consommation, Y est le revenu disponible, C0 la consommation autonome (c’est-à-dire
celle qui ne dépend pas du revenu et qui est commune à tous les individus de la société) et c est la
propension marginale à consommer. Cette fonction satisfait les trois propriétés suivantes :
P1. La consommation des ménages est une fonction stable du revenu disponible
(Yd=Y-T)
P2. Le PMC est déduite de la dérivée de la fonction de consommation par rapport au
revenu
P3. 0 <PMC<1
P4. pmc décroît à mesure que Y augmente (démonstration)
Mais d’un point de vue général, la loi psychologique fondamentale donne lieu à différente
représentation fonctionnelles dont les plus courantes sont les suivantes :
Fonction de consommation linéaire Fonction de consommation affine Fonction de consommation concave
FIGURE1 : LES TROIS INTERPRETATIONS DE LA LOI PSYCHOLOGIQUE
FONDAMENTALE
À partir de la fonction de consommation, on peut déduire celle de l’épargne. En effet, la partie du
revenu disponible qui n’est pas consommée sera épargnée, c'est-à-dire que la fonction d’épargne
est :
0
(1 )SYC cYC==− −
Sur la base de cette dernière relation, trois enseignements peuvent être tirés.
(i) L’épargne est un résidu,
(ii) La propension marginale à épargner, qui mesure la variation de l’épargne des ménages
conséquente à la variation du revenu disponible d’une unité, est constante et comprise
entre zéro et un.
(iii) La propension moyenne à épargner, qui mesure l’épargne des ménages par unité de
revenu disponible, est croissante et inférieure à la propension marginale à épargner.
(iv) La somme des propensions marginales à consommer et à épargner est égale à un (PmC
+ PmS = c + s = c + (1 – c) = 1)
(v) La somme des propensions moyennes à consommer et à épargner est égale à un.
B. Les limites
En dépit de ses succès précoces, la fonction de consommation keynésienne à plusieurs critiques,
toutes liées à ses fondements. La première est liée à au postulat de la réduction de la part du revenu
consommé à mesure que ce dernier augmente. En effet pour de nombreux auteurs, cela supposerait
qu’il n’y aurait plus d’investissement suffisamment rentable pour absorber l’épargne, car la faiblesse
c
Y
C
! " #$% &
' # '
(
c
Y
C
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"#$ )!
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'
(*
+,*!&
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1ère bissectrice
!.
c
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Y
C
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2
+,*& ' #(' #3' &
1ère bissectrice
!.
c2
Épargne
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de la consommation provoquerait une demande insuffisante de biens et services qui induirait à son
tour une dépression. Ce phénomène st connu sous le nom de la stagnation séculaire. Toutefois,
cette limite n’a pu être mise en évidence empiriquement ou observée d’un point de vue factuel.
La seconde limite concerne l’hypothèse de décroissance de la pmc. À partir de l’observation de
séries relatives à la consommation Kuznets va montrer que la pmc est relativement stable dans le
temps. En d’autres termes, la part du revenu consommé tend à rester stable même lorsque le revenu
disponible augmente. Enfin, il semble que la fonction de consommation keynésienne n’est valide
qu’à court terme et pour des ménages pris individuellement.
D’autres limites relatives à la conception microéconomique de la consommation peuvent être
également opposées à la vision keynésienne de la consommation. On peut entre autres citer la non-
prise en compte du caractère intertemporel de la contrainte budgétaire, des préférences et du
comportement optimisateur des consommateurs. Ces différentes critiques vont être à la base d’une
réinterprétation de la pensée keynésienne et de prolongement de sa fonction de consommation.
II. Les prolongements de la fonction de consommation
Elles ont conduit, d’une part, à respécifier la fonction de consommation keynésienne, et d’autre
part, à introduire de nouvelles hypothèses et de nouvelles variables dans le comportement des
agents économiques.
A. Les reformulations de la fonction de consommation keynésienne
Les tentatives de re-spécification de la fonction de consommation keynésienne prennent en
compte le revenu relatif, d’une part, et la formation des habitudes, d’autre part, comme facteurs
explicatifs de la consommation au niveau global.
1) Revenu relatif et fonction de consommation
Dans cette approche, la consommation des individus est autant influencée par le niveau de
leur revenu courant que par la place qu’occupe ce revenu, au sein de la hiérarchie des
revenus d’abord, par rapport aux revenus passés de l’individu ensuite. L’interdépendance du
comportement des agents économiques et les phénomènes d’imitation sociale expliquent que la
propension moyenne à consommer soit globalement stable sur longue période, puisque cette
propension moyenne dépend avant tout de la situation de l’individu dans l’échelle sociale. Quant
au revenu passé, il explique le maintien du niveau de consommation en période de
récession ou d’expansion (effet de cliquet). Confrontés à une dégradation de leur pouvoir
d’achat, les consommateurs préservent leur consommation en épargnant moins ou en s’endettant.
En revanche, lorsque l’activité reprend, ils maintiennent leur consommation à son niveau antérieur
et affectent le supplément de revenu courant à l’épargne. Cette inertie des comportements de
consommation n’est évidemment que provisoire et ceux-ci se modifient inévitablement en cas de
baisse (ou d’augmentation) durable du pouvoir d’achat.
Duesenberry (1949) observe que, contrairement à ce que voudrait la théorie keynésienne, la
propension moyenne à consommer (consommation/revenu) reste constante sur longue
période, alors que le revenu augmente. Il explique que les ménages se répartissent en groupes,
des plus pauvres aux plus riches, et adoptent des habitudes de consommation qui les amènent à
imiter les individus du groupe supérieur. C’est ce qu’il appelle l’effet de démonstration, qui a pour
conséquence que la propension à consommer est peu sensible (inélasticité) aux fluctuations du
revenu. Si le revenu de tout le monde augmente, chacun voudra en quelque sorte « conserver son
rang » et n’épargnera pas une plus grande part de son revenu, malgré l’augmentation de ce dernier.
Formellement l’effet de démonstration se traduit par la relation suivante :
PMC
C = cY
1. Théorie du revenu relatif de Duesenberry a.
L'effet de snobisme/démonstration
b. L'effet cliquet/crémaillère
2. Théorie de la formation d'habitude de Brown
4
0
()
ii i
CaYbYY C=+ +
Y
est le revenu du groupe auquel le consommateur a conscience d'appartenir, et
)(YY
, le
revenu relatif. Relativement à cette formulation de la fonction de consommation, Duesenberry
distingue la propension marginale à consommer (qui dépend du revenu relatif) de la propension à
consommer (qui tient compte du revenu de l’individu et du revenu relatif). Ainsi la propension
marginale à consommer est donné par :
PMC = b
Dans le même temps la propension à consommer le revenu est donnée par :
i
i
C
PC a b
Y
==
La propension moyenne à consommer s’écrit de cette manière :
0
()
i
ii
CYC
pmc a b b
YY
+
==+
Une autre hypothèse faite par Duesenberry est que la consommation dépend du plus haut
niveau de consommation durant la période précédente. Ainsi, lorsque leur revenu diminue,
les agents ne vont pas à court terme, ajuster leur consommation a la baisse. (Par exemple,
l’utilisateur d’un téléphone mobile s’habitue à ce « luxe » et ne renonce pas à sa consommation,
même si son revenu diminue. De même, lors d’une crise économique ou d’une récession, les
consommateurs s’efforcent de défendre le genre de vie précédemment adopté). Du fait des
habitudes de consommation acquises au cours des périodes précédentes, on commence par puiser
dans l’épargne avant d’ajuster sa consommation. Cette persistance des habitudes de consommation
se traduit, en période de baisse conjoncturelle des revenus, par une augmentation de la
propension marginale à consommer. La consommation ne suit pas proportionnellement la
baisse du revenu. C’est ce qu’on appelle « l’effet cliquet » de Duesenberry. Plus concrètement, la
consommation des ménages est décrite par une fonction affine suivant cette hypothèse c'est-à-dire :
CcY=
Par conséquent suivant l’effet de cliquet, PMC=pmc.
La double formulation de la fonction de consommation proposée par Duesenberry permet
d’expliquer l’écart observé entre les résultats des différentes études statistiques. Cependant, elle
présente une limite importante. En effet, elle suppose une absence d’adaptation des agents aux
modifications de leur revenu. En conséquence, d’autres formulations ont été proposées. Celles-ci
prennent en compte la capacité d’adaptation des comportements de consommation des agents, à
travers les phénomènes de mémoire et de formulation des habitudes.
2) Les habitudes de consommation et la fonction de consommation
Dans le prolongement des travaux de Duesenberry, Thomas Brown va mettre en lumière la théorie
de la formation des habitudes. En effet, selon Brown, au-delà du rôle du revenu de la classe sociale
dans la consommation, la consommation par l’inertie des ménages dans leur comportement. Pour
ce dernier, la consommation actuelle est dictée par celles antérieures. En d’autres termes, les
Brown (1952)
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ménages ont tendance à se souvenir de leur consommation passée pour définir leur niveau de
consommation présente. On parle ici de la théorie de la formation des habitudes.
Cette analyse de Brown conduit à la formulation suivante de la consommation :
1210tt t
CbYbCC
=+ +
, avec 1>b1 >0 et 0 b21
Ainsi, dans cette spécification de la fonction de consommation par Brown, on peut observer que
le niveau de consommation actuelle dépend du revenu présent, mais également de la consommation
précédente. En outre, la propension à court terme est égale à
b1
. Une valeur non nulle de
b2
traduit
une inertie des comportements résultant de la formation des habitudes en la matière de
consommation. Les habitudes évoluent d’autant plus lentement que le coefficient b2 est élevé. Dans
cette formulation, le passé intervient de façon continue par la consommation de la période
antérieure. La simplicité de cette formulation à fait qu’elle a été adoptée dans de nombreux modèles
économétriques.
B. Les dépassements des hypothèses de la fonction de consommation keynésienne
Les « dépassements » de la fonction de consommation keynésienne ont pour point commun une
perspective intertemporelle. Dans cette vision, les choix de consommation sont examinés dans le
cadre de la vie entière de l’individu. Le consommateur effectue une répartition optimale de la
consommation dans le temps, sous contrainte d’un montant de ressources donnée.
Plus précisément, les dépassements de la fonction de consommation keynésienne s’articulent
autour de deux hypothèses :
- l’hypothèse du revenu permanent, d’une part,
- et l’hypothèse du cycle de vie, d’autre part.
1) La théorie du cycle de vie
Cette théorie est notamment due à Franco Modigliani, Albert Ando et Richard Brumberg. Elle
relie la consommation aux ressources moyennes de l’individu calculées sur le long terme.
Sa particularité réside cependant dans le fait qu’il substitue à la notion de revenu permanent la
somme actualisée des revenus perçus par un individu pendant sa vie entière. En outre, il affine les
explications de l’affectation du revenu à la consommation ou à l’épargne, en montrant les
différences de comportement à chaque stade du cycle de vie. Schématiquement, les individus
consomment plus qu’ils ne gagnent quand ils sont jeunes (le financement de leurs dépenses se
faisant par appel à la famille ou par emprunt auprès des organismes de crédit), épargnent de plus
en plus au cours de leur vie active la fois pour rembourser leurs dettes initiales et pour se
constituer un capital en vue de leur retraite) et consomment les fonds accumules peu à peu au cours
de leur retraite (désépargne).
1. Jeunesse Y=0 Or C est + & Dette +
2. Activité Y +, C +, S+, Rembour
3. Retraite Y=0, C+, Désépargne
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