
249
VOL 89-4/2014Approvisionner les villes par les circuits courts alimentaires
lisé par la grande distribution et ses lières, par
des lières indépendantes ou à travers les circuits
courts. Il est façonné non seulement par l’offre
commerciale urbaine mais également par le sys-
tème de transport mis en place au niveau local
(Morganti, 2011), dont les impacts économiques
et environnementaux posent des questions de
gouvernance urbaine (Pothukuchi et al., 1999 ;
Sonnino, 2009).
Les food-hubs : une composante de la gouvernance
alimentaire pour approvisionner les aires urbaines
par les circuits courts
A travers le monde, de nombreux acteurs publics
expérimentent de nouveaux modes de mise en
relation entre les différentes parties-prenantes du
système alimentaire, à l’échelle locale et régio-
nale. Ces politiques proposent de coordonner les
phases de production, de transport et de distribu-
tion et de les mettre en cohérence avec les modes
de consommation et les liens sociaux et culturels
propres à chaque territoire urbain. Au-delà, il y a
des objectifs de sécurisation de l’approvisionne-
ment alimentaire et de maintien de l’accès à des
produits frais par les populations urbaines (Morgan
et Sonnino, 2011). Elles traduisent les objectifs en
actions concrètes telles que l’organisation de pla-
teformes de marché, la coordination des services
de transport de produits, la promotion de l’agricul-
ture urbaine, etc.
Les villes de Londres (London Development
Agency, 2006), San Francisco (Thompson et al.,
2008) et Pise (Di Iacovo et al., 2013) représentent
des premiers exemples où différents acteurs des
lières ont contribué à la rédaction d’un plan stra-
tégique pour améliorer la gestion de la nourriture.
C’est dans le but d’optimiser les opérations de
transport des produits alimentaires4 que des ac-
tions logistiques et commerciales alternatives ont
été identiées, en s’appuyant sur la dénition du
concept de Food-hub proposée par Morley et al.
(2009) : « Food Hubs are partnership-based ar-
rangements that coordinate the distribution of a
range of food products from producers of a uni-
form provenance to conventional or hybrid mar-
kets5 » (p. 4).
Cette dénition a été ultérieurement enrichie par
Barham et al. (2012) en décrivant les fonctions
commerciales et logistiques que le pôle héberge.
Ces fonctions peuvent être divisées en quatre
catégories : (i) activités logistiques : entreposage,
groupage-dégroupage, consolidation et cross-doc-
king6; (ii) activités commerciales : commerce de
gros ; (iii) coordination et organisation des ux
logistiques ; (iv) infrastructures permanentes. Ces
fonctions se trouvent à des degrés différents dans
les food-hubs qui ont été mis en place pour coor-
donner activement la logistique alimentaire dans
certaines aires urbaines, en lien avec les straté-
gies locales de gouvernance alimentaire durable et
d’aménagement du territoire.
Ceci a été mis en œuvre en Europe et aux Etats-
Unis pour combiner le caractère éthique et social
des produits alimentaires régionaux avec une di-
mension logistique viable du point de vue écono-
mique et environnemental (Barham et al., 2012).
En Europe, le marché de gros de Parme a servi
de support à un tel système à travers le projet
Ecocity, centre de distribution urbaine dédiée aux
produits périssables à destination du centre-ville
(Morganti et Gonzalez-Feliu, 2014). Des initia-
tives similaires sont observées dans différentes
villes, comme Londres où LowHub, une entreprise
de transport, a mis en place un service de trans-
port optimisé de produits alimentaires vers les
points de vente de la ville, au départ des marchés
de Borough et de New Covent Garden. Aux Etats-
Unis, une vingtaine de projets ont été enregistrés
en tant que food-hubs (Barham et al., 2012). Par
exemple, Green B.E.A.N. delivery est un regroupe-
ment de producteurs de la région d’Indianapolis,
qui joue le rôle de grossiste dans la commerciali-
sation de produits frais à soixante clients, parmi
lesquels on trouve des écoles, des hôpitaux et
des restaurants, et qui s`occupe du service de
livraison.
Ce type de pôle est donc une solution à la fois
commerciale et organisationnelle qui semble bien
adaptée à une partie des enjeux logistiques liés
à l’approvisionnement des aires urbaines, notam-
ment par les circuits courts alimentaires. Il est
basé sur la rationalisation de la circulation des ux
de produits et d’informations et sur des processus
logistiques collaboratifs. Mais dans quelle mesure
les circuits courts observés sur le terrain sont-ils
compatibles avec ces principes ?
LOGIQUES D’ACTEURS DES CIRCUITS COURTS :
LA CONSTRUCTION D’UNE TYPOLOGIE
An de répondre à cette question, il est d’abord
nécessaire de caractériser les stratégies mises en
œuvre par les acteurs des circuits courts.
Une présentation canonique des mondes de
production
Nous avons précédemment souligné la diversité
de dénitions possibles des circuits courts ali-
mentaires. Nous avons délibérément choisi de
privilégier une dénition large, avant tout basée
sur le critère du nombre d’intermédiaires et de la
distance. Nous souhaitons ainsi rendre compte de
la variété des situations observées sur le terrain
et ne pas exclure a priori des organisations non
nécessairement alternatives aux logiques « clas-
siques » de la distribution.
4 - Le développement de
solutions spéciques pour ces
produits est lié au fait que
les contraintes de transport
sont nombreuses en raison
du caractère périssable de la
marchandise traitée et des
réglementations hygiènico-
sanitaires.
5 - Les food-hubs sont des
accords partenariaux qui
coordonnent la distribution
d’un ensemble de produits
alimentaires depuis les
producteurs de provenance
uniforme pour alimenter des
marchés traditionnels ou
hybrides.
6 - Opération consistant à
regrouper sur un même site
logistique des biens venus
de différents endroits et à les
réexpédier dans un délai très
court vers leurs destinataires.