
2 François DE MARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Sud
Ω, les fonctions holomorphes ont des primitives, et alors le théorème de Cauchy deviendra
tout aussi translucide que la formule fondamentale du calcul intégral réel :
Z1
0
g0(x)dx =g(1) −g(0).
Dans la Nature (mathématique !), le contour essentiellement le plus simple possible est
celui qui borde un triangle fermé T⊂Ω⊂C. L’existence de primitives pour les fonctions
holomorphes découlera du Théorème de Goursat, lequel énonce que pour toute fonction
holomorphe f∈O(Ω), on a l’annulation :
0 = Z∂T
f(z)dz.
Il est absolument remarquable que ce sous-cas du théorème de Cauchy est le germe de
tous les autres résultats plus avancés de la théorie de Cauchy. En plaçant des triangles
orientés blottis les uns à côté des autres, nous allons en déduire, à la manière de carreleurs,
l’existence de primitives dans un voisinage de γint, ainsi qu’une démonstration directe du
théorème fondamental de Cauchy susmentionné.
Toutes ces idées séduisantes vont nous conduire par la main au résultat central de ce
chapitre, la Formule intégrale de Cauchy. Sa version prototypique énonce que si une fonc-
tion f∈O(Ω) est holomorphe dans un ouvert Ω⊂C, alors pour tout disque fermé ∆⊂Ω,
on retrouve les valeurs de la fonction en chaque point intérieur z∈∆par l’intégration :
f(z) = 1
2iπ Z∂∆
f(ζ)
ζ−zdζ.
Ensuite, des différentiations successives de cette identité nous fourniront une collection
infinie de formules intégrales, dont découlera un théorème absolument fantastique montrant
que les fonctions holomorphes sont indéfiniment différentiables — alors qu’elles n’étaient
supposées qu’une seule fois C-différentiables en tout point, même pas C1au départ ! Ah
oui certes, pour les fonctions de variable réelle, l’énoncé analogue est radicalement faux !
Pourquoi, alors, tout est si vrai, si beau, et si bon, dans le monde holomorphe ? Parce que
la Magie, c’est, en Mathématique, l’Unité : tout, dans la théorie des fonctions holomorphes,
s’entrelace : Analyse, Géométrie, Topologie, Algèbre, Calcul !
2. Théorème de Goursat
À la fin du chapitre précédent, nous avons démontré que si une fonction holomorphe f
dans un ouvert Ω⊂Cy admet une primitive F, à savoir une fonction Ftelle que F0=f,
alors :
0 = Zγ
f(z)dz,
pour toute courbe fermée γ⊂Ω.
Réciproquement, si de telles annulations sont toujours satisfaites, une primitive existe
pour f, car il suffit en effet de fixer un point z0∈Ω, et de définir :
Fσ(z) := Zσ:z0→z
f(z)dz,
cette intégrale étant prise le long de n’importe quelle courbe C1par morceaux σ:z0−→ z
allant de z0àzcontenue dans Ω, puisque la valeur ne dépend alors pas de la courbe !