
Démonstration.
On sait que la caractĂ©ristique dâun corps est 0ou un nombre premier
(corollaire 60 du chapitre 2). Mais un corps de caractéristique 0contient
Z
, donc est inïŹni.
Donc
K
est de caractéristique un nombre premier
đ
. Lâunique structure de
Fđ
-algĂšbre sur
K
est alors donnée par la factorisation du morphisme
ZâK
par
Z/đZâK
. En tant que
Fđ
-algĂšbre,
K
hĂ©rite dâune structure de
Fđ
-espace vectoriel (cf. la section 2.10 du chapitre
2). Comme
K
est ïŹni, il admet une famille gĂ©nĂ©ratrice ïŹnie comme
Fđ
-espace vectoriel
(prendre pour famille gĂ©nĂ©ratrice lâensemble
K
lui-mĂȘme !). Câest donc, par dĂ©ïŹnition, un
Fđ
-espace vectoriel de dimension ïŹnie. Si
đ
est sa dimension, on sait que
K
est isomorphe
comme
Fđ
-espace vectoriel Ă
Fđ
đ
. En particulier les ensembles
K
et
Fđ
đ
sont en bijection. Or
Fđ
đa pour cardinal đđ, ce qui conclut.
En fait, lâun des rĂ©sultat fondamentaux de la thĂ©orie des corps ïŹnis est le suifant : Ă©tant
donnés un nombre premier
đ
et un entier strictement positif
đ
, il existe, Ă isomorphisme
prĂšs, un unique corps ïŹni de cardinal
đđ
. Nous allons démontrer ceci, et expliquer comment
dans la pratique on peut dĂ©crire explicitement « le » corps ïŹni de cardinal đđ.
4.3 Un exemple de calcul dans un corps ïŹni qui nâest pas un quotient de
Z
Soit
đ
un nombre premier et
đ
un entier strictement positif. Pour construire un corps ïŹni
de cardinal
đđ
et calculer explicitement dans ce corps, il « suïŹt » dâexhiber un polynĂŽme
irréductible de degré
đ
Ă coeïŹcients dans
Fđ
. On verra ci-dessous quâun tel polynĂŽme
existe toujours. Pour en exhiber un, on peut procéder par énumération exhaustive des
polynĂŽmes irrĂ©ductibles de degrĂ© donnĂ©, ce qui reste relativement eïŹcace si
đ
et
đ
ne
sont pas trop grands. On peut aussi étudier les facteurs irréductibles de
đđđâđ
(cf. le
thĂ©orĂšme 13 ci-dessous pour la justiïŹcation thĂ©orique) ; il se trouve quâil existe des mĂ©thodes
eïŹcaces pour dĂ©terminer la factorisation dâun polynĂŽme sur un corps ïŹni, sur lesquelles
nous reviendrons au dernier chapitre.
Remarquons que si
đ
est un nombre premier impair et
đâFđ
nâest pas un carrĂ© dans
Fđ
,
un corps Ă
đ2
élément est donné par
Fđ
[
đ
]
/âšđ2âđâ©
. En particulier, si
đ
est congru Ă 3
modulo 4,Fđ[đ]/âšđ2+ [1]đâ©est un corps Ă đ2Ă©lĂ©ment.
DĂ©taillons Ă prĂ©sent le calcul des tables dâaddition et de multiplication du corps ïŹni de
cardinal non premier le plus petit possible. qui soit, à savoir le corps à quatre éléments.
Avertissement : pour allĂ©ger lâĂ©criture, on note dĂ©sormais, pour tout
đâZ
,
đ
en lieu
et place de [
đ
]
2
. Comme on lâa dĂ©jĂ Ă©voquĂ©, câest un abus de notation pratique mais
potentiellement dangereux.
Le polynĂŽme
đ2
+
đ
+ 1
âF2
[
đ
]est de degrĂ© 2et nâa pas de racines dans
F2
(on
calcule ses valeurs en 0et 1), il est donc irréductible sur
F2
. Soit
Kdéf
=F2
[
đ
]
/âšđ2
+
đ
+
1
â©
,
đ:F2
[
đ
]
âK
le morphisme quotient et
đŒ
:=
đ
(
đ
). En particulier
K
est un
F2
-espace
vectoriel de base {1, đŒ}. Lâensemble des Ă©lĂ©ments de Kest donc
{đ+đ đŒ, (đ, đ)âF2
2}={0,1, đŒ, 1 + đŒ}.
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