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Cahier de
Français
2
Coordination
Florence RANDANNE
Agrégée de lettres classiques, académie d’Amiens
Céline BARRAUD
Professeur agrégé de lettres classiques
Lycée Pierre-d’Ailly à Compiègne
Emmanuel BROC
Professeur certifié de lettres modernes
Lycée du Vimeu à Friville-Escarbotin
Florence COGNARD
Agrégée de lettres classiques, académie d’Amiens
Coralie DOUX-POUGET
Professeur certifié de lettres modernes
Lycée Corot à Douai
Rémi LASSALLE
Professeur agrégé de lettres classiques
Lycée Pierre-d’Ailly à Compiègne
Les éditions Magnard remercient vivement Isabelle Knor (lycée Paul-Louis Courier, Tours)
et Cédric Corgnet (lycée Alain-Fournier, Bourges) pour leur relecture et leurs suggestions.
www.magnard.fr
de
SOMMAIRE
I
Acquérir une culture littéraire
1
Situer une œuvre dans son contexte
Confronter des textes
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● Reconnaître les différents mouvements littéraires
3 Le baroque
4
5
6
7
8
9
Le classicisme
Les Lumières
Le romantisme
Le réalisme et le naturalisme
Le symbolisme
Le surréalisme
● Reconnaître les particularités des textes et des genres littéraires
10 Les indices de l’énonciation DISCOURS
11 Les discours rapportés DISCOURS
12 Narrateur et focalisations RÉCIT
13 Histoire et récit RÉCIT
14 La description RÉCIT
15 Les types de raisonnements ARGUMENTATION
16 Les types d’arguments ARGUMENTATION
17 L’argumentation directe et indirecte ARGUMENTATION
18 Démontrer / délibérer / convaincre / persuader ARGUMENTATION
19 L’emploi de l’ironie ARGUMENTATION
20 Les formes du dialogue théâtral THÉÂTRE
21 Vers, strophes, rimes POÉSIE
22 Les formes poétiques POÉSIE
● Identifier et exploiter les registres littéraires
23 Le registre épique
24 Le registre comique
25 Les registres tragique et pathétique
26 Les registres lyrique et élégiaque
27 Les registres polémique et satirique
II Savoir organiser un texte
● S’initier à développer une réponse : question sur le corpus
28 Répondre à une question sur le corpus
● S’initier à l’écriture d’invention
29 Écrire la suite d’un texte
30 Imiter, détourner, transposer
31 Développer une argumentation
● S’initier au commentaire
32 Formuler et développer des hypothèses de lecture
33 Construire un plan et rédiger des paragraphes
34 Rédiger l’introduction / la conclusion
● S’initier à la dissertation
35 Analyser un sujet de dissertation
36 Élaborer un plan détaillé
37 Construire un paragraphe argumentatif
38 Rédiger l’introduction / la conclusion
● S’initier à l’épreuve orale
39 S’exprimer à l’épreuve orale
III Employer une langue correcte et précise
40 S’adapter à son destinataire : les niveaux de langue
41 Employer des connecteurs logiques
42 Employer un champ lexical
43 Maîtriser l’emploi et les valeurs des temps dans un récit au passé
44 Maîtriser l’emploi et les valeurs du subjonctif et du conditionnel
45 Maîtriser les valeurs des temps de l’indicatif
46 Employer le vocabulaire de l’argumentation
47 Employer le vocabulaire de l’analyse littéraire
ANNEXES
• Figures de style et discours
• Règles d’or d’orthographe
Situer une œuvre dans son contexte
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1
ACQUÉRIR UNE CULTURE LITTÉRAIRE
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Un texte s’inscrit dans une époque historique. Il renvoie aussi à une période de l’histoire littéraire et
artistique. Les références culturelles forment ainsi un arrière-plan et inscrivent l’œuvre dans l’histoire
des idées ou des sociétés.
Texte A
1
Situer le texte
dans son contexte
historique et social
L’écrivain appartient à une
période historique. Son
œuvre peut être marquée
par des aspects politiques,
sociaux ou idéologiques.
2
Situer le texte dans
son contexte littéraire
L’œuvre se rattache à un
mouvement ou courant
littéraire.
Gervaise et Coupeau, couple d’ouvriers, se trouvent au
café du Père Colombe.
Il tendait furieusement ses muscles, il empoignait son
verre, pariait de le tenir immobile, comme au bout d’une
main de marbre ; mais, le verre, malgré son effort, dansait
le chahut, sautait à droite, sautait à gauche, avec un petit
tremblement pressé et régulier. Alors, il se le vidait dans le
coco, furieux, gueulant qu’il lui en faudrait des douzaines et
qu’ensuite il se chargeait de porter un tonneau sans remuer
un doigt. Gervaise lui disait au contraire de ne plus boire,
s’il voulait cesser de trembler. Et il se fichait d’elle, il buvait
des litres à recommencer l’expérience, s’enrageant, accusant
les omnibus qui passaient de lui bousculer son liquide.
1 L’œuvre de Zola doit être
située dans le contexte de
la Révolution industrielle ou
du Second Empire.
Ce contexte permet de
comprendre l’introduction
de la langue du peuple dans
le roman, par exemple.
2 L’œuvre de Zola doit être
rattachée au mouvement
naturaliste : le romancier
cherche à faire l’étude d’un
milieu.
Il s’agit de montrer les
effets de l’alcoolisme dans
le monde ouvrier.
Émile Zola,
L’Assommoir, 1877.
3
Situer le texte dans
son contexte artistique
Un mouvement littéraire
entretient des rapports
avec d’autres mouvements
artistiques.
3 Les relations entre Zola et les peintres, notamment
© Photo Josse/Leemage
impressionnistes, peuvent être étudiées.
Le tableau de Degas est antérieur à L’Assommoir :
le peuple est devenu un sujet d’étude dans les arts
et les lettres.
Edgar Degas, L’Absinthe (1875),
huile sur toile (92 × 68 cm), musée d’Orsay, Paris.
Document B
Repérer et manipuler
1 Complétez le tableau en associant à chaque écri-
vain, une œuvre et un événement historique.
Œuvres : L’Éducation sentimentale • J’accuse • Les Châtiments
• La Chartreuse de Parme
Événements historiques : L’affaire Dreyfus • La bataille de
Waterloo • La Révolution de 1848 • Le coup d’État de 1851
Écrivain
Événement historique
Œuvre
Stendhal
La Chartreuse
La bataille de
...............................
...............................
de Parme
Waterloo (1815)
...............................
...............................
Flaubert
L’Éducation
La Révolution
...............................
...............................
sentimentale
de 1848
...............................
...............................
Hugo
Les Châtiments
Le coup d’État
...............................
...............................
de 1851
............................... ...............................
Zola
J’accuse
L’affaire Dreyfus
...............................
...............................
(1894)
............................... ...............................
2 Recherchez l’influence du contexte sur les œuvres
suivantes.
1. Molière, Le Tartuffe
Les dévots (1664).
...............................................................................
...............................................................................
2. Denis Diderot, Encyclopédie
Les philosophes face au projet de connaissances
...............................................................................
universelles.
...............................................................................
3. Émile Zola, Germinal
Les révoltes ouvrières vers 1885.
...............................................................................
...............................................................................
4. Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu
La montée de la tension politique à la veille de la
...............................................................................
Seconde Guerre mondiale (1935).
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Candide de Voltaire
3 a. À quelles réalités Voltaire fait-il référence ? Justifiez
votre réponse.
Il
s’agit de réalités contemporaines : l’esclavage et la traite des
...........................................................................................
nègres en lien avec le commerce triangulaire. Deux continents sont
...........................................................................................
présents : l’Amérique est évoquée indirectement à travers Surinam
...........................................................................................
et l’Europe directement. Le commerce du sucre est mentionné
...........................................................................................
explicitement.
Le rapport (ou la distorsion) entre la cruauté de
...........................................................................................
l’esclavage et le plaisir des Européens (manger du sucre) est établi
...........................................................................................
par un raccourci dans le raisonnement. Les mauvais traitements
...........................................................................................
infligés aux esclaves sont présentés sur le ton du constat (cf.
...........................................................................................
allusions
au Code noir qui réglait les droits du maître et le statut
...........................................................................................
de l’esclave).
...........................................................................................
b. Quelles réactions ces réalités suscitent-elles chez le lecteur ? Justifiez votre réponse.
Le narrateur fait appel à la sensibilité ou à la pitié du lecteur en
.......................................................................................
décrivant
par exemple les différentes mutilations et la cruauté du
...........................................................................................
maître. Il suscite aussi son indignation par le décalage entre la
...........................................................................................
pratique de châtiments et le plaisir de manger du sucre.
...........................................................................................
c. En quoi cet extrait est-il un écho des combats de l’époque ?
Illustrez votre propos.
La
dénonciation de l’esclavage participe du combat des Lumières
.......................................................................................
contre l’injustice et l’intolérance et en faveur de l’humanité.
...........................................................................................
D’autres textes traitent de l’esclavage : De l’Esprit des Lois (XV, 5) de
...........................................................................................
Montesquieu, articles « Esclaves » et « Esclavage » de l’Encyclopédie.
...........................................................................................
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Sortis du pays de l’Eldorado, Candide et son valet
Cacambo parviennent à Surinam, ancienne
Guyane hollandaise, au nord du Brésil. Ils sont
alors confrontés à une nouvelle rencontre…
En approchant de la ville1, ils rencontrèrent un
nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié
de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile
bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe
gauche et la main droite. « Eh ! mon Dieu ! lui
dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon
ami, dans l’état horrible où je te vois ? – J’attends
mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. – Est-ce M. Vanderdendur,
dit Candide, qui t’a traité ainsi ? – Oui, monsieur,
dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un
caleçon de toile pour tout vêtement deux fois
l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et
que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe
la main ; quand nous voulons nous enfuir, on
nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les
deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du
sucre en Europe. […] »
Voltaire, Candide, 1759.
1. Surinam.
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Le Père Goriot d’Honoré de Balzac
Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.
I. Acquérir une culture littéraire
4 a. Identifiez le contexte historique et social à partir de
quelques indices.
Il
s’agit de la société de la Restauration (1814-1830) : mariages
......................................................................................
aristocratiques
(comte de Restaud et baron de Nucingen) des
......................................................................................
deux
filles du Père Goriot (bourgeoisie négociante), reniement
......................................................................................
de
leur origine roturière (voitures vides envoyées aux obsèques
......................................................................................
du
père).
......................................................................................
b. Quelle place les références à Paris occupent-elles ? Que
révèlent-elles du héros ?
Les
références spatiales sont importantes : la ville de Paris est
.....................................................................................
citée
explicitement ; le fleuve est présent ; des lieux tels que le
......................................................................................
cimetière
du Père Lachaise, la place Vendôme et le dôme des
......................................................................................
Invalides
apparaissent.
L’étudiant noble désargenté, en quête
......................................................................................
d’ascension
sociale, porte un regard avide sur Paris (images).
......................................................................................
Son
énergie est mise au service de la conquête de la ville et
......................................................................................
d’une
place dans la société. La position de domination spatiale
......................................................................................
est
révélatrice
du rapport de force qui va s’installer entre Paris
......................................................................................
et
le jeune ambitieux.
......................................................................................
......................................................................................
......................................................................................
Ve
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Quels liens les héros de Balzac et de Zola entretiennent-ils avec la société de leur temps ? Rédigez un
paragraphe en illustrant votre réponse par quelques
exemples. Vous pouvez vous aider des textes de cette fiche.
D
Le Père Goriot a dépensé beaucoup d’argent pour
marier ses deux filles à des nobles. Elles n’assistent
pas à son enterrement.
Cependant, au moment où le corps fut placé dans
le corbillard, deux voitures armoriées, mais vides,
celle du comte de Restaud et celle du baron de
Nucingen, se présentèrent et suivirent le convoi
jusqu’au Père-Lachaise. À six heures, le corps du
père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de
laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent
avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière
due au bonhomme pour l’argent de l’étudiant. […]
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut
du cimetière et vit Paris tortueusement couché le
long des deux rives de la Seine où commençaient à
briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque
avidement entre la colonne de la place Vendôme et
le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde
dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette
ruche bourdonnante un regard qui semblait par
avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses :
– À nous deux maintenant !
Et pour premier acte de défi qu’il portait à la
Société, Rastignac alla dîner chez madame de
Nucingen.
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OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
Sur une copie
Confronter des textes
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ACQUÉRIR UNE CULTURE LITTÉRAIRE
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Texte A
1 Quels sont les auteurs
de chaque texte ?
2 Quel est leur contexte
historique ?
3 Quel est leur genre ?
4 Quel est leur mouvement ?
5 Quel est leur thème ?
6 Quel est leur registre ?
Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors
aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit
[…] ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les
premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes...
quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux
continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague
et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages
[…] ; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force
et d’audace, fils de l’Empire et petits-fils de la révolution.
7 Quelle est leur situation
Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle, 1836.
d’énonciation ?
• Qui parle ?
• Quels temps dominent ?
8 Quel est leur niveau
de langue ?
9 Quel est leur type
de lexique ?
1 pour les deux textes :
Texte B
Cœlio, rentrant. – Malheur à celui qui, au milieu de la
jeunesse, s’abandonne à un amour sans espoir ! Malheur à
celui qui se livre à une douce rêverie, avant de savoir où
sa chimère1 le mène, et s’il peut être payé de retour !
Mollement couché dans une barque, il s’éloigne peu à peu
de la rive ; il aperçoit au loin des plaines enchantées, de
vertes prairies et le mirage léger de son Eldorado2. Les vents
l’entraînent en silence, et quand la réalité le réveille, il est
aussi loin du but où il aspire que du rivage qu’il a quitté ; il
ne peut ni poursuivre sa route ni revenir sur ses pas.
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, Acte I, scène1, 1833.
1. chimère : projet irréaliste.
2. Eldorado : contrée merveilleuse et idéale.
Musset
2 pour les deux textes :
XIXe siècle, période
révolutionnaire
3 texte A : roman
autobiographique
texte B : monologue théâtral
4 pour les deux textes :
romantisme
5 texte A : la jeunesse et
l’ennui
texte B : le désespoir du
jeune Cœlio
6 texte A : registre épique
texte B : registres tragique
et lyrique
7 texte A :
• auteur-narrateur
(1re pers. du sing.)
• temps du discours (présent)
texte B :
• Cœlio seul
• présent de vérité générale
8 pour les deux textes :
niveau de langue soutenu
9 pour les deux textes :
lexique péjoratif
et mélioratif
Repérer et manipuler
Texte A
Texte B
Jason fonce vers leur maison dont il ébranle en vain les
portes.
Jason, hurlant. – Portiers ! Ouvrez immédiatement
les verrous ! Détachez les fermetures ! Je veux voir
mon double malheur, eux qui sont morts… et elle, je
lui infligerai son châtiment !
Médée apparaît sur un char tiré par un dragon ailé. Elle
l’arrête au-dessus de la maison. Auprès d’elle se
trouvent les corps des enfants.
Médée, sarcastique. – Pourquoi les secoues-tu et les
forces-tu, ces portes ? Rechercherais-tu des morts et
moi, l’auteur de tout ? […]
Des flammes ont jailli de partout, elles entourent la
roulotte. Jason entre rapidement à la tête des hommes
armés.
Jason. – Éteignez ce feu ! Saisissez-vous d’elle !
Médée, paraît à la fenêtre de la roulotte et
crie. – N’approche pas, Jason ! Interdis-leur de faire
un pas !
Jason, s’arrête. – Où sont les enfants ?
Médée. – Demande-le-toi une seconde encore
que je regarde bien tes yeux.
Elle lui crie.
Ils sont morts, Jason ! […]
Euripide, Médée, env. 431 av. J.-C.,
trad. de D. de Clercq, © BCS, Université catholique de Louvain, 2005.
Jean Anouilh, Médée, 1946,
© Éditions de la Table Ronde.
1 a. Pour les deux extraits, repérez l’auteur, le contexte
historique, le genre et le thème.
Texte
1 : Euripide, Antiquité, théâtre, vengeance de
...............................................................................
Médée.
...............................................................................
Texte
2 : Anouilh, après-guerre, xxe siècle, théâtre,
...............................................................................
vengeance de Médée.
...............................................................................
b. Identifiez la situation d’énonciation dans les deux
extraits.
Jason et Médée, utilisation des 1re et 2e personnes,
...............................................................................
présent d’énonciation.
...............................................................................
c. Soulignez les éléments communs aux deux extraits
et encadrez les innovations apportées par Anouilh.
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
Texte A « Ce cœur qui haïssait la guerre… » de Desnos
Texte B
Candide de Voltaire
Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux
armées. Les trompettes, les fifres, les
hautbois, les tambours, les canons,
formaient une harmonie telle qu’il n’y
en eut jamais en enfer.
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Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à
celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de
salpêtre1 et de haine […]
Robert Desnos, L’Honneur des poètes, 1943, extrait de Destinée arbitraire,
© Éditions Gallimard.
1. salpêtre : poudre utilisée comme explosif.
Voltaire, Candide, 1759.
2 a. Précisez l’époque, le genre et le mouvement littéraire des textes.
Voltaire, xviiie siècle, conte philosophique, siècle des Lumières.
........................................................................................................................................................................
Robert
Desnos, xxe siècle, Seconde Guerre mondiale, poème engagé, surréalisme.
........................................................................................................................................................................
b. En quoi les registres utilisés diffèrent-ils ?
Voltaire recourt au registre ironique en comparant la guerre à un spectacle grandiose. Desnos fait preuve de lyrisme avec
........................................................................................................................................................................
les images de son cœur et de la nature.
........................................................................................................................................................................
c. Quelles sont les intentions respectives des deux auteurs ?
Voltaire dénonce l’horreur et l’absurdité de la guerre. Desnos lance un appel à la résistance et au combat.
........................................................................................................................................................................
Texte A
L’Enfant de Jules Vallès
Le narrateur, un jeune collégien, est puni dans
une salle d’étude fermée à clé.
Dans une fente, un livre : j’en vois le dos, je
m’écorche les ongles à essayer de le retirer.
Enfin, avec l’aide de la règle, en cassant un
pupitre, j’y arrive ; je tiens le volume et je
regarde le titre :
ROBINSON CRUSOÉ
Il est nuit.
[…] Je frotte mes yeux, je tends mon regard,
les lettres s’effacent, les lignes se mêlent, je
saisis encore le coin d’un mot, puis plus rien.
J’ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la
poitrine creuse : je suis resté penché sur les
chapitres sans lever la tête, sans entendre rien,
dévoré par la curiosité, collé aux flancs de
Robinson […] ; et en ce moment où la lune
montre là-bas un bout de corne, je fais passer
dans le ciel tous les oiseaux de l’île, et je vois
se profiler la tête longue d’un peuplier comme
le mât du navire de Crusoé ! Je peuple l’espace
vide de mes pensées, tout comme il peuplait
l’horizon de ses craintes ; debout contre cette
fenêtre, je rêve à l’éternelle solitude et je me
demande où je ferai pousser du pain...
La faim me vient : j’ai très faim.
Vais-je être réduit à manger ces rats que j’entends dans la cale de l’étude ? Comment faire
du feu ? J’ai soif aussi.
Jules Vallès, L’Enfant, 1879.
V
Q u e r s la
pus
est
ion sur le cor
Texte B
Robinson Crusoé de Daniel Defoe
Robinson reprend ses esprits après son naufrage.
Alors je jetai les yeux sur le navire échoué ; mais il était si
éloigné, et les brisants et l’écume de la lame étaient si forts, qu’à
peine pouvais-je le distinguer ; et je considérai, ô mon Dieu !
comment il avait été possible que j’eusse atteint le rivage.
[…] Je sentis bientôt mon contentement diminuer, et qu’en
un mot ma délivrance était affreuse, car j’étais trempé et n’avais
pas de vêtements pour me changer, ni rien à manger ou à boire
pour me réconforter.
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, 1719, trad. de Pétrus Borel, 1836.
3 a. Identifiez le genre et la situation d’énonciation des deux
extraits.
Dans
les deux textes : genre romanesque, narrateur-personnage.
.............................................................................................
b. Soulignez les éléments communs aux deux extraits.
c. À partir de quel moment et grâce à quoi le récit de l’enfant
et celui de Robinson se confondent-ils dans le texte de Vallès ?
Les deux récits se confondent au réveil du narrateur. Le sommeil et
.............................................................................................
la rêverie sont à l’origine de la confusion dans l’esprit du jeune
.............................................................................................
garçon qui s’est assoupi en lisant le récit de Defoe. Les premiers
.............................................................................................
signes de fatigue, la douleur, la faim et le contexte nocturne
.............................................................................................
favorisent l’identification du jeune lecteur au héros naufragé.
.............................................................................................
d. En quoi la référence à l’œuvre de Defoe permet-elle l’éloge
de la littérature ?
Vallès révèle implicitement que la littérature se transmet d’une
.............................................................................................
génération à l’autre et que la lecture est un trésor, une source
.............................................................................................
d’imagination et de vie illimitée dont on ne peut jouir qu’au prix de
.............................................................................................
réels efforts.
.............................................................................................
Quelle vision de la jeunesse romantique Musset
transmet-il dans les deux extraits de cette fiche ?
I. Acquérir une culture littéraire
Sur une copie
Le baroque
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3
RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Les irrégularités

Mélange de formes (lignes,
courbes)
La perspective
Ouverture sur l’extérieur
(arrière-plan)
 Tableaux dans un tableau
(mise en abyme)
© Photo Josse/Leemage

La profusion


Éléments disparates
Motifs floraux
Peter Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien dit « de Velours », Allégorie de la vue (1617), Musée du Prado, Madrid.
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Examen de L’Illusion comique de Pierre Corneille
Je dirai peu de chose de cette pièce : c’est une galanterie
extravagante, qui a tant d’irrégularités qu’elle ne vaut pas
la peine de la considérer […]. Le premier acte ne semble
qu’un prologue, les trois suivants forment une pièce, que
je ne sais comment nommer : le succès en est tragique ;
[…] mais le style et les personnages sont entièrement de
la comédie. […] Le lieu y est assez régulier, mais l’unité de
jour n’y est pas observée. Le cinquième est une tragédie
assez courte […]. Clindor et Isabelle, étant devenus comédiens sans qu’on le sache, y représentent une histoire qui
a du rapport avec la leur et semble en être la suite.
Pierre Corneille, Examen de L’Illusion comique, 1660.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes de
l’argumentation : xviie siècle
1 a. Quelles règles du théâtre classique la pièce de
Corneille enfreint-elle (
voir fiche 4) ?
La
pièce ne respecte pas l’unité de ton, puisqu’elle
.............................................................................
oscille
entre comique et tragique. De plus, elle enfreint
.............................................................................
l’unité
de temps. En ce qui concerne l’unité de lieu,
.............................................................................
Corneille
modalise son propos. Enfin, il suggère la
.............................................................................
présence
de plusieurs intrigues, puisqu’il regroupe trois
.............................................................................
actes
et les distingue du dernier.
.............................................................................
b. Pourquoi l’intrigue de la pièce peut-elle être
considérée comme baroque ?
Clindor
et Isabelle sont des comédiens qui jouent un
.............................................................................
rôle. Le théâtre dans le théâtre constitue une mise en
.............................................................................
abyme.
.............................................................................
Pensées de Blaise Pascal
Car enfin, qu’est-ce qu’un homme dans la nature ? Un
néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant , un
milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre
les extrêmes. La fin des choses et leurs principes sont pour
lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable.
Également incapable de voir le néant d’où il est tiré et
l’infini où il est englouti, que fera-t-il donc, sinon d’apercevoir quelque apparence du milieu des choses dans un
désespoir éternel de connaître ni leur principes ni leur
fin ? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu’à
l’infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L’auteur de
ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire.
Blaise Pascal, Pensées, 1670.
2 a. Repérez distinctement les termes opposés en
les soulignant et en les encadrant.
b. Quels procédés stylistiques contribuent à montrer
le caractère indéfinissable de l’homme ?
Les antonymes, placés parfois en chiasme, les
.............................................................................
parallélismes de construction montrent la position
.............................................................................
instable de l’homme.
.............................................................................
c. Pourquoi « l’auteur de ces merveilles » s’oppose-til à l’homme ?
L’homme, par sa finitude, ne peut tout connaître,
.............................................................................
contrairement
à Dieu, désigné par cette périphrase.
.............................................................................
C’est ce qui fait son « désespoir éternel ».
.............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
VERS LA 1re •
Le roman
L’Astrée d’Honoré d’Urfé
3 a. À quoi l’eau est-elle comparée ? Quels traits
communs la bergère, Diane, leur trouve-t-elle ?
L’eau
permet une réflexion sur le déroulement de la vie.
.............................................................................
Le
mouvement
perpétuel de l’eau montre l’inconstance,
.............................................................................
le
changement
auquel les êtres sont soumis.
.............................................................................
L’écoulement de l’eau symbolise la fuite du temps.
.............................................................................
b. Par quels procédés stylistiques le désarroi de
Diane se manifeste-t-il ?
Les exclamatives, les adverbes « Ô » ou « hélas »
.............................................................................
soulignent la plainte de Diane, dans un registre
.............................................................................
élégiaque.
Le malaise du personnage se lit également
.............................................................................
dans
la
structure
de certaines phrases, au parallélisme
.............................................................................
bien marqué, avec la répétition de « pas la même » suivi
.............................................................................
du complément du comparatif, puis d’une proposition
.............................................................................
circonstancielle
de temps.
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Une bergère, assise au bord de l’eau, se lamente sur
l’inconstance de celui qu’elle aime.
Après s’y être assise, et que sans dire mot elle eut longuement tenu l’œil sur le courant de la rivière, sans faire
autre action qui donnât connaissance de vie que celle de
respirer : « Ainsi, dit-elle, vont courant dans le sein de
l’oubli toutes les choses mortelles ! » Et là, s’étant tue
quelque temps, après elle reprenait ainsi : « Ô que celui-là
était bien véritable, qui disait que jamais une même personne ne passa deux fois une même rivière, puisque non
seulement depuis que je suis sur ce rivage, l’eau que je vois
couler n’est pas la même qui coulait quand j’y suis arrivée,
mais hélas ! ni moi-même je ne suis pas la même Diane
que j’étais quand je suis venue ici. »
Honoré d’Urfé, L’Astrée, 1607-1628.
VERS LA 1re •
La poésie
Moïse sauvé de Saint-Amant
Le poète décrit le Nil sur lequel flotte le berceau de Moïse.
[…]
Le fleuve est un étang qui dort au pied des palmes
De qui l’ombre, plongée au fond des ondes calmes,
Sans agitation semble se rafraîchir,
Et de fruits naturels le cristal enrichir ;
Le firmament s’y voit, l’astre du jour y roule ;
Il s’admire, il éclate en ce miroir qui coule,
Et les hôtes de l’air, aux plumages divers,
Volant d’un bord à l’autre, y nagent à l’envers…
[…]
4 a. Quelles sont les images employées pour représenter le Nil ? Que suggèrent-elles ? Justifiez votre
réponse.
L’image de l’étang, personnifié, puis du miroir,
.............................................................................
suggèrent le calme de l’eau, malgré la présence de la
.............................................................................
relative
« qui coule ». L’eau devient également un
.............................................................................
« cristal », connotant transparence et beauté.
.............................................................................
b. Quels éléments paraissent illogiques ?
Les
arbres, personnifiés, sont « plong[és] » dans l’eau ;
.............................................................................
on note la présence d’un deuxième soleil ; les oiseaux
.............................................................................
« nagent à l’envers ».
.............................................................................
Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, Moïse sauvé, 1653.
VERS LA 1re •
La lettre
Lettres de Cyrano de Bergerac
Monsieur,
Le ventre couché sur le gazon d’une rivière, et le dos
étendu sous les branches d’un saule, qui se mire dedans, je
vois renouveler aux arbres l’histoire de Narcisse ; cent peupliers précipitent dans l’onde cent autres peupliers, et ces
aquatiques ont été tellement épouvantés de leur chute, qu’ils
tremblent encore tous les jours du vent qui ne les touche
pas […]. Le rossignol, qui du haut d’une branche se regarde
dedans, croit être tombé dans la rivière : il est au sommet
d’un chêne, et toutefois il a peur de se noyer ; mais lorsque,
après s’être affermi de l’œil et des pieds, il a dissipé sa
frayeur, son portrait ne lui paraissant plus qu’un rival à
combattre, il gazouille, il éclate, il s’égosille en apparence
comme lui et trompe l’âme avec tant de charmes, qu’on se
figure qu’il ne chante que pour se faire ouïr de nos yeux.
Savinien de Cyrano de Bergerac, Lettres, 1654.
5 a. Soulignez les composantes du paysage. Justifiez
les répétitions.
Les
mots « peupliers » et « rossignol » sont répétés : il
.............................................................................
s’agit
des mêmes arbres et du même animal, reflétés
.............................................................................
dans
l’eau.
.............................................................................
b. Expliquez l’allusion à Narcisse.
Narcisse
se transforme en fleur en regardant son reflet
.............................................................................
dans l’eau : ici, les arbres nommés « aquatiques » sont
.............................................................................
personnifiés et se reflètent.
.............................................................................
c. Qu’est-ce qui contribue à rendre ce paysage surprenant ?
Les
personnifications, le dynamisme de la description
.............................................................................
(les
« peupliers précipitent dans l’onde »), l’oxymore
.............................................................................
« se faire ouïr de nos yeux » contribuent à l’étrangeté
.............................................................................
de la description.
.............................................................................
V
Q u e r s la
pus
est
ion sur le cor
Quelle différence de ton constatez-vous dans l’évocation du monde
renversé chez Saint-Amant et chez Cyrano de Bergerac ?
I. Acquérir une culture littéraire
Sur une copie
Le classicisme
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RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Une servante rapporte au roi Thésée le destin de son
épouse, Phèdre et de sa nourrice, Œnone.
Panope. – J’ignore le projet que la Reine médite,
Seigneur. Mais je crains tout du transport qui l’agite.
Un mortel désespoir sur son visage est peint ;
La pâleur de la mort est déjà sur son teint.
Déjà de sa présence avec honte chassée,
Dans la profonde mer Œnone s’est lancée ;
On ne sait point d’où part ce dessein furieux.
Et les flots pour jamais l’ont ravie à nos yeux.
Jean Racine, Phèdre, Acte V, scène 5, 1677.
C’est une grande misère que de n’avoir pas assez
d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se
taire. Voilà le principe de toute impertinence.
Jean de la Bruyère, Les Caractères, 1688.
L’idéal de l’honnête homme/ L’idéal de mesure
Modération dans les mœurs et l’écriture
L’« honnête homme » brille par son art de
la conversation et recherche la mesure et le
raffinement.

Les « règles » classiques
Règle des trois unités (lieu, temps, action)
Respect des bienséances
Ex. : la mort n’est pas représentée sur scène.
 Vraisemblance
 Catharsis
Le personnage tragique, par sa démesure, suscite
crainte et pitié.


L’usage de la rhétorique
Parallélisme, structures binaires
Maximes
 Litote, euphémisme


Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Préface de Bérénice de Jean Racine
« Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce
qu’on croyait, lui avait promis de l’épouser, la renvoya de Rome,
malgré lui, et malgré elle, dès les premiers jours de son Empire. »
Cette Action est très fameuse dans l’Histoire ; et je l’ai trouvée
très propre pour le Théâtre, par la violence des passions qu’elle
y pouvait exciter. […] Ce n’est point une nécessité qu’il y ait
du sang et des morts dans une Tragédie ; il suffit que l’Action
en soit grande, que les Acteurs en soient héroïques, que les
Passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette
tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la Tragédie.
Jean Racine, Préface de Bérénice, 1671.
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
1 a. À quelles règles du théâtre classique Racine
fait-il allusion dans cette préface ?
Le
respect des bienséances et la représentation
.......................................................................
des
passions, visant à la catharsis, sont plus
.......................................................................
particulièrement
évoqués.
.......................................................................
b. En quoi l’action et les personnages représentés sont-ils conformes au genre tragique ?
L’intrigue
est centrée sur la répudiation de Bérénice,
.......................................................................
par un empereur, malgré leur amour. La noblesse
.......................................................................
des
personnages et de leurs sentiments est
.......................................................................
emblématique
du genre noble qu’est la tragédie,
.......................................................................
qui répand une « tristesse majestueuse ».
.......................................................................
Bérénice de Jean Racine
Bérénice s’adresse à Titus, puis à Antiochus.
Bérénice. – Adieu, Seigneur, régnez, je ne vous verrai plus.
Prince, après cet adieu, vous jugez bien vous-même
Que je ne consens pas de quitter ce que j’aime,
Pour aller loin de Rome écouter d’autres vœux.
Vivez, et faites-vous un effort généreux.
Sur Titus, et sur moi, réglez votre conduite.
Je l’aime, je le fuis. Titus m’aime, il me quitte.
Portez loin de mes yeux vos soupirs, et vos fers.
Adieu, servons tous trois d’exemple à l’Univers
De l’amour la plus tendre, et la plus malheureuse,
Dont il puisse garder l’histoire douloureuse.
Tout est prêt. On m’attend. Ne suivez point mes pas.
Pour la dernière fois, Adieu, Seigneur.
Jean Racine, Bérénice, Acte V, scène 7, 1671.
2 a. Comment ressent-on dans cette réplique la
« tristesse majestueuse » évoquée par Racine
dans sa préface ( voir exercice 1 ) ? Justifiez
votre réponse.
La répétition de « adieu », qui encadre la réplique,
.......................................................................
le lexique de la souffrance, amplifié par le superlatif,
.......................................................................
l’opposition
entre l’amour et le départ, mis en
.......................................................................
évidence par les parallélismes de construction, font
.......................................................................
ressentir la tristesse du personnage.
.......................................................................
b. Dans quelle mesure ce dénouement est-il conforme
à l’histoire antique ( voir exercice 1 ) ?
Les
personnages sont ceux cités dans la préface,
.......................................................................
excepté Antiochus. L’histoire se déroule à Rome.
.......................................................................
Contrairement à l’anecdote rapportée dans la
.......................................................................
préface, Bérénice décide de partir et domine la fin
.......................................................................
de
la pièce, comme le montrent les impératifs.
.......................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Le Misanthrope de Molière
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
3 a. Montrez que les paroles des personnages
révèlent des différences de caractère.
Le « je » employé par Alceste, ses affirmations
........................................................................
péremptoires (« je veux »), ses exagérations (« sans
........................................................................
pitié »), s’opposent aux paroles nuancées de Philinte,
........................................................................
qui emploie le pronom « on » ou le conditionnel.
........................................................................
b. Quelles conceptions différentes de la vie en
société ces personnages défendent-ils ? Lequel
représente les idées du classicisme ?
Alceste, le misanthrope, prône la franchise dans les
........................................................................
rapports entre les hommes, tandis que Philinte
........................................................................
considère que la vie en société impose de déguiser
........................................................................
parfois ses sentiments. Par l’importance qu’il accorde
........................................................................
au jeu de la sociabilité, il est un porte-parole de
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l’auteur.
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Alceste reproche à son ami Philinte d’avoir été excessivement
aimable auprès d’un homme dont il ignore le nom.
Philinte. – Mais quand on est du monde, il faut bien que
[l’on rende
Quelques dehors civils que l’usage demande.
Alceste. – Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié,
Ce commerce1 honteux de semblants d’amitié.
Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre,
Le fond de notre cœur dans nos discours se montre,
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais sous de vains compliments.
Philinte. – Il est bien des endroits où la pleine franchise
Deviendrait ridicule et serait peu permise ;
Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène 1, 1666.
1. commerce : relation sociale.
de l’argumentation : xviie siècle
Réflexions diverses de François de La Rochefoucauld
Il serait inutile de dire combien la société est nécessaire aux
hommes : tous la désirent et tous la cherchent, mais peu se
servent des moyens de la rendre agréable et de la faire durer.
Chacun veut trouver son plaisir et ses avantages aux dépens
des autres ; on se préfère toujours à ceux avec qui on se propose
de vivre, et on leur fait presque toujours sentir cette préférence ;
c’est ce qui trouble et qui détruit la société. Il faudrait du moins
savoir cacher ce désir de préférence, puisqu’il est trop naturel
en nous pour nous en pouvoir défaire ; il faudrait faire son
plaisir et celui des autres, ménager leur amour-propre, et ne le
blesser jamais.
François de la Rochefoucauld, Réflexions diverses, 1665.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
4 a. Quel sentiment l’auteur dénonce-t-il ?
Pourquoi ?
D’après l’auteur, l’amour-propre constitue une
........................................................................
menace pour la société.
........................................................................
b. Quelle est sa définition de l’honnête homme ?
L’honnête homme dissimule le sentiment d’amour........................................................................
propre afin de rendre la société plus agréable. Il est
........................................................................
attentif aux autres et ne se met pas en avant.
........................................................................
c. Quels procédés stylistiques contribuent à donner une impression de rigueur dans la démonstration ?
Les parallélismes de construction et les structures
........................................................................
binaires, les répétitions en anaphore (« il faudrait »),
........................................................................
les oppositions (« tous »/ « peu ») constituent des
........................................................................
exemples de la rigueur classique.
........................................................................
Les Caractères de Jean de La Bruyère
Pamphile ne s’entretient pas avec les gens qu’il rencontre
dans les salles ou dans les cours ; si l’on en croit sa gravité et
l’élévation de sa voix, il les reçoit, leur donne audience, les
congédie ; il a des termes tout à la fois civils et hautains, une
honnêteté impérieuse et qu’il emploie sans discernement ; il a
une fausse grandeur qui l’abaisse et qui embarrasse fort ceux
qui sont ses amis, et qui ne veulent pas le mépriser. […]
Tantôt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur
ou un premier commis ; et tantôt s’il les trouve avec vous en
conversation, il vous coupe et vous les enlève. Vous l’abordez
une autre fois, et il ne s’arrête pas ; il se fait suivre, vous parle
si haut, que c’est une scène pour ceux qui passent. Aussi les
Pamphiles sont-ils toujours comme sur un théâtre : gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d’être naturels ;
vrais personnages de comédie, des Floridors1, des Mondoris1.
1. Floridor, Mondoris : noms de comédiens.
I. Acquérir une culture littéraire
sonnage de Pamphile ?
L’auteur critique ceux qui se considèrent importants,
........................................................................
et, par leur attitude, se révèlent hautains.
........................................................................
b. Soulignez une comparaison qui dévoile la
« fausse grandeur » de Pamphile.
c. Qu’est-ce qui contribue à rendre cette argumentation plaisante ?
La dénonciation passe ici par un portrait d’un
........................................................................
personnage fictif et totalement intemporel (antono........................................................................
mase). Avec l’emploi du présent, de structures
........................................................................
binaires et de parallélismes de construction, l’auteur
........................................................................
le met en scène et en fait un fantoche ridicule.
........................................................................
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En vous aidant de vos réponses, rédigez
un paragraphe dans lequel vous étudierez les
moyens mis en œuvre par le théâtre et l’argumentation pour dénoncer les excès des hommes.
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Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
5 a. Que dénonce La Bruyère à travers le per-
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OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
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Les Lumières
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RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
En effet, le but d’une encyclopédie est de rassembler
les connaissances éparses sur la surface de la terre, d’en
exposer le système général aux hommes avec qui nous
vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront
après nous ; afin que les travaux des siècles passés n’aient
pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succèderont ; que nos neveux, devenus plus instruits,
deviennent en même temps plus vertueux et heureux,
et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du
genre humain.
Denis Diderot, Encyclopédie, 1751-1772.
« Lumières » est une image qui désigne la raison et les
connaissances qui « éclairent » le monde en chassant
l’obscurantisme.
Une écriture argumentative
Argumentation directe
Énonciation qui vise à l’objectivité
 Connecteurs logiques


Un idéal philosophique
Formulation d’une thèse
Quête du bonheur et recherche du progrès
 Éloge de l’esprit humain et du savoir


Une valorisation des savoirs
Classification des connaissances
Héritage et transmission des savoirs
 Recours à la raison


Repérer et manipuler
1 Caractérisez le philosophe des Lumières à partir
des extraits suivants : pour chaque texte, dégagez le
thème et l’idée essentielle.
C’est un grand et beau spectacle de voir l’homme
sortir en quelque manière du néant par ses propres
efforts ; dissiper, par les lumières de sa raison, les
ténèbres dans lesquelles la nature l’avait enveloppé ;
s’élever au-dessus de soi-même.
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les Sciences et les Arts, 1750.
l’esprit humain
Thème : ...................................................................
...............................................................................
le philosophe des Lumières est un sage
Idée essentielle : .......................................................
à
qui
la
raison
permet
de comprendre le monde.
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
Partout où nous avons une décision claire et évidente
de la raison, nous ne pouvons être obligés d’y renoncer pour embrasser l’opinion contraire, sous prétexte
que c’est en matière de foi. La raison de cela, c’est que
nous sommes hommes avant que d’être chrétiens.
Denis Diderot, article « Raison », Encyclopédie, 1751-1772.
l’exercice du jugement et de la liberté de penser
Thème : ...................................................................
...............................................................................
le philosophe des Lumières est un
Idée essentielle : .......................................................
homme
de contestation qui agit sous le contrôle de la
...............................................................................
raison
et dont l’analyse critique s’étend à tous les
...............................................................................
domaines,
y compris la religion.
...............................................................................
...............................................................................
Je sais avec quelle fureur le fanatisme s’élève contre
la philosophie. Elle a deux filles qu’il voudrait faire
périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance :
tandis que la philosophie ne veut que désarmer les
enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution.
Voltaire, Correspondance, 1er mars 1765.
la lutte entre l’Infâme (fanatisme) et la
Thème : ...................................................................
philosophie
...............................................................................
le philosophe des Lumières est un
Idée essentielle : ......................................................
homme
de combat : « écraser l’infâme » et faire
...........................................................................
triompher la philosophie.
...............................................................................
...............................................................................
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce
monde ; il ne croit point être en pays ennemi ; il veut
jouir en sage économe des biens que la nature lui
offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres ; et pour
en trouver, il faut en faire ainsi, il cherche à convenir
à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre et
il trouve en même temps ce qui lui convient : c’est un
honnête homme qui veut plaire et se rendre utile.
Dumarsais, article « Philosophe », Encyclopédie, 1751-1772.
le philosophe et la vie en société
Thème : ...................................................................
...............................................................................
le philosophe des Lumières est un
Idée essentielle : ......................................................
homme
sociable.
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
Article « Torture » de Voltaire
2 a. Quels liens existent entre les paragraphes ?
Les paragraphes sont juxtaposés, sans lien apparent.
.............................................................................
Dans le premier paragraphe, on a une illustration
.............................................................................
historique : plaidoyer en faveur du chevalier de la Barre.
.............................................................................
Le deuxième paragraphe constitue la conclusion
.............................................................................
polémique.
.............................................................................
.............................................................................
b. Que dénonce Voltaire dans cet article ?
L’arbitraire, la cruauté et l’horreur de la torture sont
.............................................................................
dénoncés.
.............................................................................
.............................................................................
c. Par quels procédés se fait la dénonciation ?
L’arbitraire, la cruauté et l’horreur sont dénoncés par
.............................................................................
différents procédés.
.............................................................................
Dans le premier paragraphe apparaît la distorsion entre
.............................................................................
le crime et le châtiment, entre l’éloge du chevalier et le
.............................................................................
supplice infligé.
.............................................................................
Dans le deuxième paragraphe la conclusion joue sur les
.............................................................................
oppositions : obscurantisme et progrès, apparence de la
.............................................................................
civilisation et barbarie.
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.............................................................................
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de l’argumentation : xviiie siècle
Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant
général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et
d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une
jeunesse effrénée, fut convaincu1 d’avoir chanté des chansons impies2, et même d’avoir passé devant une procession
de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville,
gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non
seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la
main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons
il avait chantées, et combien de processions il avait vues
passer, le chapeau sur la tête.
Ce n’est pas dans le xiiie ou dans le xive siècle que cette
aventure est arrivée, c’est dans le xviiie. Les nations étrangères
jugent de la France par les spectacles, par les romans, par les
jolis vers, par les filles d’Opéra, qui ont les mœurs fort douces,
par nos danseurs d’Opéra, qui ont de la grâce, par Mlle Clairon,
qui déclame des vers à ravir. Elles ne savent pas qu’il n’y a
point au fond de nation plus cruelle que la française.
Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764.
1. fut convaincu : fut accusé. 2. impie : qui méprise la religion.
de l’argumentation : xviiie siècle
Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain de Condorcet
Condorcet, Esquisse d’un tableau historique de l’esprit humain, 1795.
1. Pierre Bayle (1647-1706) et Bernard Le Bovier de Fontenelle
(1657-1757) : philosophes.
I. Acquérir une culture littéraire
3 a. Dégagez la structure grammaticale du texte.
Quelles intentions traduit-elle ?
Le texte est composé d’une très longue phrase qui
...........................................................................
développe les manifestations du combat mené par les
...........................................................................
philosophes, leurs idéaux et les moyens utilisés.
...........................................................................
L’accumulation de participes présents qui structurent le
...........................................................................
passage souligne l’acharnement dans la lutte
...........................................................................
philosophique.
...........................................................................
b. Sur quel procédé d’écriture s’appuie l’énoncé
final depuis « prenant enfin » ? Que signifie-t-il ?
Il s’agit d’un mot d’ordre au rythme ternaire résumant
...........................................................................
les « principes » défendus dans un combat acharné.
...........................................................................
L’effet de chute est lié à la brièveté de l’énoncé.
...........................................................................
c. En quoi ce texte reflète-t-il le combat des
Lumières ?
Il fait la synthèse des valeurs défendues par les
...........................................................................
philosophes au nom de la raison : occurrences du mot
...........................................................................
« liberté » contre toutes les formes d’oppression.
...........................................................................
Divers moyens sont utilisés : tous les types d’écriture
...........................................................................
sont évoqués (genres, formes, registres), toutes les
...........................................................................
formes d’action sont rappelées ; un hommage est
...........................................................................
rendu aux valeurs (rhétorique de l’éloge).
...........................................................................
Ve
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re u e ora
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Ép
En France, Bayle, Fontenelle1, Voltaire, Montesquieu et les
écoles formées par ces hommes célèbres, combattirent en
faveur de la vérité, employant tour à tour toutes les armes
que l’érudition, la philosophie, l’esprit, le talent d’écrire
peuvent fournir à la raison ; prenant tous les tons, employant
toutes les formes, depuis la plaisanterie jusqu’au pathétique,
depuis la compilation la plus savante et la plus vaste, jusqu’au
roman, ou au pamphlet du jour ; […] tantôt apprenant aux
amis de la liberté que la superstition, qui couvre le despotisme
d’un bouclier impénétrable, est la première victime qu’ils
doivent immoler, la première chaîne qu’ils doivent briser ;
tantôt, au contraire, la dénonçant aux despotes comme la
véritable ennemie de leur pouvoir, et les effrayant du tableau
de ses hypocrites complots et de ses fureurs sanguinaires ;
mais ne se lassant jamais de réclamer l’indépendance de la
raison, la liberté d’écrire comme le droit, comme le salut du
genre humain ; s’élevant, avec une infatigable énergie, contre
tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie ; poursuivant
dans la religion, dans l’administration, dans les mœurs, dans
les lois, tout ce qui portait le caractère de l’oppression, de la
dureté, de la barbarie ; ordonnant, au nom de la nature, aux
rois, aux guerriers, aux magistrats, aux prêtres, de respecter
le sang des hommes ; leur reprochant, avec une énergique
sévérité, celui que leur politique ou leur indifférence prodiguait encore dans les combats ou dans les supplices ; prenant
enfin, pour cri de guerre, raison, tolérance, humanité.
le
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
Quelles valeurs les philosophes des
Lumières défendent-il ? Vous vous appuierez sur
les textes de cette fiche pour répondre.
Sur une copie
6
RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Le romantisme
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Observer et retenir
L’exaltation du moi
Emploi de la 1re personne
 Registre lyrique
(confidence)

Le paysage « état d’âme »
Images
Parallélismes
 Ponctuation expressive


Le règne de l’imagination


Métaphores
Personnifications
[…]
Je verrai, si tu veux, les pays de la neige,
Ceux où l’astre amoureux dévore et resplendit,
Ceux que heurtent les vents, ceux que la mer assiège,
Ceux où le pôle obscur sous sa glace est maudit.
Nous suivrons du hasard la course vagabonde.
Que m’importe le jour ? que m’importe le monde ?
Je dirai qu’ils sont beaux quand tes yeux l’auront dit.
Que Dieu guide à son but la vapeur foudroyante
Sur le fer des chemins qui traversent les monts,
Qu’un Ange soit debout sur sa forge bruyante,
Quand elle va sous terre ou fait trembler les ponts
Et, de ses dents de feu, dévorant ses chaudières,
Transperce les cités et saute les rivières,
Plus vite que le cerf dans l’ardeur de ses bonds ! […]
Alfred de Vigny, « La Maison du berger », Les Destinées, 1863.
La spiritualité et le sacré
Mission supérieure du
poète (dont la parole est
toute-puissante)
 Sentiment religieux
 Amour, principe de la vie

Un mouvement ancré
dans l’histoire

Allusions à la Révolution
industrielle (qui, à l’époque,
bouleverse l’ordre du
monde)
Lire et analyser
VERS LA 1 re •
Le théâtre
Préface de Cromwell de Victor Hugo
Victor Hugo expose les principes qui ont présidé à la composition de son drame romantique, Cromwell.
Type1 d’abord magnifique, mais, comme il arrive toujours
de ce qui est systématique, devenu dans les derniers temps
faux, mesquin et conventionnel. Le christianisme amène la
poésie à la vérité. Comme lui, la muse moderne verra les choses
d’un coup d’œil plus haut et plus large. Elle sentira que tout
dans la création n’est pas humainement beau, que le laid y existe
à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au
revers du sublime , le mal avec le bien, l’ombre avec la lumière.
Elle se demandera si la raison étroite et relative de l’artiste doit
avoir gain de cause sur la raison infinie, absolue, du créateur ;
si c’est à l’homme à rectifier Dieu ; si une nature mutilée en
sera plus belle ; si l’art a le droit de dédoubler, pour ainsi dire,
l’homme, la vie, la création ; si chaque chose marchera mieux
quand on lui aura ôté son muscle et son ressort ; si, enfin, c’est
le moyen d’être harmonieux que d’être incomplet. C’est alors
que, l’œil fixé sur des événements tout à la fois risibles et
formidables, et sous l’influence de cet esprit de mélancolie
chrétienne et de critique philosophique que nous observions
tout à l’heure, la poésie fera un grand pas, un pas décisif, un
pas qui, pareil à la secousse d’un tremblement de terre, changera
toute la face du monde intellectuel. Elle se mettra à faire comme
la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les
confondre, l’ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en
d’autres termes, le corps à l’âme, la bête à l’esprit ; car le point
de départ de la religion est toujours le point de départ de la
poésie. Tout se tient.
Victor Hugo, Préface de Cromwell, 1827.
1. type : le type de beau recherché par les artistes classiques.
1 a. Soulignez les formules qui expriment le
jugement de Victor Hugo. Quelle thèse défend-il ?
Les
adjectifs péjoratifs et laudatifs, les comparatifs,
.......................................................................
le
sémantisme du verbe « se demander » et les
.......................................................................
propositions
interrogatives indirectes introduites par
.......................................................................
«
si » servent une remise en cause de l’art classique,
.......................................................................
qui
s’éloigne du vrai, et une défense de la « muse
.......................................................................
moderne
».
.......................................................................
b. Encadrez les antithèses. Quelle conception de
l’homme traduisent-elles ?
Les
nombreuses antithèses suggèrent une proximité
.......................................................................
entre des notions et des valeurs opposées. Elles
.......................................................................
soulignent la complexité de l’homme.
.......................................................................
c. Pourquoi ce passage reflète-t-il les aspirations
esthétiques et spirituelles du mouvement romantique ?
Victor Hugo assigne à l’art une nouvelle mission, qui
.......................................................................
correspond aux aspirations romantiques : il doit
.......................................................................
rompre avec les règles classiques, montrer la totalité
.......................................................................
de
l’humanité sans dissimuler ses contradictions. La
.......................................................................
raison de l’artiste doit céder devant l’action créatrice
.......................................................................
de Dieu.
.......................................................................
d. Comment faut-il comprendre ici le terme
« poésie » ?
Il
ne s’agit pas de désigner le genre poétique (Hugo
.......................................................................
parle d’une pièce de théâtre) mais l’acte de création
.......................................................................
littéraire.
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
.......................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le romantisme
« Les Mages » de Victor Hugo
2 a. Soulignez les parallélismes qui apparaissent dans cette
strophe. Que montrent-ils ?
La
répétition du groupe verbal « ils parlent », par exemple, réunit deux
..................................................................................................
distiques dont les rimes croisées soulignent l’intrication. Le texte fait
..................................................................................................
entendre une litanie, qui rappelle le discours religieux.
..................................................................................................
..................................................................................................
b. Quelle image du poète ce passage présente-t-il ?
Le
poète apparaît comme celui qui sait lire dans le cœur de l’homme et
..................................................................................................
agir sur les individus comme sur les foules. La personnification de la
..................................................................................................
solitude, la métaphore du torrent font de lui l’intermédiaire entre les
..................................................................................................
mondes sensible et spirituel. Sa parole, d’essence divine, communique
..................................................................................................
la
foi et ébranle les choses : il apparaît comme un « mage ».
..................................................................................................
..................................................................................................
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[…]
Ils1 parlent à la solitude,
Et la solitude comprend ;
Ils parlent à la multitude,
Et font écumer ce torrent ;
Ils vont vibrer les édifices ;
Ils inspirent les sacrifices
Et les inébranlables fois ;
Sombres, ils ont en eux, pour muse,
La palpitation confuse
De tous les êtres à la fois. […]
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.
1. Ils : les poètes.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le romantisme
« Chant d’amour » d’Alphonse de Lamartine
[…]
Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles
Ce souffle parfumé !... Qu’ai-je fait ? Tu t’éveilles :
L’azur voilé des cieux
Vient chercher doucement ta timide paupière ;
Mais toi, ton doux regard, en voyant la lumière,
N’a cherché que mes yeux !
Ah ! que nos longs regards se suivent, se prolongent,
Comme deux purs rayons l’un dans l’autre se plongent,
Et portent tour à tour
Dans le cœur l’un de l’autre une tremblante flamme,
Ce jour intérieur que donne seul à l’âme
Le regard de l’amour !
[…]
Alphonse de Lamartine, Nouvelles Méditations poétiques, 1823.
L’autobiographie
b. Repérez les champs lexicaux qui dominent dans ce
passage. Quelles sensations et quel sentiment le poète
éprouve-t-il ?
La réunion des lexiques du corps humain et de l’amour
..................................................................................
exprime la volupté de l’instant. La contiguïté entre
..................................................................................
notations physiques et notations psychologiques s’exprime
..................................................................................
par le jeu des sensations (« regard », parfum), vecteur de la
..................................................................................
communication silencieuse qui s’établit entre les amants.
..................................................................................
c. Quelle image sert ici l’expression du sentiment ?
La métaphore de la flamme, qui, comme un fanal, éclaire
..................................................................................
l’âme.
..................................................................................
Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand
François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, VI, 5, 1850.
1. moniteurs : personnes qui avertissent, qui conseillent. 2. hune : plateforme établie au sommet d’un mât. 3. ravine : creux formé par un torrent.
I. Acquérir une culture littéraire
4 a. Soulignez les verbes dont Chateaubriand
est sujet. À quelles activités se livre-t-il ?
L’auteur se livre à des activités physiques et
.....................................................................
spirituelles.
.....................................................................
b. Où Chateaubriand se réfugie-t-il ? Quelle
est la signification d’un tel choix ?
Le refuge, situé en hauteur, est l’instrument d’une
.....................................................................
évasion romantique. Le texte qui oppose
.....................................................................
« événements réels » et « monde idéal », fait
.....................................................................
éclater le déchirement de l’âme romantique, irritée
.....................................................................
par le présent et intensément tendue vers l’avenir.
.....................................................................
c. Encadrez les images dans le texte. Quel carac-
tère de l’âme romantique révèlent-elles ?
Ce tableau maritime apparaît comme l’image de
.....................................................................
l’âme romantique, isolée, mouvante et esthète.
......................................................................
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En vous aidant de vos réponses,
rédigez un paragraphe qui montrera que le
romantisme est l’expression d’un refus de la
réalité.
Sur une copie
D
Se sentant exilé dans l’Europe révolutionnaire où l’argent règne,
Chateaubriand, en 1791, s’embarque pour l’Amérique.
« Muse, aide-moi à montrer que je connais la mer sur laquelle
je déploie mes voiles. »
C’est ce que disait, il y a six cents ans, Guillaume le Breton,
mon compatriote. Rendu à la mer, je recommençai à contempler ses solitudes ; mais à travers le monde idéal de mes rêveries, m’apparaissaient, moniteurs1 sévères, la France et les
événements réels. Ma retraite pendant le jour, lorsque je
voulais éviter les passagers, était la hune2 du grand mât ; j’y
montais lestement aux applaudissements des matelots. Je m’y
asseyais dominant les vagues.
L’espace tendu d’un double azur avait l’air d’une toile préparée pour recevoir les futures créations d’un grand peintre.
La couleur des eaux était pareille à celle du verre liquide. De
longues et hautes ondulations ouvraient dans leurs ravines3,
des échappées de vue sur les déserts de l’Océan […].
n
VERS LA 1 re •
3 a. Quel état d’âme la ponctuation traduit-elle ?
Les points d’exclamation et d’interrogation, l’interjection
..................................................................................
« ah ! » reflètent l’enthousiasme du poète, émerveillé du
..................................................................................
spectacle de sa bien-aimée : ils traduisent les mouvements
..................................................................................
violents et contradictoires d’un esprit exalté.
..................................................................................
Le réalisme et le naturalisme
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RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
1. Le roman réaliste
Tout à coup la Marseillaise retentit. Hussonnet et Frédéric se penchèrent
sur la rampe. C’était le peuple. Il se précipita dans l’escalier, en secouant à flots
vertigineux des têtes nues, des casques, des bonnets rouges, des baïonnettes
et des épaules, si impétueusement, que des gens disparaissaient dans cette
masse grouillante qui montait toujours, comme un fleuve refoulé par une
marée d’équinoxe, avec un long mugissement, sous une impulsion irrésistible.
Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869.
2. Le roman naturaliste
Un effet « documentaire »

Sujet inspiré de faits réels de l’Histoire
et de la Société du XIXe siècle
Ici, la révolution de 1848
Roman « objectif », à la 3e personne
Narrateur extérieur et attachement à
la description
 Roman d’apprentissage

Des destins tragiques

Il ne s’appartenait plus, il obéissait à ses muscles, à la bête enragée. Pourtant,
il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d’eau-de-vie, ayant remarqué
que la moindre goutte d’alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu’il
payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations
d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie
qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois.
Émile Zola, La Bête humaine, 1890

Alcool et folie
Des personnages issus des classes
ouvrières
Le « roman-laboratoire »

Influence de l’hérédité sur le destin
des personnages
Roman « objectif », à la 3e personne


Narrateur extérieur discret ou absent
Discours indirect libre
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Avant-propos à La Comédie humaine d’Honoré de Balzac
La Société française allait être l’historien, je ne devais
être que le secrétaire. En dressant l’inventaire des vices
et des vertus, en rassemblant les principaux faits des
passions, en peignant les caractères, en choisissant les
événements principaux de la Société, en composant des
types par la réunion des traits de plusieurs caractères
homogènes, peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire
oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs.
Honoré de Balzac, Avant-propos à La Comédie humaine, 1842.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
1 a. Justifiez l’emploi de la majuscule pour « Société »
et le choix du terme « historien ».
Avec la majuscule, Balzac personnifie la société. L’emploi
..................................................................................
curieux de « historien » paraît signifier que la société écrit
..................................................................................
l’Histoire dans le sens de « faire » l’Histoire.
..................................................................................
b. Quel double rôle Balzac s’assigne-t-il ?
Balzac veut peindre fidèlement la société française comme
..................................................................................
les réalistes. Il veut écrire l’histoire des mœurs et dévoiler
..................................................................................
leur fonctionnement, ambition propre à Balzac.
..................................................................................
Préface de L’Assommoir d’Émile Zola
J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille
ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs.
[…] Mon œuvre me défendra. C’est une œuvre de
vérité, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas
et qui ait l’odeur du peuple. Et il ne faut point conclure
que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages
ne sont pas mauvais, ils ne sont qu’ignorants et gâtés par
le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent.
Émile Zola, Préface de L’Assommoir, 1877.
2 a. En quoi l’ambition de Zola se rapproche-t-elle de
l’ambition réaliste ? En quoi s’en sépare-t-il ?
Comme les réalistes, Zola veut peindre fidèlement la société
..................................................................................
française du xixe siècle : « nos faubourgs », « œuvre de
..................................................................................
vérité », « qui ne mente pas ». Il réduit ici le champ
..................................................................................
d’observation au peuple : « premier roman sur le peuple ».
..................................................................................
Le naturalisme s’attache à une réalité plus noire. Zola veut
..................................................................................
démontrer l’influence du milieu sur le comportement de ses
..................................................................................
personnages : « mes personnages ne sont pas mauvais »,
..................................................................................
« gâtés par le milieu ».
..................................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Le Père Goriot d’Honoré de Balzac
3 a. Montrez le caractère réaliste du portrait de
Vautrin
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Balzac fait ici la description d’un personnage de la pension
Vauquer : Vautrin.
Il1 avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles
apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées
aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d’un roux
ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des
signes de dureté que démentaient ses manières souples et
liantes. Sa voix de basse-taille, en harmonie avec sa grosse
gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque
serrure allait mal, il l’avait bientôt démontée, rafistolée, huilée,
limée, remontée, en disant : « Ça me connaît ». Il connaissait
tout d’ailleurs : les vaisseaux, la mer, la France, l’étranger, les
affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les
prisons. Si quelqu’un se plaignait par trop, il lui offrait aussitôt
ses services. Il avait prêté plusieurs fois de l’argent à madame
Vauquer1 et à quelques pensionnaires ; mais ses obligés seraient
morts plutôt que de ne pas le lui rendre, tant, malgré son air
bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard
profond et plein de résolution.
Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.
1. Madame Vauquer : propriétaire de la pension.
dans
des détails dépréciatifs : « mains épaisses »,
........................................................................
«
bouquets de poils touffus » ou « grosse gaieté ».
........................................................................
Ces
détails illustrent le réalisme.
........................................................................
........................................................................
b. En quoi certains traits sont-ils ceux du héros
traditionnel ?
Le narrateur donne aussi au personnage les qualités
........................................................................
d’un héros traditionnel. Il lui attribue une force
........................................................................
physique, mais aussi une force morale quand il
........................................................................
évoque « des signes de dureté » ou la crainte qu’il
........................................................................
inspire aux pensionnaires. Le narrateur l’enveloppe
........................................................................
d’un certain mystère inquiétant quand il rappelle
........................................................................
son passé et sa connaissance du monde et surtout
........................................................................
des « prisons » ainsi que ses « talents » de serrurier.
........................................................................
Tous ces indices soulignent combien ce héros est
........................................................................
encore loin de la « médiocrité » du héros naturaliste.
........................................................................
........................................................................
........................................................................
Bel-Ami de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885.
4 Montrez que le narrateur veut peindre la réalité et donner une vision pessimiste des hommes
et du monde de la presse.
La scène se passe dans le milieu de la presse
........................................................................
française comme l’indique le titre du journal « La Vie
........................................................................
Française ». Le narrateur dévoile la vérité de son
........................................................................
fonctionnement en soulignant l’absence de
........................................................................
déontologie des journalistes : Saint-Potin rappelle sa
........................................................................
pratique « je n’ai qu’à reprendre mon article sur le
........................................................................
dernier venu et à le copier mot pour mot ». Le
........................................................................
journaliste peu honnête avoue aussi implicitement
........................................................................
que la presse est instrumentalisée : les articles sont
........................................................................
orientés « pour les lecteurs de la Vie Française ». Le
........................................................................
début de l’extrait brosse également un portrait
........................................................................
pessimiste des hommes en rappelant que Forestier
........................................................................
réussit grâce à sa femme qui est, de plus, une femme
........................................................................
entretenue par un amant, lui-même « un vieux
........................................................................
viveur » !
........................................................................
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........................................................................
........................................................................
........................................................................
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Recherchez à partir des textes de cette
fiche deux arguments et un exemple pour chaque
argument afin de démontrer ce qui distingue le
roman naturaliste du roman réaliste.
D
Duroy, surnommé Bel-Ami, espère s’élever socialement en
devenant journaliste ; Saint-Potin l’initie au métier.
Puis il en vint à Forestier :
– Quant à celui-là, il a de la chance d’avoir épousé sa femme,
voilà tout.
Duroy demanda :
– Qu’est-ce au juste que sa femme ?
Saint-Potin se frotta les mains : – Oh ! une rouée, une fine
mouche. C’est la maîtresse d’un vieux viveur nommé Vaudrec,
le comte de Vaudrec, qui l’a dotée et mariée…
Duroy sentit brusquement une sensation de froid, une sorte
de crispation nerveuse, un besoin d’injurier et de gifler ce
bavard. Mais il l’interrompit simplement pour lui demander :
– C’est votre nom, Saint-Potin ?
L’autre répondit avec simplicité :
– Non, je m’appelle Thomas. C’est au journal qu’on m’a
surnommé Saint-Potin.
Et Duroy, payant les consommations, reprit :
– Mais il me semble qu’il est tard et que nous avons deux
nobles seigneurs à visiter.
Saint-Potin se mit à rire :
– Vous êtes encore naïf, vous ! Alors vous croyez comme ça
que je vais aller demander à ce Chinois et à cet Indien ce qu’ils
pensent de l’Angleterre ? Comme si je ne le savais pas mieux
qu’eux, ce qu’ils doivent penser pour les lecteurs de La Vie
Française. J’en ai déjà interviewé cinq cents de ces Chinois,
Persans, Hindous, Chiliens, Japonais et autres. Ils répondent
tous la même chose, d’après moi. Je n’ai qu’à reprendre mon
article sur le dernier venu et à le copier mot pour mot.
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OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Le
champ lexical révèle un souci de vérité présent
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Le symbolisme
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RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Une poésie hermétique
Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
Syntaxe complexe
 Lexique rare

La puissance évocatrice
du langage

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)
[…]
Suggérer plutôt que
nommer
La musicalité


Rythme
Sonorités
Rêve et mysticisme

Correspondances entre le
monde réel et des mondes
mystérieux
Stéphane Mallarmé, « Ses purs ongles… », Poésies, 1887.
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le symbolisme
« Parfum exotique » de Charles Baudelaire
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud
[d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le symbolisme
1 a. Recherchez le sens des mots « chaleureux », « monotone », « singuliers », « charmants », « mariniers ».
b. Montrez qu’ils sont employés pour leur sens étymologique.
«
chaleureux » est employé pour « chaud », « monotone » pour
.......................................................................................
«
un seul ton », « singuliers » pour « seul ou unique »,
.......................................................................................
«
charmants » pour « ensorcelant ». « la vague marine » induit
.......................................................................................
«
marins » davantage que « mariniers ». Cet emploi pour « un
.......................................................................................
homme
de mer » permet le retour à la Seine, aux péniches et
.......................................................................................
donc
aux
« mariniers ».
.......................................................................................
c. Soulignez les réseaux sonores en [m] et en [o] qui
donnent sa musicalité au sonnet.
d. Montrez que le poète établit des correspondances entre
les sens de l’odorat et de la vue.
«
je respire » et « je vois » annoncent deux champs lexicaux qui
.......................................................................................
correspondent
entre eux pour finir par « se mêl[er] » à l’ouïe
.......................................................................................
avec
« chant ».
.......................................................................................
« Art poétique » de Paul Verlaine
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair,
[…]
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
[…]
Paul Verlaine, Jadis et Naguère, 1884
2 a. Qu’est-ce qu’un art poétique ?
Un
texte théorique en prose ou en vers dans lequel est
.......................................................................................
défendue une certaine conception d’un art.
.......................................................................................
b. Quelles sont les deux idées défendues dans ces vers ?
Le
poète privilégie une poésie musicale. Les vers qui suivent
.......................................................................................
conseillent
l’approximation lexicale qui conduit à suggérer
.......................................................................................
plutôt qu’à nommer.
.......................................................................................
c. En quoi Verlaine est-il symboliste ?
Verlaine
rejoint ici les ambitions implicites perçues dans
.......................................................................................
les quatrains de Mallarmé (puissance évocatrice du langage,
.......................................................................................
musicalité).
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I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le symbolisme
« Une dentelle s’abolit » de Stéphane Mallarmé
3 Relevez dans ces deux quatrains les champs lexicaux de la lumière, du
rideau, de la fenêtre, de la chambre, du vide. Quel conflit suggèrent-ils ?
Le terme « lit » induit la chambre et « absence » le vide. Les termes
.........................................................................................................
« dentelle », « blanc », guirlande », et « flotte » évoquent un tissu et
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« n’entrouvrir » et« vitre » mènent à fenêtre. Les substantifs « jeu » et
.........................................................................................................
« conflit » font songer à une opposition entre deux opposants qui ont en
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commun « cet unanime blanc ». « blême » rappelle le matin. La « vitre » est
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devenue blanche, éclairée par une lumière hésitante – « Dans le doute » – et
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qui finit par « abolir » la « dentelle » dont la blancheur se confond avec la
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lumière de l’aube.
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Une dentelle s’abolit
Dans le doute du jeu suprême
À n’entrouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.
Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même
Enfui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.
[…]
Stéphane Mallarmé, Poésies, 1887.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xixe siècle : le symbolisme
[…]
RIEN
« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard »
de Stéphane Mallarmé
de la mémorable crise
où se fût
l’événement
accompli en vue de tout résultat nul
humain
N ’ AU R A E U L I E U
une élévation ordinaire verse l’absence
QU E L E L I E U
inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide
abruptement qui sinon
par son mensonge
eût fondé
la perdition
dans ces parages
[…]
du vague
en quoi toute réalité se dissout
Stéphane Mallarmé, « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard », 1897.
4 Mallarmé illustre ici « la crise du vers ». En quoi la versification s’écarte-t-elle des contraintes : mètre, rimes,
alignement à gauche, majuscules, strophes ?
Les
écarts sont la suppression de la majuscule en début de vers, de l’alignement à gauche, ainsi que de l’unité de la strophe.
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L’espace
du vers lié à son mètre est ou bien ignoré ou démultiplie le nombre des vers. Les blancs typographiques à
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l’intérieur
du vers lui-même paraissent un outil nouveau qui impose un silence – un rythme – ou suggère une ellipse.
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L’apparent
désordre mime un vers en crise qui se désarticule jusqu’à disparaître au profit cependant d’un vers nouveau. Les
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rimes
sont abolies au profit de réseaux sonores. La typographie hésite entre deux polices qui invitent à deux niveaux de
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lecture.
Le lecteur est ainsi invité à explorer une polysémie enceinte dans l’espace ou l’image que constitue alors ce poème.
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Ces
vers constituent un exemple de : « la dissolution du vers officiel ».
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Ve
r s l’
le
Ép
re u e ora
v
Après avoir noté quelques arguments et souligné dans le poème « Parfum exotique »
de Baudelaire des mots ou expressions que vous citerez, démontrez à l’oral que ce poème
illustre la poétique symboliste.
I. Acquérir une culture littéraire
Sur une copie
Le surréalisme
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9
RECONNAÎTRE LES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi moi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.
Paul Eluard, « Je t’aime », Le Phénix, 1951 © Éditions Seghers.
Les jeux d’écriture
Jeux sur les mots et leurs sens, les associations
inattendues
 Jeux sur les sonorités
 Jeux sur les codes du langage
 Figures d’analogie surprenantes (comparaisons,
métaphores)

Les thèmes clés
Amour fou
Célébration de la femme
 Quotidien
 Univers


L’écriture automatique (spontanée)


Absence de liens logiques
Absence de ponctuation
L’exploration de l’inconscient


Lexique du rêve
Lexique de l’imaginaire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xxe siècle : le surréalisme
Le Paysan de Paris de Louis Aragon
Je me suis souvent arrêté au seuil de ces boutiques interdites
aux hommes1 et j’ai vu se dérouler les cheveux dans leurs
grottes. Serpents, serpents, vous me fascinez toujours. Dans
le passage de l’Opéra, je contemplais ainsi un jour les
anneaux lents et purs d’un python de blondeur. Et brusquement, pour la première fois de ma vie, j’étais saisi de
cette idée que les hommes n’ont trouvé qu’un terme de
comparaison à ce qui est blond : comme les blés, et l’on a
cru tout dire. Les blés, malheureux, mais n’avez-vous jamais
regardé les fougères ? J’ai mordu tout un an des cheveux
de fougère. J’ai connu des cheveux de résine, des cheveux
de topaze2, des cheveux d’hystérie. Blond comme l’hystérie, blond comme le ciel, blond comme la fatigue, blond
comme le baiser.
Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926,
© Éditions Gallimard.
1. L’auteur fait allusion aux boutiques de coiffeurs pour dames.
2. topaze : minéral rouge-orangé.
1 a. Soulignez et expliquez les associations de mots
qui vous semblent les plus inattendues.
Aragon
compare les cheveux féminins à des serpents
.............................................................................
puis
répond au cliché banal du blond « comme les
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blés ». Les analogies se créent par similitude de forme,
.............................................................................
de couleur ou de texture. Il associe aussi le blond à des
.............................................................................
états, des comportements ou des sentiments.
.............................................................................
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b. Qu’est-ce qui, selon vous, a pu pousser le poète à
qualifier son œuvre de « mythologie moderne » ?
Le
salon de coiffure subit une métamorphose sous le
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regard d’Aragon. L’émergence du merveilleux provient
.............................................................................
d’un choc initial. La métaphore filée des cheveux
.............................................................................
devenus « serpents » renvoie aux mythes grecs (Méduse,
.............................................................................
Erinyes) et suggère le charme des femmes.
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I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
Manifeste du surréalisme d’André Breton
2 a. Repérez les trois étapes qui rendent compte du
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du xxe siècle : le surréalisme
[Tout occupé que j’étais encore de Freud1 à cette époque
et familiarisé avec ses méthodes d’examen que j’avais eu
quelque peu l’occasion de pratiquer sur des malades pendant
la guerre], [je résolus d’obtenir de moi ce qu’on cherche à
obtenir d’eux, soit un monologue de débit aussi rapide que
possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter
aucun jugement, qui ne s’embarrasse, par suite, d’aucune
réticence, et qui soit aussi exactement que possible la pensée
parlée.] […] C’est dans ces dispositions que [Philippe
Soupault, à qui j’avais fait part de ces premières conclusions,
et moi nous entreprîmes de noircir du papier, avec un louable
mépris de ce qui pourrait s’ensuivre littérairement.]
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924, © Éditions Pauvert.
1. Sigmund Freud (1856-1939) : fondateur de la psychanalyse.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie
du xxe siècle : le surréalisme
travail de l’écrivain surréaliste en les mettant entre
crochets, puis résumez-les.
La
prise en compte des travaux de Freud, la recherche
.............................................................................
de l’écriture automatique, l’écriture collective sans
.............................................................................
contraintes.
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.............................................................................
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.............................................................................
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b. Soulignez les passages qui présentent les caractéristiques de la « pensée parlée » selon André Breton.
« Dans bien longtemps » de Robert Desnos
Dans bien longtemps je suis passé par le château des
feuilles
Elles jaunissaient lentement dans la mousse
Et loin les coquillages s’accrochaient désespérément aux
rochers de la mer
Ton souvenir ou plutôt ta tendre présence était à la même
place
Présence transparente et la mienne
Rien n’avait changé mais tout avait vieilli en même temps
que mes tempes et mes yeux
N’aimez-vous pas ce lieu commun ? laissez-moi laissezmoi c’est si rare cette ironique satisfaction
Tout avait vieilli sauf ta présence
Dans bien longtemps je suis passé par la marée du jour
solitaire
Les flots étaient toujours illusoires
La carcasse du navire naufragé que tu connais – tu te
rappelles cette nuit de tempête et de baisers ? – était-ce
un navire naufragé ou un délicat chapeau de femme roulé
par le vent dans la pluie du printemps ? – était à la même
place
Et puis foutaise larirette1 dansons parmi les prunelliers !
Les apéritifs avaient changé de nom et de couleur
Les arcs-en-ciel qui servent de cadre aux glaces
Dans bien longtemps tu m’as aimé.
Robert Desnos, « Dans bien longtemps » recueilli dans « Les
Ténèbres », Corps et Biens, 1930 © Éditions Gallimard.
3 a. Soulignez les termes qui évoquent le temps qui
passe.
b. Comment le poète parvient-il à brouiller les
repères temporels ?
Les
temps verbaux du passé et du présent se confondent
.............................................................................
pour suggérer la persistance de l’amour et la résurgence
.............................................................................
du souvenir.
.............................................................................
.............................................................................
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c. Quelles images évoquent l’idée d’un passé lointain ?
De
nombreuses images évoquent la vieillesse
.............................................................................
(la sécheresse) ou la mort. Le château, les flots, l’horizon
.............................................................................
connotent l’éloignement spatial et temporel.
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
d. Expliquez la comparaison du navire avec le chapeau.
L’épave
et le chapeau à l’envers présentent une
.............................................................................
similitude de forme. Ils renvoient tous deux aux ébats
.............................................................................
amoureux
du couple.
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
1. larirette : chanson paillarde.
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Prolongez de quelques
vers ce poème d’Aragon en jouant sur
des associations d’images inattendues :
Tu m’as trouvé comme un caillou que l’on ramasse sur la plage
Comme un bizarre objet perdu dont nul ne peut dire l’usage
Comme l’algue sur un sextant1 qu’échoue à terre la marée
Comme à la fenêtre un brouillard qui ne demande qu’à entrer […]
Louis Aragon, Le Roman inachevé, 1956, © Éditions Gallimard.
Sur une copie
I. Acquérir une culture littéraire
1. sextant : instrument de mesure de navigation
Les indices de l’énonciation
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10
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Diderot commente un tableau de Greuze, présenté au
grand salon de peinture, dans le château du Louvre en
1761, L’Accordée de village.
Enfin je l’ai vu, ce tableau de notre ami Greuze ; mais
ce n’a pas été sans peine ; il continue d’attirer la foule.
C’est un père qui vient de payer la dot de sa fille. Le
sujet est pathétique, et l’on se sent gagner d’une émotion
douce en le regardant. La composition m’en a paru très
belle : c’est la chose comme elle a dû se passer. Il y a
douze figures ; chacune est à sa place, et fait ce qu’elle
doit. Comme elles s’enchaînent toutes ! comme elles
vont en ondoyant et en pyramidant ! […]
C’est certainement ce que Greuze a fait de mieux. Ce
morceau lui fera honneur, et comme peintre savant
dans son art, et comme homme d’esprit et de goût. Sa
composition est pleine d’esprit et de délicatesse.
Denis Diderot, Salon de 1761.
Les marques de 1re et 2e personnes
Renforcent l’implication du locuteur et de son destinataire.
 pronoms personnels, déterminants possessifs
Le lexique évaluatif
Met en valeur l’appréciation du locuteur.
 Lexique péjoratif ou mélioratif
 Lexique affectif
Les modalisateurs
Expriment le degré d’adhésion du locuteur à son énoncé.
 Verbes de parole, de jugement et de sentiment
 Tournures impersonnelles
 Adverbes
Les marques d’expressivité
Mettent en valeur l’opinion du locuteur.
 Ponctuation, tournures de phrase
 Figures de style
 Niveaux de langue
Repérer et manipuler
1 Dans chaque phrase, remplacez le mot d’évaluation
neutre entre crochets par un synonyme qui apporte
une nuance péjorative. (Certains mots peuvent relever
d’un niveau de langue familier mais jamais vulgaire.)
blondasse
1. Il aperçut dans un coin du salon une [blonde] ................
qui parlait fort pour se faire remarquer.
type
2. Il y avait un [homme] ..............
étrange qui rôdait dans
l’impasse.
fabriques -tu ?
3. Que [fais] ................
sornettes !
4. Ne crois pas ces [histoires] ................
chamailler pour des raisons
5. Cessez de vous [disputer] ...................
insignifiantes !
jaunâtres
6. Des rideaux [jaunes] ...................
donnaient un air
vieillot
[vieux] ...................
à la chambre.
3 Réécrivez chaque phrase de façon à exprimer le
doute, en utilisant ou modifiant l’outil indiqué.
1. Tous les écrivains de cette époque ont vraiment eu à
cœur de défendre cet idéal. Outil : phrase interrogative
Les écrivains de cette époque ont-ils vraiment tous eu à
...............................................................................
cœur
de défendre cet idéal ?
...............................................................................
2. Il est facile de lui faire confiance. Outil : adjectif
Il est difficile de lui faire confiance.
...............................................................................
3. Le romancier s’est inspiré de ce fait divers pour nourrir
son récit. Outil : conditionnel
Le romancier se serait inspiré de ce fait divers pour
...............................................................................
nourrir son récit.
...............................................................................
4. Il fera beau, évidemment ! Outil : adverbe
Il fera peut-être beau !
...............................................................................
2 Le locuteur adhère-t-il à l’opinion avancée dans
4 Dans les moralités suivantes des Fables de La
Fontaine, soulignez les termes qui indiquent l’opinion
du fabuliste.
1. « Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant. »
2. « C’est folie
De compter sur dix ans de vie. »
3. « Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute. »
4. « Hélas ! On voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands. »
5. « Chacun à son métier doit toujours s’attacher. »
6. « Ne point mentir, être content du sien,
C’est le plus sûr […] »
ces énoncés ?
Oui nOn
1. Il a peut-être raison.
2. Il est clair que la situation ne s’améliorera
pas ainsi !
3. Ces mesures sont vraiment efficaces.
4. Un accord aurait été passé.
5. De toute évidence, il n’aurait pas dû
s’y prendre ainsi.
6. Nous serons là à dix-heures.
7. Ils prétendent que c’est la seule réponse à
apporter.
8. Vous ? À ce poste ?
✗
✗
✗
✗
✗
✗
✗
✗
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Andromaque de Jean Racine
5 a. Soulignez le vocabulaire péjoratif qui montre la
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Pyrrhus, fiancé à Hermione, doit épouser
Andromaque. Hermione a demandé à Oreste de la
venger en tuant Pyrrhus qu’elle aime toujours…
Hermione. – Tais-toi, perfide,
Et n’impute qu’à toi ton lâche parricide1.
Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur,
Va ; je la désavoue, et tu me fais horreur.
Barbare, qu’as-tu fait ? Avec quelle furie
As-tu tranché le cours d’une si belle vie ?
Avez-vous pu, cruels, l’immoler2 aujourd’hui,
Sans que tout votre sang se soulevât pour lui ?
Mais parle : de son sort qui t’a rendu l’arbitre ?
Pourquoi l’assassiner ? Qu’a-t-il fait ? À quel titre ?
Qui te l’a dit ?
Jean Racine, Andromaque, Acte V, scène 3, 1667.
1. parricide : meurtre du père. 2. immoler : tuer, sacrifier.
« Le Baiser » de Guy de Maupassant
Une vieille femme écrit à sa nièce qui l’interroge sur
le sentiment amoureux.
Oh ! les premiers baisers à travers la voilette !1
N’est-ce point là un vers d’un sentiment exquis,
d’une observation délicate et charmante, d’une parfaite vérité ? Toutes celles qui ont couru au rendezvous clandestin, que la passion a jetées dans les bras
d’un homme, les connaissent bien ces délicieux
premiers baisers à travers la voilette, et frémissent
encore à leur souvenir.
Guy de Maupassant, « Le Baiser », paru dans Gil Blas, 1882.
1. Vers du poète Coppée, contemporain de Maupassant ;
voilette : voile attaché au chapeau des femmes.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
siasme de la vieille tante ?
Les
points d’exclamation et d’interrogation traduisent son
......................................................................................
emportement.
......................................................................................
b. Par quelles constructions de phrase l’auteur de la lettre
cherche-t-il à obtenir l’approbation de sa lectrice ?
La
deuxième phrase interro-négative invite à acquiescer…
......................................................................................
c. Par quels choix lexicaux et stylistiques l’épistolière
cherche-t-elle à agir sur sa nièce ?
Le
champ lexical du ravissement, de la passion est soutenu par
......................................................................................
l’emploi d’un vocabulaire mélioratif. La personnification de la
......................................................................................
passion et la tournure hyperbolique « toutes celles » assurent
......................................................................................
des bienfaits de la passion amoureuse…
......................................................................................
« Ultima verba » de Victor Hugo
Avec le coup d’État du 2 décembre 1851, Bonaparte
prend le pouvoir, violant les lois de la République.
Hugo, qui le méprise et le hait, s’exile.
[…]
Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin1,
Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin2 ;
Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l’honneur religieux ;
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;
[…]
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans ma bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau ! […]
1. malandrin : brigand. 2. Mandrin : brigand ayant vécu au xviiie siècle.
7 a. Commentez les termes employés par Victor Hugo
pour décrire Napoléon III.
Le
poète emploie un vocabulaire péjoratif (« gueux », « vautrera »,
......................................................................................
« ivre », « affreux », « vomissant »…) qui déshumanise Napoléon III.
......................................................................................
Il
joue aussi sur les images antithétiques (« ce gueux, ce prince »,
......................................................................................
« dans une main le sceptre et dans l’autre la pince », « vomissant sa
......................................................................................
honte sur nos gloires »).
......................................................................................
b. Quels procédés sont mis en œuvre pour traduire l’indignation ?
Il utilise des images hyperboliques pour nous donner à voir un
......................................................................................
monstre (« broyant dans ses mâchoires ») ainsi que des effets
......................................................................................
d’accumulation. Il invoque une origine diabolique.
......................................................................................
c. Comment le poète met-il en avant sa détermination ?
L’emploi du futur, de la première personne du pluriel, de
......................................................................................
phrases exclamatives, l’invocation à la Liberté, à la Patrie
......................................................................................
devenues allégories soulignent sa détermination.
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Ve
r e
om s l t ai
men
Rédigez un paragraphe qui montrera comment
Hugo condamne l’empereur dans ce poème.
Sur une copie
C
Victor Hugo, Les Châtiments, 1852.
I. Acquérir une culture littéraire
6 a. Quels signes de ponctuation traduisent l’enthou-
re
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
désapprobation d’Hermione.
b. Quel procédé grammatical récurrent remet en question
l’acte de Pyrrhus et le refus d’Hermione d’en assumer la
responsabilité ?
Les
phrases interrogatives montrent qu’Hermione n’assume pas
......................................................................................
la
demande
faite à Pyrrhus ; elle rejette sur lui la responsabilité.
......................................................................................
Sa colère et sa douleur se révèlent d’autant plus violentes que
......................................................................................
les phrases deviennent de plus en plus courtes (notamment les
......................................................................................
deux derniers vers).
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Les discours rapportés
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11
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Après un long silence, Marowsko
demanda si Jean, décidément, était en possession de sa fortune ; puis il fit encore deux
ou trois questions vagues sur le même sujet.
Son dévouement ombrageux pour Pierre
se révoltait de cette préférence. Et Pierre
croyait l’entendre penser, devinait, comprenait, lisait dans ses yeux détournés, dans
le ton hésitant de sa voix, les phrases qui
lui venaient aux lèvres et qu’il ne disait pas,
qu’il ne dirait point, lui si prudent, si
timide, si cauteleux.
Maintenant il ne doutait plus, le vieux
pensait : « Vous n’auriez pas dû lui laisser
accepter cet héritage qui fera mal parler de
votre mère. » Peut-être même croyait-il que
Jean était le fils de Maréchal. Certes il le
croyait ! Comment ne le croirait-il pas, tant
la chose devait paraître vraisemblable, probable, évidente ?
Guy de Maupassant, Pierre et Jean, 1888.
Discours direct
Paroles et pensées rapportées directement
 Verbe introducteur de paroles
 Deux points, guillemets, tiret
 Énonciation de celui qui parle : pronoms des 1re et 2e personnes, temps,
indices spatio-temporels
 Marques de l’oralité
Discours indirect
Paroles et pensées rapportées indirectement
 Verbe introducteur de paroles
 Proposition subordonnée introduite par que, si…
 Énonciation de celui qui rapporte les paroles : pronoms et indices spatiotemporels modifiés, concordance des temps
Discours narrativisé
Paroles et pensées résumées
 Pas de restitution des paroles
Discours indirect libre
Paroles et pensées rapportées indirectement et librement
 Absence de verbe introducteur de paroles ou de subordonnant
 Intégration au récit
 Énonciation de celui qui parle : pronoms, indices spatio-temporels
 Marques de l’oralité
Repérer et manipuler
1 a. Indiquez pour chaque phrase le type de discours
rapporté : discours direct, indirect, narrativisé ou
indirect libre.
1. Quand Il y put y avoir un télégramme de Saint-Loup, je
n’osai pas demander : « Est-ce qu’il y a un télégramme ? »
direct
(Proust, Albertine disparue) Discours : .........................
2. Ils se dressèrent, effarés. La paysanne laissa tomber
d’émoi son savon dans son eau et balbutia :
– C’est-i-té, m’n éfant ? C’est-i-té, m’n éfant ?
direct
(Maupassant, Aux Champs) Discours : ........................
3. Il me répondit honnêtement qu’il ne pouvait m’apprendre
qui elle était sans se faire connaître lui-même […]. (Abbé
indirect
Prévost, Manon Lescaut) Discours : ............................
4. Elle tenait tout de même à ce que cette visite médicale ne
soit pas vaine, qu’elle puisse servir à quelque chose… le
prix de la vie augmentait sans cesse… (Céline, Voyage au
indirect libre
bout de la nuit ) Discours : ........................................
5. Madame de Clèves […] parla assez longtemps de la perte
qu’elle avait faite. (Mme de La Fayette, La Princesse de
narrativisé
Clèves) Discours : ...................................................
b. Transposez au discours indirect la phrase 4.
Elle
expliquait qu’elle voulait que cette visite médicale ne
...............................................................................
fût
pas vaine et qu’elle pût servir à quelque chose. Elle
...............................................................................
rappela
que le prix de la vie augmentait sans cesse.
...............................................................................
...............................................................................
2 Transposez ce dialogue dans un récit au passé.
Vous raconterez du point de vue d’un narrateur extérieur que vous choisirez. Exploitez les ressources du
roman.
Monsieur Jourdain. – À propos. Apprenez-moi
comme il faut faire une révérence pour saluer une
marquise ; j’en aurai besoin tantôt.[…]
Maître à danser. – Si vous voulez la saluer avec
beaucoup de respect, il faut faire d’abord une révérence
en arrière, puis marcher vers elle avec trois révérences
en avant, et à la dernière vous baisser jusqu’à ses
genoux.
Molière, Le Bourgeois gentilhomme, Acte II, scène 1, 1670.
Monsieur Jourdain, fort désireux de faire bon effet à la
...............................................................................
marquise, pria le maître à danser – comme si l’idée lui
...............................................................................
venait à l’instant – de lui apprendre la révérence si néces...............................................................................
saire à son entreprise. Le maître à danser la lui décrivit de
...............................................................................
bonne grâce, et même la lui donna à voir, fort content de
...............................................................................
ses talents.
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
« Le Loup et l’Agneau » de Jean de La Fontaine
3 a. Encadrez les verbes introducteurs et les marques du
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de l’argumentation : xviie siècle
[…]
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau ; je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Jean de La Fontaine, Fables, I, 10, v. 7-26, 1668.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
L’Assommoir d’Émile Zola
Gervaise, héroïne du roman, a invité ses voisins à un
véritable festin à l’occasion de sa fête : l’oie rôtie vient
d’être servie.
– Ma chère, le croupion vous revient de droit, dit
madame Lerat, de son air discrètement égrillard.
Pourtant, l’oie était découpée. Le sergent de ville,
après avoir laissé la société admirer le bonnet d’évêque
pendant quelques minutes, venait d’abattre les morceaux et de les ranger autour du plat. On pouvait se
servir. Mais les dames, qui dégrafaient leur robe, se
plaignaient de la chaleur. Coupeau cria qu’on était
chez soi, qu’il emmiellait les voisins et il ouvrit toute
grande la porte de la rue, la noce continua au milieu
du roulement des fiacres et de la bousculade des
passants sur les trottoirs. Alors, les mâchoires reposées,
un nouveau trou dans l’estomac, on recommença à
dîner, on tomba sur l’oie furieusement. Rien qu’à
attendre et à regarder découper la bête, disait ce farceur de Boche, ça lui avait fait descendre la blanquette
et l’épinée dans les mollets.
Par exemple, il y eut là un fameux coup de fourchette
[…].
Émile Zola, L’Assommoir, 1877.
Ve
4 a. Repérez les différents discours exploités par le narrateur.
Discours
direct : « – Ma chère […] droit. »
....................................................................................
Discours indirect : « qu’on était chez…voisins ».
....................................................................................
Discours indirect libre : « on pouvait se servir » ; « Rien qu’à
....................................................................................
[…]
mollets »,
....................................................................................
Discours narrativisé : « se plaignaient de la chaleur »
....................................................................................
b. Montrez que les différents types de discours participent à l’effacement du narrateur.
En rapportant les paroles par différents discours le narrateur
....................................................................................
s’efface. La parole de Coupeau est restituée sans la
....................................................................................
transposition de « emmiellait » par un verbe moins familier
....................................................................................
qu’aurait
pu imposer le narrateur. Le choix du discours
....................................................................................
indirect libre permet d’échapper aux marques des différents
....................................................................................
discours qui rappellent la présence du narrateur. Le dernier
....................................................................................
paragraphe, commentaire du narrateur extérieur, est
....................................................................................
contaminé
par la langue de ses personnages.
....................................................................................
c. Le commentaire du dernier paragraphe doit-il être
attribué à un personnage ou au narrateur ?
A priori au narrateur extérieur qui emprunte ici la langue et
....................................................................................
le point de vue de ses personnages et s’efface donc comme y
....................................................................................
invite l’ambition naturaliste.
....................................................................................
....................................................................................
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discours direct.
b. Dans quels vers ces verbes et ces marques sont-ils
absents ?
Les
verbes introducteurs sont absents des vers 16 à 19. Seuls
....................................................................................
les tirets signalent l’alternance des répliques.
....................................................................................
....................................................................................
c. Quel effet leur absence produit-elle ?
L’absence des verbes introducteurs (v.16 à 19) accélère le
....................................................................................
dialogue et le rythme des répliques : le destin de l’agneau
....................................................................................
devient
inéluctable.
....................................................................................
d. En quoi le discours rapporté du derniers vers tient-il
des discours direct et indirect ? Pour quel effet ?
« Il faut que je me venge » est au discours direct, mais il est
....................................................................................
une transposition de ce qu’« on » a dit au loup : « Il faut que
....................................................................................
tu
te venges ». Un locuteur imaginaire – « on » – vient alors
....................................................................................
au secours d’un loup qui se sait injuste et qui éprouve le
....................................................................................
besoin de se justifier. Il se décharge ainsi de la responsabilité
....................................................................................
de la mise à mort de l’agneau.
....................................................................................
....................................................................................
....................................................................................
....................................................................................
C
Dans un paragraphe, vous montrerez comment La Fontaine se sert des règles
du discours direct pour souligner la morale de la fable « Le Loup et l’Agneau ».
I. Acquérir une culture littéraire
Sur une copie
Narrateur et focalisations
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RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
1. Le narrateur
C’est la voix qui raconte l’histoire. Il faut le distinguer de l’auteur et du personnage.
• Statut du narrateur :
– extérieur au récit, il peut ou non intervenir ;
– intégré au récit, il est « narrateur-personnage ».
• Cas particuliers :
– le narrateur est le personnage dans un récit fictif à la 1re personne ;
– auteur et narrateur ne font qu’un dans l’autobiographie.
2. Focalisations et points de vue
Dans les beaux soirs d’été, à l’heure où les rues tièdes
sont vides, quand les servantes jouent au volant sur le seuil
des portes, il ouvrait sa fenêtre et s’accoudait. La rivière,
qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite
Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue,
entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis aux
bords, lavaient leurs bras dans l’eau. Sur des perches partant
du haut des greniers, des écheveaux de coton séchaient à
l’air. En face, au-delà des toits, le grand ciel pur s’étendait,
avec le soleil rouge se couchant. Qu’il devait faire bon làbas ! Quelle fraîcheur sous la hêtraie ! Et il ouvrait les
narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne,
qui ne venaient pas jusqu’à lui.
Il maigrit, sa taille s’allongea, et sa figure prit une sorte
d’expression dolente, qui la rendit presque intéressante.
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.
La focalisation zéro (ou narrateur omniscient)
Le narrateur connaît tout des personnages.
 Emploi de la 3e personne
 Indices de lieu et de temps
 Présent de vérité générale associé aux temps du récit
La focalisation (ou point de vue) interne
Le point de vue est limité à celui du personnage qui nous
transmet sa vision des choses.
 Perception subjective d’un personnage
 Discours indirect libre
La focalisation (ou point de vue) externe
La connaissance du narrateur est limitée aux apparences
extérieures, à ce que pourrait filmer une caméra.
 Lexique du corps
 Emploi de la 3e personne
Repérer et manipuler
1 Le narrateur est-il intégré au récit dans ces extraits ?
Oui
1. « Aujourd’hui, maman est morte.
Ou peut-être hier, je ne sais
pas. » (Camus)
nOn
✗
2. « Vous avez mis le pied gauche
sur la rainure de cuivre, et de
votre épaule droite vous essayez
en vain de pousser un peu plus le
panneau coulissant. » (Butor)
✗
3. « Tu vas commencer le nouveau
roman d’Italo Calvino, Si par une
nuit d’hiver un voyageur.
Détends-toi. Concentre-toi. »
(Calvino)
✗
4. « Cette femme, puisqu’il ne l’avait
pas tuée tout de suite, il ne la
tuerait pas maintenant. » (Zola)
✗
2 Identifiez la focalisation (ou point de vue) utilisée
dans les extraits suivants.
1. « Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées
qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses,
de chaque pensionnaire. » (Balzac)
zéro
Focalisation : .......................................................
2. « Dans le train vers Saint-Lazare, une vieille femme s’est
assise à une place près de l’allée, elle parlait à un jeune
garçon – peut-être son fils – resté debout : “ Partir, partir, tu n’es pas bien où tu es ? Pierre qui roule n’amasse
pas mousse. ” » (Ernaux)
externe
Focalisation : .......................................................
3. « Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en
avant, une terre labourée qui était remuée de façon singulière. » (Stendhal)
interne
Focalisation : .......................................................
4. « Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air
chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge,
du fumet des viandes et de l’odeur des truffes. » (Flaubert)
interne
Focalisation : .......................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau
3 a. Soulignez les indices, dans le texte et le paratexte,
vous permettant de dire que l’auteur, le narrateur et le personnage ne sont qu’une seule et même personne.
b. Quels sont les temps verbaux dominants :
– dans le paragraphe 1 ?
Imparfait et passé simple (temps du récit)
...........................................................................................
– dans le paragraphe 2 ?
Présent de l’indicatif et passé composé (temps du discours)
...........................................................................................
c. Qui est le narrateur :
Rousseau enfant
– dans le paragraphe 1 ? ..........................................................
Rousseau adulte
– dans le paragraphe 2 ? ..........................................................
d. Quels sont les enjeux :
– du narrateur 1 ?
Il s’agit de raconter et de provoquer le pathétique.
...........................................................................................
– du narrateur 2 ?
Il s’agit d’argumenter et de clamer son innocence.
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Le jeune Jean-Jacques est accusé à tort d’avoir
volé un peigne.
On ne put m’arracher l’aveu qu’on exigeait. Repris
à plusieurs fois et mis dans l’état le plus affreux, je
fus inébranlable. J’aurais souffert la mort, et j’y étais
résolu. Il fallut que la force même cédât au diabolique entêtement d’un enfant, car on n’appela pas
autrement ma constance. Enfin je sortis de cette
cruelle épreuve en pièces, mais triomphant.
Il y a maintenant près de cinquante ans de cette
aventure, et je n’ai pas peur d’être aujourd’hui
puni derechef pour le même fait. Eh bien, je
déclare à la face du Ciel que j’en étais innocent,
que je n’avais ni cassé, ni touché le peigne, que
je n’avais pas approché de la plaque, et que je n’y
avais pas même songé.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, 1782.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Bel-Ami de Guy de Maupassant
Georges Duroy vient d’épouser Suzanne Walter, la fille de
son ancienne maîtresse et de son patron. Ce mariage
marque la consécration d’un arriviste.
Il allait lentement, d’un pas calme, la tête haute, les yeux
fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait
sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids
que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à lui.
Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée,
une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui
Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait.
Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
4 a. Soulignez les verbes de perception ayant pour
sujet Georges Duroy.
b. Encadrez la phrase qui annonce le début de la focalisation interne.
c. Qu’apprend-on du personnage grâce à la focalisation interne ?
Georges
Duroy est visiblement plus troublé par son
...............................................................................
nouveau
statut social que par son mariage. La perception
...............................................................................
tactile
des
« frissons » nous renseigne sur l’entière
...............................................................................
satisfaction
dont il jouit.
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
« Le Héron – La Fille » de Jean de La Fontaine
Certaine Fille un peu trop fière
Prétendait trouver un mari
Jeune, bien fait et beau, d’agréable manière,
Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.
Cette Fille voulait aussi
Qu’il eût du bien, de la naissance,
De l’esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir ?
Le destin se montra soigneux de la pourvoir :
Il vint des partis d’importance.
La belle les trouva trop chétifs de moitié.
« Quoi moi ? quoi ces gens-là ? l’on radote, je pense.
À moi les proposer ! hélas ils font pitié.
Voyez un peu la belle espèce ! »
L’un n’avait en l’esprit nulle délicatesse ;
L’autre avait le nez fait de cette façon-là ;
C’était ceci, c’était cela,
C’était tout ; car les précieuses
Font dessus tous les dédaigneuses.
Jean de La Fontaine, Fables, VII, 4, v. 35-52, 1668.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Soulignez les interventions du fabuliste dans le récit.
b. Quels indices vous ont permis de les identifier ?
Le lexique péjoratif, les temps du discours, l’adresse aux
....................................................................................
lecteurs par le mode impératif, la question rhétorique et les
....................................................................................
explications permettent d’identifier les interventions.
....................................................................................
....................................................................................
c. Devinez la suite de la fable à partir des indices donnés
par la voix du fabuliste.
La fille trop arrogante finit par souffrir de solitude et de
....................................................................................
vieillesse. « Celle-ci fit un choix qu’on n’aurait jamais cru,/ Se
....................................................................................
trouvant à la fin tout aise et tout heureuse/ De rencontrer un
....................................................................................
malotru » (La Fontaine).
....................................................................................
....................................................................................
....................................................................................
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Réécrivez l’extrait de Bel-Ami de Maupassant
du point de vue de Madeleine Forestier, ancienne épouse de
Georges Duroy, qui assiste au mariage parmi la foule.
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Histoire et récit
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RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
1. Histoire et récit
Histoire : suite chronologique d’actions ou d’événements.
Récit : représentation par la narration des actions ou des événements : la chronologie de l’histoire est modelée par le récit.
2. Ordre du récit et des événements
Prolepse
Récit d’un événement par anticipation
Ex. : le narrateur rapporte des événements qui se
déroulent dans l’avenir
Analepse
Faits rapportés par le narrateur qui sont antérieurs
à l’histoire racontée
Ex. : – résumé de l’histoire d’un personnage
– souvenirs
– explications du présent
Récit qui suit l’ordre des événements
Ex. : récit mythique, ou conte populaire
Concordance
3. Rythme du récit
Pause
Interruption dans le déroulement des événements
Ex. : – description
– analyse d’une pensée
– commentaire
Scène
Durée du récit = durée des événements
Ex. : – moments les plus intenses
– dialogues
– repas, coucher, lever, agonie
Accélération du récit, qui résume les événements
Ex. : – narration sans détails
– transition entre deux scènes
Certains événements sont passés sous silence par le narrateur
Ex. : – temps morts, pendant lesquels rien ne se passe
– silence délibéré, qui tait une émotion trop forte
– omission d’un épisode sans intérêt pour le récit
Sommaire
Ellipse
Repérer et manipuler
1 Remettez les événements dans l’ordre chronologique.
1. Berthe en reparla plusieurs fois
2. puis, à la longue, elle n’y pensa plus
3. On lui répondit qu’elle était absente,
4. Elle demanda sa maman.
5. qu’elle lui rapporterait des joujoux.
6. Charles, le lendemain, fit revenir la petite.
6, 4, 3, 5, 1, 2.
Ordre chronologique : ...............................................
2 Les extraits suivants constituent-ils des prolepses
ou des analepses ?
1. « Ce serviteur, dont le nom reviendra plus tard dans ce
Prolepse
récit, s’appelait André. » (Fromentin)
......................
2. « Leurs regards s’unissaient dans une même angoisse,
comme leurs cœurs s’unissaient jadis dans un même
Analepse
amour. » (Balzac) ................................................
3. « Il revoyait la cellule étroite où il avait passé ses deux
Analepse
années de philosophie. » (Zola) ..............................
4. « Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au
commencement de 1809, en lui laissant deux enfants. »
Analepse
(Flaubert)
.........................................................
5. « Cette lutte si mesquine en apparence influa beaucoup
sur l’avenir de cette famille, quand, plus tard, elle eut
Prolepse
besoin de secours. » (Balzac)
................................
3 Déterminez si ces passages constituent une pause,
une scène, un sommaire ou une ellipse.
1. « Son bonheur dura quinze années, sans le plus léger
Sommaire
nuage. » (Balzac)
................................................
2. « Pendant ces deux années, la ville fut si souvent sur le
Sommaire
point d’être prise. » (Balzac)
.................................
3. « Les verres de Bohême diversement colorés faisaient au
milieu des fleurs et des fruits comme une illumination
Pause
dans un jardin. » (Flaubert)
..................................
4. « Je faillis être fusillé. Le printemps revint. L’armée d’ocEllipse
cupation s’éloigna. » (Maupassant)
........................
5. « La barque arrive, abaisse ses voiles, touche au môle,
Scène
présente le flanc. » (Chateaubriand)
.......................
6. « Il fallut un quart d’heure de calculs laborieux, avant de
tout régler à la satisf action de chacun. » (Zola)
Sommaire
..........................................................................
7. « L’habitant de la cabane, et celui des palais, tout souffre,
Pause
tout gémit ici-bas. » (Chateaubriand)
.....................
8. « – une déclaration… à moi ! – Mais oui, en quatre mots :
Scène
je vous trouve charmante. » (Maupassant) .................
9. « Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans
roses qui palpitaient au vent derrière elle. » (Flaubert)
Pause
.......................................................................
10. « Des années passèrent ; l’enfant gagnait six ans. »
Ellipse
(Maupassant)
....................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Madame Bovary de Gustave Flaubert
4 a. Soulignez les verbes qui ont Charles pour sujet :
qu’expriment-ils ?
Il
s’agit de verbes de sensation ou de pensée : Charles
..................................................................................
contemple le présent, et son imagination s’élance vers l’avenir.
..................................................................................
b. Encadrez les verbes au conditionnel. Selon quel ordre
la pensée de Charles présente-t-elle les événements ?
Les verbes au conditionnel expriment la postériorité par
..................................................................................
rapport
au présent de la perception : cette prolepse sert
..................................................................................
l’analyse de la pensée de Charles, qui imagine un avenir
..................................................................................
heureux et un peu mièvre. Il conçoit ici une sorte de roman
..................................................................................
de sa propre famille.
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Charles observe sa femme et sa fille dans leur sommeil.
Charles les regardait. Il croyait entendre l’haleine
légère de son enfant. Elle allait grandir maintenant ;
chaque saison, vite, amènerait un progrès ; il la voyait
déjà revenant de l’école à la tombée du jour, toute rieuse,
avec sa brassière1 tachée d’encre, et portant au bras son
panier ; puis il faudrait la mettre en pension, cela coûterait beaucoup ; comment faire ? Alors il réfléchissait.
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.
1. brassière : petite chemise d’enfant.
Le roman
Adolphe de Benjamin Constant
Adolphe, un jeune homme, s’est épris d’une
femme d’âge mûr.
Le jour parut ; je courus chez Ellénore. Elle
était couchée, ayant passé la nuit à pleurer ; ses
yeux étaient encore humides, et ses cheveux
étaient épars ; elle me vit entrer avec surprise.
« Viens, lui dis-je, partons. » Elle voulut
répondre. « Partons, repris-je. As-tu sur la terre
un autre protecteur, un autre ami que moi ? mes
bras ne sont-ils pas ton unique asile ? » Elle
résistait. « J’ai des raisons importantes, ajoutaije, et qui me sont personnelles. Au nom du ciel,
suis-moi. » Je l’entraînai. Pendant la route, je
l’accablais de caresses […].
Benjamin Constant, Adolphe, 1816.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
5 a. Relevez une ellipse dans ce passage : quel moment efface-
t-elle ?
La phrase « Le jour parut » constitue une ellipse : le lecteur ne sait
...........................................................................................
rien de la nuit passée par les personnages, qui ont été séparés. Le
...........................................................................................
tableau matinal révèle les événements de la nuit.
...........................................................................................
b. Relevez une pause, une scène et un sommaire : quels éléments de l’histoire présentent-ils ?
La course du personnage-narrateur chez Ellénore constitue un
...........................................................................................
sommaire. De brèves pauses descriptives ralentissent l’action.
...........................................................................................
Un dialogue imite ensuite la durée réelle des événements.
...........................................................................................
Les nombreux gestes tendres d’Adolphe sont ensuite décrits.
...........................................................................................
c. Quel état d’esprit la diversité des rythmes révèle-t-elle chez
les personnages ?
Après la séparation de la nuit, Adolphe apparaît impatient et
...........................................................................................
fougueux ; Ellénore reste indécise.
...........................................................................................
Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac
Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1834.
6 a. Observez les temps : quels rythmes apparaissent ici ?
À quelles intentions du narrateur ce choix répond-il ?
Une pause trace le portrait de Charles et livre les
..................................................................................
informations utiles à l’intelligence du récit. Le présent
..................................................................................
énonce une vérité générale sur les mœurs humaines.
..................................................................................
b. Étudiez l’ordre dans lequel sont présentés les événements : à quelles périodes de la vie du personnage la
narration s’intéresse-t-elle ?
Les plus-que-parfait évoquent l’enfance et l’adolescence de
..................................................................................
Charles ; l’auxiliaire modal « devoir » annonce un avenir
..................................................................................
déjà « en germe » dans le présent.
..................................................................................
c. Quelle image du personnage l’ordre du récit forme-t-il ?
Autour du présent où rayonnent jeunesse et « fraîcheur »
..................................................................................
circulent le souvenir d’une enfance prometteuse, mais
..................................................................................
gâtée par des soins excessifs, et la vision prophétique d’un
..................................................................................
avenir sans poésie.
..................................................................................
Ve
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Rédigez un paragraphe qui montrera que
l’ordre et le rythme du récit permettent l’analyse du
personnage dans l’extrait d’Eugénie Grandet de Balzac.
C
Charles, un jeune Parisien élégant vient d’arriver à
Saumur.
Le grain d’or que sa mère lui avait jeté au cœur s’était
étendu dans la filière parisienne, il l’avait employé en
superficie et devait l’user par le frottement. Mais Charles
n’avait encore que vingt et un ans. À cet âge, la fraîcheur
de la vie semble inséparable de la candeur de l’âme. La
voix, le regard, la figure paraissent en harmonie avec
les sentiments. Aussi le juge le plus dur, l’avoué le plus
incrédule, l’usurier le moins facile hésitent-ils toujours
à croire à la vieillesse du cœur, à la corruption des
calculs, quand les yeux nagent encore dans un fluide
pur, et qu’il n’y a point de rides sur le front. Charles
n’avait jamais eu l’occasion d’appliquer les maximes de
la morale parisienne, et jusqu’à ce jour il était beau
d’inexpérience. Mais, à son insu, l’égoïsme lui avait été
inoculé. Les germes de l’économie politique à l’usage
du Parisien, latents en son cœur, ne devaient pas tarder
à y fleurir, aussitôt que de spectateur oisif il deviendrait
acteur dans le drame de la vie réelle.
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VERS LA 1re •
Sur une copie
I. Acquérir une culture littéraire
La description
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RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Éclairer le sens
de l’histoire
Comparaisons
 Personnifications (le
lieu laisse présager la
déchéance du personnage
du Père Goriot)
 Figures de style
(énumérations…)

Traduire une vision
particulière du monde
Lexique valorisant/
dévalorisant (le locuteur
manifeste son jugement)
 Modalisateurs et marques
de subjectivité (éloge ou
blâme)

La salle à manger de la pension Vauquer, cadre
de l’histoire, est ainsi décrite.
Dans un angle est placée une boite à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou
vineuses de chaque pensionnaire. […] Vous y verriez
un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des
gravures exécrables qui ôtent l’appétit, toutes encadrées
en bois noir verni à filets dorés ; […] une longue table
couverte en toile cirée assez grasse pour qu’un facétieux
externe y écrive son nom en se servant de son doigt
comme de style1, des chaises estropiées, de petits
paillassons piteux en sparterie2 qui se déroule toujours
sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables
à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se
carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est
vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot,
borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une
description qui retarderait trop l’intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas.
Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.
1. style : instrument servant à écrire.
2. sparterie : tissu végétal tressé.
Créer l’illusion
de la réalité
Repères spatiaux
Adjectifs qualificatifs
(forme, taille, couleur…)
 Lexique précis (éléments
organisés les uns par
rapport aux autres pour
former un ensemble
cohérent, qui donne un
« effet de réel »)


S’inscrire dans
un mouvement
Intervention du narrateur
Appels à l’expérience du
lecteur
Les écrivains réalistes essaient
de gommer le côté artificiel
de la description.


Repérer et manipuler
1 Les listes de mots suivantes sont tirées des romans
d’Émile Zola et renvoient à chaque fois à même univers. Précisez lequel, en vous aidant d’un dictionnaire.
1. Marquise – machine-tender – machine d’express – coups
chemins de fer
de sifflet – purgeur – vapeur – roues : .......................
2. Mérinos – molleton – coupon – bonneterie – capeline –
confection
tartanelle – volants – confections : ...........................
3. Fosse – puits – machine d’extraction – cheminée –
mine
pompe d’échappement – hauts fourneaux : ...................
4. Amidon – fer – poêle de fonte – eau – linge – fils – poloblanchisserie
nais – coq – carreau : .............................................
5. Godet – compas – moulage – té – équerre – châssis –
dessin, architecture
lavis : ...................................................................
2 Dressez la liste des adjectifs et participes qui
pourraient servir à décrire chaque terme.
azuré – menaçant – vaste – bleu – étoilé –
1. Le ciel : ................................................................
nuageux
– pur
...............................................................................
jaunis – tapissés – lambrissés – fissurés –
2. Les murs : .............................................................
épais
– vieux
...............................................................................
petite – ronde – charnue – luisante –
3. La bouche : ...........................................................
sensuelle – dédaigneuse
...............................................................................
long – souple – rigide – noir – bigarré
4. Le pinceau : ...........................................................
ronde
– rosée – douce – veloutée –
5. La pêche : .............................................................
comestible – juteuse
...............................................................................
3 Rendez chaque description dynamique en proposant des verbes de mouvement.
surplombait la ville.
Ex. : Le clocher [était au-dessus de] .……………......
se
couvraient
de
1. Les montagnes [avaient des] .…………….............
fleurs.
flottaient
2. Ses cheveux blonds [étaient détachés] .......................
.
débouchait dans
3. Le chemin en pente [menait à] ............................
une
impasse.
s’étendait
4. La plage de sable fin [était large] .............................
.
4 Soulignez, dans les passages descriptifs suivants,
toutes les marques de subjectivité du narrateur.
Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon,
finit à la Loire […] ; une magnifique coupe d’émeraude
au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent.
Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1835.
Diphile commence par un oiseau et finit par mille : sa
maison n’en est pas égayée, mais empestée. La cour, la
salle, l’escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet,
tout est volière ; ce n’est plus un ramage, c’est un
vacarme : les vents d’automne et les eaux dans leurs plus
grandes crues ne font pas un bruit si perçant et si aigu.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Le Misanthrope de Molière
5 a. Soulignez la caractéristique essentielle de
chacune des femmes désignées. Quels traits communs (lexicaux, stylistiques…) constatez-vous ?
Les
adjectifs, substantivés, renvoient à des
......................................................................
caractéristiques
physiques, considérées comme des
......................................................................
défauts
accentués par des hyperboles.
......................................................................
......................................................................
b. Relevez les images (métaphores et comparaisons). Qu’apportent-elles aux descriptions ?
Les
expressions : « aux jasmins en blancheur
......................................................................
comparable
», « déesse » et « abrégé des merveilles
......................................................................
des
cieux
»
correspondent
à des images, employées
......................................................................
pour
rendre compte du regard émerveillé de
......................................................................
l’homme
en face de la femme aimée.
......................................................................
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Éliante montre le pouvoir de l’amour : on porte sur la femme
aimée un regard différent.
Éliante. – […] La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;
La noire1 à faire peur, une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est dans son port2 pleine de majesté ;
La malpropre sur soi3, de peu d’attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
Molière, Le Misanthrope, Acte II, scène 4, 1666.
1. La blancheur du teint était recherchée par les femmes du xviie siècle.
2. port : maintien, position du corps. 3. malpropre sur soi : mal vêtue
Langue et culture de
l’Antiquité
De la nature de Lucrèce
Lucrèce, épicurien, détermine ici ce qui rend heureux.
La nature ne réclame rien de plus agréable : […]
si notre maison n’est pas toute brillante d’argent,
toute éclatante d’or ; si les cithares1 n’en font pas
résonner les vastes salles lambrissées2 et dorées : il
nous suffit du moins, étendus entre amis sur un
tendre gazon, le long d’une eau courante, sous les
branches d’un grand arbre, de pouvoir à peu de frais
apaiser agréablement notre faim ; surtout quand le
temps sourit, et que la saison parsème de fleurs les
herbes verdoyantes.
Lucrèce, De la nature, II, vers 23-34, trad. d’A. Ernout, © Les
Belles Lettres, 1966.
1. cithares : Instruments à cordes employés dans les banquets.
2. lambrissées : dont les murs sont couverts de panneaux
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
6 a. Quelles sont les caractéristiques de la maison décrite ?
La maison évoquée par Lucrèce est remarquable par sa richesse,
.......................................................................................
avec les matières évoquées : l’« argent », l’« or » et les « salles
.......................................................................................
dorées ». Elle éblouit par son éclat (« brillante », « éclatante »).
.......................................................................................
b. En quoi le paysage décrit par la suite s’oppose-t-il à ce
lieu ?
Le cadre naturel fait l’objet d’une description. La simplicité du
.......................................................................................
lieu, avec son « eau courante », son « grand arbre » est
.......................................................................................
favorable aux discussions. Il ne sert pas aux banquets. S’il y a
.......................................................................................
profusion, c’est d’éléments naturels comme les fleurs.
.......................................................................................
c. Quel rôle jouent ces descriptions dans l’argumentation de
Lucrèce ?
Pour être heureux, il faut se contenter de plaisirs naturels. Les
.......................................................................................
descriptions permettent de rendre évidente l’opposition entre
.......................................................................................
le luxe, superflu, et la nature.
.......................................................................................
Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert
L’aspect aimable de Bouvard charma de suite Pécuchet.
Ses yeux bleuâtres, toujours entreclos, souriaient dans son visage
coloré. Un pantalon à grand-pont, qui godait1 par le bas sur des
souliers de castor, moulait son ventre, faisait bouffer sa chemise
à la ceinture ; – et ses cheveux blonds, frisés d’eux-mêmes en
boucles légères, lui donnaient quelque chose d’enfantin.
Il poussait du bout des lèvres une espèce de sifflement continu.
L’air sérieux de Pécuchet frappa Bouvard.
On aurait dit qu’il portait une perruque, tant les mèches garnissant son crâne élevé étaient plates et noires. Sa figure semblait
tout en profil, à cause du nez qui descendait très bas. Ses jambes
prises dans des tuyaux de lasting2 manquaient de proportion
avec la longueur du buste ; et il avait une voix forte, caverneuse.
Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1880.
1. goder : faire un pli rond. 2. lasting : étoffe de laine.
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C
Rédigez un paragraphe qui montrera comment les
portraits des personnages visent à créer un effet de réel dans
l’extrait de Bouvard et Pécuchet de Flaubert.
Sur une copie
I. Acquérir une culture littéraire
7 a. Pour chacun des personnages, soulignez
les éléments décrits et leurs caractéristiques.
b. Encadrez les phrases qui introduisent les
deux portraits. Pourquoi orientent-elles les
descriptions qui suivent ?
Chaque
portrait est justifié par le regard que porte
......................................................................
un
personnage
sur l’autre : Bouvard est vu comme
......................................................................
«
aimable » par Pécuchet, tandis que Pécuchet est
......................................................................
jugé
« sérieux » par Bouvard. La description qui suit
......................................................................
explique
le jugement porté sur chacun d’eux.
......................................................................
c. Comment Flaubert montre-t-il la complémentarité de ces personnages ?
Les
portraits sont construits en contrepoint, comme
......................................................................
le
souligne la structure parallèle des deux phrases
......................................................................
introductives.
Les adjectifs qui ouvrent les
......................................................................
description
s’opposent.
Les personnages ont une
......................................................................
apparence
différente : Bouvard est tout en
......................................................................
rondeur,
tandis que Pécuchet est longiligne. Leurs
......................................................................
voix
sont aussi opposées.
......................................................................
......................................................................
15
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Les types de raisonnements
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Observer et retenir
1. Le raisonnement déductif
Il part d’une loi générale pour
en déduire un cas particulier.
Ex. : « Je suis cent fois plus à plaindre que vous),
disait l’Ingénu ; je suis né libre comme l’air ; j’avais deux vies,
la liberté et l’objet de mon amour : on me les ôte. »
Affirmation de l’opinion ou de la thèse
Faits qui se déduisent de la thèse et
démontrent sa pertinence
Voltaire, L’Ingénu, 1767.
2. Le raisonnement inductif
Il part d’un cas particulier pour
en déduire une loi générale.
Ex. : Ils savent en hiver élever leurs maisons,
Passent les étangs sur des ponts,
Fruit de leur art, savant ouvrage ; […]
Que ces Castors ne soient qu’un corps vide d’esprit,
Jamais on ne pourra m’obliger à le croire.
Faits qui mènent à affirmer la pertinence
de la thèse
Thèse induite par les faits,
l’expérience
La Fontaine, Fables, « Discours à Mme de La Sablière », X, 1678-1679.
3. Le raisonnement analogique
Son principe est
le rapprochement entre
deux choses.
Thèse à réfuter
Analogie qui doit convaincre
le destinataire
Conclusion
Ex. : « Ce pays est à toi ! Et pourquoi ? Parce que tu y as mis le pied ?)
Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât
sur une de vos pierres […] : Ce pays est aux habitants de Tahiti,
Qu’en penserais-tu ? »
Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1796.
4. Le raisonnement concessif
Il prend en considération
l’argument opposé à sa thèse
pour mieux la renforcer.
Ex. : Balzac est encore pour nous, je le répète, une puissance
avec laquelle on ne discute pas. […] Mais, sans le diminuer,
je puis dire ce que Gustave Flaubert a fait du roman après lui :
il […] l’a changé en une œuvre d’art harmonique, impersonnelle,
vivant de sa beauté propre.
Concession accordée à la
valeur de Balzac
Thèse de Zola qui affirme
la valeur supérieure de Flaubert
Zola, Les Romanciers naturalistes, 1881.
Repérer et manipuler
1 Identifiez les types de raisonnement.
1. « Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encore comme un enfant. » (La Fontaine)
concessif
Raisonnement : .....................................................
2. Un ignorant et un savant perdent leur maison détruite
3 Transformez le raisonnement inductif suivant en
un raisonnement déductif.
« Pour moi, […] toutes les belles ont droit de nous
charmer. L’avantage d’être rencontrée la première ne
doit point dérober aux autres les justes prétentions
qu’elles ont sur nos cœurs. La constance n’est donc
bonne que pour les ridicules. » (d’après Molière)
par la guerre.
« L’un et l’autre quitta sa ville.
L’ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L’autre reçut partout quelque faveur nouvelle :
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots ; le savoir a son prix. » (La Fontaine)
inductif
Raisonnement : .....................................................
« Non, non, la constance n’est bonne que pour les
...............................................................................
ridicules ; toutes les belles ont le droit de nous charmer,
...............................................................................
et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point
...............................................................................
dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont sur
...............................................................................
nos cœurs. […] » (Molière, Dom Juan, 1665)
...............................................................................
2 Trouvez une analogie pour démontrer la perti-
4 Introduisez une concession dans ces différents rai-
nence des affirmations.
1. Le théâtre est fait pour être joué.
Analogie
avec l’audition d’un concerto et la lecture d’une
...............................................................................
partition.
...............................................................................
2. Le maître doit identifier les qualités de son élève.
Analogie
avec le choix d’un sport adapté à un potentiel.
...............................................................................
...............................................................................
sonnements.
1. La fable contient des vérités qui servent de leçons.
La fable est sans doute mensongère mais elle contient des
...............................................................................
vérités qui servent de leçons.
...............................................................................
2. Un cadavre exquis, fruit du hasard, ne « veut » rien dire.
Un cadavre exquis n’a certes pas l’intention d’exprimer
...............................................................................
une idée ; il arrive toutefois qu’il fasse sens.
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
Les Caractères de Jean de La Bruyère
5 a. Identifiez le type de raisonnement choisi par
l’auteur.
Le
raisonnement est analogique : le troupeau et son
.............................................................................
berger sont l’« image naïve des peuples et du prince qui
.............................................................................
les gouverne».
.............................................................................
b. Reformulez la thèse défendue par l’auteur.
Le faste et le luxe d’un souverain sont inutiles aux
.............................................................................
peuples
et à leur bon gouvernement.
.............................................................................
c. Par quels procédés l’auteur amène-t-il le lecteur à
adhérer à sa thèse ?
Le comparant est particulièrement développé, explicité
.............................................................................
et valorisé dans ce raisonnement. Tous les domaines
.............................................................................
sont explorés permettant ainsi d’établir des
.............................................................................
correspondances
avec le comparé à venir.
.............................................................................
L’auteur implique par un « vous » et des questions
.............................................................................
rhétoriques le destinataire invité ainsi à établir le
.............................................................................
rapprochement entre comparant et comparé.
.............................................................................
L’analogie
est reprise dans les dernières lignes de la
.............................................................................
démonstration par une métaphore montrant le
.............................................................................
caractère incongru du comparant devenu berger de
.............................................................................
pastorale, ce qui suggère et démontre implicitement et
.............................................................................
davantage
la pertinence de la thèse. La question
.............................................................................
rhétorique finale contient une évidence que le
.............................................................................
destinataire rapportera au comparé.
.............................................................................
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Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau,
qui répandu sur une colline vers le déclin d’un beau jour,
paît tranquillement le thym et le serpolet1, qui broute dans
une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la
faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est
debout auprès de ses brebis. Il ne les perd pas de vue, il les
suit, il les conduit, il les change de pâturage ; si elles se
dispersent, il les rassemble ; si un loup avide paraît, il lâche
son chien, qui le met en fuite ; il les nourrit, il les défend ;
l’aurore le trouve déjà en pleine campagne, d’où il ne se
retire qu’avec le soleil : quels soins ! quelle vigilance ! quelle
servitude ! Quelle condition vous paraît la plus délicieuse
et la plus libre, ou du berger ou des brebis ? le troupeau
est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau ?
Image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s’il
est bon prince.
Le faste et le luxe dans un souverain, c’est le berger habillé
d’or et de pierreries, la houlette2 d’or en ses mains ; son
chien a un collier d’or, il est attaché avec une laisse d’or et
de soie. Que sert tant d’or à son troupeau ou contre les
loups ?
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
1. serpolet : variété de thym.
2. houlette : bâton de berger.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Candide de Voltaire
Candide, le héros du conte, Pangloss un philosophe représentant de
l’Optimisme et Martin, un philosophe pessimiste, philosophent sur
les conditions d’une vie heureuse.
Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon
le rapport de tous les philosophes ; car enfin Églon, roi des
Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les
cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam,
fut tué par Baasa ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ;
Athalie, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias,
furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage,
Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal,
Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius,
Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI,
Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France,
l’empereur Henri IV? Vous savez… – Je sais aussi, dit Candide,
qu’il faut cultiver notre jardin. – Vous avez raison, dit
Pangloss ; car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden,
il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât ; ce qui
prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. – Travaillons
sans raisonner, dit Martin, c’est le seul moyen de rendre la
vie supportable.
Voltaire, Candide, 1759.
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rit
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6 a. Quels raisonnements les différents locuteurs
exploitent-ils ?
Pangloss
recourt au raisonnement déductif à deux
.............................................................................
reprises.
Candide se refuse à démontrer la pertinence de
.............................................................................
sa
thèse et c’est Martin qui la soutient lui aussi par un
.............................................................................
raisonnement
déductif mais autoritairement démontré.
.............................................................................
b. En quoi cet extrait suggère-t-il une critique du
pouvoir des raisonnements ?
Dans
le premier raisonnement, Pangloss énonce une
.............................................................................
vérité
générale soutenue par l’autorité des philosophes
.............................................................................
et par une multitude d’exemples tirés de la Bible, de
.............................................................................
l’Antiquité ou de l’histoire plus récente de l’Angleterre
.............................................................................
et de la France confirmant la pertinence de sa thèse. On
.............................................................................
remarque
que Candide et Martin restent sourds au
.............................................................................
raisonnement de Pangloss. Le narrateur surtout invite à
.............................................................................
se moquer du raisonnement tant il est caricatural de
.............................................................................
Pangloss lui-même (tout en langue, selon l’étymologie)
.............................................................................
et
du type de raisonnement qui peut mener à multiplier
.............................................................................
les faits particuliers qui restent à vérifier, ainsi que de la
.............................................................................
rhétorique biblique. Le second raisonnement, outre
.............................................................................
qu’il est pédant, repose sur une affirmation qui trahit le
.............................................................................
texte
biblique et s’invalide ainsi de lui-même.
.............................................................................
Imaginez une réponse argumentée adressée à Dom Juan ( voir exercice 3 )
dans laquelle vous ferez l’éloge de la fidélité en exploitant un raisonnement concessif.
I. Acquérir une culture littéraire
Sur une copie
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
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Les types d’arguments
Observer et retenir
Un argument est une « affirmation utilisée pour expliquer, ou pour justifier une autre affirmation ». (Gradus, Les Procédés littéraires)
1. Arguments logiques : visent l’intelligence
Moyens
Visée
Le discours
prétend
démontrer
(logos).
L’orateur fait
apparaître
le vrai ou le
vraisemblable.
Quelques procédés
Exemples
• Argument de transitivité :
a = b ; b = c ; c = d ; donc a = d
Les Athéniens dirigent les Grecs. Je dirige les
Athéniens. Ma mère me dirige. Mon fils dirige
ma mère. Donc mon fils dirige les Grecs. (d’après
Plutarque)
• Argument fondé sur l’expérience :
évoque ce qui est constaté habituellement
Les écrivains qui obtiennent le prix Goncourt
vendent toujours un grand nombre de romans.
• Tautologie :
Ce médicament fait dormir, parce qu’il y en en lui un
répétition stérile d’une idée sous une autre forme pouvoir soporifique dont l’effet est d’assoupir les sens.
(d’après Molière)
• Syllogisme :
argument en trois étapes :
1. un énoncé universellement vrai (prémisse)
2. un énoncé particulier prolongeant 1 (prémisse)
3. une conclusion particulière tirée de 1 et 2
1. Thésée fut un homme remarquable ;
2. or il a admiré Hélène ;
3. donc Hélène est une femme remarquable
(d’après Isocrate)
2. Arguments affectifs : visent les émotions
Moyens
Visée
Quelques procédés
Exemples
Image que
l’orateur donne
de lui-même :
caractère,
personnalité
(èthos).
L’orateur inspire la • Argument d’autorité :
confiance en lui ou s’appuie sur l’opinion d’une
la méfiance envers personnalité reconnue de tous
son adversaire.
• Argument ad hominem :
montre les contradictions entre la
thèse de l’adversaire et ses paroles ou
ses actions
« l’utilité d’un pareil droit a été reconnue par JeanJacques Rousseau, l’oracle de tous les partisans de la
démocratie » (Mounier)
Dispositions dans
lesquelles est
mis l’auditeur
(pathos).
L’orateur fait naître • Images, hyperboles, affirmation
des émotions chez déguisée (question rhétorique),
ponctuation expressive, interjections
l’auditeur (pitié,
crainte, etc.)
« Ah oui ! Je deviendrais l’homme le plus malheureux
du monde si j’étais exilé injustement, moi qui suis
seul et qui n’ai pas d’enfant… » (Lysias)
« Roscius a volé Fannus ? Qu’est-ce à dire ? l’homme
honnête a volé le malhonnête, l’homme de bien a
volé le brigand, l’ingénu a volé le renard, le généreux
a volé le rapace. C’est inimaginable. » (Cicéron)
Repérer et manipuler
1 Distinguez argument d’autorité et argument
ad
hominem.
1. Force et faiblesse se mêlent dans l’homme. Pascal, au
XViie siècle, le sentait avec netteté.
Argument d’autorité
..........................................................................
2. Comment peux-tu te présenter en rempart de la nation
menacée, toi qui as fui au premier bruit du danger ?
Argument ad hominem
..........................................................................
3. L’accusé vit dans un luxueux hôtel particulier et prétend
être misérable !
Argument ad hominem
..........................................................................
4. Le vote est l’action la plus efficace du peuple : Cicéron
voulait que les généraux se soumettent au pouvoir des
hommes élus.
Argument d’autorité
..........................................................................
2 Distinguez les différents types d’arguments.
1. « Tout arbre est vivant, tout chêne est arbre, donc tout
chêne est vivant. » (Barry)
Syllogisme
..........................................................................
2. « Tu n’es pas une pierre, puisque tu es un être animé »
(Lucien)
Tautologie
..........................................................................
3. Un exercice difficile est intéressant. Un exercice intéressant est instructif. Un exercice instructif est utile. Donc
un exercice difficile est utile.
Argument de transitivité
..........................................................................
4. Cet orateur nous a trompés en tenant des propos
contraires à la vérité.
Tautologie
..........................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Les Caractères de Jean de La Bruyère
3 a. Quel type d’argument est employé dans ce texte ?
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[L’amour naît brusquement, sans autre réflexion, par
tempérament ou par faiblesse : un trait de beauté nous
fixe, nous détermine.][L’amitié au contraire se forme
peu à peu, avec le temps, par la pratique, par un long
commerce.][Combien d’esprit, de bonté de cœur,
d’attachement, de services et de complaisance dans
les amis, pour faire en plusieurs années bien moins
que ne fait quelquefois en un moment un beau visage
ou une belle main !]
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
traduisent
une relation logique (= en effet) ; la locution préposi.....................................................................................
tionnelle
« au contraire » oppose « amour » et « amitié ».
.....................................................................................
b. Repérez par des crochets les étapes de l’argumentation
de La Bruyère : quel procédé logique emploie-t-il ?
Les
deux premières phrases énoncent des affirmations
.....................................................................................
générales (prémisses) ; la troisième énonce une vérité
.....................................................................................
nouvelle,
qui découle des deux premières : syllogisme.
.....................................................................................
Première Catilinaire de Cicéron
Catilina, un noble romain, prépare un coup d’État ; le
consul, Cicéron, le démasque devant le sénat.
Jusques à quand, enfin, Catilina, abuseras-tu de notre
patience ? Combien de temps encore ta fureur esquiverat-elle nos coups ? Jusqu’où s’emportera ton audace sans
frein ? Rien, ni les troupes qui, la nuit, occupent le Palatin1,
ni les rondes à travers la ville, ni l’anxiété du peuple, ni ce
rassemblement de tous les bons citoyens, ni le choix de ce
lieu2, le plus sûr de tous, pour la convocation du Sénat, ni
l’air ni l’expression de tous ceux qui sont ici, non, rien n’a
pu te déconcerter ? Tes projets sont percés à jour ; ne le
sens-tu pas ? Ta conspiration, connue de tous, est déjà
maîtrisée ; ne le vois-tu pas ? Ce que tu as fait la nuit dernière, et aussi la nuit précédente, où tu as été, qui tu as
convoqué, ce que tu as résolu, crois-tu qu’un seul d’entre
nous l’ignore ? Ô temps ! ô mœurs !
Marcus Tullius Cicéron, Première Catilinaire
(8 novembre 63), trad. d’Éd. Bailly, 1926, © Les Belles Lettres.
1. Palatin : une des collines de Rome. 2. ce lieu : un temple bien gardé.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle au
xixe siècle : réalisme et naturalime
minants qui désignent Catilina ; encadrez ceux qui
désignent Cicéron et ceux qu’il représente. Quels
effets produisent ces emplois sur les auditeurs ?
La
deuxième personne du singulier s’oppose à la première
..............................................................................
personne
du pluriel, qui désigne Cicéron et les sénateurs.
..............................................................................
Cicéron
isole Catilina en opposant à un homme seul une
..............................................................................
communauté
unie.
..............................................................................
b. Observez les termes qui expriment un jugement de
valeur : quelle image Cicéron donne-t-il des sénateurs et de lui-même ?
Les
termes « patience » et « fureur », « bons citoyens »
..............................................................................
expriment
un jugement : Cicéron se présente comme un
..............................................................................
homme
vertueux, digne de confiance.
..............................................................................
c. Observez les signes de ponctuation : quelles intonations dominent ? Quelles émotions sont ainsi provoquées ?
Exclamations
et interrogations suscitent l’indignation des
..............................................................................
sénateurs,
et la crainte de Catilina, qui est accusé publiquement.
..............................................................................
Germinal d’Émile Zola
Étienne, un ouvrier, s’insurge devant le peuple de la mine contre
l’attitude de la Compagnie des mines de Montsou.
Du coup, Étienne s’animait. Comment ! la réflexion serait
défendue à l’ouvrier ! Eh ! justement, les choses changeraient
bientôt, parce que l’ouvrier réfléchissait à cette heure. Du temps
du vieux1, le mineur vivait dans la mine comme une brute,
comme une machine à extraire la houille, toujours sous la terre,
les oreilles et les yeux bouchés aux événements du dehors. Aussi
les riches qui gouvernent, avaient-ils beau jeu de s’entendre, de
le vendre et de l’acheter, pour lui manger la chair : il ne s’en
doutait même pas. Mais, à présent, le mineur s’éveillait au fond,
germait dans la terre ainsi qu’une vraie graine ; et l’on verrait
un matin ce qu’il pousserait au beau milieu des champs : oui, il
pousserait des hommes, une armée d’hommes qui rétabliraient
la justice. Est-ce que tous les citoyens n’étaient pas égaux depuis
la Révolution ? puisqu’on votait ensemble, est-ce que l’ouvrier
devait rester l’esclave du patron qui le payait ? […]
Émile Zola, Germinal, 1885.
5 a. Quels sont les arguments employés par
Étienne pour défendre les mineurs ?
Étienne affirme que les ouvriers comprennent le monde ;
......................................................................
que les mineurs sont des citoyens, égaux des autres
......................................................................
citoyens.
......................................................................
b. Quelle image Étienne donne-t-il de lui-même ?
Étienne, par des questions rhétoriques où il fait
......................................................................
appel aux valeurs de la Révolution, crée une
......................................................................
connivence avec l’auditoire.
......................................................................
c. Dans quelle disposition d’esprit Étienne cherchet-il à mettre son auditoire ?
Étienne veut susciter l’émotion : les exclamations,
......................................................................
l’interjection « eh ! », les images, qui présentent le
......................................................................
mineur comme un animal sacrifié, ou comme un
......................................................................
végétal, provoquent des sentiments de haine et
......................................................................
d’espoir chez les auditeurs.
......................................................................
Ve
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om s l t ai
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Rédigez un paragraphe qui montrera
comment le discours argumentatif s’insère dans
la narration romanesque dans l’extrait de Zola.
Sur une copie
C
1. le vieux : le père Bonnemort, un vieux mineur.
I. Acquérir une culture littéraire
4 a. Soulignez les pronoms personnels et les déter-
re
Langue et culture
de l’Antiquité
Justifiez votre réponse.
L’argumentation
relève ici de la logique : les deux-points
.....................................................................................
L’argumentation directe et indirecte
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17
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
L’argumentation directe
Il y a une fable de Péguy que je trouve très belle : la fable
des casseurs de cailloux. Charles Péguy va en pèlerinage à
Chartres. Il voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux.
Il s’approche de lui : « Qu’est-ce que vous faites, monsieur ?
– Vous voyez bien, je casse les cailloux, c’est dur, j’ai mal au
dos, j’ai soif, j’ai chaud. Je fais un sous-métier, je suis un
sous-homme. » Il continue et voit plus loin un autre homme
qui casse les cailloux ; lui n’a pas l’air mal. « Monsieur, qu’estce que vous faites ? – Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des
cailloux, je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma
famille, je suis bien content d’avoir celui-là. » Péguy poursuit
son chemin et s’approche d’un troisième casseur de cailloux,
qui est souriant, radieux : « Moi, monsieur, dit-il, je bâtis une
cathédrale. »
Le fait est le même, l’attribution du sens au fait est totalement
différente. Et cette attribution du sens vient de notre propre
histoire et de notre contexte social. Quand on a une cathédrale
dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière.
Thèse explicite :
 Discours argumentatif
 Réflexion personnelle
 Démonstration logique
 Registres polémique, satirique, ironique…
 Lexique évaluatif
L’argumentation indirecte
Recours à la fiction
Discours narratif
 Registres comique, pathétique…
 Hyperboles
 Vivacité


Thèse implicite :
Portée argumentative
 Intrusions d’auteur
 Ironie
 Lexique évaluatif
 Connotations
 Discours direct, indirect libre…

Boris Cyrulnik, propos recueillis par Claude Weill,
Le Nouvel Observateur, n°1939, 9 janvier 2002.
●
Synthèse : l’argumentation directe et indirecte
L’argumentation directe
L’argumentation indirecte
Le locuteur présente sa thèse et
ses arguments sans recours à la fiction.
La thèse et les arguments sont suggérés
par le recours à la fiction. Ce détour peut
permettre aux auteurs de contourner
la censure.
• L’essai
• La maxime
• Le discours
• La préface
• L’article de presse et d’encyclopédie
• La lettre
• Le pamphlet
• Le traité
• La satire
• Le manifeste
• La fable
• Le conte
• L’utopie
• Le roman
• Le théâtre
• Le portrait
• La poésie
Repérer et manipuler
1 Soulignez dans l’extrait suivant : un verbe d’opi-
nion, un indice de présence personnelle, un mot évaluatif, un connecteur logique, un procédé polémique
et un terme de réflexion.
Victor Hugo s’exprime sur la peine de mort.
Eh bien ! nous nions d’abord qu’il y ait exemple.
Nous nions que le spectacle des supplices produise
l’effet qu’on en attend. Loin d’édifier le peuple, il le
démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant1
toute vertu. Les preuves abondent, et encombreraient
notre raisonnement si nous voulions en citer.
Victor Hugo, Préface au Dernier jour d’un condamné, 1832.
1. partant : par conséquent.
2 Reformulez cette fable suivant le mode de l’argu-
mentation directe.
Un Renard ne pouvant atteindre aux
Raisins d’une treille, dit qu’ils n’étaient pas
mûrs, et qu’il n’en voulait point.
Quand d’une charmante beauté,
Un galant fait le dégoûté,
Il a beau dire, il a beau feindre,
C’est qu’il n’y peut atteindre.
Charles Perrault, Le Labyrinthe de Versailles, « fable XXVII »,
1677, d’après Esope, « Le Renard et les raisins »,
Fables, VIIe-VIe siècle av. J.-C.
Les hommes faibles préfèrent condamner les
...............................................................................
circonstances que d’avouer leur impuissance.
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Article « Paix » d’Étienne-Noël Damilaville
3 a. Quel type d’argumentation reconnaissez-vous
dans l’extrait ? Soulignez quelques indices vous permettant de l’identifier.
Il
s’agit de l’argumentation directe.
.............................................................................
b. Encadrez la thèse du philosophe.
c. À quel champ lexical Damilaville fait-il appel pour
exprimer sa pensée ?
Damilaville recourt au champ lexical de la « maladie »
.............................................................................
pour montrer les désastres occasionnés par la guerre.
.............................................................................
d. Quels procédés d’écriture traduisent la conviction
de l’auteur ?
Le présent définitionnel à valeur de vérité générale, les
.............................................................................
antithèses qui opposent la guerre à la paix, les
.............................................................................
énumérations, et l’anaphore « elle » traduisent la force
.............................................................................
de conviction de l’auteur.
.............................................................................
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La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ;
c’est une maladie convulsive et violente du corps politique,
il n’est en santé, c’est-à-dire dans son état naturel que
lorsqu’il jouit de la paix ; c’est elle qui donne de la vigueur
aux empires ; elle maintient l’ordre parmi les citoyens ; elle
laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise
la population, l’agriculture et le commerce ; en un mot elle
procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute
société. La guerre au contraire dépeuple les États ; elle y
fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la
vue de la licence qu’elle introduit ; elle rend incertaines la
liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait
négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et
abandonnées.
Étienne-Noël Damilaville, L’Encyclopédie, 1751-1772.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Le Mal » d’Arthur Rimbaud
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !... –
– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées1
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah 2 s’endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
Arthur Rimbaud, Poésies, 1870.
1. damassées : tissées. 2. hosannah : hymne catholique.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
4 a. Quels sont les champs lexicaux dominants du
poème ? Encadrez-les.
Les champs lexicaux dominants sont ceux de la guerre et
.............................................................................
de la religion.
.............................................................................
b. Quelles sont les deux cibles du poète ? Qu’ontelles en commun ?
Le Roi et Dieu : puissance, mépris et cupidité.
.............................................................................
c. Soulignez dans le poème une personnification, un
grossissement épique, une énumération pathétique,
une exclamation lyrique. Qu’en déduisez-vous sur le
type d’argumentation utilisé ?
L’argumentation indirecte est utilisée.
.............................................................................
d. Quelle vision de la guerre Rimbaud nous donne-t-il ?
Quels sentiments cherche-t-il à faire naître ?
La violence, le carnage et la souffrance des mères en
.............................................................................
retrait dans les églises suscitent révolte et pitié.
.............................................................................
Lettres persanes de Montesquieu
Rica et son ami Usbek, originaires de Perse, voyagent en
France et découvrent la capitale. Ils correspondent avec
leurs proches restés au pays.
Tu ne le croirais pas peut-être ; depuis un mois que je
suis ici, je n’y ai encore vu marcher personne. Il n’y a point
de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine1
que les Français : ils courent ; ils volent : les voitures lentes
d’Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber
en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et
qui vais souvent à pied sans changer d’allure, j’enrage
quelquefois comme un chrétien : car encore passe qu’on
m’éclabousse depuis les pieds jusqu’à la tête ; mais je ne
puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement et périodiquement.
Montesquieu, Lettres persanes, 1721.
1. leur machine : leur corps.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. L’extrait de Montesquieu relève-t-il de l’argu-
mentation directe ou indirecte ? Quels indices vous
permettent de répondre ?
L’extrait
relève de l’argumentation indirecte : roman par
.............................................................................
lettres,
contexte fictif et exotique, locuteur étranger et
.............................................................................
naïf
permettant de contourner la censure.
.............................................................................
b. Quelle critique formule le voyageur à l’égard des
parisiens ?
Rica
dénonce le rythme effréné de la capitale, la
.............................................................................
grossièreté
et la brutalité de ses habitants.
.............................................................................
c. Encadrez les indices du caractère étranger du locuteur et soulignez les effets d’exagération comique.
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Réécrivez l’extrait des Lettres
persanes de Montesquieu par le recours
à l’argumentation directe.
Sur une copie
Démontrer / délibérer / convaincre /
persuader
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18
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Définition
Raisonnement
• Argumenter objectivement • Schéma clair
en s’appuyant sur des preuves et construit :
induction,
Démontrer
syllogisme,
exemples
Délibérer
• Examiner tous les
arguments avant d’aboutir
à une conclusion
Moyens employés
Locuteur
Récepteur
• Lexique appréciatif • Il s’efface
• On fait appel
• Liens logiques
généralement à sa logique.
de son
discours.
• Affrontement • Lexique appréciatif • Il s’adresse à lui-même.
de thèses
• Questions /
adverses
réponses
• Chercher à rallier quelqu’un • Exemples
à sa cause, à l’aide de preuves historiques
Convaincre
fondées en raison
• Sentences,
proverbes
• Chercher à rallier quelqu’un • Exemples
à sa cause, en agissant sur ses inventés
sentiments
Persuader
Principaux
genres
• Les ouvrages
scientifiques
• Le théâtre
(monologue)
• Lexique appréciatif • Il s’implique • On s’adresse
• Liens logiques
dans son
à sa raison.
propos.
• L’essai
• Lexique appréciatif
• Ironie / pathétique
• Hyperboles
• Interjections,
exclamations
• Questions
rhétoriques
• Le pamphlet
• La lettre
ouverte
• La satire
• La fable
• Le locuteur
se présente
comme digne
de foi (ethos).
• On fait appel
à ses sentiments
(pathos) :
colère, dédain,
indignation,
pitié, crainte,
honte.
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Le Cid de Pierre Corneille
Le père de Rodrigue vient de lui demander de le
venger, en tuant le père de la jeune femme dont il est
amoureux, Chimène. Rodrigue est seul sur scène.
Rodrigue. – […] Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse1 :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l’étrange peine !
Pierre Corneille, Le Cid, Acte I, scène 6, 1637.
1. s’intéresse : prend parti contre.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
1 a. Quels principes s’opposent dans ce monologue ?
Soulignez les termes qui leur correspondent.
Le
sentiment de l’honneur s’oppose ici à l’amour.
.....................................................................................
b. Quels procédés stylistiques nous permettent de saisir le
dilemme de Rodrigue ?
Les parallélismes de construction et la conjonction de
.....................................................................................
coordination « ou » répétée soulignent l’indécision.
.....................................................................................
.....................................................................................
c. Quel sentiment cette délibération cause-t-elle chez
Rodrigue ? Justifiez votre réponse.
La
souffrance se lit dans le lexique employé, les hyperboles, et
.....................................................................................
les exclamatives.
.....................................................................................
.....................................................................................
Méditations métaphysiques de René Descartes
Pour définir ce qu’est l’homme, Descartes imagine que
son corps lui a été retiré. Il examine à présent son âme.
Les premiers [attributs de l’âme] sont de me nourrir et de marcher ; mais s’il est vrai que je n’aie point
de corps, il est vrai aussi que je ne puis marcher ni
me nourrir. Un autre est de sentir ; mais on ne peut
aussi sentir sans le corps […]. Un autre est de penser ;
et je trouve ici que la pensée est un attribut qui
m’appartient […] Je suis, j’existe : cela est certain.
René Descartes, Méditations métaphysiques, 2e méditation, 1641.
2 a. Quelle définition de l’homme Descartes propose-t-il ?
C’est
la pensée de son existence qui définit l’homme.
.....................................................................................
b. Quel cheminement la pensée de l’auteur suit-elle ?
Soulignez les mots qui indiquent ces étapes.
Il
examine successivement les différentes pensées de l’homme,
.....................................................................................
et
les écarte, lorsqu’elles ont un rapport avec le corps.
.....................................................................................
c. Ce texte vise-t-il à démontrer, convaincre ou persuader ? Justifiez votre réponse.
Le texte est une démonstration logique, construite par étapes,
.....................................................................................
en
partant d’un présupposé, l’absence de corps.
.....................................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes de
l’argumentation : xviiie siècle
Article « Presse » de Louis de Jaucourt
3 a. Soulignez une phrase qui exprime l’idée principale
du texte.
b. Quel contre-exemple l’auteur donne-t-il ? Expliquez.
Fait-il appel à la raison ou aux sentiments du lecteur ?
Il évoque l’Antiquité et les discours qui incitaient à la révolte. Il
.....................................................................................
oppose à cette époque la sienne, où l’écrit permet une lecture
.....................................................................................
solitaire, peu propice à la révolte. Cette argumentation,
.....................................................................................
fondée en raison, vise à convaincre.
.....................................................................................
c. L’auteur s’implique-t-il dans cette argumentation ?
Pour quelle raison ?
Il emploie des formules impersonnelles, un pronom personnel
.....................................................................................
indéfini, « on », et un « nous », assez général. Cette absence
.....................................................................................
d’implication de l’auteur s’explique par l’inscription de cette
.....................................................................................
argumentation dans un genre particulier : l’encyclopédie.
.....................................................................................
.....................................................................................
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Nous ne devons point appréhender de la liberté de la
presse les fâcheuses conséquences qui suivaient les
discours des harangues1 d’Athènes et des tribuns2 de
Rome. Un homme dans son cabinet lit un livre ou une
satire tout seul et très froidement. Il n’est pas à craindre
qu’il contracte les passions et l’enthousiasme d’autrui,
ni qu’il soit entraîné hors de lui par la véhémence d’une
déclamation. Quand même il y prendrait une disposition à la révolte, il n’a jamais sous la main d’occasion
de faire éclater ses sentiments. La liberté de la presse
ne peut donc, quelque abus qu’on en fasse, exciter des
tumultes populaires.
Louis de Jaucourt, L’Encyclopédie, 1751-1772.
1. harangues : discours solennels.
2. tribuns : représentants du peuple.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Décembre » de Victor Hugo
En 1870, la Prusse, région germanophone, déclare la
guerre à la France et envahit Paris.
Vision sombre ! un peuple en assassine un autre.
Et la même origine, ô Saxons1, est la nôtre !
Et nous sommes sortis du même flanc profond !
La Germanie avec la Gaule se confond
Dans cette antique Europe où s’ébauche l’histoire.
Croître ensemble, ce fut longtemps notre victoire ;
Les deux couples s’aidaient, couple heureux, triomphant,
Tendre, et Caïn petit aimait Abel2 enfant.
Victor Hugo, L’Année terrible, 1872.
1. Saxons : Germains.
2. Caïn, Abel : frères, dans la Bible. Caïn tua Abel.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
4 a. Soulignez les expressions qui désignent la France et
encadrez celles qui désignent la Prusse.
b. Quel argument Hugo donne-t-il contre cette guerre ?
.....................................................................................
Pour Hugo, cette guerre est un non-sens, au vu de l’histoire
.....................................................................................
commune de la France et de l’Allemagne. Il souligne la
.....................................................................................
parenté des peuples, au sein de l’Europe.
c. La démarche suivie par Hugo vise-t-elle à convaincre,
ou à persuader ? Justifiez.
Les phrases exclamatives, la comparaison biblique finale, la
.....................................................................................
personnification des nations, l’hyperbole « assassine » visent à
.....................................................................................
susciter l’émotion du lecteur, dans une démarche persuasive.
.....................................................................................
.....................................................................................
.....................................................................................
Le Rouge et le Noir de Stendhal
Julien Sorel, accusé d’avoir blessé Madame de Rênal dont il
était épris prend la parole lors de son procès.
Messieurs les jurés,
L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au
moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je
n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en
moi un paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune.
Je ne vous demande aucune grâce, continua Julien en
affermissant sa voix. Je ne me fais point illusion, la mort
m’attend : elle sera juste. J’ai pu attenter aux jours de la femme
la plus digne de tous les respects, de tous les hommages.
Mme de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon
crime est atroce, et il fut prémédité. J’ai donc mérité la mort,
Messieurs les jurés. Mais quand je serais moins coupable, je
vois des hommes qui, sans s’arrêter à ce que ma jeunesse
peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager
à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe
inférieure et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont
le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace
de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société.
Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Comment Julien Sorel se présente-t-il ? Fait-il
appel à la pitié des jurés ?
Il se présente comme un paysan révolté, ce qui peut
............................................................................
susciter l’indignation des jurés.
............................................................................
b. Pour quelles raisons la peine capitale doit-elle lui
être infligée ? Distinguez les raisons invoquées et
celles qu’il attribue aux jurés.
La respectabilité de Mme de Rênal et le caractère
............................................................................
« prémédité » de l’acte, sont des raisons invoquées,
............................................................................
(cf. italiques). Mais Julien reproche aux jurés de
............................................................................
craindre l’ascension sociale de jeunes hommes.
............................................................................
c. Quel objectif poursuit Julien Sorel dans ce discours ? Est-il convaincant ? Persuasif ?
Sans se défendre, il dénonce l’injustice de la société dans
............................................................................
une diatribe violente, persuasive.
............................................................................
V
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Réécrivez le discours de Julien
Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, de
manière à susciter la pitié des jurés. Trouvez les
arguments et les procédés stylistiques adéquats.
Sur une copie
L’emploi de l’ironie
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19
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
L’ironie est une méthode de recherche de la vérité, pratiquée par Socrate dans l’Antiquité,
passant par un questionnement où le locuteur feint l’ignorance.
La famine, la peste et la guerre sont les trois ingrédients les plus fameux de ce bas monde.
On peut ranger dans la classe de la famine toutes les mauvaises nourritures où la disette
nous force d’avoir recours pour abréger notre vie dans l’espérance de la soutenir.
On comprend dans la peste toutes les maladies contagieuses, qui sont au nombre de
deux ou trois mille. Ces deux présents nous viennent de la Providence. Mais la guerre,
qui réunit tous ces dons, nous vient de l’imagination de trois ou quatre cents personnes
répandues sur la surface de ce globe sous le nom de princes ou de ministres ; et c’est
peut-être pour cette raison que dans plusieurs dédicaces on les appelle les images vivantes
de la Divinité.
Le plus déterminé des flatteurs conviendra sans peine que la guerre traîne toujours à
sa suite la peste et la famine, pour peu qu’il ait vu les hôpitaux des armées d’Allemagne,
et qu’il ait passé dans quelques villages où il se sera fait quelque grand exploit de guerre.
C’est sans doute un très bel art que celui qui désole les campagnes, détruit les habitations et fait périr, année commune, quarante mille hommes sur cent mille.
Voltaire, article « guerre », Dictionnaire philosophique, 1764.
Un jeu de connivence
Connaissance du contexte
immédiat, des idées du
locuteur et du siècle dans
lequel il s’inscrit
Des procédés stylistiques
Oppositions : antiphrase,
oxymore, faux éloge
 Exagération : hyperbole

Les indices de l’ironie
Signes typographiques :
italique, ponctuation
 Emploi d’adverbes
 Répétitions

Repérer et manipuler
1 Dans les phrases suivantes, soulignez les expressions
ironiques et nommez la (ou les) figure(s) de style
employée(s).
1. « On lui prouva qu’il avait regardé par la fenêtre. Il fut
condamné pour ce crime à cinq cents onces d’or. »
(Voltaire)
Hyperbole
..........................................................................
2. « Ceux-ci sont des héros qui n’ont pas peur des femmes !
Ils tirent sans pâlir, gloire à ces grandes âmes !
Sur les passants tremblants. » (Hugo)
Antiphrase
..........................................................................
3. « Tandis qu’on travaillait à cet ouvrage […], cet homme
faisait imprimer un petit code de persécution, intitulé
l’Accord de la religion et de l’humanité. » (Voltaire)
Oxymore et antithèse.
..........................................................................
4. « [À propos de la Guerre d’Espagne] Un automobiliste
curieux, au prix d’un peu de fatigue, eût donc tenu facilement la gageure de voir éclater quinze têtes malpensantes par jour. » (Bernanos)
Oxymore
..........................................................................
5. « [À propos des courtisans] Cependant, comme si tout le
mérite consistait à servir, on fait parade d’une basse
complaisance. C’est la vertu du siècle. » (Montesquieu)
Antiphrase
..........................................................................
6. « [À propos de la torture] Les Français, qui passent, je ne
sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s’étonnent
que les Anglais, qui ont eu l’inhumanité de nous prendre
tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la
question. » (Voltaire)
Opposition, exagération, antiphrase
..........................................................................
2 Soulignez les marques d’ironie et ajoutez des
didascalies à ces passages de théâtre afin de les
amplifier.
Les ministres du royaume d’Espagne se répartissent
territoires et ressources…
Ruy Blas, survenant. – Bon appétit, Messieurs ! –
[…] Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, scène 2, 1838.
croise les bras, toise l’assistance, accentue
Didascalies : .............................................................
les termes mélioratifs.
...............................................................................
Alceste, le misanthrope amoureux de Célimène, vient
de lui faire des reproches.
Alceste. – Mon amour ne se peut concevoir, et jamais
Personne n’a, Madame, aimé comme je fais.
Célimène. – En effet, la méthode en est toute nouvelle,
Car vous aimez les gens pour leur faire querelle.
Molière, Le Misanthrope, Acte II, scène 1, 1666.
regard surpris, sourire narquois.
Didascalies : .............................................................
Les femmes qui veulent se rebeller contre les hommes
évoquent les obstacles à leur révolution.
Madame Sorbin. – Eh où est l’embarras ? Je n’ai qu’un
mari, qu’est-ce que cela coûte à laisser, ce n’est pas là
une affaire de cœur.
Marivaux, La Colonie, scène 1, 1750.
air d’incompréhension, geste soulignant le
Didascalies : .............................................................
rôle ténu du mari.
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Dom Juan de Molière
3 a. Soulignez les formules qui se répètent. Quelle évolu-
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Dom Juan, libertin, rencontre un pauvre.
Le Pauvre. – Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré
tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai
pas de prier le Ciel qu’il vous donne toute sorte de biens.
Dom Juan. – Eh ! prie-le qu’il te donne un habit, sans te
mettre en peine des affaires des autres. […]
Dom Juan. – Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?
Le Pauvre. – De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.
Dom Juan. – Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien
à ton aise ?
Le Pauvre. – Hélas ! Monsieur, je suis dans la plus grande
nécessité du monde.
Dom Juan. – Tu te moques : un homme qui prie le Ciel
tout le jour, ne peut pas manquer d’être bien dans ses
affaires.
tion constatez-vous ? Que cherche à montrer Dom Juan ?
Dom
Juan reprend les propos du pauvre et les détourne,
................................................................................
(cf.
les changements de pronoms personnels). Il veut
................................................................................
montrer
l’inutilité d’une attitude dévote.
................................................................................
b. Que sous-entend Dom Juan à travers la question
soulignée ?
Dom
Juan sait que le pauvre prie : l’insistance de ce dernier
................................................................................
est sans ambiguïté. Mais il feint de ne pas comprendre. Il
................................................................................
suggère
implicitement au pauvre de trouver un emploi
................................................................................
plus utile, qui lui permettrait de vivre décemment.
................................................................................
c. Relevez dans les répliques de Dom Juan deux autres
procédés ironiques.
La double négation : « Il ne se peut donc pas que tu ne sois
................................................................................
bien à ton aise ? » fonctionne comme une litote. La
.................................................................................
réplique finale constitue une antiphrase : Dom Juan pousse
.................................................................................
jusqu’au bout le raisonnement du pauvre.
.................................................................................
Molière, Dom Juan, Acte III, scène 2, 1665.
de l’argumentation : xviiie siècle
Lettres sur La Nouvelle Héloïse de Voltaire
4 a. Pourquoi certaines expressions sont-elles écrites
en italique ?
L’italique
a ici une double fonction : elle signale les
............................................................................
citations,
mais les isole aussi du propos de Voltaire. Elle
............................................................................
accentue
leur étrangeté.
............................................................................
b. Comment l’auteur fait-il le faux éloge du roman ?
Des
termes mélioratifs (et exagérés) sont employés :
............................................................................
«
sublimes », « si noblement ». Voltaire feint d’être
............................................................................
redevable
à Rousseau d’un tel roman. Mais il lui
............................................................................
reproche
en réalité sa suffisance et son sentiment de
............................................................................
supériorité,
avec l’expression : « se met au-dessus… ».
............................................................................
Cette
lettre est en réalité un pamphlet, dans lequel le
............................................................................
style
est critiqué, tout autant que le fond.
............................................................................
............................................................................
L’auteur critique ici le roman de Rousseau, La Nouvelle
Héloïse, qui annonce le romantisme.
Dans ses curieuses observations, [le personnage] trouve
que les airs de notre musique ressemblent tout à fait à la
course d’une oie grasse ou d’une vache qui galope. Enfin, il
donne dans le persiflage de ses amis.
Voilà, Monsieur, une partie des expressions sublimes qui
m’ont frappé dans le premier et le second volume de la
Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, ouvrage dans
lequel cet homme se met si noblement au-dessus des règles
de la langue et des bienséances, et daigne y marquer un profond mépris pour notre nation. C’est un service qu’il nous
rend, puisqu’il nous corrigera.
Voltaire, Lettres sur La Nouvelle Héloïse, première lettre, 1761.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Lettres persanes de Montesquieu
Montesquieu, Lettres persanes, lettre XXIV, 1721.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Quelle est l’identité de l’auteur de cette lettre ?
Comment se décèle-t-elle ?
L’en-tête
indique que Rica est un Persan, portant un regard
....................................................................................
naïf
sur la France.
....................................................................................
b. Soulignez les marques de jugement portées sur le roi de
France par l’auteur de la lettre.
c. Comment l’ironie de Montesquieu se manifeste-t-elle
dans la fiction ?
L’éloge
du roi, la comparaison de celui-ci à un magicien, les
....................................................................................
structures
répétées sont des marques d’ironie, dissimulées
....................................................................................
sous
le regard candide d’un étranger.
....................................................................................
Ve
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o
En vous aidant de vos réponses, rédigez un
paragraphe de dissertation dans lequel vous montrerez la
force de l’ironie dans un texte argumentatif.
D
Rica à Ibben, à Smyrne
Le roi de France est le plus puissant prince de l’Europe. Il n’a point de mines d’or, comme le roi d’Espagne, son voisin ; mais il a plus de richesses que lui,
parce qu’il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisables que les mines. […]
D’ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce
son empire sur l’esprit même de ses sujets ; il les fait
penser comme il veut. S’il n’a qu’un million d’écus
dans son trésor, et qu’il en ait besoin de deux, il n’a
qu’à leur persuader qu’un écu en vaut deux ; et ils le
croient. S’il a une guerre difficile à soutenir, et qu’il
n’ait point d’argent, il n’a qu’à leur mettre dans la tête
qu’un morceau de papier est de l’argent ; et ils en sont
aussitôt convaincus.
De Paris, le 4 de la lune de Rebiab, 2, 1712.
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OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
Sur une copie
Les formes du dialogue théâtral
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20
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Réplique brève d’un personnage
dans un dialogue
La répartie
Ex. : ORANTE. – Mais encore, entre nous, que pensez-vous de cette
comédie ?
LYSIDAS. – Moi, Monsieur ?
URANIE. – De bonne foi, dites-nous votre avis.
LYSIDAS. – Je la trouve fort belle.
Molière, La Critique de L’Écoles des femmes, scène 6, 1663.
Réplique longue d’un personnage
dans un dialogue
La tirade
Ex. : DON JUAN. – Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier
objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on
n’ait plus d’yeux pour personne ? […] Il n’est rien qui puisse arrêter
l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute
la terre, et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres
mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.
Molière, Dom Juan, Acte I, scène 2, 1665.
La
stichomythie
Succession de brèves répliques entre
les personnages
Ex. : ARNOLPHE. – Non.
AGNÈS. –
Si.
ARNOLPHE. –
Non, non, non, non. Diantre, que de mystère !
Molière, L’École des femmes, Acte II, scène 5, 1662.
Le
monologue
Réplique longue prononcée par un personnage
Ex. : Monologue de Don Diègue : Le Cid (
voir exercice 2 )
seul sur scène dans laquelle il donne des précisions
Monologue d’Harpagon : L’Avare (
voir exercice 4 )
sur l’action, exprime des sentiments ou délibère
L’aparté
Réplique prononcée par un personnage qui
est entendue du public mais pas des autres
personnages présents sur scène
Le récit
Ex. : AGNÈS. –
ARNOLPHE, à part. –
Il...
Je souffre en damné.
Molière, L’École des femmes, Acte II, scène 5, 1662.
Réplique au cours de laquelle un personnage
Ex. : Théramène rapportant les dernières paroles d’Hippolyte :
relate à d’autres personnages des péripéties qui se Phèdre (
voir exercice 5 )
sont déroulées hors du lieu représenté sur la scène
Repérer et manipuler
1 Identifiez les formes du dialogue théâtral.
Harpagon, se croyant seul. –
Cependant je ne sais si j’aurai bien fait d’avoir enterré
dans mon jardin dix mille écus qu’on me rendit hier.
Dix mille écus en or, chez soi, est une somme assez…
(À part, apercevant Élise et Cléante.) Ô ciel ! je me serai
trahi moi-même ! la chaleur m’aura emporté, et je crois
que j’ai parlé haut en raisonnant tout seul. (À Cléante
et Élise.) Qu’est-ce ?
Molière, L’Avare, Acte I, scène 4, 1662.
monologue, aparté, répartie
Forme du dialogue : ................................................
au xviie siècle
Je ne puis.
Jean Racine, Iphigénie, Acte II, scène 2, 1674.
Forme du dialogue : stichomythie
.................................................
Martine. – Je te le pardonne, (elle dit le reste bas) mais
tu me le paieras.
Molière, Le Médecin malgré lui, Acte I, scène 2, 1666.
aparté
Forme du dialogue : .................................................
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
Agamemnon. –
Ah ! ma fille !
Iphigénie. –
Seigneur, poursuivez.
Agamemnon. –
Le Cid de Pierre Corneille
Don Diègue. – […] Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d’où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? […]
2 a. Soulignez les vers lyriques dans ce monologue
et encadrez les vers délibératifs ( voir fiche 18 et
fiche 26).
b. Quel sont les effets ?
Le lyrisme très marqué ici souligne la gravité de
..........................................................................
l’enjeu qui mène au dilemme cornélien.
..........................................................................
Pierre Corneille, Le Cid, Acte I, scène 4, 1637.
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
L’École des femmes de Molière
3 a. Combien de vers et de répliques ce
dialogue compte-t-il ?
Ce
dialogue compte cinq vers et sept répliques.
..............................................................
b. Quelles sont les fonctions des stichomythies dans ce dialogue ?
Elles traduisent la difficulté de l’aveu d’Agnès –
..............................................................
que
le spectateur sait anodin – et le dramatisent
...............................................................
pour Arnolphe. Elles soulignent l’impatience
...............................................................
d’Arnolphe et contribuent à son ridicule et donc
...............................................................
au registre comique quand Arnolphe découvre la
...............................................................
vérité.
Elles varient le rythme du dialogue de la
...............................................................
scène et associées aux points de suspension
...............................................................
introduisent une légère pause aussitôt comblée
...............................................................
par l’aparté en stichomythie.
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Arnolphe craint d’avoir été trompé par l’innocente et jeune Agnès
qu’il désire épouser.
Agnès. –
Il m’a pris... vous serez en colère.
Arnolphe. – Non.
Agnès. –
Si.
Arnolphe. –
Non, non, non, non ! Diantre ! que de mystère !
Qu’est-ce qu’il vous a pris ?
Agnès. –
Il...
Arnolphe, à part. –
Je souffre en damné.
Agnès. – Il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné.
À vous dire le vrai, je n’ai pu m’en défendre.
Molière, L’École des femmes, Acte II, scène 5, 1662.
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
L’Avare de Molière
Harpagon est avare et le vol de son argent lui fait
perdre la raison.
Harpagon, seul, criant au voleur dès le jardin, et venant
sans chapeau. – Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au
meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis
assassiné ; on m’a coupé la gorge : on m’a dérobé mon
argent. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ?
Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où
courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il
point ici ? Qui est-ce ? Arrête ! (À lui-même, se prenant
par le bras.) Rends-moi mon argent, coquin… Ah !
c’est moi ! Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis,
qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent !
mon pauvre argent ! mon cher ami !
Molière, L’Avare, Acte IV, scène 7, 1668.
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
4 a Montrez que cet extrait est un monologue.
Harpagon, seul en scène, s’adresse à lui-même (« qui peut-ce
..................................................................................
être ? ») et à un absent (« mon cher ami ! »). Le monologue
..................................................................................
informe sur l’action (« on m’a dérobé mon argent »), il est
..................................................................................
lyrique (même si ce lyrisme le ridiculise). Il est délibératif
..................................................................................
(« Où courir ? Où ne pas courir ? »).
..................................................................................
b. Montrez qu’il s’écarte de la définition.
Harpagon crie pour qu’on l’entende (« criant au voleur »)
..................................................................................
croit à la présence d’autres personnages (« rends-moi mon
..................................................................................
argent, coquin… »). Ce monologue s’écarte donc
..................................................................................
partiellement de la définition.
..................................................................................
..................................................................................
..................................................................................
..................................................................................
..................................................................................
Phèdre de Jean Racine
Théramène relate la mort d’Hippolyte dont Thésée est
le père.
Théramène. – […]
J’ai vu, Seigneur, j’ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Ils courent. Tout son corps n’est bientôt qu’une plaie.
[…]
J’arrive, je l’appelle ; et me tendant la main,
Il ouvre un œil mourant, qu’il referme soudain.
« Le ciel, dit-il, m’arrache une innocente vie.
Prends soin après ma mort de la triste Aricie1.
Cher ami, si mon père un jour désabusé
Plaint le malheur d’un fils faussement accusé,
Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
Dis-lui qu’avec douceur il traite sa captive ;
Qu’il lui rende... » À ce mot, ce héros expiré
N’a laissé dans mes bras qu’un corps défiguré,
Triste objet, où des dieux triomphe la colère,
Et que méconnaîtrait l’œil même de son père.
Jean Racine, Phèdre, Acte V, scène 6, 1677.
1. Aricie : princesse amante d’Hippolyte.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Par quels procédés ce récit sollicite-t-il l’attention
du spectateur ?
Théramène implique Thésée et porte l’attention sur un
..................................................................................
second personnage. L’anaphore de « j’ai vu » suscite
..................................................................................
l’imaginaire du spectateur. Les verbes d’action au présent
..................................................................................
de narration rendent présentes aux yeux des destinataires
..................................................................................
les péripéties relatées. Théramène rapporte au discours
..................................................................................
direct les dernières paroles d’Hippolyte et fait entendre
..................................................................................
une autre voix. Le registre pathétique invite à la compassion
..................................................................................
mais aussi à une interprétation de la douleur du père par
..................................................................................
l’acteur l’incarnant.
..................................................................................
b. Montrez que ce récit est justifié par les contraintes de
la représentation et par le respect de la bienséance.
La scène ne permet de représenter ni les lieux ni les chevaux
..................................................................................
traînant Hippolyte – un corps sanglant qui contrevient à la
..................................................................................
bienséance.
..................................................................................
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Imaginez en quinze lignes la suite de la
scène de L’École des femmes de Molière en introduisant
un aparté prononcé par Agnès et une tirade d’Arnolphe.
Sur une copie
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
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Vers, strophes, rimes
Observer et retenir
1. Vers
Ligne d’écriture comportant un rythme, un certain nombre de syllabes, généralement terminée par un écho phonique (rime).
Décompte
des syllabes
Type de vers
(les plus
courants)
• Le e muet se prononce s’il est placé devant
une consonne à l’intérieur du vers.
• Le e muet ne se prononce pas en fin de vers.
Ex. : « Et| l’es|pa|ce où| les| souf|fles| errent » (Hugo)
→ 8 syllabes
• Synérèse : réunion en une seule syllabe de
deux voyelles en hiatus
Ex. : pied (du latin pes)
→ 1 syllabe
• Diérèse : séparation en deux syllabes de deux
voyelles en hiatus
Ex. : li|on (du latin leo)
→ 2 syllabes
• Vers pairs
Ex. : octosyllabe (8 syllabes) ; décasyllabe (10 syllabes) ;
alexandrin (12 syllabes)
• Vers impairs
Ex. : ennéasyllabe (9 syllabes) ; hendécasyllabe (11 syllabes)
• Vers libre : n’obéit pas aux règles classiques et Ex. : « J’ai passé plus d’un hiver dans ces îles fortunées » (Cendrars)
se rapproche de la prononciation courante
Structure
du vers
• Verset : dépasse la mesure du vers
Ex. : « J’entends ta voix quand je suis livré au silence sournois de cette
[nuit d’Europe. » (Senghor)
• Hémistiche : moitié d’un vers
Ex. : « Le malheur a percé mon vieux cœur de sa lance » (Verlaine)
→ 6 syllabes
• Césure : pause entre deux hémistiches
Ex. : « Le malheur a percé// mon vieux cœur de sa lance »
• Coupe : pause dans un hémistiche
Ex. : « Le malheur/ a percé// mon vieux cœur/ de sa lance»
→ rythme : 3/3/3/3
2. Strophe
Ensemble de vers en nombre déterminé ayant un certain rythme, reliés par la combinaison de rimes.
• Concordance
• Discordance
Ex. : Rejet/contre-rejet :
« Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse » (Baudelaire)
Enjambement :
« Tout rit tout chante c’est la fête
De l’infini que nous voyons » (Hugo)
• Strophes brèves
Ex. : quatrain (4 vers) ; quintil (5 vers) ; sizain (6 vers)
• Strophes longues
Ex. : septain (7 vers) ; huitain (8 vers) ; neuvain (9 vers) ; dizain (10 vers) ;
onzain (11 vers) ; douzain (12 vers)
• Féminine : rimes en e muet
Ex. : « Ces enfants, à quoi rêvent-elles
Dans les ennuis des ritournelles » (Laforgue)
• Masculines : toutes les autres
Ex. : « Passer ma nuit, si longue encor,
Sur le pavé comme un rat mort » (Corbière)
• Pauvres : un son identique
Ex. : gémit – midi (Apollinaire)
• Suffisantes : deux sons identiques
Ex. : choc – roc (Verlaine)
• Riches : trois sons identiques au moins
Ex. : paresse – disparaisse (Hugo)
• Plates ou suivies : aabbcc
Ex. : étonné – né – idolâtre – théâtre – d’or – encor (Verlaine)
• Croisées : abab
Ex. : frêle – bétail – éternelle – portail (Hugo)
• Embrassées : abba
Ex. : douleurs – secourent – entourent – fleurs (Hugo)
• Mêlées : combinaison des précédentes
Ex. : complète – athlète – beauté – métamorphoses – choses – vérité (Hugo)
Rythme
Type de
strophe
Qualité
Rime
Schéma
Ex. : « Dauphins, vous jouez dans la mer,
Mais le flot est toujours amer. » (Apollinaire)
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« La Pente de la rêverie » de Victor Hugo
1 a. Quel type de vers est employé ici ? Séparez par un
trait les syllabes qui composent le quatrième vers : quel
lien s’établit entre le sujet et le vers adopté ?
Les
alexandrins, vers noble de l’épopée, la diérèse, qui
..................................................................................
ralentit
la diction au quatrième vers, exhaussent un sujet
..................................................................................
familier.
..................................................................................
b. Soulignez, puis nommez les discordances qui apparaissent ici : pourquoi illustrent-elles le titre ?
La
« lumière » de l’astre et le « flot » de la Seine enjambent
..................................................................................
le vers où s’écoule la rêverie. Le contre-rejet du « soleil »
..................................................................................
impose une élévation soudaine de l’intonation en fin de
..................................................................................
vers, et son abaissement au début du vers suivant, qui
..................................................................................
évoque à nouveau l’eau du fleuve.
..................................................................................
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[…]
Paris, les grands ormeaux1, maison, dôme, chaumière,
Tout flottait à mes yeux dans la riche lumière
De cet astre de mai dont le rayon charmant
Au| bout| de| tout| brin| d’her|be al|lu|me un| di|a|mant !
Je me laissais aller à ces trois harmonies,
Printemps, matin, enfance, en ma retraite unies ;
La Seine, ainsi que moi, laissait son flot vermeil
Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil
Faisait évaporer à la fois sur les grèves
L’eau du fleuve en brouillards et ma pensée en rêves !
[…]
Victor Hugo, Les Feuilles d’automne, 1831.
1. ormeaux : arbres
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Le Cor » d’Alfred de Vigny
Alertée par le son du cor de Roland, l’armée de
Charlemagne a fait demi-tour et arrive en vue du col
de Roncevaux, dans les Pyrénées.
[…]
Sur le plus haut/des monts//s’arrêtent/les chevaux ;
L’écume/les blanchit//; sous leurs pieds,/Roncevaux
Des feux mourants/du jour//à peine/se colore.
À l’horizon/lointain//fuit l’étendard/du More1.
– « Turpin2,/n’as-tu rien vu//dans le fond/du torrent ?
– « J’y vois/deux chevaliers ://l’un mort,/l’autre expirant
« Tous deux/sont écrasés//sous une/roche noire ;
« Le plus fort,/dans sa main,//élève/un Cor d’ivoire,
« son âme/en s’exhalant//nous appela/deux fois. »
Dieu ! que le son/du Cor//est triste/au fond des bois !
Alfred de Vigny, Poèmes antiques et modernes, 1826.
2 a. Quel type de vers est employé ici ? Indiquez les
césures et les coupes. Quelle relation s’établit entre
rythme et sens ?
L’alexandrin
partagé en deux hémistiches de six syllabes
..................................................................................
donne une solennité épique à l’événement. Affectant
..................................................................................
souvent un e caduc, les coupes expriment les hésitations de
..................................................................................
l’armée, la stupeur de Turpin, et l’ascension de l’âme de
..................................................................................
Roland. Un contre-rejet place Roncevaux au bord du vers.
..................................................................................
b. Quels types de strophe apparaissent ici ? Quels types
de textes se développent ?
Le
premier quatrain, narratif, raconte l’arrivée de l’armée de
..................................................................................
Charlemagne. Le second rapporte, au discours direct, le
..................................................................................
dialogue entre Charlemagne et Turpin. Enfin, un vers isolé,
..................................................................................
rimant avec le dernier vers du quatrain, s’en détache pour
..................................................................................
faire entendre la voix de poète.
..................................................................................
1. More : peuple d’Afrique du Nord. 2. Turpin : prêtre et chevalier
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« La Plaine » d’Émile Verhaeren
La plaine est morne, avec ses clos, avec ses granges
Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus,
La plaine est morne et lasse et ne se défend plus,
La plaine est morne et morte – et la ville la mange.
Formidables et criminels,
Les bras des machines diaboliques,
Fauchant les blés évangéliques1,
Ont effrayé le vieux semeur mélancolique
Dont le geste semblait d’accord avec le ciel.
L’orde2 fumée et ses haillons de suie
Ont traversé le vent et l’ont sali :
Un soleil pauvre et avili
S’est comme usé en de la pluie.
[…]
1. blés évangéliques : les évangiles font du blé le symbole de la
vie après la mort. 2. orde : saleté qui suscite le dégoût.
I. Acquérir une culture littéraire
Ve
iss
r s la
e r tati
o
En vous aidant de vos réponses, rédigez un
paragraphe qui montrera que vers et strophe peuvent
dessiner une image du monde.
Sur une copie
D
Émile Verhaeren, Les Villes tentaculaires, 1895.
3 a. Nommez les types de strophes qui composent ce
passage : quels sentiments éveille leur alternance ?
La
deuxième strophe (quintil) rompt l’équilibre des
..................................................................................
quatrains : l’épique fait irruption dans la réalité et
..................................................................................
bouleverse la vieille harmonie campagnarde.
..................................................................................
b. Quels types de vers, quels schémas de rimes apparaissent ici ? Quel lien s’établit entre formes et sens
dans ces vers ?
Le
vers libre, mêlant alexandrins, octosyllabes et
..................................................................................
décasyllabes, illustre la violence du monde moderne. Les
..................................................................................
rimes embrassées font entendre, par exemple, le bruit
..................................................................................
métallique des machines.
..................................................................................
n
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
RECONNAÎTRE LES PARTICULARITÉS DES TEXTES ET DES GENRES LITTÉRAIRES
22
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Les formes poétiques
Observer et retenir
1. Les formes traditionnelles
L’épopée
Long poème à la gloire d’un héros ou d’une nation mêlant le surnaturel au récit d’exploits
inspirés de l’histoire.
Ex. : « Les pauvres gens »
(Hugo)
La ballade
Poème de trois huitains ou dizains le plus souvent isométriques construits sur le même
schéma de rimes. Les strophes sont suivies d’un envoi (quatrain ou quintil).
Ex. : « Ballade des Dames du
temps jadis » (Villon)
Le rondeau
Poème de trois strophes (quintil, tercet, quintil) comportant deux rimes et un refrain (qui
reprend le premier hémistiche du premier vers) à la fin des deux dernières strophes.
Ex. : « Fut-il jamais… »
(Musset)
Poème isométrique de quatorze vers répartis en deux quatrains et deux tercets :
– le plus souvent, les rimes des quatrains suivent le schéma : abba abba ;
– le plus souvent, les rimes des tercets suivent deux schémas : ccd ede ou ccd eed.
Ex. : « Mon rêve familier »
(Verlaine)
Poème divisé en strophes semblables entre elles par le nombre des vers et la combinaison
des rimes. La forme des strophes varie d’une ode à l’autre : nombre et mètre des vers,
combinaison des rimes.
Ex. : « Mignonne… »
(Ronsard)
Le sonnet
L’ode
• Ode pindarique : célèbre de grands événements ou de hauts personnages.
• Ode anacréontique : exprime des sentiments plus familiers.
2. Les formes nouvelles
Le poème
en vers libres
Le poème
en prose
Le calligramme
Poème ne présentant ni mètres réguliers, ni rimes, ni strophes.
On peut retrouver certaines caractéristiques traditionnelles :
– mise en page propre à la poésie versifiée et majuscules en début de ligne ;
– échos sonores et métriques variables mais repérables ;
– séquences de vers qui rappellent la strophe.
Ex. : « Mouvement »
(Rimbaud)
Écrit en prose sans contraintes apparentes.
On peut retrouver certaines caractéristiques traditionnelles :
– brièveté et autonomie ;
– échos sonores et jeux sur le rythme ;
– agencement en paragraphes qui rappellent la strophe.
Ex. : « L’étranger »
(Baudelaire)
Poème visuel qui dessine ou évoque avec les lettres son sujet et échappe ainsi à la
linéarité.
Ex. : « Pluie »
(Apollinaire)
Repérer et manipuler
1 Pour chaque combinaison de rimes, indiquez s’il
s’agit d’un sonnet, d’une ode, d’une ballade ou d’un
rondeau.
1. abba abba ccd eed
sonnet
..................................................................
2. ababa aba c ababa c
rondeau
..................................................................
3. abbaab cddccd
ode
..................................................................
4. ababbcbc ababbcbc ababbcbc bcbc
ballade
..................................................................
2 Complétez le premier quatrain de ce sonnet en
respectant les contraintes de cette forme.
Les violons chantent derrière le décor
terrasse
Où la vigne en treillis grimpe à quelque..................
ce qui passe
Et la fille du roi regarde ...................................
d’or
Accoudée au balustre en son corsage ..................
.
[…]
Henri de Régnier, Épisodes, sites et sonnets, IV, 1888.
3 Écrivez sur le thème de la poésie un bref poème en
vers libres en respectant ses caractéristiques.
La poésie se fait dans un lit comme l’amour
...............................................................................
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
...............................................................................
La poésie se fait dans les bois […]
...............................................................................
André Breton, « Sur la route de San Romano », 1948,
...............................................................................
© Éditions Gallimard.
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« La Musique » de Charles Baudelaire
4 a. À quoi tient l’originalité de ce sonnet ?
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La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
L’originalité
de ce sonnet tient :
.......................................................................................
–
aux vers de longueur inégale (hétérométrie) ;
.......................................................................................
–
à l’alternance du vers pair et du vers impair ;
.......................................................................................
–
aux enjambements et notamment du vers 12 au vers 13 ;
.......................................................................................
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
–
à une proposition qui se développe de la fin du premier tercet
.......................................................................................
au
début du second ;
.......................................................................................
–
à une très longue phrase déclarative encadrée par deux très
.......................................................................................
courtes
phrases exclamatives ;
.......................................................................................
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
–
à la dernière phrase nominale et à son énumération croissante.
.......................................................................................
b. En quoi cette originalité contribue-t-elle à l’expressivité
du sonnet ?
Le
sonnet offre un couple de rimes supplémentaire et donc une
.......................................................................................
sonorité distincte supplémentaire. L’hétérométrie, la longue
.......................................................................................
phrase et les enjambements varient et nuancent le rythme. Ils
.......................................................................................
nécessitent une capacité respiratoire propre au thème traité.
.......................................................................................
Les exclamations – initiale et finale – sont modulées par leur
.......................................................................................
étendue et leur rythme qui imitent une ouverture musicale
.......................................................................................
brillante et les derniers accords bien marqués et détachés d’une
.......................................................................................
pièce musicale.
.......................................................................................
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Le Cageot » de Francis Ponge
5 a. Quelles caractéristiques du poème versifié ce poème
À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée
au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse
être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi
dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou
nuageuses qu’il enferme.
À tous les coins de rues qui aboutissent aux halles,
il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout
neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une
pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet
est en somme des plus sympathiques, – sur le sort
duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.
en prose exploite-t-il ?
Il
exploite :
.......................................................................................
–
la forme brève ;
.......................................................................................
–
les paragraphes qui rappellent la strophe ;
.......................................................................................
–
les échos sonores : allitération en [k] et assonance en [a] et en [o]
.......................................................................................
dans
le premier paragraphe par exemple ; réseaux sonores sur
.......................................................................................
l’intégralité
du poème le [] ;
.......................................................................................
–
l’organisation rythmique : second paragraphe : 3/10/10/5 puis
.......................................................................................
2/3/3/12.
.......................................................................................
b. Montrez que l’on peut établir un lien entre le choix du
poème en prose et le sujet traité : un simple cageot.
Le
choix de la prose convient en effet très bien au caractère
.......................................................................................
prosaïque d’un cageot et la brièveté du poème à sa petite
.......................................................................................
forme. Ponge ne s’est pas montré pesant, lourd, en
.......................................................................................
«
fabriquant » son poème en cinq paragraphes qui auraient pu
.......................................................................................
imiter les quatre côtés du cageot et son fond.
.......................................................................................
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942,
© Éditions Gallimard.
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Chantre » de Guillaume Apollinaire
Un chantre est un chef de chœur sacré, ou
un poète lyrique ou épique. Ce poème et
constitué d’un seul vers.
Et l’unique cordeau des trompettes marines1
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913.
1. trompette marine : instrument monocorde.
6 Quel lien peut-on établir entre la forme et les sonorités du
poème et son sujet ?
Le
monostiche imite la corde unique de l’instrument mais aussi, dans le
..................................................................................................
second
hémistiche, sa sonorité grave grâce aux nasales. On peut aussi
..................................................................................................
envisager
qu’il imite l’archet qui fait chanter l’instrument comme le
..................................................................................................
poète,
le chantre, fait chanter la langue.
..................................................................................................
Ve
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OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
al
reuve or
Ép
Préparez une synthèse sur d’autres formes poétiques
comme l’élégie, l’hymne et le haïku.
Sur une copie
I. Acquérir une culture littéraire
Le registre épique
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23
IDENTIFIER ET EXPLOITER LES REGISTRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
Don Rodrigue. – […]
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,
Avant qu’aucun résiste ou reprenne son rang.
Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient ;
Leur courage renaît et leurs terreurs s’oublient :
La honte de mourir sans avoir combattu
Arrête leur désordre et leur rend leur vertu.
Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges1 ;
De notre sang au leur font d’horribles mélanges
Et la terre et le fleuve et leur flotte et le port
Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
Ô combien d’actions, combien d’exploits célèbres
Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des grands coups qu’il donnait,
Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
Le caractère exceptionnel de l’action
Lexique de l’exploit
Expression du courage et de la vertu
 Affrontement entre deux forces
(antithèses)


L’exagération de l’action
Hyperboles
Périphrases
 Comparaisons, métaphores


Une scène à voir et à entendre
Répétitions
Allitérations, assonances
 Présent de narration


Corneille, Le Cid, Acte IV, scène 3, 1637.
1. alfange : sabre utilisé par les Maures.
●
Synthèse : le registre épique
Définition
• L’épique est le ton noble adapté au
chant (« epos » en grec ; épopée : poème
épique)
• Il célèbre les actes héroïques accomplis
par les hommes.
Les héros épiques
• Demi-dieux, aristocrates (monarques,
princes), guerriers
• Qualités morales et psychologiques
exceptionnelles
• Les dieux sont cause de tout.
Les thèmes épiques
• Les guerres et les voyages
• L’intervention d’éléments merveilleux ou
surnaturels
Repérer et manipuler
1 Dans chaque phrase, remplacez les termes apparte-
nant à un niveau de langue courant ou familier par des
termes élevés, de sens équivalent et de registre épique.
se saisissent
Ex. : Les hommes [prennent leurs pistolets] .................
de leurs armes
et se portent vers l’ennemi.
..........................
1. Les combattants qui l’entouraient [avaient du punch]
étaient pleins d’ardeur
..........................................................................
.
courage est redoublé par le spectacle for2. Leur [culot] .............
midable des murailles qui cèdent.
de la mêlée
3. Il se jeta au milieu de [la bagarre] ..............................
,
disposé à mourir avec gloire.
4. Les coups des soldats écrasèrent les ennemis et provoun carnage indicible .
quèrent [une boucherie sans nom] .............................
5. Les Grecs se ruaient avec violence sur les Troyens [sur qui
qu’ils accablaient de coups
ils tapaient de bon cœur] .........................................
redoublés
.
..........................................................................
6. Les cris de mille ennemis redoutables [leur échauffaient
excitaient leur colère
les oreilles] ...........................................................
.
imposa le silence
7. Il [cria « chut ! »] ..................................
à ses soldats
intrépides
[qui n’avaient pas froid aux yeux] ..............................
.
2 Les phrases suivantes pourraient-elles trouver leur
place dans un récit épique ?
Oui
1. Emportés par la fureur du
combat, ils se répandirent dans
le palais comme un fleuve
écumant noie la plaine sous ses
flots débordés.
✗
2. Soudain apparut aux yeux effarés des combattants le visage
hideux de la défaite.
✗
nOn
3. On se battit à coups de poing :
le nombre des assaillants plus
que leur courage détermina
leur victoire.
✗
4. L’aubergiste vola au secours du
héros qui dînait d’un ragoût de
poulet.
✗
5. il luttait sans relâche, debout
sur la machine ; le froid lacérait
son visage.
✗
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au xxe siècle :
du romantisme au surréalisme
La Légende des siècles de Victor Hugo
3 a. Soulignez les comparaisons dans ce passage : quelle
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Roland, neveu de Charlemagne, affronte Olivier en
combat singulier.
[…]
Quatre jours sont passés, et l’île et le rivage
Tremblent sous ce fracas monstrueux et sauvage.
Ils vont, viennent, jamais fuyant, jamais lassés,
Froissent le glaive au glaive, et sautent les fossés,
Et passent, au milieu des ronces remuées,
Comme deux tourbillons et comme deux nuées.
Ô chocs affreux ! terreur ! tumulte étincelant !
Mais, enfin, Olivier saisit au corps Roland,
Qui de son propre sang en combattant s’abreuve,
Et jette d’un revers Durandal1 dans le fleuve. […]
Victor Hugo, La Légende des siècles, 1859.
1. Durandal : nom de l’épée de Roland.
primordiales,
héritées des temps mythologiques : elles dessinent
........................................................................................
une
nouvelle gigantomachie transposée dans les temps
........................................................................................
héroïques.
........................................................................................
b. Quels procédés grammaticaux et métriques permettent
de conférer à cette scène une dimension épique ?
L’emploi
du présent de narration fait surgir l’épisode raconté
........................................................................................
sous les yeux du lecteur. Suspendu entre passé et présent, il
........................................................................................
acquiert
le statut intemporel du récit épique. L’accent
........................................................................................
rythmique, souvent affaibli par la présence d’un e tonique à la
........................................................................................
coupe, fait entendre le rythme asymétrique de l’épopée
........................................................................................
homérique.
........................................................................................
Iliade d’Homère
Appollon s’emporte contre Achille, qui venge son ami Patrocle
tué au combat.
[…] « Vous préférez donc, dieux, prêter aide à Achille, à l’exécrable Achille, alors que celui-ci n’a ni raison ni cœur qui se laisse
fléchir au fond de sa poitrine et qu’il ne connaît que pensers
féroces. On dirait un lion qui, docile à l’appel de sa vigueur
puissante et de son cœur superbe1, vient se jeter sur les brebis
des hommes, pour s’en faire un festin. Achille a, comme lui, quitté
toute pitié, et il ignore le respect. Chacun est exposé à perdre un
être cher, plus proche qu’un ami, un frère sorti du même sein,
un fils : la part une fois faite aux pleurs et aux sanglots, il s’en tient
là : les Parques2 ont fait aux hommes un cœur apte à pâtir. […] »
Homère, Iliade, VIIIe s. av. J.-C., trad. de Paul Mazon,
© Les Belles Lettres, 1998.
1. superbe : orgueilleux. 2. Parques : divinités du destin.
b. Soulignez la comparaison qui apparaît dans ce
passage : quel portrait d’Achille trace-t-elle ?
Achille est comparé à un lion. Cette comparaison
.........................................................................
homérique signale la cruauté, mais aussi l’orgueil et
.........................................................................
la grandeur du héros.
.........................................................................
.........................................................................
.........................................................................
.........................................................................
Germinal, d’Émile Zola
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Émile Zola, Germinal, 1885.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Dans quel lieu cette scène se déroule-t-elle ?
Soulignez les termes qui évoquent ce lieu.
.La
. . .narration
. . . . . . . . . . . .évoque
. . . . . . . . .avec
. . . . . .réalisme
. . . . . . . . . .le
. . .travail
. . . . . . . .des
. . . . .mineurs.
................
b. Encadrez le lexique de la souffrance et le lexique de la
lutte. Quelle représentation donnent-ils du travail des
mineurs ?
.L’ouvrier
. . . . . . . . . . livre
. . . . . .un
. . . .combat
. . . . . . . . .acharné
. . . . . . . . . . où
. . . .s’expriment
. . . . . . . . . . . . . . les
. . . .valeurs
...........
guerrières
de
l’épopée.
.........................................................................
c. Quels procédés d’écriture ont pour effet de souligner
l’héroïsme de Zacharie ?
.Zacharie,
. . . . . . . . . . .dont
. . . . . .la
. . .poitrine
. . . . . . . . . .est
. . . .comparée
. . . . . . . . . . . .à. . une
. . . . . forge,
. . . . . . . .s’élève
...........
.au-dessous
. . . . . . . . . . . . .de
. . . l’humanité
. . . . . . . . . . . . . .moyenne.
..........................................
Ve
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om s l t ai
men
Rédigez un paragraphe dans lequel vous
montrerez que l’épique révèle la fragilité de l’homme
dans l’extrait de Germinal de Zola.
Sur une copie
C
Zacharie, un mineur, essaie de secourir des ouvriers
ensevelis dans l’effondrement d’un puits de mine.
Il volait le tour des camarades, il refusait de lâcher la
rivelaine1. Sa galerie bientôt fut en avance sur les
autres, il s’y battait contre la houille d’un élan si
farouche, qu’on entendait monter du boyau le souffle
grondant de sa poitrine, pareil au ronflement de
quelque forge intérieure. Quand il en sortait, boueux
et noir, ivre de fatigue, il tombait par terre, on devait
l’envelopper dans une couverture. Puis, chancelant
encore, il s’y replongeait, et la lutte recommençait, les
grands coups sourds, les plaintes étouffées, un enragement victorieux de massacre. Le pis était que le
charbon devenait dur, il cassa deux fois son outil,
exaspéré de ne plus avancer si vite. Il souffrait aussi
de la chaleur.
1. Rivelaine : pic de mineur.
4 a. Relevez une apostrophe dans le texte : quelle
relation s’établit entre le héros et les dieux ?
L’apostrophe aux « dieux » dans le discours d’Apollon
.........................................................................
transpose le conflit terrestre dans le monde divin :
.........................................................................
une crise divise les dieux, dont l’intervention
.........................................................................
merveilleuse décide du sort des héros.
.........................................................................
re
Langue et culture
de l’Antiquité
image donnent-elles des combattants ?
Les
deux comparaisons assimilent les héros à des forces
........................................................................................
Le registre comique
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IDENTIFIER ET EXPLOITER LES REGISTRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
1. Les ressorts du comique
Comique de répétition
La servante Dorine donne des nouvelles de la maison à son
maître qui est de retour.
Dorine. – Madame eut, avant-hier, la fièvre jusqu’au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
Orgon. – Et Tartuffe ?
Dorine. – Tartuffe ? Il se porte à merveille,
Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.
Orgon. – Le pauvre homme !
Dorine. –
Le soir, elle eut un grand dégoût,
Et ne put au souper toucher à rien du tout,
Tant sa douleur de tête était encore cruelle !
Orgon. – Et Tartuffe ?
Dorine. –
Il soupa, lui tout seul, devant elle,
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
Avec une moitié de gigot en hachis.
Orgon. – Le pauvre homme ! […]
Dorine. –
Tous deux se portent bien enfin ;
Et je vais à Madame annoncer par avance
La part que vous prenez à sa convalescence.

Répétition d’une même expression
Comique de situation


Malentendu
Effets de surprise
Comique de caractère

Exagération des défauts d’un personnage
type (le crédule, l’imposteur…)
Comique de gestes


Mimiques, grimaces, mouvements du corps
Selon les choix de mise en scène
Comique de mots
Enumérations (éléments du portrait de
Madame d’une réplique à l’autre)
 Exagération verbale (grossissement des faits)
 Jeux de mots (jeu sur sens propre/figuré)

Molière, Tartuffe, Acte I, scène 4, 1664.
2. Les formes comiques
Le burlesque
Décalage entre le sujet noble et son traitement
La parodie
Imitation d’un modèle (style, genre, œuvre)
La satire
Moquerie visant à dénoncer
La farce
Recours aux déguisements, coups de bâton, plaisanteries parfois grossières, bouffonneries…
L’humour
Réalité présentée sous un angle amusant
L’humour noir
Réalité macabre ou sordide faisant rire
L’absurde
Effets de non-sens qui dénoncent l’absurdité de l’existence ; mouvement littéraire du XXe siècle
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
L’Avare de Molière
Harpagon, vieil avare, soupçonne son valet La Flèche
de vol.
Harpagon. – Attends. Ne m’emportes-tu rien ?
La Flèche. – Que vous emporterais-je ?
Harpagon. – Viens ça, que je voie. Montre-moi tes mains.
La Flèche. – Les voilà.
Harpagon. – Les autres.
La Flèche. – Les autres ?
Harpagon. – Oui.
La Flèche. – Les voilà.
Molière, L’Avare, Acte I, scène 3, 1668.
1 a. Dégagez deux ressorts du comique dans ce
dialogue.
Le comique de caractère (avare obsédé par le vol,
.............................................................................
monomanie) et le comique de gestes (demande
.............................................................................
absurde, jeu sur les mains en lien avec la mise en scène)
.............................................................................
sont présents dans ce dialogue.
.............................................................................
b. Quelle est la visée du texte ?
Il s’agit de faire la satire d’un type humain intemporel :
.............................................................................
l’avare.
.............................................................................
.............................................................................
.............................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Le Malade imaginaire de Molière
2 Quels sont les principaux ressorts du comique
dans cette scène?
Le comique de cette scène relève de l’humour,
..........................................................................
puisqu’on y rit d’une chose sérieuse, la mort. Plusieurs
..........................................................................
ressorts comiques sont utilisés :
..........................................................................
– le comique de situation : tromperie et mensonge
..........................................................................
(fausse mort) et surprise provoquée par la nouvelle
..........................................................................
(interrogations de Béline) ;
..........................................................................
– le comique de caractère : type de la servante rusée,
..........................................................................
épouse « acariâtre », portait dévalorisant d’Argan ;
..........................................................................
– le comique de langage : énumérations dans le
..........................................................................
portrait d’Argan, pléonasme (« défunt/trépassé »),
..........................................................................
antiphrase (« belle oraison funèbre »).
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
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Argan, « le malade imaginaire » contrefait le mort pour
éprouver les sentiments de sa femme Béline. Sa servante
Toinette l’aide à tromper cette dernière.
Toinette. – Ah ! Mon Dieu ! Ah ! Malheur ! Quel étrange
accident !
Béline. – Qu’est-ce, Toinette ?
Toinette. – Ah ! Madame !
Béline. – Qu’y a-t-il ?
Toinette. – Votre mari est mort !
Béline. – Mon mari est mort ?
Toinette. – Hélas ! oui. Le pauvre défunt est trépassé.
Béline. – Assurément ?
Toinette. – Assurément. Personne ne sait encore cet accident-là, et je me suis trouvée ici toute seule. Il vient de passer
entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette
chaise.
Béline. – Le ciel en soit loué ! Me voilà délivrée d’un grand
fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !
Toinette. – Je pensais, madame, qu’il fallût pleurer.
Béline. – Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte
est-ce que la sienne, et de quoi servait-il sur la terre ? Un
homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant,
sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre,
mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux,
de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant
jour et nuit servantes et valets.
Toinette. – Voilà une belle oraison funèbre !
Molière, Le Malade imaginaire, Acte III, scène 12, 1673.
La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco
VERS LA 1re •
Le théâtre
M. Smith, toujours dans son journal. – Tiens, c’est écrit que
Bobby Watson est mort.
Mme Smith. – Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu’il est
mort ?
M. Smith. – Pourquoi prends-tu cet air étonné ? Tu le savais
bien. Il est mort il y a deux ans. Tu te rappelles, on a été à
son enterrement, il y a un an et demi.
Mme Smith. – Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé
tout de suite, mais je ne comprends pas pourquoi toi-même
tu as été étonné de voir ça sur le journal.
M. Smith. – Ça n’y était pas sur le journal. Il y a déjà trois
ans qu’on a parlé de son décès. Je m’en suis souvenu par
associations d’idées !
Mme Smith. – Dommage ! Il était si bien conservé.
M. Smith. – C’était le plus joli cadavre de Grande-Bretagne !
Il ne paraissait pas son âge. Pauvre Bobby, il y avait quatre
ans qu’il était mort et il était encore chaud. Un véritable
cadavre vivant. Et comme il était gai !
Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, 1950, © Éditions Gallimard.
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3 a. Dans quelle mesure le dialogue s’apparentet-il à une conversation courante ?
Le dialogue s’apparente à la conversation courante
..........................................................................
d’un couple ordinaire : une situation familiale
..........................................................................
commune (couple « petit bourgeois »), une scène de
..........................................................................
la vie quotidienne (lecture du journal, banalité de la
..........................................................................
conversation), des personnages sans épaisseur
..........................................................................
psychologique (caricatures, image de l’insignifiance
..........................................................................
humaine).
..........................................................................
..........................................................................
..........................................................................
b. D’où vient le comique de la scène ?
La scène repose sur le comique de l’absurde. On
..........................................................................
relève : des contradictions dans les paroles elles..........................................................................
mêmes : les incohérences concernant la date de mort
..........................................................................
de Bobby Watson (« deux ans », « un an et demi »,
..........................................................................
« trois ans ») dénotent un traitement du temps
..........................................................................
déréglé ; des contradictions entre les paroles et le ton,
..........................................................................
proches de l’humour noir (« le plus joli cadavre »,
..........................................................................
« cadavre vivant », « comme il était gai ! », « si bien
..........................................................................
conservé »). On rit de ce qui est dépourvu de sens ; le
..........................................................................
langage tourne à vide. C’est une parodie du théâtre
..........................................................................
traditionnel.
..........................................................................
D
En vous aidant de vos réponses, rédigez un paragraphe dans lequel vous montrerez comment les auteurs
réunis dans cette fiche parviennent à nous faire rire.
Sur une copie
I. Acquérir une culture littéraire
Les registres tragique et pathétique
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25
IDENTIFIER ET EXPLOITER LES REGISTRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
L’expression de la souffrance
Bérénice. – […] N’attendez pas ici que j’éclate en injures,
Que j’atteste le ciel, ennemi des parjures.
Non, si le ciel encore est touché de mes pleurs,
Je le prie en mourant d’oublier mes douleurs.
Si je forme des vœux contre votre injustice,
Si, devant que mourir, la triste Bérénice
Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur,
Je ne le cherche, ingrat, qu’au fond de votre cœur.
Je sais que tant d’amour n’en peut être effacée ;
Que ma douleur présente, et ma bonté passée,
Mon sang, qu’en ce palais je veux même verser,
Sont autant d’ennemis que je vais vous laisser ;
Et sans me repentir de ma persévérance,
Je me remets sur eux de toute ma vengeance.
Adieu.
Jean Racine, Bérénice, Acte IV, scène 5, 1670.
●
Emploi de la 1re personne
 Lexique de la souffrance et des sentiments
 Hyperboles
 Interjection
 Jeux sur les sonorités
 Exclamatives et interrogatives ; rythme perturbé

Le registre tragique
Lexique de la mort et de la séparation
Lexique de la fatalité/du malheur extrême inévitable
 Allusions à une force supérieure
 Expression de la fureur
Le registre tragique suscite la terreur et la pitié.


Le registre pathétique
Lamentations
Allusions à un malheur qui aurait pu être évité
 Antithèses
 Apostrophes
Le registre pathétique suscite la compassion du lecteur.


Synthèse : les registres tragique et pathétique
Principaux thèmes
Registre tragique
Registre pathétique
Genres les plus représentatifs
• La fatalité, le destin
• La toute-puissance divine
• La mort
• Le théâtre, notamment la tragédie
• Le malheur
• L’injustice
• Le théâtre
• La poésie
• L’oraison funèbre
• Le roman
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
Oraison funèbre de Henriette-Anne d’Angleterre de Jacques Bénigne Bossuet
Sœur du roi d’Angleterre, Henriette-Anne Stuart épouse
Monsieur, frère du roi Louis xiv. Brillante et très admirée à la
Cour, elle meurt brutalement du choléra.
Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup,
comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame
se meurt, Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé
à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa
famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut à
Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté
le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris, partout
on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. Le roi, la
reine, Monsieur1, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu,
tout est désespéré, et il me semble que je vois l’accomplissement
de cette parole du prophète : Le roi pleurera, le prince sera désolé
et les mains tomberont au peuple, de douleur et d’étonnement2.
Jacques Bénigne Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d’Angleterre
Duchesse d’Orléans, 1670.
1. Monsieur : frère du roi. 2. Ezéchiel, VII, 27.
1 a. Quels procédés contribuent au registre
pathétique ?
L’interjection
anaphorique « Ô », les exclamatives,
.....................................................................
le lexique du malheur et de la souffrance, le rythme
.....................................................................
perturbé et vif, le pronom « nous » généralisant, la
.....................................................................
question rhétorique, et les hyperboles et répéti.....................................................................
tions, qui rendent compte d’un malheur collectif,
.....................................................................
contribuent au registre pathétique.
.....................................................................
.....................................................................
b. Soulignez les références au destin tragique
et brutal qui frappe la princesse.
c. Quels sentiments l’orateur cherche-t-il à
provoquer ?
Bossuet cherche à provoquer la crainte face au
.................................................................
malheur qui frappe brutalement, la tristesse d’un
.....................................................................
deuil
qui paraît contagieux et la compassion pour
.....................................................................
la défunte et son entourage.
.....................................................................
.....................................................................
I. Acquérir une culture littéraire
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Horloge » de Charles Baudelaire
2 a. Identifiez les figures d’analogie associées à l’horloge.
Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;
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L’horloge
est tour à tour comparée à une divinité funeste,
..................................................................................
chasseresse
(« cible »), anthropophage (« dévore ») et à un
..................................................................................
«
insecte » vampirique.
..................................................................................
b. Soulignez les termes qui renvoient à la fatalité.
Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide1 au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.
c. Quelles émotions ces vers suscitent-ils ?
Les
images liées à la mort provoquent dégoût et terreur
..................................................................................
tandis que la situation sans issue de l’être humain inspire la
..................................................................................
pitié
des lecteurs.
..................................................................................
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
[…]
d. Quels procédés syntaxiques et métriques sont à l’origine du bouleversement rythmique ?
Le
rythme accumulatif, les tétramètres, l’apostrophe initiale,
..................................................................................
les enjambements, les rejets et contre-rejets, le discours
..................................................................................
direct et les signes de ponctuation bouleversent le rythme.
..................................................................................
e. De quel registre ce poème relève-t-il ?
Il relève du registre tragique.
..................................................................................
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857.
1. sylphide : génie féminin ailé et gracieux.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Manon Lescaut de l’Abbé Prévost
À la fin du roman, le Chevalier des Grieux retrouve
Manon, sa maîtresse arrêtée et condamnée à l’exil.
Il raconte son histoire à M. de Renoncourt.
Vous dirai-je quel fut le déplorable sujet de mes
entretiens avec Manon pendant cette route, ou quelle
impression sa vue fit sur moi, lorsque j’eus obtenu
des gardes la liberté d’approcher de son chariot ?
Ah ! les expressions ne rendent jamais qu’à demi
les sentiments du cœur ; mais figurez-vous ma
pauvre maîtresse enchaînée par le milieu du corps,
assise sur quelques poignées de paille, la tête appuyée
languissamment sur un côté de la voiture, le visage
pâle et mouillé d’un ruisseau de larmes qui se faisaient un passage au travers de ses paupières,
quoiqu’elle eût continuellement les yeux fermés.
Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731.
Le théâtre
Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès
Bernard-Marie Koltès, Robert Zucco, 1988, © Éditions de Minuit.
I. Acquérir une culture littéraire
4 En reprenant certains procédés indiqués dans la
leçon, insérez des paroles tragiques et pathétiques à
la tirade de la Mère.
Pour le tragique : expliquer le changement de Roberto
............................................................................
par l’influence d’une force malsaine et fatale ; exprimer
............................................................................
l’abandon de la mère à la supplication ; mettre en avant
............................................................................
l’idée de malédiction familiale ; multiplier les allusions
............................................................................
au parricide ; exprimer le dégoût, la colère et l’effroi.
............................................................................
Pour le pathétique : enrichir le portrait de l’enfant
............................................................................
nouveau-né de détails affectifs ; développer les senti............................................................................
ments maternels ; exprimer la douleur lors de la mort du
............................................................................
père ; achever la tirade par un appel au secours.
............................................................................
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Rédigez un axe de commentaire mettant
en évidence le registre pathétique dans l’extrait de
Manon Lescaut de l’Abbé Prévost.
Sur une copie
C
La mère. – Est-ce moi, Roberto, est-ce moi qui t’ai accouché ? Est-ce de moi que tu es sorti ? Si je n’avais pas accouché de toi ici, si je ne t’avais pas vu sortir, et suivi des yeux
jusqu’à ce qu’on te pose dans ton berceau ; si je n’avais pas
posé, depuis le berceau, mon regard sur toi sans te lâcher,
et surveillé chaque changement de ton corps au point que
je n’ai pas vu les changements se faire et que je te vois là,
pareil à celui qui est sorti de moi dans ce lit, je croirais que
ce n’est pas mon fils que j’ai devant moi. Pourtant, je te
reconnais, Roberto. Je reconnais la forme de ton corps, ta
taille, la couleur de tes cheveux, la couleur de tes yeux, la
forme de tes mains, ces grandes mains fortes qui n’ont jamais
servi qu’à caresser le cou de ta mère, qu’à serrer celui de ton
père, que tu as tué. Pourquoi cet enfant, si sage pendant
vingt-quatre ans, est-il devenu fou brusquement ?
re
VERS LA 1re •
3 a. Que cherche à susciter le narrateur avec la question
initiale ?
La question a pour fonction d’associer le destinataire (M. de
.......................................................................................
Renoncourt) et le lecteur à la souffrance de Des Grieux. Il s’agit
.......................................................................................
d’un procédé de prétérition visant à capter l’attention tout en
.......................................................................................
créant un effet d’attente.
.......................................................................................
b. Quels procédés révèlent l’émotion du jeune homme ?
Le lexique de la souffrance et des sentiments, la première
.......................................................................................
personne du singulier, l’exclamative, l’énumération qui fait le
.......................................................................................
portrait de Manon révèlent l’émotion du jeune homme.
.......................................................................................
c. Soulignez la métaphore hyperbolique qui traduit la souffrance de Manon.
d. De quel registre cet extrait relève-t-il ?
Il relève du registre pathétique.
.......................................................................................
.......................................................................................
Les registres lyrique et élégiaque
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IDENTIFIER ET EXPLOITER LES REGISTRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
En vain l’Aurore
Qui se colore,
Annonce un jour
Fait pour l’Amour :
De ta pensée
Toute oppressée,
Pour te revoir
J’attends le Soir.
[…]
Un voile sombre
Ramène l’ombre :
Un doux repos
Suit les travaux.
Mon sein palpite,
Mon cœur me quitte…
Je vais te voir,
Voilà le Soir !
Marceline Desbordes-Valmore,
« Le Soir », Romances, 1818.
Une expression personnelle
et intime
Marques de la 1re personne
 Déterminants possessifs
 Adresse au destinataire :
souligne le lien entre le
« je » qui s’exprime et l’autre
(personne, lieu…)

Synthèse : les registres lyrique
et élégiaque
●
Définition
Registre
lyrique
• Originellement
accompagné de la lyre
• Exaltation des
sentiments, comme
l’amour ou la tristesse
• Emprunte toutes
les ressources de la
musicalité
• L’amour
• Le temps
• La joie
• La nature
• Le paysage,
reflet de l’âme
Registre
élégiaque
• Exprime une plainte
ou du regret
• Employé
principalement dans
le genre poétique de
l’élégie
• La souffrance
• L’amour
• L’exil
• La mort
L’expression d’émotions
et de sentiments violents
Champs lexicaux des émotions
Hyperboles
 Ponctuation expressive


Des effets musicaux
Répétitions
Rythmes : avec régularité,
plainte et espoir s’expriment
 Sonorités (allitérations,
assonances)


Principaux
thèmes
Repérer et manipuler
1 Transformez les énoncés suivants de façon à amplifier les sentiments exprimés. Utilisez des procédés différents : hyperboles, personnifications, interjections...
Ex. Je suis triste de son départ.
Hélas ! Son départ m’afflige !
1. J’apprécie ses visites.
Que ses visites me charment !
..........................................................................
2. Je regrette que le temps passe vite.
Le temps s’enfuit trop rapidement !
..........................................................................
3. Ces vallons et ces collines me plaisent.
Que vous m’êtes doux et charmants, vallons et collines !
..........................................................................
4. Je vois de beaux rivages.
Je contemple d’admirables rivages.
..........................................................................
2 a. Dans les citations suivantes, soulignez les sons
qui se répètent (assonances et allitérations).
1. « Tout s’est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J’appelle sans qu’on me réponde. » (Hugo)
2. « Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière. »
(Rimbaud)
3. « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur » (Eluard)
b. Indiquez le sentiment exprimé par l’auteur.
joie, bien-être
1. plainte
................................... 2. ...................................
amour
3. ...................................
3 Réécrivez la définition suivante en employant les
procédés indiqués, afin de créer un texte qui exprime
les plaintes du locuteur (registre élégiaque).
Définition : L’automne : saison intermédiaire entre l’été et
l’hiver, au cours de laquelle le paysage se transforme : les
feuilles jaunissent et tombent. C’est la saison des vendanges. On récolte aussi pommes, noix et noisettes. On
assiste au raccourcissement des jours. Dans un sens figuré,
l’automne est le symbole du déclin.
Procédés : 1re personne du singulier • verbes de sentiments
• une personnification • une comparaison • une exclamative • une apostrophe
Cher été, que je te regrette ! Prêt à se dévêtir de son
...............................................................................
jaune manteau, l’automne paraît. Qu’ils sont tristes, ces
...............................................................................
jours ! Comme vous survenez rapidement, ténèbres de la
...............................................................................
nuit ! Hélas, combien cette saison m’attriste ! Telle une
...............................................................................
mère affligée, la nature laisse choir ses fruits, que nous
...............................................................................
nous empressons de recueillir avant qu’ils ne se gâtent.
...............................................................................
4 a. Complétez chaque phrase par un verbe qui per-
sonnifie la nature, en suivant les indications.
gémissent
1. Les forêts échevelées .....................
dans les sombres
vallons. [manifestation orale de tristesse]
dansent
2. Les flammes joyeusement ..................
au cœur de la
cheminée. [mouvement de joie]
caressent
3. Les vagues ondulantes ...................
le rivage endormi.
[geste d’amour]
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Le Tartuffe de Molière
5 a. Tartuffe fait l’éloge d’Elvire : encadrez les termes
appréciatifs.
b. Soulignez les hyperboles. À qui Elvire est-elle
comparée ?
Tartuffe montre l’ascendant qu’Elvire exerce sur lui : son
.........................................................................
autorité est manifeste, elle est comparée à une déesse.
.........................................................................
c. Pourquoi le lyrisme employé ici par Tartuffe révèlet-il la mauvaise foi du personnage ?
Le langage religieux employé par Tartuffe, dans une
.........................................................................
déclaration d’amour, fait peser des soupçons sur son
.........................................................................
honnêteté : il emploie les procédés du lyrisme, comme
.........................................................................
les exagérations, et compare Elvire à une divinité.
.........................................................................
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Tartuffe, qui manifeste ostensiblement sa foi, entreprend
de séduire Elvire, l’épouse de son hôte.
Tartuffe. – Et, si vous condamnez l’aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès que j’en vis briller la splendeur plus qu’humaine,
De mon intérieur vous fûtes souveraine ;
De vos regards divins l’ineffable douceur
Força la résistance où s’obstinait mon cœur ;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous l’ont dit mille fois,
Et pour mieux m’expliquer j’emploie ici la voix.
Molière, Le Tartuffe, Acte III, scène 3, 1664.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Madame Bovary de Gustave Flaubert
Emma Bovary vient de perdre sa mère.
Emma fut intérieurement satisfaite de se sentir arrivée
du premier coup à ce rare idéal des existences pâles, où ne
parviennent jamais les cœurs médiocres. Elle se laissa donc
glisser dans les méandres lamartiniens1, écouta les harpes
sur les lacs, tous les chants de cygnes mourants, toutes les
chutes de feuilles, les vierges pures qui montent au ciel, et
la voix de l’Éternel discourant dans les vallons. Elle s’en
ennuya, n’en voulut point convenir, continua par habitude,
ensuite par vanité, et fut enfin surprise de se sentir apaisée,
et sans plus de tristesse au cœur que de rides sur son front.
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.
1. méandres lamartiniens : complexité des poèmes de Lamartine,
poète romantique.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866.
I. Acquérir une culture littéraire
7 a. Soulignez les images qui représentent l’automne.
b. Après avoir relevé une comparaison, définissez le lien entre le poète et la
saison évoquée.
Verlaine applique à la nature sa tristesse, comme dans la comparaison finale ou la
................................................................................................................
personnification initiale : aux « sanglots » de l’automne répondent les pleurs du
................................................................................................................
poète, dans la deuxième strophe. Le poète, souvent complément d’objet des
................................................................................................................
verbes, subit ce sentiment amplifié par la nature.
................................................................................................................
c. Montrez que le rythme et la métrique de ce poème correspondent aux
sentiments exprimés.
Le poème est composé de trois strophes comportant des vers de trois et quatre
................................................................................................................
syllabes alternés de façon régulière. Certains groupes syntaxiques restent dans le
................................................................................................................
cadre des vers. Mais ce schéma est parfois perturbé par des enjambements,
................................................................................................................
comme à la deuxième strophe, qui disloquent les vers et rendent compte d’une
................................................................................................................
souffrance plus aiguë.
................................................................................................................
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Rédigez un paragraphe dans lequel vous montrerez que la musique
participe à la plainte élégiaque du poète dans « Chanson d’automne ».
C
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
« Chanson d’automne » de Paul Verlaine
re
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au xxe
siècle : du romantisme au surréalisme
6 a. Parmi les thèmes évoqués, lesquels sont caractéristiques du registre lyrique ?
Le thème de la nature parcourt l’extrait. Les harpes et
.............................................................................
les « chants de cygnes » rappellent les plaintes lyriques.
.............................................................................
b. Montrez que le rythme de la phrase imite la pensée rêveuse d’Emma.
Le narrateur suggère un abandon d’Emma à la rêverie
.............................................................................
que la phrase composée d’énumérations, en des groupes
.............................................................................
de longueur croissante, tente de mimer. Le rythme se
.............................................................................
ralentit.
.............................................................................
c. L’auteur, réaliste, vous semble-t-il favorable à ce
style d’écriture ? Encadrez une comparaison ironique.
Après l’énumération, le narrateur évoque les sentiments
.............................................................................
d’Emma : l’ennui, puis l’apaisement. Cherchant à
.............................................................................
sublimer sa tristesse, Emma, qui se complaît dans cette
.............................................................................
attitude, en vient à oublier sa mélancolie.
.............................................................................
Sur une copie
Les registres polémique et satirique
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IDENTIFIER ET EXPLOITER LES REGISTRES LITTÉRAIRES
Observer et retenir
1. Le registre polémique
En grec, polemikos signifie « relatif à la guerre ». Le registre polémique s’attaque
à la thèse adverse dans une situation d’énonciation clairement définie.
Genres les plus représentatifs : le discours • la lettre ouverte • le pamphlet
• l’article de presse
Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D’abord, – parce qu’il importe de retrancher de la communauté
sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore.
– S’il ne s’agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. À quoi
bon la mort ? Vous objectez qu’on peut s’échapper d’une prison ?
Faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des ménageries ?
Pas de bourreau où le geôlier suffit.
Victor Hugo, Préface du Dernier Jour d’un condamné, 1832.
La dévalorisation de l’adversaire
Lexique péjoratif
Ironie
 Emploi de la 2e personne et interpellation


Les effets d’oralité
Questions rhétoriques
Emploi de l’impératif
 Rythme bref, vif


La réfutation de la thèse adverse
Reprise critique des arguments adverses
Antithèses
 Implication personnelle


2. Le registre satirique
Issu de l’Antiquité, le registre satirique est une moquerie cinglante, ironique et
caricaturale au nom de la raison ou de la morale.
Genres les plus représentatifs : l’essai • le traité • la maxime • le portrait • la satire
Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire
ces expériences1 sur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui
s’est passé le matin. La première fois madame en a été révoltée, à la
seconde elle y a pris goût, parce qu’après tout les femmes sont
curieuses ; et ensuite la première chose qu’elle lui dit lorsqu’il rentre
en robe chez lui : « Mon petit cœur, n’avez-vous fait donner aujourd’hui
la question2 à personne ? »
Voltaire, article « Torture », Dictionnaire philosophique, 1764.
1. ces expériences : allusion à la pratique de la torture. 2. question : torture.
L’emploi de l’ironie
Banalisation
Euphémisme
 Moquerie
 Valorisation inattendue


La caricature


Personnages ridicules ou stéréotypés
Procédés d’exagération (répétition,
hyperbole, énumération…)
Repérer et manipuler
1 Relevez les indices caractéristiques du registre
polémique dans l’extrait suivant.
2 Soulignez dans l’extrait suivant les indices caractéristiques du registre satirique.
La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question,
voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulezvous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je
ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge,
je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous
vivons ? Voulez-vous des faits ? Il y a dans Paris…
(L’orateur s’interrompt). Mon Dieu, je n’hésite pas à
les citer, ces faits.
Le père Ubu a fait assassiner le roi Venceslas de
Pologne pour s’emparer du pouvoir.
Père Ubu. – Apportez la caisse à Nobles et le crochet
à Nobles et le couteau à Nobles et le bouquin à Nobles !
Ensuite, faites avancer les Nobles.
On pousse brutalement les Nobles.
Mère Ubu. – De grâce, modère-toi, Père Ubu.
Père Ubu. – J’ai l’honneur de vous annoncer que pour
enrichir le royaume je vais faire périr tous les Nobles
et prendre leurs biens.
Nobles. – Horreur ! À nous, peuple et soldats !
Père Ubu. – Amenez le premier Noble et passez-moi
le crochet à Nobles. […]
Victor Hugo, Discours à l’Assemblée nationale, 9 juillet 1849.
L’interpellation
« messieurs » ; les questions rhétoriques
...............................................................................
«
voulez-vous savoir […] la misère ? Voulez-vous savoir […]
...............................................................................
Voulez-vous
des fait ? » ; l’implication personnelle : « je ne
...............................................................................
dis
pas » et « je dis », « je n’hésite pas à les citer, ces faits ».
...............................................................................
...............................................................................
Alfred Jarry, Ubu roi, Acte III, scène 2, 1896.
I. Acquérir une culture littéraire
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
Les Caractères de Jean de La Bruyère
3 a. Soulignez les passages qui décrivent Théodecte
et précisez quel trait de caractère est mis en évidence.
Les
hyperboles, gradations croissantes et antithèses font
.............................................................................
de
Théodecte un personnage grossier et fat, antidote de
.............................................................................
l’honnête homme mondain.
.............................................................................
b. En quoi ce portrait fait-il de Théodecte un personnage comique ?
Théodecte
est une caricature de l’aristocrate contrefait qui
.............................................................................
agit comme un pantin. Il « grossit sa voix », il « bredouill[e] »,
.............................................................................
capable seulement de formuler « des vanités et des sottises ».
.............................................................................
c. De quel registre cet extrait relève-t-il ?
Il
révèle du registre satirique.
.............................................................................
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J’entends Théodecte de l’antichambre ; il grossit sa voix
à mesure qu’il s’approche, le voilà entré ; il rit, il crie, il
éclate, on bouche ses oreilles, c’est un tonnerre ; il n’est pas
moins redoutable par les choses qu’il dit que par le ton dont
il parle ; il ne s’apaise et il ne revient de ce grand fracas que
pour bredouiller des vanités et des sottises : il a si peu
d’égard au temps, aux personnes, aux bienséances, que
chacun a son fait1 sans qu’il ait eu l’intention de le lui
donner ; il n’est pas encore assis qu’il a à son insu désobligé
toute l’assemblée.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
1. son fait : son lot de reproches.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe
au xxe siècle : le romantisme
« L’Homme a ri » de Victor Hugo
Dans Les Châtiments, Victor Hugo invective Napoléon III,
à l’origine du coup d’État du 2 décembre 1851.
Ah ! tu finiras bien par hurler, misérable !
Encor tout haletant de ton crime exécrable,
Dans ton triomphe abject, si lugubre et si prompt,
Je t’ai saisi. J’ai mis l’écriteau sur ton front ;
Et maintenant la foule accourt et te bafoue1.
Toi, tandis qu’au poteau le châtiment te cloue,
Que le carcan2 te force à lever le menton,
Tandis que, de ta veste arrachant le bouton,
L’histoire à mes côtés met à nu ton épaule,
Tu dis : je ne sens rien ! et tu nous railles3, drôle !
Ton rire sur mon nom gaîment vient écumer ;
Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer.
Jersey, août 1852.
Victor Hugo, Les Châtiments, 1853.
1. bafouer : humilier, mépriser. 2. carcan : collier de fer servant à
attacher un condamné exposé en public. 3. railler : se moquer.
L’argumentation
Article « La guerre » de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant, « La guerre », article publié dans Gil Blas,
le 11 décembre 1883.
1. M. de Moltke : général de l’armée prussienne.
I. Acquérir une culture littéraire
5 a. Repérez, en les isolant entre crochets,
les différentes étapes de l’argumentation de
Maupassant et précisez leur fonction.
1 : accroche provocatrice – 2 : thèse adverse –
..................................................................
3 : exemples argumentatifs de Maupassant –
..................................................................
4 : reprise ironique de la thèse adverse.
..................................................................
b. Quels procédés renforcent le caractère
polémique du discours ?
Les marques d’oralité, le lexique péjoratif et
..................................................................
familier, l’énumération, les descriptions triviales
..................................................................
et hyperboliques, les métaphores animales et les
..................................................................
répétitions nourrissent le registre polémique.
..................................................................
Ve
iss
r s la
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o
Rédigez un paragraphe montrant
que la diversité des genres littéraires permet
de dénoncer efficacement.
Sur une copie
D
[La guerre est plus vénérée que jamais.]
2 [Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de
Moltke1, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges
paroles que voici : « La guerre est sainte, d’institution divine ; c’est
une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous
les grands, les nobles sentiments : l’honneur, le désintéressement, la
vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus
hideux matérialisme. »]
3 [Ainsi, se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher
jour et nuit sans repos, ne penser à rien ni rien étudier, […] puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus,
faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse
et rougie, […] et crever au coin d’un champ, tandis que vos vieux
parents, votre femme et vos enfants meurent de faim ;][voilà ce qu’on
appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.] 4
1
n
VERS LA 1re •
4 a. Soulignez les termes qui renvoient à l’image du
pilori (poteau où l’on exposait jadis les criminels).
b. Identifiez les procédés traduisant le mépris du
poète ainsi que le registre dominant.
Une exclamative doublée d’une interjection
.............................................................................
dédaigneuse, les insultes, le lexique péjoratif, le ton
.............................................................................
vengeur, l’argument ad hominem, le tutoiement, les
.............................................................................
apostrophes et les effets d’oralité caractérisent le
.............................................................................
registre polémique.
.............................................................................
c. Quels indices confirment la présence du poète ?
Précisez son rôle.
Le poète intervient directement par la parole et par
.............................................................................
l’action.
Le « je » se dresse en bourreau de justice porté
.............................................................................
par la « foule » et l’« histoire ». Les derniers vers
.............................................................................
révèlent le sens du titre. Hugo part d’une anecdote,
.............................................................................
d’une raillerie de Napoléon III à la lecture d’un
.............................................................................
pamphlet
écrit à son encontre, pour rappeler le rôle du
.............................................................................
poète : rétablir justice et vérité.
.............................................................................
: QUESTION SUR LE CORPUS
Répondre à une question sur le corpus
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S ’ INITIER À DÉVELOPPER UNE RÉPONSE
Acquérir une méthode
Lire le corpus
1 Quelle est la nature des supports
(objet d’étude, époque, genre,
auteur, courant littéraire…) ?
2 Quelles informations du paratexte
nous permettent de comprendre la
situation ?
3 Quelle est l’unité du corpus
(caractéristiques, intentions, points
communs et différences) ?
Analyser la question posée
4 Quel est le type de question (genre,
personnage, procédé…) ?
5 Quels sont les mots-clés ?
6 Comment reformuler la question ?
Exemple appliqué
Question :
Ces deux incipit vous semblent-ils traditionnels ?
(comparaison du lieu, temps, personnage, situation de l’incipit…) ?
8 Comment organiser la réponse ?
Rédiger la réponse

Une phrase d’introduction
pour présenter les textes et la
problématique

Un développement en paragraphes
pour mettre en évidence les points
de convergence ou de divergence

Une phrase de conclusion, bilan de
l’analyse
du XIXe siècle
texte B : prolongement
au XXe siècle
2 incipit romanesque
Texte A
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une
obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme
suivait seul la grande route de Marchiennes à
Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit,
à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne
voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation
de l’immense horizon plat que par les souffles du
vent de mars, des rafales larges comme sur une
mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et
de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le
ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une
jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.
Émile Zola, Germinal, 1885.
Composer la réponse
7 Quelles sont les idées importantes
1 texte A : roman réaliste
3 • ouvertures de romans
• présence d’un héros dans
une situation particulière :
solitude dans la nature
glaciale (Étienne Lantier),
contemplation de l’Histoire
(duc)
4 invitation à confronter deux
incipit d’époques différentes
et à s’interroger sur la nature
du romanesque
5 « incipit », « traditionnels »
6 quelle est la part du
conventionnel ? dans quelle
mesure s’en écarte-t-on ?
7 • éléments qui relèvent de
Texte B
Le vingt-cinq septembre douze cent soixantequatre, au petit jour, le duc d’Auge se pointa sur le
sommet du donjon de son château pour y considérer,
un tantinet soit peu, la situation historique. Elle était
plutôt floue. Des restes du passé traînaient encore çà
et là, en vrac. Sur les bords du ru voisin, campaient
deux Huns ; non loin d’eux un Gaulois, Eduen peutêtre, trempait audacieusement ses pieds dans l’eau
courante et fraîche. Sur l’horizon se dessinaient les
silhouettes molles de Romains fatigués, de Sarrasins
de Corinthe, de Francs anciens, d’Alains seuls.
Quelques Normands buvaient du calva.
Raymond Queneau, Les Fleurs bleues, 1965,
© Éditions Gallimard.
la tradition (espace, temps,
personnage)
• éléments qui déconcertent
le lecteur : texte A : paysage
hostile et héros anonyme ;
texte B : mélange des
époques et des peuples, jeu
avec les niveaux de langue
8 I. Des éléments traditionnels :
cadre spatio-temporel,
présence d’un héros
II. Une mise à distance de la
tradition : interrogation sur
les personnages (identité,
statut, rôle…) ; un jeu avec
les conventions littéraires
chez Queneau (texte
comique)
Repérer et manipuler
1 Exploitez le paratexte suivant en mobilisant vos
connaissances. Quelles informations peut-on tirer de
la première lecture (objet d’étude, genre, époques,
thème…) ?
Corpus :
• Corneille, Médée, 1635
• Euripide, Hippolyte, 428 av. J.-C.
• Racine, Phèdre, 1677
• Sénèque, Phèdre, Ier siècle ap. J.-C.
...............................................................................
Il
s’agit du théâtre, la tragédie au xviie siècle et de ses
...............................................................................
échos
antiques (modèles grecs et latins). Deux figures
...............................................................................
féminines
sont confrontées à la passion dévorante. Les
...............................................................................
titres
éponymes sont féminins, sauf Hippolyte.
2 Analysez les questions suivantes : soulignez les
mots-clés et explicitez les attendus.
1. Dégagez les thèses présentes dans les trois textes.
Reformuler des thèses et les confronter (le même point
...............................................................................
de vue est-il défendu ?)
...............................................................................
2. Que dénoncent les quatre textes du corpus ?
Dégager les aspects de la critique en les regroupant
...............................................................................
suivant leur nature.
...............................................................................
3. Quelle vision de la relation amoureuse les textes présentent-ils ?
Caractériser une conception de l’amour et s’interroger
...............................................................................
sur les variantes dans le corpus.
...............................................................................
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
Analyser et employer
3 a. Lisez le corpus.
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Question : Quelles leçons se dégagent des mondes décrits dans ces deux textes ?
L’Utopie de Thomas More
Texte A
Texte B
Dans le roman de l’écrivain anglais Thomas More, publié
par son ami Erasme, Raphaël Hythlodée, voyageur humaniste, raconte le périple maritime qui l’a mené un jour sur
l’île d’Utopie.
Ainsi, tout le monde, en Utopie, est occupé à des arts
et à des métiers réellement utiles. Le travail matériel y
est de courte durée, et néanmoins ce travail produit
l’abondance et le superflu. Quand il y a encombrement
de produits, les travaux journaliers sont suspendus, et la
population est portée en masse sur les chemins rompus
ou dégradés. Faute d’ouvrage ordinaire et extraordinaire,
un décret autorise une diminution sur la durée du travail,
car le gouvernement ne cherche pas à fatiguer les citoyens
par d’inutiles labeurs.
Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir
d’abord aux besoins de la consommation publique et
individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps
possible pour s’affranchir de la servitude du corps, cultiver
librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles
par l’étude des sciences et des lettres. C’est dans ce développement complet qu’ils font consister le vrai bonheur.
Thomas More, L’Utopie, 1516, trad. de Victor Stouvenel.
Candide de Voltaire
Candide, chassé du château de Thunder-ten-tronckh
en Westphalie, poursuit son périple qui le mène d’Europe
en Amérique du Sud. Accompagné de son valet
Cacambo, il découvre le pays fabuleux d’Eldorado, étape
dans le récit.
En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices
publics élevés jusqu’aux nues, les marchés ornés de
mille colonnes, les fontaines d’eau pure, les fontaines
d’eau rose, celles de liqueurs de canne à sucre qui
coulaient continuellement dans de grandes places
pavées d’une espèce de pierreries qui répandaient une
odeur semblable à celle du gérofle1 et de la cannelle.
Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu’il n’y en avait point, et qu’on ne
plaidait jamais. Il s’informa s’il y avait des prisons, et
on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui
lui fit le plus grand plaisir, ce fut le palais des sciences,
dans lequel il vit une galerie de deux mille pas2, toute
pleine d’instruments de mathématique et de physique.
Voltaire, Candide, 1759.
1. gérofle : forme ancienne de girofle ; il s’agit d’un aromate.
2. deux mille pas : environ 1 500 mètres.
b. Complétez le tableau suivant.
GRILLE DE LECTURE
TEXTE A
TEXTE B
Auteur, titre
Thomas More, L’Utopie
Voltaire, Candide
.........................................................
.........................................................
Date
1516
1759
.........................................................
.........................................................
Contextes littéraires
Renaissance
Les Lumières
.........................................................
.........................................................
Objet d’étude
Mise en perspective diachronique de
Genre et forme de l’argumentation au
.........................................................
.........................................................
e
xviii
siècle
l’argumentation
......................................................... .........................................................
Genre littéraire
Récit
Conte philosophique
.........................................................
.........................................................
Thème
L’utopie et ses éléments fondateurs
L’utopie ou l’Eldorado
.........................................................
.........................................................
Visées, finalités ou intentions
Décrire un monde idéal
Décrire un monde idéal
.........................................................
.........................................................
Critiquer en creux la société contemporaine Critiquer en creux la société contemporaine
.........................................................
Caractéristiques d’écriture dominantes .........................................................
Description à valeur argumentative
Narration et description
.........................................................
Enumérations, jeu d’oppositions…
......................................................... .........................................................
c. Analysez la question.
Il
convient de préciser la nature des leçons et leurs caractéristiques dans les deux textes qui présentent une description de la
.......................................................................................................................................................................
société idéale. Les leçons sont-elles communes ?
.......................................................................................................................................................................
Des
leçons morales et politiques se dégagent des deux mondes décrits au xvie et au xviiie siècle. La quête de
.......................................................................................................................................................................
l’épanouissement individuel et la jouissance de la liberté passent par l’étude et les connaissances universelles chez More et
.......................................................................................................................................................................
Voltaire. Le pouvoir politique est humanisé dans les deux extraits. More propose une vision utilitaire et humaine du travail.
.......................................................................................................................................................................
Chez Voltaire, on a une présentation esthétique du monde évoqué (luxe et urbanisme). Les extraits font apparaître des
.......................................................................................................................................................................
points communs nombreux dans une vision humaniste de la société décrite, à deux époques différentes. Les deux textes
.......................................................................................................................................................................
présentent un idéal social et moral, contrepoint de la réalité.
.......................................................................................................................................................................
II. Savoir organiser un texte
Écrire la suite d’un texte
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S ’ INITIER À L ’ ÉCRITURE D ’ INVENTION
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Identifier l’exercice
Sujet :
En respectant le genre, le registre et
les procédés d’écriture du texte, rédigez
une suite d’une vingtaine de lignes.
1 Quel est le type d’écriture
demandé ?
2 Quelles sont les précisions ?
1 une amplification : continuer le texte
en imitant l’auteur
2 texte d’une vingtaine de lignes
Repérer les composantes
essentielles
Argan. – Mais raisonnons un peu,
mon frère. Vous ne croyez donc point
à la médecine ?
Beralde. – Non, mon frère, et je ne
vois pas que pour son salut il soit
nécessaire d’y croire.
Argan. – Quoi ! vous ne tenez pas véritable une chose établie par tout le monde,
et que tous les siècles ont révérée ?
Beralde. – Bien loin de la tenir véritable, je la trouve, entre nous, une des
plus grandes folies qui soit parmi les
hommes, et, à regarder les choses en
philosophe, je ne vois point de plus
plaisante mômerie ; je ne vois rien de
plus ridicule qu’un homme qui se veut
mêler d’en guérir un autre.
3 Quel est le contexte historique ?
4 Quel est le mouvement ?
5 Quel est le genre ?
6 Quel est le thème ?
7 Quel est le registre ?
8 Quelle est la situation
d’énonciation ?
• Qui parle ?
• Quels temps dominent ?
N.B. : pour un texte narratif,
descriptif, informatif : quel est le
statut du narrateur ? quelle est la
focalisation ?
9 Quel est le niveau de langue ?
10 Quel est le type de lexique ?
11 Quelles sont les figures de style
Molière, Le Malade imaginaire, Acte III,
scène 3, 1673.
utilisées ?
12 Que vient-il de se passer ?
3 texte du XVIIe siècle
4 classicisme
5 genre théâtral
6 la médecine
7 registre polémique
8 • Béralde et Argan : 1re et 2e personnes
• temps du discours : présent
9 niveau de langue soutenu
10 lexique péjoratif
11 hyperboles
12 Deux frères, bourgeois, se tiennent
tête dans un débat : Argan croit au
pouvoir de la médecine. Il s’exclame
et s’offusque sans présenter
d’arguments solides. Béralde est
déterminé et soutient que la médecine
est inutile. Il oppose le lexique de la
raison et de la folie.
Analyser la suite à inventer


Un dialogue théâtral
Un texte argumentatif sur
la médecine


répliques, didascalies, temps du discours
registre polémique : confrontation (arguments/contre-arguments), recours aux techniques
de persuasion
Repérer et manipuler
Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur
de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un
homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter
avec ma main, comme un mouchoir odorant, pour
secouer des souvenirs dans l’air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que
je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon
âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres
hommes sur la musique. […]
Charles Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure »,
Le Spleen de Paris, 1869.
1 a. Identifiez le genre et le mouvement littéraires
auxquels l’extrait se rattache.
L’extrait
. . . . . . . . . . se
. . . rattache
. . . . . . . . . . à. . la
. . .poésie
. . . . . . . .symboliste.
..............................
b. Encadrez le thème principal et le second thème
auquel il est associé.
c. Quelle est la situation d’énonciation ?
Le
. . . .poète
. . . . . . .(1
. .re. . personne
. . . . . . . . . . . .du
. . .singulier)
. . . . . . . . . . . s’adresse
. . . . . . . . . . .à. .la
. . .femme
.........
e
.qu’il
. . . . .aime
. . . . . . (2
. . . .personne
. . . . . . . . . . . du
. . . .singulier)
. . . . . . . . . . .en
. . . .l’interpellant
. . . . . . . . . . . . . . .par
.....
.le. . recours
. . . . . . . . .à. .l’impératif
. . . . . . . . . . . . .présent.
.......................................
..................................................................
..................................................................
d. Soulignez les termes qui évoquent les sens.
e. Identifiez le registre du poème.
.Le
. . .poème
. . . . . . . . relève
. . . . . . . .du
. . . registre
. . . . . . . . . .lyrique.
.................................
II. Savoir organiser un texte
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
« Pierrot » de Guy de Maupassant
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Mme Lefèvre, une paysanne riche et avare, et sa
servante Rose viennent d’adopter le chien du
boulanger afin de dissuader les voleurs qui
sévissent dans leur potager.
Rose l’embrassa puis demanda comment on le
nommait. Le boulanger répondit : « Pierrot ».
Il fut installé dans une vieille caisse à savon et
on lui offrit d’abord de l’eau à boire. Il but. On
lui présenta ensuite un morceau de pain. Il
mangea. Mme Lefèvre, inquiète, eut une idée :
« Quand il sera bien accoutumé à la maison, on
le laissera libre. Il trouvera à manger en rôdant
dans le pays ».
On le laissa libre, en effet, ce qui ne l’empêcha
point d’être affamé. […]
Mme Lefèvre cependant s’était accoutumée à
cette bête. Elle en arrivait même à l’aimer, et à
lui donner de sa main, de temps en temps, des
bouchées de pain trempées dans la sauce de son
fricot.
Mais elle n’avait nullement songé à l’impôt, et
quand on lui réclama huit francs, – huit francs,
madame ! – pour ce freluquet 1 de quin 2qui ne
jappait seulement point, elle faillit s’évanouir de
saisissement.
Guy de Maupassant, « Pierrot », Le Gaulois, 1882.
1. freluquet : terme péjoratif signifiant « de petite taille ».
2. quin : chien, en patois normand.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
2 a. Soulignez les indices permettant de cerner le caractère
de Mme Lefèvre.
b. Encadrez les expressions renvoyant au mode de vie et au
langage des paysans.
c. Prolongez l’extrait en tenant compte des indices repérés.
Il fut immédiatement décidé qu’on se débarrasserait de Pierrot.
.........................................................................................
Personne
n’en voulut. Tous les habitants le refusèrent à dix lieues
.........................................................................................
aux environs. Alors on se résolut, faute d’autre moyen, à lui faire
.........................................................................................
«
piquer du mas »1. […]
.........................................................................................
Alors Rose qui pleurait, l’embrassa, puis le lança dans le trou. […]
.........................................................................................
Elles furent saisies de remords, d’épouvante, d’une peur folle et
.........................................................................................
inexplicable ; et elles se sauvèrent en courant. […]
.........................................................................................
[Mme Lefèvre] courut chez le puisatier chargé de l’extraction de la
.........................................................................................
marne2, et elle lui raconta son cas. L’homme écoutait sans rien
.........................................................................................
dire. Quand elle eut fini, il prononça : « Vous voulez votre quin ?
.........................................................................................
Ce sera quatre francs ».
.........................................................................................
Elle eut un sursaut ; toute sa douleur s’envola du coup.
.........................................................................................
Guy de Maupassant, « Pierrot », Le Gaulois, 1882.
.........................................................................................
.........................................................................................
1. piquer du mas : jeter dans la marnière, cavité souterraine de Haute.........................................................................................
Normandie.
.........................................................................................
2. marne : roche calcaire.
.........................................................................................
.........................................................................................
.........................................................................................
.........................................................................................
Émile ou De l’Éducation de Jean-Jacques Rousseau
Que faut-il donc penser de cette éducation barbare qui sacrifie le présent à un
avenir incertain, qui charge un enfant de
chaînes de toute espèce, et commence par
le rendre misérable, pour lui préparer au
loin je ne sais quel prétendu bonheur dont
il est à croire qu’il ne jouira jamais ?
Quand je supposerais cette éducation raisonnable dans son objet, comment voir
sans indignation de pauvres infortunés
soumis à un joug insupportable et
condamnés à des travaux continuels
comme des galériens, sans être assuré que
tant de soins leur seront jamais utiles ?
L’âge de la gaieté se passe au milieu des
pleurs, des châtiments, des menaces, de
l’esclavage.
Jean-Jacques Rousseau,
Émile ou De L’Éducation, 1762.
II. Savoir organiser un texte
Sujet : En respectant le genre, le registre et les procédés
d’écriture du texte, rédigez une suite d’une dizaine de lignes.
Sujet : Poursuivez l’extrait de Rousseau en développant des arguments favorables à une autre forme d’éducation.
3 a. Quel est le registre de l’extrait ? Quels indices vous ont permis
de l’identifier ?
L’extrait relève du registre polémique : questions rhétoriques, hyperboles,
.....................................................................................................
lexique péjoratif, énumérations.
.....................................................................................................
b. Quelle métaphore filée Rousseau développe-t-il ?
La métaphore filée de l’esclavage permet de dénoncer l’éducation subie
.....................................................................................................
par les enfants.
.....................................................................................................
c. Poursuivez l’extrait.
Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir ; soyez-le pour tous
.....................................................................................................
les états, pour tous les âges, pour tout ce qui n’est pas étranger à
.....................................................................................................
l’homme. […] Aimez l’enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable
.....................................................................................................
instinct. […] Pourquoi voulez-vous ôter à ces petits innocents la jouissance
.....................................................................................................
d’un temps si court qui leur échappe, et d’un bien si précieux dont ils ne
.....................................................................................................
sauraient abuser ? […] Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le
.....................................................................................................
peu d’instants que la nature leur donne : aussitôt qu’ils peuvent sentir le
.....................................................................................................
.plaisir
. . . . . . .d’être,
. . . . . . . . .faites
. . . . . . .qu’ils
. . . . . . en
. . . .jouissent
. . . . . . . . . . .;. faites
. . . . . . . .qu’à
. . . . . quelque
. . . . . . . . . . .heure
. . . . . . . que
..........
dieu les appelle, ils ne meurent point sans avoir goûté la vie.
.....................................................................................................
Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’Éducation, 1762.
.....................................................................................................
S ’ INITIER À L ’ ÉCRITURE D ’ INVENTION
30 Imiter, détourner, transposer
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Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Identifier l’exercice
1
Quel est le type
d’écriture demandé ?
2 Quelles sont les
précisions ?
Sujet : Vous écrirez une parodie sous la forme d’une page de
roman des scènes 4 et 5 de l’acte III de Phèdre de Racine.
Phèdre est éprise de son beau-fils Hippolyte. Croyant son
mari Thésée mort, elle a avoué sa passion coupable.
Thésée, finalement vivant, revient en son palais...
Scène 4
Thésée, Hippolyte, Phèdre, Œnone, Théramène
Thésée. – La fortune à mes vœux cesse d’être opposée,
Madame, et dans vos bras met...
Phèdre. –
Arrêtez, Thésée.
Et ne profanez point des transports si charmants :
Je ne mérite plus ces doux empressements ;
Vous êtes offensé. La fortune jalouse
N’a pas en votre absence épargné votre épouse.
Indigne de vous plaire et de vous approcher,
Je ne dois désormais songer qu’à me cacher.
3 Quel est le genre du
texte ?
4 Quelle est la situation ?
5 Quel est son enjeu ?
6 Qui sont les personnages
présents ?
7 Quel est le registre
du texte ?
8 Quel est le niveau
Scène 5
Thésée, Hippolyte, Théramène
Thésée. – Quel est l’étrange accueil qu’on fait à votre père,
Mon fils ?
Hippolyte. – Phèdre peut seule expliquer ce mystère.
de langue ?
Analyser la situation
à inventer

Une transposition
Une parodie
la forme d’une page
romanesque
2 • imiter la situation des
Repérer les
caractéristiques
essentielles

1 écrire une parodie sous
Jean Racine, Phèdre, Acte III, scènes 4 et 5, 1677.
scènes 4 et 5, parodier le
style, la situation et les
personnages
• transposer : abandonner
le genre théâtral au profit
du genre romanesque
3 genre théâtral
4 un mari retrouve sa femme
et veut l’embrasser. Elle
s’en déclare indigne.
5 • un enjeu sérieux :
un mari offensé, une
femme devenue indigne ;
l’honneur est en jeu.
• un mystère : seule Phèdre
connaît la nature de
l’offense.
6 cinq personnages
présents : Phèdre et
Œnone sortent à la fin de
la scène 4 ; personnages
d’un rang élevé.
7 registre tragique
8 niveau de langue soutenu
suppression des caractéristiques de l’écriture dramatique au profit de celles du roman : temps du
récit, narrateur extérieur ou personnage, présent ou absent, dialogue…
 changement de registre : emploi du comique, style burlesque principalement ; niveau de langue
familier ; caractères et sentiments bas

Analyser et employer
VERS LA 1re •
Le théâtre
Phèdre de Georges Fourest
« Theseus, c’est Theseus ! il arrive !
« C’est lui-même : il monte à grands pas ! »
Venait-il de Quimper, de Brive,
d’Honolulu ! je ne sais pas,
mais il entre, embrasse sa femme,
la rembrasse en mari galant !
aussitôt la carogne infâme
pleurniche, puis d’un ton dolent :
« — Monsieur, votre fils Hippolyte,
« avec tous ses grands airs bigots,
« et ses mines de carmélite,
« est bien le roi des saligots !
George Fourest, La Négresse blonde,
« Phèdre », 1909, © José Corti.
Phèdre.
Ces vers imitent les personnages (« Théseus », « sa femme »,
................................................................................................
Hippolyte) et la péripétie (Thésée veut embrasser sa femme qui refuse
................................................................................................
et suggère la culpabilité d’Hippolyte).
................................................................................................
b. Relevez les éléments qui relèvent d’une parodie burlesque.
– lexique courant, familier voire bas (« rembrasse », « carogne »,
................................................................................................
« pleurniche », « saligots ») ;
................................................................................................
– ieu, comportement, sentiments, relations plus prosaïques (« en mari
................................................................................................
galant », « la rembrasse », « Monsieur », « Quimper…Honolulu »,
................................................................................................
« avec tous ses grands airs ») ;
................................................................................................
– registre comique (burlesque) : intervention du narrateur, jugements
................................................................................................
péjoratifs sur Phèdre elle-même et dans son intervention triviale,
................................................................................................
figures (« je ne sais pas », « la carogne infâme », « mine de
................................................................................................
carmélites »).
................................................................................................
1 a. Montrez que ces vers sont une réécriture de
II. Savoir organiser un texte
Langue et culture
de l’Antiquité
« Le Paon et la Grue » d’Ésope
Sujet : Réécrivez cette fable en transposant l’action à la cour de
Louis XIV.
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Un paon se moquait d’une grue ; il raillait
sa couleur : « Moi, je suis vêtu d’or et de
pourpre, toi, tu portes un plumage sans
beauté. – Seulement moi, répondit la grue, je
chante parmi les étoiles et mon vol me porte
dans les hauteurs ; toi, pareil à un coq, tu
marches en bas avec la volaille. »
Plutôt la gloire en haillons que le déshonneur dans le faste.
Ésope (VIIe avt J.C.), Fables, trad. de Cl. Terreaux,
2004, © Éditions Arléa.
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
2 a. Encadrez les indices permettant de cerner le caractère du
paon et soulignez ceux permettant de cerner celui de la grue.
b. Recherchez des hommes ayant des caractères semblables à la
cour de Louis XIV.
Un courtisan, un homme d’esprit.
................................................................................................
c. Réécrivez la fable.
« Du Courtisan et du Fabuliste »
................................................................................................
Un Courtisan marchant avec un Fabuliste agitait ses dentelles et
................................................................................................
montrait
ses rubans. Il méprisait le fabuliste : « vos fables valent bien
................................................................................................
peu si l’on songe à Corneille, à Racine ou même à Molière, lui dit-il. »
................................................................................................
Mais le Fabuliste lui conta « Le Paon et la Grue. » qu’il mit en vers pour
................................................................................................
l’occasion. Une Dame qu’on croisait alors lui adressa aussitôt le plus
................................................................................................
gracieux
des sourires.
................................................................................................
Le Bourgeois gentilhomme de Molière
Scène XVI
Monsieur Jourdain, Dorimène,
Dorante, Laquais
Monsieur Jourdain, après avoir fait deux
révérences, se trouvant trop près de Dorimène.
– Un peu plus loin, Madame.
Dorimène. – Comment ?
Monsieur Jourdain. – Un pas, s’il vous
plaît.
Dorimène. – Quoi donc ?
Monsieur Jourdain. – Reculez un peu, pour
la troisième.
Molière, Le Bourgeois gentilhomme,
Acte III, scène 16, 1670.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
3 a. Identifiez la situation et les personnages.
Monsieur
Jourdain fait des révérences devant Dorante, Dorimène et
................................................................................................
des
laquais.
................................................................................................
b. Transposez du genre théâtral au genre romanesque.
Dès
qu’il eut terminé sa deuxième révérence, Jourdain fut si près de
................................................................................................
Dorimène qu’il se trouva empêché de faire la troisième. Après un petit
................................................................................................
moment d’embarras et déjà tout transpirant, il demanda que
................................................................................................
Dorimène voulût bien se reculer un peu. La pauvre marquise quand
................................................................................................
elle
eut compris de quoi il s’agissait se recula de trois pas. Dorante et
................................................................................................
les laquais qui observaient la scène ne pouvaient contenir leurs rires.
................................................................................................
Jourdain put enfin terminé ce qu’il imaginait le comble des bonnes
................................................................................................
manières et quand il se releva, on vit bien à son large sourire qu’il se
................................................................................................
croyait
maintenant un vrai gentilhomme.
................................................................................................
L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert
Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute
seule ; ou du moins il ne distingua personne,
dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses
yeux. En même temps qu’il passait, elle leva
la tête ; il fléchit involontairement les épaules ;
et, quand il se fut mis plus loin, du même
côté, il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des
rubans roses qui palpitaient au vent, derrière
elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe
de ses grands sourcils, descendaient très bas et
semblaient presser amoureusement l’ovale de
sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée
de petits pois, se répandait à plis nombreux.
Elle était en train de broder quelque chose ; et
son nez droit, son menton, toute sa personne
se découpait sur le fond de l’air bleu.
Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, 1869.
II. Savoir organiser un texte
Sujet : Transposez ce bref dialogue dans le genre romanesque.
Sujet : Pastichez l’extrait de Flaubert.
4 a. Identifiez les caractéristiques stylistiques pour les imiter :
lexique, temps, narrateur, récit, description, figures.
b. Pastichez le texte.
Deux
hommes parurent.
................................................................................................
L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand,
................................................................................................
vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa
................................................................................................
cravate
à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une
................................................................................................
redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.
................................................................................................
Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent, à la
................................................................................................
même minute, sur le même banc.
................................................................................................
Pour
s’essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa
................................................................................................
près de soi ; et le petit homme aperçut, écrit dans le chapeau de son
................................................................................................
voisin : Bouvard ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la
................................................................................................
casquette du particulier en redingote le mot : Pécuchet.
................................................................................................
Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1880.
................................................................................................
................................................................................................
................................................................................................
Développer une argumentation
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31
S ’ INITIER À L ’ ÉCRITURE D ’ INVENTION
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Identifier l’exercice
Sujet :
Un nouveau gouverneur survient. Monsieur
et Madame de la Jeannotière l’interrogent
sur l’astronomie et d’autres sciences. Il leur
démontre leur utilité. Écrivez le dialogue
qui pourrait figurer à la suite de cet extrait.
1 Quel est le genre attendu ?
2 Quelle thèse doit être
développée ?
Repérer les caractéristiques
essentielles
Monsieur et Madame de la Jeannotière
interrogent le gouverneur de leur fils
(précepteur).
Ne pourrait-on pas lui montrer un peu
de géographie ? « À quoi cela lui servirat-il ? répondit le gouverneur. Quand
monsieur le marquis ira dans ses terres,
les postillons ne sauront-ils pas les chemins ? ils ne l’égareront certainement
pas. On n’a pas besoin d’un quart de
cercle pour voyager, et on va très commodément de Paris en Auvergne, sans
qu’il soit besoin de savoir sous quelle
latitude on se trouve.
– Vous avez raison, répliqua le père ;
mais j’ai entendu parler d’une belle science
qu’on appelle, je crois, l’astronomie.
– Quelle pitié ! repartit le gouverneur ;
se conduit-on par les astres dans ce
monde ? […] »
3 Quel est le thème du dialogue ?
4 Quelle est l’opinion du gouverneur ?
Quelles valeurs défend-il ?
5 Quel type d’arguments le
gouverneur avance-t-il ?
6 Quelles types de phrases le
gouverneur emploie-t-il ?
7 Quelle est l’opinion des parents ?
Sous quelle forme se présentent
les paroles rapportées ?
Quels types de phrases dominent ?
8 Y a-t-il une évolution dans
le dialogue ?
Voltaire, Jeannot et Colin, 1764.
Se préparer à rédiger
une argumentation

Une argumentation dialoguée

Une thèse à défendre
1 récit comportant un dialogue entre
quatre personnages
2 défendre l’utilité des connaissances
3 les connaissances : géographie,
astronomie
4 dévalorisation des connaissances : le
précepteur démontre leur inutilité ; les
connaissances sont inutiles pour qui
joue un rôle important dans le monde
5 arguments fondés sur l’expérience :
le précepteur évoque ce qui se fait
habituellement
6 phrases exclamatives et interrogatives :
le précepteur utilise des questions
rhétoriques et cherche à persuader
7 • paroles au style direct
• perplexité, marquée par la modalité
interrogative.
• crédulité visible par la modalité
déclarative
8 Différentes disciplines sont soumises à
examen, par les parents. Le gouverneur,
qui devrait montrer leur utilité, les
rejette toutes les unes après les autres.
Les parents ne s’en étonnent pas.
Discours direct, différents interlocuteurs, langage et caractère des personnages, précision de
la langue du précepteur, emploi de connecteurs logiques
 « Les connaissances permettent de former des hommes accomplis, qu’ils soient riches ou
pauvres » ; « les sciences comme l’astronomie permettent d’exercer son esprit critique » ;
« la géographie permet de s’ouvrir aux autres »

Repérer et manipuler
1 Dans les sujets suivants, soulignez les termes qui
indiquent que l’écrit à produire doit être argumentatif.
1. À la fin du conte, Candide entreprend de montrer à
Pangloss ce que signifie « Il faut cultiver son jardin ». Il
essaie de le convaincre. Rédigez son discours.
2. À la suite du procès de Gustave Flaubert, un admirateur
de Madame Bovary écrit à l’auteur afin de lui signifier
son enthousiasme. Il prend la défense du roman contre
ses détracteurs.
3. À partir de la moralité de la fable « Le Corbeau voulant
imiter l’Aigle », composez un nouveau récit, qui dénonce
l’orgueil des hommes.
4. Laissée seule, Iphigénie délibère : doit-elle obéir à son
père, ou lutter contre la fatalité ? Rédigez son monologue.
2 Identifiez les thèses que les sujets suivants vous
invitent à travailler.
1. Un des Troglodytes évoqué dans la lettre XII des Lettres
persanes de Montesquieu est outré de la barbarie de ses
concitoyens. Il entreprend de montrer à ses enfants les
erreurs de la société. Écrivez son discours.
le Troglodyte s’oppose à la barbarie.
Thèse : ....................................................................
2. Chrysalde et Arnolphe, dans L’École des femmes de
Molière, débattent de la meilleure façon d’élever les
enfants : l’un est partisan d’une éducation libérale, l’autre
a choisi une éducation plus sévère. Rédigez leur dialogue.
deux thèses opposées, développées par deux
Thèse : ....................................................................
personnages, prônant une éducation tolérante ou
...............................................................................
exigeante.
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Le Ventre de Paris d’Émile Zola
Sujet : À partir de cet extrait, rédigez le discours tenu par
Claude, au style direct. Il dénonce auprès de son ami ce
« drame humain ».
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Claude explique à son ami sa vision de la société.
Alors Claude s’enthousiasma, parla de cette série
d’estampes1 avec beaucoup d’éloges. Il cita certains
épisodes : les Gras, énormes à crever, préparant la
goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par
le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas2
envieux ; et encore les Gras, à table, les joues débordantes, chassant un Maigre qui a eu l’audace de
s’introduire humblement, et qui ressemble à une
quille au milieu d’un peuple de boules. Il voyait là
tout le drame humain ; il finit par classer les hommes
en Maigres et en Gras, en deux groupes hostiles
dont l’un dévore l’autre, s’arrondit le ventre et jouit.
Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873.
1. estampes : gravures.
2. mine d’échalas : comparaison familière à un piquet de bois.
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
3 a. Dans le sujet, soulignez le terme qui indique que l’écrit
à produire doit être argumentatif.
b. Qu’apporte la description des estampes à l’argumentation ?
Il
s’agit d’un apologue : les gravures présentent des personnages
.........................................................................................
opposés, dont les uns dominent les autres.
.........................................................................................
c. À quels exemples Claude pourrait-il avoir recours ?
L’ambitieux, dans le monde du travail ou dans la société, pourrait
.........................................................................................
servir d’exemple. On peut penser également au milieu financier,
.........................................................................................
au monde du commerce, représentés dans les romans de Zola.
.........................................................................................
d. Encadrez dans le texte les expressions qui précisent le ton
pris par le discours de Claude.
La Critique de l’École des Femmes de Molière
Lysidas, Dorante et Uranie confrontent leurs
points de vue sur la comédie.
Dorante. – Vous croyez donc, Monsieur Lysidas,
que tout l’esprit et toute la beauté sont dans les
poèmes sérieux, et que les pièces comiques sont
des niaiseries qui ne méritent aucune louange ?
Uranie. – Ce n’est pas mon sentiment, pour moi.
La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau
quand elle est bien touchée1 ; mais la comédie a
ses charmes, et je tiens que l’une n’est pas moins
difficile à faire que l’autre.
Molière, La Critique de l’École des Femmes,
scène 6, 1662.
1. elle est bien touchée : elle est écrite avec talent.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
4 a. Quelles sont les opinions de chaque personnage ?
.Lysidas
. . . . . . . . dénigre
. . . . . . . . . .la. . .comédie,
. . . . . . . . . . .tandis
. . . . . . . qu’Uranie
. . . . . . . . . . . . .lui
. . .est
. . . .favorable,
................
.sans
. . . . .dédaigner
. . . . . . . . . . . . .le. . genre
. . . . . . . .sérieux.
. . . . . . . . . Dorante
. . . . . . . . . . .ne
. . .livre
. . . . . .pas
. . . . son
. . . . .opinion.
.........
b. Quels arguments Uranie donne-t-elle à l’appui de sa thèse ?
.Uranie
. . . . . . . .souligne
. . . . . . . . . . .que
. . . . .la. . comédie
. . . . . . . . . . .est
. . . .plaisante.
. . . . . . . . . . . .Elle
. . . . signale
. . . . . . . . . en
.........
.outre
. . . . . . .la. . diffi
. . . . . culté
. . . . . . .à. .écrire
. . . . . . .des
. . . . comédies.
.........................................
c. Trouvez les arguments que pourrait formuler Lysidas.
.Lysidas
. . . . . . . . pourrait
. . . . . . . . . . souligner
. . . . . . . . . . . .la. . .fonction
. . . . . . . . . .cathartique
. . . . . . . . . . . . . .de
. . . .la. . tragédie.
............
.Il. .peut
. . . . . .montrer
. . . . . . . . . .qu’elle
. . . . . . . . .élève
. . . . . . .l’homme
. . . . . . . . . . .par
. . . . la
. . .noblesse
. . . . . . . . . . .des
.............
.sentiments
. . . . . . . . . . . . .et
. . .des
. . . . personnages
. . . . . . . . . . . . . . . .représentés.
. . . . . . . . . . . . . . Enfi
. . . . .n,
. . .il. .pourrait
...............
.invoquer
. . . . . . . . . . .le. . style
. . . . . . sublime
. . . . . . . . . .de
. . . .la. . tragédie,
. . . . . . . . . . . qui
. . . . .charme
. . . . . . . . .le
. . .public.
............
Les Caractères de Jean de La Bruyère
L’homme évoqué ici vient de faire la satire de ceux qui
voyagent pour voyager, sans rien voir ni apprendre.
Mais quand il ajoute que les livres en apprennent
plus que les voyages, et qu’il m’a fait comprendre par
ses discours qu’il a une bibliothèque, je souhaite de
la voir ; je vais trouver cet homme […] ; il a beau me
crier aux oreilles, pour me ranimer, qu[e ses livres]
sont dorés sur tranche, ornés de filets d’or, et de la
bonne édition, me nommer les meilleurs l’un après
l’autre, dire que sa galerie est remplie, à quelques
endroits près, qui sont peints de manière, qu’on les
prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes,
et que l’œil s’y trompe ; ajouter qu’il ne lit jamais,
qu’il ne met pas le pied dans cette galerie, qu’il y
viendra pour me faire plaisir ; je le remercie de sa
complaisance, et ne veux non plus que lui voir sa
tannerie, qu’il appelle bibliothèque.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
II. Savoir organiser un texte
Sujet : Poursuivez ce dialogue entre Lysidas, Dorante et Uranie :
ils confrontent leurs idées sur la tragédie et la comédie.
Sujet : La Bruyère rapporte la conversation qui s’est engagée lors de sa visite. Un débat s’amorce sur la connaissance : vaut-il mieux lire ou faire l’expérience des voyages ?
Rédigez ce dialogue.
5 a. Soulignez les termes du sujet qui précisent la forme
d’écriture à adopter.
b. Encadrez dans le sujet la ou les thèse(s) à développer.
c. Soulignez dans le texte les phrases au discours indirect et
encadrez la thèse défendue par l’homme.
d. L’argumentation de cet homme vous paraît-elle convaincante ? Justifiez votre réponse.
L’homme est fier d’afficher ses livres : il ne montre d’eux que leur
.........................................................................................
aspect matériel. Sa conclusion révèle sa vanité : « il ne lit jamais ».
.........................................................................................
Son argumentation est donc défaillante.
.........................................................................................
e. Trouvez un argument qui montre la supériorité des voyages
sur les livres.
.Le
. . .voyage
. . . . . . . . .permet
. . . . . . . . .de
. . . .tester
. . . . . . .ce
. . .que
. . . . .l’on
. . . . . a. . pu
. . . .lire
. . . . dans
. . . . . . les
. . . .livres.
..........
S ’ INITIER AU COMMENTAIRE
32 Formuler et développer des hypothèses
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de lecture
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Recueillir des impressions
à la première lecture
1 Quels sont vos sentiments, vos
émotions ou vos réactions (effets
de surprise…) à la lecture de ce
texte ?
Faire appel à ses connaissances
2 Quel est le genre de ce texte ?
3 Qui est l’auteur ? À quelle période
a-t-il écrit ? À quel mouvement
littéraire a-t-il appartenu ?
4 Quels thèmes sont privilégiés ?
Caractériser le texte
5 Quel sens donner au titre ?
6 Quels sont les thèmes ?
7 Quels sont les registres ?
8 Quelle est la situation
d’énonciation ?
Quels temps verbaux sont employés ?
9 Quels sont les principaux procédés
stylistiques ?
1 tristesse, monotonie,
émerveillement
Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées1.
Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !
choisir ?
3 Victor Hugo : poète
romantique, XIXe siècle
4 thèmes de la fuite du
Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
temps et de la nature
5 « Soleils couchants » :
Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !
1. nuées : nuages.
présence de la
nature et évocation
d’un instant, pluriel
marquant la répétition
6 thèmes du temps, de la
nature
7 registres lyrique et
élégiaque
8 • expression person-
Victor Hugo, Les Feuilles d’automne, VI,
« Soleils couchants », 1831.
nelle qui intervient à la
fin du texte
• diversité des temps :
passé composé, futur,
présent
9 • personnifications de
Croiser les informations
10 Quelle problématique peut-on
2 genre poétique
10 En quoi le thème romantique du soleil couchant permet-il
au poète de déployer une méditation sur le temps ?
11 Quelles peuvent être les hypothèses 11 I. Déploration de la fuite du temps
de lecture qui en découlent ?
II. Un hymne à la nature
la nature
• répétitions, anaphores :
succession d’instants
• antithèse, oxymore :
opposition « je »/ nature
Analyser et employer
Dialogues de M. le baron de La Hontan et d’un sauvage dans
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
l’Amérique
de l’argumentation : xviii siècle
e
L’auteur rapporte ses conversations avec un
Huron, Adario, lors de son voyage en Amérique.
Adario. – […] Il y a cinquante ans que les gouverneurs du Canada prétendent que nous soyons sous
les lois de leur grand capitaine. Nous nous contentons de nier notre dépendance de tout autre que du
grand Esprit ; nous sommes nés libres et frères unis,
aussi grands maîtres les uns que les autres ; au lieu
que vous êtes tous des esclaves d’un seul homme.
Si nous ne répondons pas que nous prétendons que
tous les Français dépendent de nous, c’est que nous
voulons éviter des querelles. Car sur quel droit et
sur quelle autorité fondent-ils cette prétention ?
Est-ce que nous nous sommes vendus à ce grand
capitaine ? Avons-nous été en France vous chercher ?
C’est vous qui êtes venus ici nous trouver.
Baron de La Hontan, Dialogues de M. le baron de La Hontan et d’un sauvage dans l’Amérique, « Des lois », 1703.
1 a. À quel mouvement littéraire ce texte peut-il se rattacher ?
Il
se rattache au siècle des Lumières.
.........................................................................................
b. Soulignez les pronoms employés. Que révèlent-ils de la
situation d’énonciation ? Que défend Adario ?
Le
Huron, porte-parole de son peuple, généralise son propos et
.........................................................................................
vise
les occidentaux. Il s’oppose à eux et dénonce
.........................................................................................
l’ethnocentrisme des Européens en louant les lois justes et
.........................................................................................
démocratiques de son peuple.
.........................................................................................
.........................................................................................
c. Parmi ces hypothèses de lecture, laquelle vous paraît la
plus pertinente ? Justifiez.
• Une dénonciation des Européens
• L’expression d’un idéal démocratique
• Le discours d’un Huron, porte-parole de l’auteur
Les
réponses précédentes justifient chaque hypothèse : Adario,
.........................................................................................
Huron, reprend les idéaux des Lumières.
.........................................................................................
.........................................................................................
II. Savoir organiser un texte
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Le Tartuffe de Molière
2 a. En vous aidant du paratexte, indiquez où se
situe ce passage dans l’œuvre. En quoi cette information éclaire-t-elle le sens du passage ?
Il
s’agit de la scène d’exposition : on doit présenter les
............................................................................
personnages
principaux. Le titre étant Le Tartuffe, le
............................................................................
spectateur
souhaite le découvrir.
............................................................................
b. Quel est le sujet du dialogue ? Soulignez les
expressions qui le désignent.
Le
personnage éponyme, Tartuffe, est évoqué.
............................................................................
c. D’après les termes soulignés, établissez les relations qui s’établissent entre les personnages sur
scène.
Madame
Pernelle, favorable à Tartuffe, s’oppose à tous
............................................................................
les
autres
personnages qui le critiquent, en utilisant
............................................................................
l’ironie.
Ils lui reprochent son hypocrisie et son attitude
............................................................................
moralisatrice.
............................................................................
d. À partir de vos réponses aux questions précédentes, formulez en une phrase une hypothèse de
lecture.
Le
dialogue permet de présenter Tartuffe d’après les
............................................................................
jugements
opposés des autres personnages.
............................................................................
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Madame Pernelle vient de critiquer la conduite de ses
proches : son petit-fils Damis et la servante Dorine.
Damis. – Votre Monsieur Tartuffe est bienheureux sans
[doute…
Madame Pernelle. – C’est un homme de bien, qu’il
[faut que l’on écoute ;
Et je ne puis souffrir sans me mettre en courroux
De le voir querellé par un fou comme vous.
Damis. – Quoi ? je souffrirai, moi, qu’un cagot1 de critique
Vienne usurper céans2 un pouvoir tyrannique,
Et que nous ne puissions à rien nous divertir,
Si ce beau monsieur-là n’y daigne consentir ?
Dorine. – S’il le faut écouter et croire à ses maximes,
On ne peut faire rien qu’on ne fasse des crimes ;
Car il contrôle tout, ce critique zélé.
Madame Pernelle. – Et tout ce qu’il contrôle est fort
[bien contrôlé.
C’est au chemin du Ciel qu’il prétend vous conduire,
Et mon fils à l’aimer vous devrait tous induire.
Molière, Le Tartuffe, Acte I, scène 1, 1664.
1. cagot : faux dévot. 2. usurper céans : s’approprier sur-le-champ.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Bel-Ami de Guy de Maupassant
Duroy, un ambitieux, invité chez un ami, fait la
connaissance de son épouse.
Mais Duroy, tout à coup, perdant son aplomb, se
sentit perclus1 de crainte, haletant. Il allait faire son
premier pas dans l’existence attendue, rêvée. Il
s’avança, pourtant. Une jeune femme, blonde, était
debout qui l’attendait, toute seule, dans une grande
pièce bien éclairée et pleine d’arbustes, comme une
serre.
Il s’arrêta net, tout à fait déconcerté. Quelle était
cette dame qui souriait ? Puis il se souvint que
Forestier était marié ; et la pensée que cette jolie
blonde élégante devait être la femme de son ami
acheva de l’effarer.
Il balbutia : « Madame, je suis... » Elle lui tendit
la main : « Je le sais, monsieur. Charles m’a raconté
votre rencontre d’hier soir, et je suis très heureuse
qu’il ait eu la bonne inspiration de vous prier de
dîner avec nous aujourd’hui ».
Il rougit jusqu’aux oreilles, ne sachant plus que
dire […].
Il s’assit sur un fauteuil qu’elle lui désignait, et
quand il sentit plier sous lui le velours élastique et
doux du siège, quand il se sentit enfoncé, appuyé,
étreint par ce meuble caressant dont le dossier et
les bras capitonnés le soutenaient délicatement, il
lui sembla qu’il entrait dans une vie nouvelle et
charmante […].
Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885.
1. perclus : paralysé.
II. Savoir organiser un texte
3 a. Résumez, en un mot, l’épisode raconté.
Une rencontre.
.........................................................................................
b. Comment progresse le récit ?
Le récit de la rencontre se poursuit avec les paroles rapportées
.........................................................................................
de chacun des personnages, au style direct. Les pensées et
.........................................................................................
sensations de Duroy sont enfin évoquées.
.........................................................................................
c. Quel est le point de vue adopté dans ce récit ? Justifiez
votre réponse.
La rencontre se fait selon le point de vue de Duroy, dont nous
.........................................................................................
connaissons les émotions, la crainte, et les pensées, à travers du
.........................................................................................
discours indirect libre.
.........................................................................................
d. Quel caractère attribuez-vous à chacun des personnages ?
Quelle évolution constatez-vous ?
Duroy semble sûr de lui, mais encore timide dans la société,
.........................................................................................
tandis que la jeune femme blonde semble à l’aise : elle prend la
.........................................................................................
parole avec aisance, fait le premier pas vers Duroy. Le caractère
.........................................................................................
de celui-ci s’affirme davantage à la fin du texte : c’est un
.........................................................................................
ambitieux.
.........................................................................................
e. Quelle est la figure de style employée pour décrire le fauteuil ? Quel est l’effet produit ?
Le fauteuil est personnifié : avec ses « bras », il « étreint », il est
.........................................................................................
« caressant ». Il préfigure le rôle apaisant et providentiel de
.........................................................................................
Mme Forestier.
.........................................................................................
f. À partir de vos réponses précédentes, proposez plusieurs
axes d’étude reprenant le mot donné en a. et le qualifiant.
Une rencontre amoureuse ; une rencontre décisive ; une
.........................................................................................
rencontre déconcertante...
.........................................................................................
.........................................................................................
.........................................................................................
S ’ INITIER AU COMMENTAIRE
33 Construire un plan et rédiger
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des paragraphes
Acquérir une méthode
1
Choisir les axes de lecture
Après avoir choisi les axes de lecture,
on repère dans le texte tous les
éléments qui les vérifient.
2
Construire le plan
La première partie rassemble ce qui est
le plus apparent, la deuxième, ce qui est
plus subtil.
À l’intérieur de chaque partie, les
arguments (2 ou 3) se regroupent du
plus apparent vers le plus subtil.
3
Résumer les arguments
L’argument à développer se résume en
une phrase.
4
Illustrer par des citations
Les citations qui étayent cette idée sont
à regrouper.
5
Caractériser les citations
Exemple appliqué
Rosemonde
Longtemps au pied du perrona de
La maison où entra la dame
Que j’avais suivie pendant deux
Bonnes heures à Amsterdam
Mes doigts jetèrent des baisers
Mais le canal était désert
Le quai aussi et nul ne vit
Comment mes baisers retrouvèrent
Celle à qui j’ai donné ma vie
Un jour pendant plus de deux heures
Je la surnommai Rosemonde,
Voulant pouvoir me rappeler
Sa bouche fleurie en Hollande
Puis lentement je m’en allai
Pour quêter la Rose du Monde
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913.
Les citations sont commentées pour
donner une interprétation personnelle.
6
Prévoir des transitions
Rédiger le paragraphe

Rédiger le paragraphe en rassemblant
les éléments précédents, en
expliquant et en liant par des
conjonctions et des transitions.
1 I. Une rencontre amoureuse
II. Un poète universel
2 I. Une rencontre amoureuse
1. Une promenade à Amsterdam
2. Un poète amoureux
II. Un poète universel
1. Solitude du poète
2. Un lyrisme « orphique » : nommer
le monde et l’embrasser
3. Entre élan et dérision : échec
du poète
3 Ex. : Axe de lecture I., argument 1. :
« Le poème raconte le vagabondage
du poète dans les rues d’Amsterdam. »
4 Ex. : « entra », « bonnes heures »,
« Amsterdam », « canal », « quai »,
« je m’en allai », etc.
5 • Passé simple et verbes de
mouvement → « un petit drame »
• Lexique de la topographie urbaine
→ « tableau d’une ville de canaux »
• Enjambements → « une longue
poursuite »
6 Transition : « Au cœur de ce tableau en
mouvement de la ville d’Amsterdam se
dessine le portrait d’un poète conduit
par ses sentiments. »
Analyser et employer
Le poème, cependant, met en scène l’isolement du promeneur
amoureux. Il ne parvient pas en effet à engager le dialogue avec
celle qu’il poursuit : la voix qui s’exprime est toujours une voix sin-
gulière : les pronoms personnels de première personne au singulier
« j’ » (vers 3, 9), « je » (vers 11, 14) se multiplient au fil des trois
strophes. Cette rencontre, de plus, n’a pas de témoin : à la solitude
du poète répond la solitude des lieux, dont témoigne la phrase
négative « nul ne vit… » et son sujet indéfini, qui nie la présence
de tout être humain. Cette rencontre amoureuse semble donc
vouée à l’échec et à l’oubli. La solitude du poète traduit en réalité
un mouvement plus ample, qui dépasse l’anecdote d’une rencontre
amoureuse pour devenir proclamation d’un amour universel.
1 Ce paragraphe correspond au développement de
l’argument « solitude du poète » (voir texte ci-dessus).
a. Soulignez la phrase qui résume l’argument, et la
phrase qui assure une transition vers le deuxième
argument.
b. Encadrez les formules qui caractérisent les citations.
c. Recopiez les interprétations auxquelles donne lieu
l’analyse des citations.
Cette rencontre amoureuse semble donc vouée à l’échec
..............................................................................
et à l’oubli.
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
..............................................................................
II. Savoir organiser un texte
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Phèdre de Jean Racine
2 a. Rédigez en une phrase un argument qui explique
le propos du texte.
Ce passage met en scène la déclaration d’amour
...............................................................................
passionnée adressée par Phèdre à Hippolyte.
...............................................................................
b. Encadrez les citations qui permettraient de montrer que ce passage présente une déclaration d’amour.
c. Inventez un argument qui pourrait prolonger ce
développement, puis soulignez les citations qui permettraient de l’étayer.
Phèdre s’accuse de nourrir un amour coupable.
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Phèdre, en présence de sa nourrice, fait un aveu à
Hippolyte, le fils de son époux.
Phedre. – […] Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,
Innocente à mes yeux je m’approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Jean Racine, Phèdre, Acte II, scène 5, 1677.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes de
l’argumentation : xviiie siècle
La Princesse de Babylone de Voltaire
La princesse de Babylone parcourt le monde à la recherche
de son bien-aimé. Elle arrive chez les Cimmériens, peuple
habitant les confins du monde connu des hommes de
l’antiquité.
Le seigneur cimmérien, qui était un grand naturaliste,
s’entretint beaucoup avec le phénix1 dans les temps où la
princesse était retirée dans son appartement. Le phénix lui
avoua qu’il avait autrefois voyagé chez les Cimmériens, et
qu’il ne reconnaissait plus le pays. « Comment de si prodigieux changements, disait-il, ont-ils pu être opérés dans
un temps si court ? Il n’y a pas trois cents ans que je vis ici
la nature sauvage dans toute son horreur ; j’y trouve
aujourd’hui les arts, la splendeur, la gloire et la politesse.
– Un seul homme a commencé ce grand ouvrage, répondit
le Cimmérien ; une femme l’a perfectionné ; une femme a
été meilleure législatrice que l’Isis des Égyptiens et la Cérès2
des Grecs. La plupart des législateurs ont eu un génie étroit
et despotique […]. »
Voltaire, La Princesse de Babylone, 1768.
1. phénix : oiseau fabuleux qui accompagne la princesse.
2. Isis et Cérès : divinités associées à l’établissement de la civilisation.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
passage met en scène des éléments merveilleux.
b. Caractérisez ces éléments afin d’en permettre
l’interprétation.
Le
mot « phénix », répété, désigne un animal fabuleux;
.............................................................................
une
antithèse souligne la durée de sa vie. Des verbes de
.............................................................................
parole
introduisent des propositions complétives où est
.............................................................................
rapporté
le dialogue entre les deux personnages.
.............................................................................
c. Prolongez la caractérisation des éléments ainsi
observés par une interprétation personnelle.
Un
dialogue s’établit comme naturellement entre
.............................................................................
l’animal
fabuleux dont la vie, renouvelée dans le brasier,
.............................................................................
se
prolonge par-delà les siècles, et le monarque humain,
.............................................................................
qui
règne sur un pays lui-même fabuleux.
.............................................................................
d. Proposez ensuite une transition vers un argument
qui exposera les intentions de Voltaire.
L’animal
perçoit ainsi un changement et sert la réflexion
.............................................................................
de
Voltaire
sur les progrès amenés par l’évolution des
.............................................................................
régimes
politiques.
.............................................................................
.............................................................................
Le Rouge et le Noir de Stendhal
Julien Sorel, Fils d’un charpentier, a quatorze ans.
Qui eût pu deviner que cette figure de jeune fille1, si pâle et
si douce, cachait la résolution inébranlable de s’exposer à mille
morts plutôt que de ne pas faire fortune !
Pour Julien, faire fortune, c’était d’abord sortir de Verrière ;
il abhorrait sa patrie. Tout ce qu’il y voyait glaçait son imagination.
Dès sa première enfance, il avait eu des moments d’exaltation.
Alors il songeait avec délices qu’un jour il serait présenté aux
jolies femmes de Paris, il saurait attirer leur attention par
quelque action d’éclat. Pourquoi ne serait-il pas aimé de l’une
d’elles, comme Bonaparte, pauvre encore, avait été aimé de la
brillante Madame de Beauharnais 2 ? Depuis bien des années,
Julien ne passait peut-être pas une heure de sa vie sans se dire
que Bonaparte, lieutenant obscur et sans fortune, s’était fait le
maître du monde avec son épée. Cette idée le consolait de ses
malheurs qu’il croyait grands […].
Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830.
1. jeune fille : il s’agit de Julien.
2. Mme de Beauharnais : épouse de l’empereur Napoléon-Bonaparte.
II. Savoir organiser un texte
3 a. Encadrez les citations qui montrent que ce
4 a. Inventez trois arguments permettant de
vérifier l’axe de lecture « le portrait d’un jeune
homme ambitieux ». Regroupez-les en fonction
de leur degré de complexité.
1. Un jeune homme révolté.
........................................................................
2. Un séducteur épris de gloire.
........................................................................
3. Un héros calculateur
........................................................................
........................................................................
b. Rédigez la première phrase et la dernière
phrase de chaque argument, en assurant des
transitions.
1. Stendhal brosse le portrait d’un jeune homme
........................................................................
révolté […] Cette révolte révèle des rêves juvéniles.
........................................................................
2. Si Julien se révolte contre son sort présent, c’est
........................................................................
qu’il aspire à la gloire et à l’amour […] Les projets du
........................................................................
personnage trahissent son ambition.
........................................................................
3. La narration scrute en effet la psychologie du héros
........................................................................
[…]
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34 Rédiger l’introduction / la conclusion
Acquérir une méthode
Sujet : Vous commenterez le poème d’Apollinaire « Rosemonde ».
voir fiche 33
Introduction
Soucieuse de traduire les conflits qui opposent l’homme et le monde, la poésie, du romantisme au
surréalisme, a souvent célébré les douleurs engendrées par l’amour. Le poème «Rosemonde » a été
publié en 1913 par Apollinaire, dans le recueil Alcools, où s’incarne « l’esprit nouveau ». Ce poème
fait le récit d’une promenade solitaire effectuée dans une ville hollandaise. Le poète poursuit une
femme inconnue, et le lyrisme du passage fait entendre un chant amoureux, à la fois triste et léger.
Nous nous demanderons comment cette poursuite amoureuse permet de dessiner la figure d’un
Proposer une phrase d’exposition
générale destinée à préparer le
lecteur
Proposer une phrase destinée à
présenter le contexte pour orienter
la problématique (genre, titre,
auteur, époque)
Présenter le texte (type, résumé
rapide et thèmes dominants,
registre, coloration, ou visées)
poète passionné et solitaire, insouciant et inquiet. L’étude de la rencontre amoureuse fera l’objet
Annoncer la problématique
d’un premier développement. Nous verrons ensuite comment se forme, dans ces vers, l’image d’un
Annoncer le plan
poète universel.
Conclusion
Dans ce poème, Apollinaire met donc en scène un poète promeneur, en qui l’image de la ville et
l’image de la femme fugitivement aimée se fondent pour former un tableau sensible et plein de
simplicité. La ville, témoin unique et silencieux de cette rencontre, est le théâtre d’un renoncement,
Résumer les étapes de
l’argumentation
mais aussi d’un nouvel élan qui donne à la quête du poète une dimension universelle. Le poète, qui
perd celle qu’il aime, apparaît ici comme un nouvel Orphée, soupirant seul sur le seuil infernal
d’une maison bourgeoise. Son chant, dépossédé de l’objet aimé, persiste cependant à faire entendre
Apporter une réponse nuancée mais
réelle à la problématique
un sentiment désormais orphelin, mais propre à entraîner la fusion du poète et du monde. Peutêtre pourrait-on voir dans ce portrait du sujet lyrique qui transforme l’expérience sensible en
expérience spirituelle un renouvellement de l’image du poète romantique.
Proposer, si cela est judicieux,
une ouverture vers un problème
littéraire voisin de la question
traitée
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Maximes de François de La Rochefoucauld
La pitié est un sentiment de nos
propres maux, dans un sujet étranger : c’est une prévoyance habile des
malheurs, où nous pouvons tomber,
qui nous fait donner des secours
aux autres, pour les engager à nous
les rendre dans de semblables occasions : de sorte que les services que
nous rendons, à ceux qui sont
accueillis de1 quelque infortune,
sont à proprement parler des biens
anticipés que nous nous faisons.
François de La Rochefoucauld,
Maximes, 1664.
1. sont accueillis de : subissent.
1 a. Identifiez l’époque et le genre de ce texte.
Ce
texte appartient au genre de la maxime et a été écrit au xviie siècle.
..............................................................................................................
b. Rédigez deux phrases d’exposition.
L’esprit
d’un siècle s’exprime dans la littérature d’idées qu’il produit. La société
..............................................................................................................
mondaine
du xviie siècle se plaisait aux conversations brillantes dans lesquelles,
..............................................................................................................
par
une formule brève et profonde, on parvenait à frapper les esprits.
..............................................................................................................
c. Soulignez les verbes conjugués : à quel temps sont-ils employés ? Quelle
est sa valeur ?
Le
présent de l’indicatif exprime ici une vérité générale.
..............................................................................................................
d. Rédigez une phrase qui présente le type et le thème du texte.
Ce
texte, sous une forme concise, développe une argumentation sur le véritable
..............................................................................................................
visage
du sentiment de la pitié.
..............................................................................................................
e. Déterminez la visée de ce texte.
Le
texte dénonce la fausseté de nos attitudes vertueuses, qui sont des vices
..............................................................................................................
déguisés.
..............................................................................................................
II. Savoir organiser un texte
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
Thérèse Raquin d’Émile Zola
2 Voici deux axes de lecture possibles pour commenter ce texte :
I. Une scène de première vue
II. Une narration qui révèle les personnages
a. Encadrez quelques éléments permettant de mettre en évidence le
premier axe ; soulignez ceux qui illustrent le deuxième axe.
b. Rédigez un développement de quelques lignes pour présenter ces
éléments.
Le
passage présente un portrait de Laurent vu à travers les yeux de Thérèse :
.......................................................................................................
Thérèse observe avec attention toute la personne de Laurent, dont l’aspect
.......................................................................................................
général apparaît peu à peu sous les yeux du lecteur. La présence des thèmes
.......................................................................................................
de l’amour et de la violence annonce une relation destructrice.
.......................................................................................................
c. Rédigez une problématique qui reprendra les axes de lecture, puis
l’annonce de votre plan.
Nous verrons que cette scène de première vue dessine le portrait des
.......................................................................................................
personnages. Après avoir étudié le traitement narratif de cette rencontre
.......................................................................................................
amoureuse, nous verrons que la scène révèle, au-delà de leur aspect
.......................................................................................................
physique, le caractère des personnages.
.......................................................................................................
d. Rédigez la première phrase de la conclusion, qui résume les étapes
de l’argumentation annoncées en introduction.
Ce passage montre la naissance progressive du sentiment amoureux dans
.......................................................................................................
l’esprit de Thérèse. L’absence de contre-champ donne à cette rencontre un
.......................................................................................................
caractère
asymétrique qui déjoue les attentes du lecteur. Le regard insistant de
.......................................................................................................
la femme permet de peindre un homme robuste, mais trahit aussi la violence
.......................................................................................................
concentrée dans le corps de l’un, et dans l’âme de l’autre.
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Thérèse, une orpheline, a été élevée avec
son cousin. Ce dernier revient un jour
accompagné de Laurent, un collègue.
[…] Thérèse, qui n’avait pas encore
prononcé une parole, regardait le nouveau
venu. Elle n’avait jamais vu un homme.
Laurent, grand, fort, le visage frais, l’étonnait. Elle contemplait avec une sorte
d’admiration son front bas, planté d’une
rude chevelure noire, ses joues pleines,
ses lèvres rouges, sa face régulière, d’une
beauté sanguine. Elle arrêta un instant ses
regards sur son cou ; ce cou était large et
court, gras et puissant. Puis elle s’oublia
à considérer les grosses mains qu’il tenait
étalées sur ses genoux ; les doigts en
étaient carrés : le poing fermé devait être
énorme et aurait pu assommer un bœuf.
Émile Zola, Thérèse Raquin, 1867.
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
Horace de Pierre Corneille
Horace, un Romain, vient de tuer Curiace, un ennemi de Rome, qui était aussi l’amant de sa sœur, Camille ;
elle maudit alors Rome.
Camille. – […] Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendres et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !
Horace, mettant l’épée à la main et poursuivant sa sœur qui s’enfuit.
– C’est trop, ma patience à la raison fait place,
Va dedans les enfers plaindre ton Curiace !
Camille, blessée derrière le théâtre. – Ah, traître !
Horace, revenant sur le théâtre. – Ainsi reçoive un châtiment soudain
Quiconque ose pleurer un ennemi romain !
Pierre Corneille, Horace, Acte IV, scène 5, 1640.
3 Voici une problématique possible pour commenter ce texte :
« Nous verrons que ce dialogue théâtral met en scène les déchirements du personnage tragique. »
a. À partir de la problématique, rédigez, dans son intégralité, l’introduction à un commentaire de ce texte.
Exposition
générale : siècle où le théâtre devient institution ; société aristocratique, valeurs héroïques ; exposition
.........................................................................................................................................................................
particulière
: extrait de scène de théâtre, première moitié du xviie siècle, Corneille, auteur d’une tragi-comédie, en 1637
.........................................................................................................................................................................
Présentation du texte pour concevoir la problématique : dialogue, meurtre de la sœur par le frère, politique, amour,
.........................................................................................................................................................................
devoir ; violence, tragique, pathétique.
.........................................................................................................................................................................
Axes de lecture : I. Une scène de meurtre ; II. Un héros de la renonciation.
.........................................................................................................................................................................
b. En suivant scrupuleusement la méthode ( voir Acquérir une méthode), rédigez, dans son intégralité, la conclusion d’un commentaire de ce texte.
Résumé des étapes de l’argumentation : un dialogue plein de violence : à la proclamation de l’amour répondent la
.........................................................................................................................................................................
malédiction et le crime ; un personnage pathétique, un crime terrible. Une querelle fondée sur des raisons affectives et
.........................................................................................................................................................................
politiques ; un héros qui renonce au sentiment et sacrifie les liens du sang à la raison d’État.
.........................................................................................................................................................................
Réponse à la problématique : un déchaînement de la violence verbale et physique où le choix du sacrifice révèle la grandeur
.........................................................................................................................................................................
du héros aimanté par la passion de la gloire ; un spectacle qui inspire au spectateur les sentiments de terreur et de pitié.
.........................................................................................................................................................................
Ouverture : évolution du genre, avec Racine, qui délaisse les grandeurs de la lucidité héroïque pour sonder les obscurités
.........................................................................................................................................................................
des passions destructrices.
.........................................................................................................................................................................
II. Savoir organiser un texte
35
S ’ INITIER À LA DISSERTATION
Analyser un sujet de dissertation
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Acquérir une méthode
Exemple appliqué
1 Identifier le type d’interrogation
Sujet : Les romans réalistes et naturalistes
offrent-ils un reflet fidèle de la réalité ?
plan dialectique*
Totale
plan thématique**
plan analytique***
plan dialectique*
Partielle
Type d’interrogation Totale : discuter une
type de plan : dialectique
thèse
* discuter une thèse – ** explorer une notion, des fonctions – *** étayer une thèse
2 Analyser le libellé du sujet
3 Analyser les termes du sujet
partiellement explicite
formuler l’implicite
explicite
repérer l’objet d’étude concerné
expliciter les termes clés
reformulation,
exemples
Question implicite Ou le reflet est-il altéré
par la fiction romanesque ?
Objet d’étude Le roman et la nouvelle
au XIXe siècle : réalisme et naturalisme ;
Termes clés romans réalistes et naturalistes :
Le Père Goriot, L’Assommoir, Le Rouge et le
noir, Germinal, Bel-Ami, Une vie…
reflet fidèle : image véritable, photographie
la réalité : la société du XIXe siècle
Reformulation Les romans de Balzac, Stendhal,
Zola et Maupassant sont-il réellement à
l’image de la société du XIXe siècle ?
Autres questions L’ambition de « refléter
la réalité » n’est-elle pas limitée par les
contraintes du genre romanesque ?
Dans quelle mesure le style propre à chaque
auteur modifie-t-il le reflet de la réalité ?
4 Reformuler explicitement le sujet
Analyser et manipuler
1 a. Dans les libellés de sujets suivants, l’interroga-
tion est-elle totale ou partielle ?
tOtale PaRtielle
1. La fable est-elle un genre futile ?
✗
2. En quoi la comédie vise-t-elle à corriger
les vices ?
✗
3. Dans quelle mesure l’argumentation
indirecte vous semble-t-elle apte
à défendre des idées ?
✗
4. La poésie surréaliste s’oppose-t-elle
à la poésie romantique ?
✗
b. Pour chaque sujet, indiquez le type de plan attendu.
analytique
dialectique
1. ................................
3. ................................
analytique
2. ................................
4. dialectique
................................
2 Chaque question sous-entend une autre question
qui prolonge le raisonnement : formulez cette question implicite.
1. La comédie classique vise-t-elle à divertir ?
Ou a-t-elle d’autres buts : critiquer, corriger?
...........................................................................
2. La poésie romantique se limite-t-elle à l’expression des
sentiments ?
Ou exprime-t-elle des idées, des critiques ?
...........................................................................
3. Le genre de l’essai permet-il de défendre efficacement
ses idées ?
Ou certains de ses aspects limitent-ils son efficacité ?
...........................................................................
3 a. Pour chaque sujet, précisez l’objet d’étude
concerné.
Objets d’étude : A. Le roman et la nouvelle au XiXe siècle :
réalisme et naturalisme • B. La tragédie et la comédie au
XViie siècle : le classicisme • C. La poésie du XiXe au XXe
siècle : du romantisme au surréalisme • D. Genres et formes
de l’argumentation : XViie et XViiie siècles
Sujet 1 : Le roman naturaliste a-t-il pour vocation dechanA
ger le monde ? .........
Sujet 2 : La poésie se réduit-elle à une virtuosité verbale ?
C
.........
Sujet 3 : Pourquoi peut-on encore lire une tragédie clasB
sique ? .........
Sujet 4 : Dans quelle mesure l’argumentation indirecte
D
vous semble-t-elle apte à défendre des idées ? .........
b. Pour chaque sujet précédent, reformulez chaque
terme clé par des termes plus éclairants.
ambition, but, objectif
1. • vocation : ...........................................................
modifier, améliorer
• changer : transformer,
............................................................
société
humaine
contemporaine et à venir
• le monde : ..........................................................
maîtrise, maniement, jeu
2. • virtuosité : ..........................................................
lexicale
: sonorités, formes, signifiant, vers
• verbale : .............................................................
œuvres du xviie siècle en 5 actes
3. • tragédie classique : ...............................................
écrite
en
vers
/
de
Corneille
et de Racine / dominées par
.............................................................................
le registre tragique
.............................................................................
conte philosophique
4. • argumentation indirecte : fable,
.....................................
capable,
adaptée,
effi
cace
• apte : ................................................................
II. Savoir organiser un texte
dont l’action se situe dans un cadre
• romans réalistes : .................................................
réel, et contemporain de l’écriture
...........................................................................
Le Rouge et le Noir, La Femme de
Mes exemples : ..................................................
trente
ans, Le Père Goriot, etc.
...........................................................................
ajoutent à l’ambition réaliste,
• romans naturalistes : ............................................
la vérité exacte et brutale
...........................................................................
Bel-Ami, Une Vie, Germinal,
Mes exemples : ..................................................
L’Assommoir, etc.
...........................................................................
personnages aux
• véritables héros romanesques : ...............................
qualités et aux actions extraordinaires
...........................................................................
Jean Valjean, d’Artagnan,
Mes exemples : ..................................................
Le Chevalier des Touches, Julien Sorel, Rastignac,
...........................................................................
Vautrin, Bel-Ami, Saccard
...........................................................................
2. Dans quelle mesure le personnage de théâtre est-il
construit par le texte et par la représentation ?
en quoi, sous quels aspects,
• dans quelle mesure : ............................................
dans
quelles
limites
ou
dans
une certaine mesure et
...........................................................................
moins dans une autre
...........................................................................
caractérisé par son nom,
• le personnage de théâtre : .....................................
son rang, sa parole et ses actions et par ce qu’en disent
...........................................................................
les autres personnages.
...........................................................................
Harpagon, Tartuffe, Dom Juan,
Mes exemples : ..................................................
Elvire, Rodrigue, Horace, Andromaque, Britannicus, etc.
...........................................................................
trouve-t-il son identité,
• est-il construit : ...................................................
sa personnalité, son originalité
...........................................................................
sa parole, les didascalies, la parole d’autres
• le texte : ............................................................
personnages, son rôle dans l’action, ses actions,
...........................................................................
son destin
...........................................................................
Rodrigue construit par le monologue,
Mes exemples : ..................................................
le duel. Phèdre par l’historique de sa passion
...........................................................................
le physique de l’acteur incarnant
• la représentation : ...............................................
le personnage,
sa gestuelle, son costume, sa voix
........................................................................
...
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4 Reformulez plus explicitement les problématiques
suivantes.
Le genre qui recourt
1. La fable est-elle un genre futile ? ..............................
à l’argumentation indirecte est-il seulement
...........................................................................
divertissant ou prétend-il rivaliser avec des genres qui
...........................................................................
recourent à l’argumentation directe ?
...........................................................................
2. En quoi la tragédie classique a-t-elle une visée morale ?
Quels aspects des tragédies de Corneille et de Racine
...........................................................................
démontrent qu’elles ont pour objectif de purifier des
...........................................................................
passions coupables et d’enseigner la vertu ?
...........................................................................
1. Peut-on affirmer avec Racine que
« La principale règle est de plaire
et de toucher » ?
✗
2. Qu’apportent les descriptions dans
les romans réalistes et naturalistes ?
3. Dans quelle mesure le romantisme
s’oppose-t-il au surréalisme ?
4. Comment la fable parvient-elle à
entraîner l’adhésion du lecteur ?
thématique
analytique
dialectique
5 Quel type de plan choisiriez-vous pour traiter les
sujets suivants ?
✗
✗
✗
✗
6 Reliez précisément les sujets de l’exercice 5 à
leur objet d’étude et appuyez-vous sur vos connaissances pour retenir les œuvres utiles à la dissertation.
Le théâtre classique et les débats
1. Objet d’étude : .......................................................
suscités par la question des règles
...........................................................................
Les préfaces des tragédies ou des comédies
Œuvres : ...............................................................
ainsi que les tragédies et comédies classiques
...........................................................................
Le roman réaliste et naturaliste et
2. Objet d’étude : .......................................................
l’ambition affichée de peindre la réalité
...........................................................................
Les textes théoriques et les romans des
Œuvres : ...............................................................
romanciers réalistes et naturalistes
...........................................................................
La poésie du xixe au xxe siècle :
3. Objet d’étude : .......................................................
du romantisme au surréalisme
...........................................................................
Les poèmes de Lamartine, Hugo, Musset
Œuvres : ...............................................................
mais
aussi
ceux de Breton, Desnos, Eluard, etc.
...........................................................................
Genres et formes de l’argumentation :
4. Objet d’étude : .......................................................
e
e
xvii
et
xvii
siècles.
...........................................................................
Les Fables de La Fontaine mais aussi celles de
Œuvres : ...............................................................
Florian
...........................................................................
7 Analysez les termes clés des sujets suivants en
donnant des exemples pris dans vos lectures et en les
reformulant et développant.
1. Peut-on considérer les personnages des romans réalistes
et naturalistes comme de véritables héros romanesques ?
construits par le texte : un nom,
• personnages : ......................................................
un portrait, une identité sociale, etc.
...........................................................................
Principaux comme Julien Sorel,
Mes exemples : ..................................................
Le père Goriot, Eugénie Grandet, Julie, Bel-Ami, etc.
...........................................................................
II. Savoir organiser un texte
8 a. Dans ce sujet type E.A.F., surlignez les liens
entre la question sur le corpus, le commentaire, l’écriture d’invention et la dissertation.
Sujet : Corpus de trois poèmes symbolistes
( voir fiche 8)
Question sur le corpus – Quelles sont les fonctions
des allitérations, des assonances et des différents
mètres de ces vers ?
Commentaire – Vous ferez le commentaire de « Parfum
exotique » de Baudelaire ( voir fiche 8).
Invention – Écrivez une préface à une anthologie de
poèmes symbolistes dans laquelle vous insisterez sur
l’intérêt porté par les poètes à la musicalité du vers
mais aussi à la richesse sémantique du lexique.
Dissertation – Dans quelle mesure la poésie exploitet-elle toutes les ressources de la langue ?
b. Formulez une phrase dans laquelle vous montrerez
que les termes surlignés illustrent et éclairent le sujet
de dissertation.
Les
sonorités et les rythmes des mots de la langue agencés
...............................................................................
dans
des vers, ainsi que leur polysémie, constituent les
...............................................................................
aspects
essentiels des ressources de la langue.
...............................................................................
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36 Élaborer un plan détaillé
Acquérir une méthode
Exemple appliqué
Sujet : Toute argumentation doit-elle être directe pour
être efficace ?
1 Analyser le sujet
Plan dialectique (discuter une thèse)
Objet d’étude Genres et formes de l’argumentation :
XVIIe et XVIIIe siècles
voir fiche 35
2 Dresser une liste d’idées en lien avec le sujet (en s’aidant des
textes proposés en corpus)
Idées Empathie du lecteur, amusement du lecteur…
Structure facilitant la compréhension
Engagement net de l’auteur
Les Contes philosophiques de Voltaire
Argument Amusement du lecteur
Exemple Les Contes philosophiques de Voltaire
3 Distinguer arguments et exemples
4 Regrouper les idées proches, venant à l’appui de la même thèse
5 Construire le plan en allant de l’idée la plus simple vers la plus
complexe
Thèse Toute argumentation doit être directe pour être efficace.
Idée 1 Structure facilitant la compréhension
Idée 2 Engagement net de l’auteur
Plan de la première partie
I. L’argumentation directe : l’évidence au service de l’efficacité.
1. Engagement net de l’auteur (« je »)
2. Structure facilitant la compréhension
Dans l’exemple, on voit d’abord que l’auteur parle en son
propre nom avant de se rendre compte de la structure.
Analyser et manipuler
1 a. Conserveriez-vous les arguments suivants pour
traiter ce sujet de dissertation ?
Sujet : Pour Rousseau, les fables possèdent une morale
« mêlée et […] disproportionnée à [l’] âge » des enfants.
Selon vous, quelles sont les forces et les faiblesses des
fables et de l’argumentation indirecte ?
1. L’argumentation indirecte contient un
discours insinuant, que l’on retient mieux.
2. Il est difficile de décrypter le sens d’un récit.
3. L’essai apporte une leçon claire par
l’expression d’une pensée univoque.
4. La vertu de certains personnages, comme le
lion est ambiguë.
5. Le romancier réaliste veut donner une
certaine image de la société.
6. Le récit évite l’ennui d’une leçon didactique.
7. Les fables donnent deux leçons, sous deux
formes différentes : récit et moralité.
8. On trouve de l’argumentation dans les
romans, au théâtre et dans les poèmes.
Oui nOn
✗
✗
✗
✗
✗
✗
✗
✗
b. Soulignez les arguments qui montrent la force de
l’argumentation indirecte.
2 Les affirmations suivantes correspondent aux
idées que l’on pourrait lister afin de traiter ce sujet de
dissertation.
Sujet : Pour Stendhal, le roman est « un miroir que l’on
promène le long d’un chemin ». Justifiez cette affirmation.
1. Le récit suit une progression, qui est celle du personnage.
2. Mme de Rênal et Mathilde de la Mole jouent des rôles
décisifs dans la vie de Julien Sorel, dans Le Rouge et le
Noir de Stendhal.
3. Le romancier est précis dans les termes employés afin de
rendre compte de la réalité.
4. Dans Bel-Ami, Maupassant nous montre l’avancée progressive de Duroy, un ambitieux.
5. Le cadre dans lequel se déroule La Curée de Zola est le
Paris transformé du Baron Haussmann.
6. Le roman est le lieu de rencontres entre différents personnages.
7. Les références au réel sont nombreuses dans les romans.
8. Pour décrire les tissus dans le Bonheur des dames, Zola
emploie des termes techniques.
a. Parmi ces affirmations, soulignez les arguments
d’un trait et les exemples de deux traits.
b. Associez chaque argument à chaque exemple.
1-4
; 3-8 ; 6-2 ; 7-5.
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
3 Voici des arguments possibles pour traiter le sujet
suivant.
Sujet : Dans sa préface aux Petits poèmes en prose,
Baudelaire souligne le « miracle d’une prose poétique »,
qui s’adapterait « aux mouvements lyriques de l’âme ».
L’œuvre poétique tient-elle seulement à sa forme ?
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Sujet : Le poète est-il nécessairement centré sur luimême ? Vous examinerez cette question en vous fondant
sur les poèmes des XiXe et XXe siècles que vous connaissez.
5 Voici une ébauche de plan au sujet suivant.
Arguments :
1. Le poème est l’expression d’une souffrance.
2. Le poète s’adresse aux autres.
3. La beauté des choses se lit grâce au poème.
4. De nombreux poèmes évoquent le sentiment amoureux.
5. Le poème laisse s’exprimer l’inconscient de l’auteur.
6. Le poète peut s’engager.
a. Quels arguments permettent de justifier chacune
de ces parties ?
I. Le poème est jaillissement de la parole personnelle.
1-4-5
Arguments : ............................................................
II. Le poème est ouverture aux autres et au monde.
2-3-6
Arguments : ............................................................
b. Classez-les de façon à faire apparaître une progression dans la pensée et expliquez votre choix.
I. 4-1-5 → On part des sentiments et de la plupart des
...............................................................................
poèmes, pour aboutir au cas particulier de la poésie
...............................................................................
surréaliste.
...............................................................................
II. 2-6-3 → Les poèmes sont d’abord destinés à être lus, et
...............................................................................
portent un regard particulier sur les êtres. Le plan
...............................................................................
procède par élargissement : le poète parle du monde.
...............................................................................
c. Pour chaque argument, donnez un exemple.
1 : Baudelaire, « Spleen »
...............................................................................
2 : Poèmes adressés à l’être aimé
...............................................................................
3 : Célébration de la nature dans les poèmes romantiques
...............................................................................
4 : Apollinaire, « Poèmes à Lou »
...............................................................................
5 : Poèmes surréalistes
...............................................................................
6 : Hugo, Les Châtiments ; Desnos, L’Honneur des poètes
...............................................................................
4 Complétez le plan suivant, qui pourrait figurer au
brouillon, en formulant des arguments. Des aides vous
sont apportées entre crochets.
Sujet : Dans quelle mesure la tragédie et la comédie
s’opposent-elles ? Vous fonderez votre réflexion sur les
tragédies et comédies du XViie siècle que vous connaissez.
I. Une opposition de genres
personnages différents
1. [rois/bourgeois]Des
.....................................................
...............................................................................
Des dénouements différents
2. [mort/mariage] ......................................................
...............................................................................
Des registres différents
3. [faire pleurer/rire] ...................................................
...............................................................................
II. Les rapprochements possibles
plaisir des spectateurs
1. [représentation] Le
.....................................................
...............................................................................
Le respect des règles classiques
2. [unités, vraisemblance] ............................................
...............................................................................
L’importance de la morale
3. [catharsis…] ..........................................................
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
I. Importance de la forme en poésie
1. Condensation des procédés rythmiques et phoniques
dans le vers
II. La poésie se rencontre ailleurs.
1. Le poème en prose : une forme condensée
a. Trouvez un autre argument pour chaque partie.
I. 2. Lien entre la forme et le sens.
...............................................................................
II. 2. La concentration d’images rend le texte poétique.
...............................................................................
b. Pour chaque argument, donnez un exemple.
I. 2 : Le sonnet possède, à la fin, une chute ou trait d’esprit.
...............................................................................
On joue de l’opposition entre les quatrains et les tercets.
...............................................................................
II. 2 : Baudelaire a écrit des poèmes en vers et prose, avec
...............................................................................
des images similaires.
...............................................................................
6 a. Lisez le texte et le sujet suivants.
Sujet : Quels intérêts peuvent présenter les descriptions
dans les romans réalistes ou naturalistes ?
Eugénie Grandet mène une existence paisible, avant
de découvrir l’amour auprès de son cousin, jeune
parisien élégant. Voici le début du roman.
Il se trouve dans certaines villes de province des
maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à
celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les
landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes.
Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence
du cloître et l’aridité des landes, et les ossements des
ruines : la vie et le mouvement y sont si tranquilles
qu’un étranger les croirait inhabitées, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’une personne
immobile dont la figure à demi monastique1 dépasse
l’appui de la croisée, au bruit d’un pas inconnu. Ces
principes de mélancolie existent dans la physionomie
d’un logis situé à Saumur, au bout de la rue montueuse
qui mène au château, par le haut de la ville.
Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1833.
1. monastique : qui a l’apparence d’un moine.
b. Dans le sujet, soulignez les termes qui peuvent
s’appliquer au texte.
c. Soulignez les comparaisons dans le texte. Que suggèrent-elles du lieu évoqué ?
...............................................................................
Le lieu inspire la mélancolie. L’histoire se déroule donc en
...............................................................................
province où règne l’ennui.
d. Pour quelles raisons ce passage se trouve-t-il au
début du roman ? Donnez deux arguments différents
qui pourraient être employés dans la dissertation.
Le cadre de l’action, réel, est donné : Saumur.
...............................................................................
L’ambiance décrite permet aussi d’annoncer la passion
...............................................................................
d’Eugénie.
...............................................................................
...............................................................................
Construire un paragraphe argumentatif
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37
S ’ INITIER À LA DISSERTATION
Acquérir une méthode
Sujet : La portée didactique ou critique des fables n’appartient-elle qu’à la morale ?
Dans une fable, les visées didactique ou critique ne s’expriment pas seulement dans la morale, elles
sont également présentes dans le récit. On doit en effet considérer qu’au-delà de la morale pro-
prement dite, une argumentation implicite qui vise à défendre un point de vue ou une thèse se
développe à travers la situation, les péripéties relatées, les dialogues, le dénouement de l’action ou
Ouvrir par l’argument à défendre
(exprimé le plus souvent par une
phrase déclarative)
Poursuivre par l’explicitation
de l’argument qui s’articule à
l’argument par un mot de liaison
encore les réactions des personnages. Dans la morale de « Le Jardinier et son Seigneur » par
exemple La Fontaine invite les « Petits princes » à garder leurs distances avec le roi. En relisant le
récit à la lumière de cette morale, on perçoit alors une critique implicite du roi à travers le com-
portement du « Seigneur » dont on comprend qu’il représente les « rois » de la morale. Ce
Illustrer l’argument par un ou des
exemples précis qui prouvent sa
pertinence
« Seigneur » adopte un comportement condamnable à l’égard du « Jardinier » et le récit souligne
alors sa bassesse et sa suffisance : c’est le roi évidemment que l’on critique !
Ainsi le récit propose une argumentation implicite qu’il appartient au lecteur d’expliciter à la
lumière de la morale. Le lecteur cherchera aussi à saisir une critique présente dans le récit mais
Conclure et préparer la transition
indépendamment de la morale.
Analyser et employer
1 Dans ces paragraphes argumentatifs, encadrez
distinctement les passages qui expriment l’argument
et l’explicitation et soulignez les exemples.
1. Les procédés d’écriture du récit dans une fable contribuent à lui
donner un caractère plaisant voire futile. Le fabuliste se joue de la
monotonie en variant les temps, les registres, en inscrivant le dialogue dans son récit ou en exploitant toute la richesse des vers.
Dans « La Cigale et la Fourmi », récit, commentaire et dialogue
se succèdent plaisamment. Des vers comiques alternent avec des
vers plus graves dans « La Vieille et les deux Servantes ». Un
dialogue rapide s’instaure entre les héros éponymes de « Le Milan
et le Rossignol » .
2. Les personnages créés par les romanciers naturalistes reflètent
le plus souvent une humanité commune. Zola et Maupassant,
comme les frères Goncourt, ont choisi des personnages banals,
sans relief ou encore issus de classes sociales qu’on ne rencontrait
que rarement dans les romans jusqu’au naturalisme. Gervaise
dans L’Assommoir est une simple blanchisseuse, les personnages
de Pierre et Jean représentent la petite bourgeoisie. Le personnage
éponyme de Germinie Lacerteux est domestique et donc issu des
« basses-classes ».
2 Ce paragraphe argumentatif use du raisonnement
inductif : encadrez distinctement les passages qui
expriment l’argument et l’explicitation et soulignez les
exemples.
Verlaine invite à choisir des mots « sans quelque méprise » et à
préférer « la musique [des mots] avant toute chose », Rimbaud
considère que les voyelles sont des couleurs ; « Danse avec ta
langue » suggère Cendrars ; Ponge écrit un poème pour défendre
une nouvelle orthographe de « oiseau » préférant d’abord
« oileau » ou « oiveau ». Pour les poètes les mots sont bien la
matière première de leur œuvre et l’effusion lyrique, l’expression
des révoltes ou des pensées ne viennent qu’ensuite. La poésie
moderne se caractérise par une véritable prédilection pour la
langue et les mots.
3 Un paragraphe argumentatif doit convaincre et
persuader : réécrivez la première phrase du paragraphe 1. de l’exercice 1 en exploitant davantage les
procédés de persuasion : vocabulaire mélioratif, question rhétorique, par exemple.
Les procédés d’écriture si variés du récit, de ce que La
...............................................................................
Fontaine nomme « le corps » de la fable, ne contribuent...............................................................................
ils pas à ce caractère si plaisant ou si délicieusement futile
...............................................................................
des œuvres de cet illustre poète ?
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
6 Reprenez le paragraphe argumentatif 2. de l’exercice 4 en recourant au raisonnement déductif et en
introduisant une concession et réécrivez le début du
paragraphe.
Certes les règles du théâtre classique ont prouvé leur
...............................................................................
importance, mais on peut se demander si…
...............................................................................
...............................................................................
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4 Construisez un paragraphe argumentatif en explicitant et illustrant chacun des arguments suivants.
Vous veillerez à exploiter les raisonnements déductif
et inductif.
1. Argument : La comédie classique atteint sa visée morale
grâce au registre
grâce aux différents registres. En effet ..........................
comique,
............ les personnages dont il faut corriger les défauts
sont
ridiculisés. Selon Molière, les hommes supportant peu
...............................................................................
ce
ridicule corrigeront alors leurs vices et la visée de la
...............................................................................
comédie
sera atteinte. Songeons à Harpagon ou à
...............................................................................
Arnolphe
qui sont ridiculisés tant par certaines péripéties
...............................................................................
que
par le dénouement.
...............................................................................
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...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
2. Argument : On peut affirmer qu’un trop grand respect
des règles théâtrales peut limiter la force de la représentation des textes.
Dans la mise en scène de Phèdre par Patrice Chéreau, le
...............................................................................
corps ensanglanté et mutilé d’Hippolyte apparaît sur
...............................................................................
scène. Le spectateur est-il choqué, éprouvé par ce
...............................................................................
spectacle
? Il est au moins probable qu’il l’est moins qu’il
...............................................................................
aurait
pu l’être au xviie siècle. L’intention du metteur en
...............................................................................
scène est de soutenir la compassion voulue par le texte
...............................................................................
pour ce héros. N’est-ce pas ce que désirait Racine ?
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
5 Construisez un paragraphe argumentatif déductif
pour démontrer la pertinence de l’argument suivant
en exploitant ces procédés de persuasion : question
rhétorique, vocabulaire mélioratif, modalités de la
certitude, gradation.
Argument : Les romans naturalistes peuvent encore choquer quand ils reproduisent l’exacte réalité dans sa vérité
brutale.
Il est absolument certain que les romans naturalistes
...............................................................................
peuvent encore choquer, déranger, scandaliser quand ils
...............................................................................
reproduisent l’exacte réalité dans sa réalité la plus
...............................................................................
brutale. Dans ces œuvres, les romanciers n’hésitent pas,
...............................................................................
au nom de leur esthétique, à donner à lire dans les détails
...............................................................................
les plus crus, des scènes les plus intimes au point qu’on
...............................................................................
peut hésiter à les faire lire à un jeune public si sensible.
...............................................................................
Songeons par exemple au récit de l’accouchement
...............................................................................
clandestin de la domestique Adèle dans Pot-Bouille. Un
...............................................................................
jeune lecteur peut-il soutenir cette lecture sans éprouver
...............................................................................
une gêne, voire de l’effroi ou du dégoût ?
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
7 Construisez un paragraphe argumentatif pour
défendre l’argument suivant en l’illustrant à l’aide
des exemples proposés.
Argument : Le langage poétique montre, fait entendre,
évoque ce dont il parle.
Exemples :
• « La Parque t’a tuée et cendre tu reposes […] » (Ronsard,
Second Livre des Amours, 1578)
• « ORESTE. – Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos
têtes ? » (Racine, Andromaque, 1667)
Le langage poétique, en effet, se caractérise par sa
...............................................................................
densité qui le rend riche, – et simultanément – de
...............................................................................
plusieurs significations. Le premier hémistiche du vers de
...............................................................................
Ronsard rappelle la mort de Marie dans des sonorités
...............................................................................
cacophoniques qui évoquent la dureté de l’événement
...............................................................................
tragique. Oreste, quand il s’interroge à propos de
...............................................................................
« serpents » fait entendre leur sifflement grâce à
...............................................................................
l’allitération en [s].
...............................................................................
8 Développez l’argument de Rousseau en l’illustrant
par d’autres exemples tirés des Fables de La Fontaine.
Sur une copie
Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous
verrez que, quand ils sont en état d’en faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à
l’intention de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur
le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils
penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des
défauts des autres. Dans la fable précédente1, les
enfants se moquent du corbeau, mais ils s’affectionnent tous au renard ; dans la fable qui suit2, vous
croyez leur donner la cigale pour exemple ; et point
du tout, c’est la fourmi qu’ils choisiront. On n’aime
point à s’humilier : ils prendront toujours le beau rôle ;
c’est le choix de l’amour-propre, c’est un choix très
naturel. Or, quelle horrible leçon pour l’enfance ! Le
plus odieux de tous les monstres serait un enfant avare
et dur, qui saurait ce qu’on lui demande et ce qu’il
refuse. La fourmi fait plus encore, elle lui apprend à
railler dans ses refus.
Dans toutes les fables où le lion est un des personnages, comme c’est d’ordinaire le plus brillant, l’enfant
ne manque point de se faire lion ; et quand il préside
à quelque partage, bien instruit par son modèle, il a
grand soin de s’emparer de tout.
Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’Éducation, 1762.
1. « Le Renard et la Cigogne » 2. « La Cigale et la Fourmi »
S ’ INITIER À LA DISSERTATION
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38 Rédiger l’introduction / la conclusion
Acquérir une méthode
Sujet : Dans une lettre qu’il adresse à son éditeur Hetzel en 1853, Victor Hugo précise le
rôle du poète et revendique le droit « d’empêcher, s’il se peut, le sang de couler ». Pensezvous que les écrivains aient pour mission de servir le peuple ?
Introduction
de la condition humaine et tente[r] de proposer des solutions ». Cette revendication qui semble
Proposer une phrase d’amorce
générale destinée à présenter
le thème du sujet et à accrocher
le lecteur (question rhétorique,
citation, précision étymologique…)
s’inscrire dans la lignée des œuvres poétiques de Victor Hugo pose la question du rôle des écrivains
Reprendre les termes clés du sujet
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Paul Sartre, dans son essai Qu’est-ce que la
littérature ?, définit la création littéraire comme un moyen de « dénonce[r] les problèmes actuels
et de leur engagement. Le statut ambivalent des auteurs, à la fois hommes et créateurs, mérite que
l’on s’interroge sur leur fonction. Les écrivains ont-ils, en effet, comme l’affirme Victor Hugo dans
une lettre destinée à son éditeur, pour mission de servir le peuple en « empêch[ant], s’il se peut,
Éclairer le sens des termes clés et
les questions qu’ils soulèvent
Formuler la problématique sous
forme de question directe
le sang de couler » ? Nous tâcherons tout d’abord de justifier l’implication sociale des écrivains
puis nous nous interrogerons sur les limites de leur engagement. Enfin, il serait juste d’évoquer la
fonction plus immédiate des écrivains, créateurs d’un monde et d’un langage, en dehors de toutes
Annoncer les axes en évitant
les lourdeurs
préoccupations politiques.
N.B. : L’introduction présente trois étapes en un seul paragraphe, du plus général au particulier.
Le passage d’une étape à l’autre doit se faire insensiblement.
Conclusion
L’influence des écrivains, leur sensibilité et leur éloquence laissent donc à penser qu’ils ont pour
mission d’améliorer nos vies et de les guider vers plus de justice et de liberté. Néanmoins, il ne faut
pas oublier que l’efficacité de cette fonction est soumise à certaines conditions. L’engagement lit-
téraire demeure effectivement problématique, ce qui pousse parfois à croire que le rôle de l’écrivain
Répondre à la problématique posée
en reformulant de façon concise
les axes développés
est ailleurs. Auteurs, poètes ou artistes occupent une place particulière, à la fois isolés dans leur
tour d’ivoire et profondément ancrés dans leur siècle. Albert Camus a su exprimer avec pertinence
cette dualité qui anime leurs œuvres et c’est avec mesure qu’il envisage un engagement modéré,
oscillant entre créativité et humanisme, convaincu que l’artiste pourra ainsi « servir en même temps
Ouvrir la réflexion sur d’autres
perspectives, sujets, genres,
époques…
la douleur et la beauté ».
N.B. : Il est conseillé de relire la problématique avant de conclure. Il serait maladroit en ouverture de terminer par
une question directe qui donnerait l’impression que l’ensemble de la dissertation est remise en cause.
Analyser et employer
1 a. Lisez le plan de dissertation suivant.
I. L’écriture poétique se distingue des autres genres littéraires par une relation particulière au langage.
II. La poésie permet une implication personnelle forte issue
des sentiments du poète et de son vécu.
III. La poésie multiplie les registres littéraires, sources
d’émotions diverses.
b. Retrouvez la problématique correspondant au plan
proposé et formulez-la sous forme de question directe.
Pourquoi
la poésie permet-elle plus que tout autre genre
...............................................................................
littéraire d’exprimer les sentiments personnels ?
...............................................................................
c. Imaginez une phrase d’amorce destinée à présenter
le thème du sujet et à accrocher votre lecteur.
Les élèves peuvent partir du pouvoir du poète démiurge,
...............................................................................
créateur d’un nouveau langage et d’un nouveau monde,
...............................................................................
comme le suggère l’étymon grec « poieîn ».
...............................................................................
Les élèves peuvent aussi se référer à la figure
...............................................................................
mythologique d’Orphée, à ses vers enchanteurs, et à
...............................................................................
l’origine du mot « lyrique ».
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
2 a. Lisez l’introduction de dissertation suivante.
Le récit, outre sa fonction divertissante, assure parfois un rôle argu-
Sujet : Au théâtre, l’auteur vous semble-t-il plus important que le metteur en scène ? Vous répondrez à cette
question dans un développement composé en vous
appuyant sur les lectures faites en classe et sur vos lectures personnelles.
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mentatif. C’est le cas de l’argumentation indirecte qui s’inscrit au
4 a. Lisez le sujet de dissertation suivant.
cœur d’une fiction narrative telle que la fable, le conte ou l’utopie.
Les apologues sont en effet constitués de deux éléments a priori
étrangers l’un à l’autre, la narration et l’argumentation, mais étroi-
tement liés à l’image du « corps » et de « l’âme » comme l’indique
La Fontaine dans la préface de ses Fables. Toutefois, l’on peut
s’interroger sur l’efficacité de ce genre argumentatif qui tend parfois
à dissimuler les véritables préoccupations de l’auteur derrière un récit
en apparence divertissant et léger. Quel est donc le degré d’efficacité
de l’apologue ? [Le récit a tout d’abord pour enjeu de plaire aux
lecteurs et il assure ce rôle à merveille.][Il est vrai aussi que la nar-
ration porte en elle une force de persuasion tout aussi efficace que la
moralité.][Néanmoins, les limites de l’argumentation indirecte
existent et nuisent parfois à la portée moralisatrice de l’œuvre.]
b. Encadrez le thème et soulignez la problématique.
c. Reformulez le sujet auquel l’introduction proposée
pourrait renvoyer.
L’argumentation
indirecte vous semble-t-elle efficace ?
...............................................................................
d. Isolez entre crochets les axes qui sont annoncés
dans l’introduction.
e. Rédigez la première étape de la conclusion.
L’apologue
tient son efficacité de ses deux composantes. À la
...............................................................................
fois
narration et argumentation, il a pour richesses de séduire
...............................................................................
les
lecteurs tout en assurant sa fonction didactique. Mais
...............................................................................
cette
ambivalence peut parfois dissimuler l’enjeu véritable de
...............................................................................
l’argumentation
indirecte qui serait alors mal comprise.
...............................................................................
3 a. Lisez le sujet, la problématique et le plan suivants.
Sujet : Comment expliquez-vous l’intérêt qu’éprouvent
parfois les lecteurs de romans pour un héros méprisable ? Vous répondrez à cette question dans un développement composé en vous appuyant sur les lectures
faites en classe, sur vos lectures personnelles et sur vos
connaissances du genre romanesque.
Problématique : Pourquoi les personnages médiocres, voire
odieux fascinent tant les lecteurs ?
Plan : I. Les caractéristiques des antihéros
II. L’intérêt éprouvé pour ce type de héros
III. La nécessité de redéfinir la notion d’héroïsme
b. En vous aidant de ces éléments, rédigez une introduction dans son intégralité.
Première
étape : définir la notion de personnage et son
...............................................................................
évolution
au fil des siècles en fonction des contextes
...............................................................................
historiques
et culturels.
...............................................................................
Deuxième
étape
: amener la problématique par la fonction
...............................................................................
cathartique
de la lecture, par la transgression des tabous et
...............................................................................
la
notion de plaisir rendues possibles par la lecture.
...............................................................................
Troisième
étape : veiller à ce que la formulation des axes rende
...............................................................................
compte
de
la relation de cause-conséquence qui les unit.
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
b. Formulez les axes permettant de discuter le sujet.
Si certains arguments parlent en faveur de l’auteur de
...............................................................................
pièces de théâtre, d’autres au contraire mettent l’accent sur
...............................................................................
la richesse du travail du metteur en scène, ce qui mènerait à
...............................................................................
penser que le théâtre ne peut se concevoir que dans une
...............................................................................
relation de complémentarité de l’un et de l’autre.
...............................................................................
c. Rédigez la première étape de l’introduction.
On peut inviter les élèves à se référer à l’étymon du mot
...............................................................................
théâtre qui situe d’emblée le genre dans le domaine du
...............................................................................
spectacle et de la représentation ou, au contraire, à la
...............................................................................
place prépondérante qu’occupe le texte théâtral dans le
...............................................................................
domaine éducatif comme support à la lecture et à
...............................................................................
l’apprentissage scolaire.
...............................................................................
d. Rédigez une phrase permettant d’ouvrir le sujet
dans la seconde étape de la conclusion.
L’ouverture peut être envisagée sur le plan cinématogra...............................................................................
phique
où le scripte et la réalisation sont indissociables. L’on
...............................................................................
peut
aussi déplacer le sujet et ouvrir la réflexion sur l’impor...............................................................................
tance
du jeu des acteurs qui donnent vie au texte initial.
...............................................................................
5 a. Lisez le sujet et l’introduction suivants. Barrez les
passages qui vous semblent inutiles dans l’introduction.
b. Soulignez les lourdeurs d’expression et les répétitions.
Sur une copie
c. Réécrivez l’introduction.
Sujet : Le roman ne peut exister sans fiction. Que pensez-vous de cette affirmation ? Vous répondrez à la
question dans un développement composé en vous
appuyant sur les œuvres étudiées en classe et sur vos
lectures personnelles.
De tous temps, les hommes ont écrit des romans. Le genre romanesque est avant tout celui de la fantaisie et de l’imagination. Ne
dit-on pas d’une vie aventureuse et mouvementée : « quel roman ! » ?
À en croire le sujet qui nous est proposé : « Le roman ne peut exister
sans fiction. Que pensez-vous de cette affirmation ? », le roman ne
saurait exister sans fiction. Toutefois, Maupassant, dans la Préface
de son roman Pierre et Jean, distinguait deux types de romanciers :
ceux qui transforment la réalité pour la rendre plus séduisante et
ceux qui refusent toute forme d’imagination pour représenter la réalité avec exactitude. Problématique : le roman peut-il être à la fois
fictif et réaliste ? Je vais répondre à cette question en m’appuyant
sur des romans que je connais. Dans un premier temps, nous verrons
que le roman peut être fictif. Dans un deuxième temps, nous verrons
que le roman peut être réaliste. Enfin, dans la conclusion, nous
donnerons notre avis personnel.
S ’ INITIER À L ’ ÉPREUVE ORALE
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39 S’exprimer à l’épreuve orale
Acquérir une méthode
Sujet :
• Séquence : Le regard de l’autre dans la fiction philosophique.
• Extrait : Montesquieu, Lettres persanes, 1721.
voir fiche 17, exercice 5
• Problématique posée par l’examinateur : Quelle vision de la société le voyageur
étranger transmet-il aux lecteurs ?
L’exposé
1 Comprendre la problématique :
1
sur quoi porte la question ?
 quelles précisions sont données ?

2 Construire le plan de l’exposé :
Donner un contexte fictif et exotique à un récit est en vogue au XVIIIe siècle ; les
philosophes des Lumières peuvent ainsi contourner la censure et dénoncer tout ce qui
leur semble critiquable.
 Axes possibles :
I. Le regard naïf et surpris du locuteur
II. La dénonciation des mœurs parisiennes du XVIIIe siècle
 Ainsi, le regard étranger invite les lecteurs à considérer sans indulgence la grossièreté
et la brutalité de leurs propres mœurs. Particulièrement efficace, ce procédé est employé
aussi pour dénoncer des travers bien plus graves ou des injustices…
3
Types de questions :
 Quels sont les indices du caractère étranger du locuteur ?
 Quelle est la fonction de l’étranger dans les textes
Conseils pour l’expression orale
philosophiques que vous avez étudiés ?
 La lecture de l’extrait : expressive et articulée
 Connaissez-vous d’autres philosophes des Lumières ?
 La voix : audible, non monotone, débit ni
 Cet extrait est-il, selon vous, comique ou sérieux ?
trop lent ni trop rapide
introduction
axes d’étude
 conclusion
L’entretien
peuvent être posées :
sur le texte
 sur le contexte
 sur vos connaissances culturelles
 sur votre appréciation personnelle
La question invite le candidat à faire une critique sociale du XVIIIe siècle.
La problématique interpelle sur l’origine du regard : celui d’un étranger qui découvre
la France.
2





3 Identifier les types de questions qui
Exemple appliqué

4 Réagir avec pertinence à la question
posée :
 se référer aux documents de la
séquence
 développer sa réponse
 La formulation : correcte, sans familiarités,
vocabulaire approprié
 L’attitude : polie et ouverte, posée, sans
gestes parasites
 La présence : implication personnelle,
conviction, ne pas fuir derrière ses notes,
regarder l’examinateur
Repérer et manipuler
1 Les phrases suivantes, formulées à partir des paratextes donnés, présentent des incorrections. Réécrivezles en corrigeant les erreurs et en utilisant le vocabulaire approprié.
1. Émile Zola, Les Romanciers naturalistes, 1881
« Zola a parlé des romanciers naturalistes en 1881. »
Le romancier Émile Zola a publié un manifeste sur le
...............................................................................
mouvement naturaliste en 1881.
...............................................................................
2. Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671
« La pièce avec Scapin a été écrite en 1671. »
La comédie de Molière mettant en scène le personnage de
...............................................................................
Scapin a été représentée pour la première fois en 1671.
...............................................................................
3. Victor Hugo, Les Contemplations, 1856
« Le bouquin s’appelle Contemplations. »
Le recueil poétique de Victor Hugo s’intitule
...............................................................................
Les Contemplations.
...............................................................................
4. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755
« Dans son texte, Rousseau dit que les hommes sont inégaux. »
Le discours de Rousseau laisse paraître les préoccupations
...............................................................................
du philosophe des Lumières quant aux inégalités sociales.
...............................................................................
2 Réécrivez les passages soulignés en utilisant le
vocabulaire approprié. Soyez attentif au genre littéraire indiqué.
1. Poésie
« Les dernières lignes du sonnet annoncent la
mort du personnage »
« Les derniers vers du sonnet annoncent la mort du
...............................................................................
poète. »
...............................................................................
2. Argumentation
« On va répondre à la problématique :
grand un, le registre ironique ; grand deux, la dénonciation politique. »
« Je vais répondre à la problématique en analysant tout
..............................................................................
d’abord le registre ironique, puis en justifiant la
...............................................................................
dénonciation politique. »
...............................................................................
3. Roman
« On voit bien dans le texte que la personne
est dégoûtée de la vie. »
« Certains procédés d’écriture traduisent le dégoût du
...............................................................................
personnage face à l’existence. »
...............................................................................
4. Théâtre
« Je ne suis pas sûr que c’est tragique, mais
je crois que c’est bon. »
« Il me semble que le registre est tragique et je vais
...............................................................................
tenter de le justifier. »
...............................................................................
II. Savoir organiser un texte
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
L’Assommoir d’Émile Zola
Problématique posée par l’examinateur : Quelles caractéristiques du personnage ce portrait met-il en évidence ?
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Gervaise, héroïne du roman, observe
le forgeron Goujet, surnommé « La
Gueule-d’or », en plein travail.
[Un homme magnifique au travail,
ce gaillard-là ! Il recevait en plein la
grande flamme de la forge. Ses cheveux courts, frisant sur son front bas,
sa belle barbe jaune, aux anneaux
tombants, s’allumaient, lui éclairaient toute la figure de leurs fils
d’or, une vraie figure d’or, sans mentir.][Avec ça, un cou pareil à une
colonne, blanc comme un cou d’enfant ; une poitrine vaste, large à y
coucher une femme en travers ; des
épaules et des bras sculptés qui
paraissaient copiés sur ceux d’un
géant, dans un musée.]
3 a. Soulignez les mots-clés de la problématique proposée pour l’exposé
du texte de Zola.
b. Soulignez dans le texte les champs lexicaux dominants de chaque partie entre crochets puis nommez-les.
La lumière et la beauté (partie 1). La sculpture et la puissance (partie 2).
............................................................................................................
c. Soulignez les mots ou expressions familiers dans les formulations suivantes puis corrigez-les.
1. « Le narrateur décrit un gaillard au travail. »
Le narrateur décrit un ouvrier vigoureux au travail.
............................................................................................................
2. « Le portrait de Goujet est valorisé par la lumière qu’il reçoit en pleine figure. »
Le portrait de Goujet est valorisé par la lumière directe qui lui éclaire le visage.
............................................................................................................
3. « Le forgeron paraît gigantesque, ça prouve en vrai que c’est Gervaise qui le
regarde et qui l’aime. »
Le forgeron paraît gigantesque, ce qui prouve en réalité qu’il est décrit du
............................................................................................................
point de vue de Gervaise qui n’est pas insensible à son physique.
............................................................................................................
Émile Zola, L’Assommoir, 1877.
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au XVIIe siècle
Le Malade imaginaire de Molière
Monsieur Purgon, médecin d’Argan, vient de quitter son patient.
Argan. – Monsieur Purgon m’a dit de me promener le matin
dans ma chambre douze allées et douze venues ; mais j’ai oublié
à lui demander si c’est en long ou en large.
Toinette. – Monsieur, voilà un...
Argan. – Parle bas, pendarde ! tu viens m’ébranler tout le
cerveau, et tu ne songes pas qu’il ne faut point parler si haut à
des malades.
Toinette. – Je voulais vous dire, monsieur...
Argan. – Parle bas, te dis-je.
Toinette. – Monsieur...
(Elle fait semblant de parler.)
Argan. – Eh ?
Toinette. – Je vous dis que...
(Elle fait semblant de parler.)
Argan. – Qu’est-ce que tu dis ?
Molière, Le Malade imaginaire, Acte II, scène 2, 1673.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au xxe siècle :
du romantisme au surréalisme
« L’heure du berger » de Paul Verlaine
La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;
[…]
Les chats-huants1 s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus2 émerge, et c’est la Nuit.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866.
1. chats-huants : rapaces nocturnes.
2. Vénus : planète surnommée « étoile du berger ».
II. Savoir organiser un texte
4 a. Lisez cet extrait à voix haute avec un
camarade de la classe.
b. Soulignez dans les répliques d’Argan les
indices permettant de repérer les émotions
successives du personnage et nommez-les dans
leur ordre d’apparition.
La
perplexité – la colère – la surprise – l’agacement.
....................................................................
....................................................................
c. Relisez le texte à voix haute en tâchant
d’exprimer au mieux les sentiments d’Argan.
d. Formulez une phrase montrant l’évolution
des sentiments d’Argan en vous appuyant sur
les procédés surlignés.
L’exercice
vise à prendre appui sur des procédés
....................................................................
identifi
és,
structurer la réponse par le recours aux
....................................................................
connecteurs
logiques.
....................................................................
....................................................................
5 a. Lisez le poème à voix haute. Quelles difficultés rencontrezvous ?
Il
s’agit de sensibiliser les élèves au rythme des vers et aux
...............................................................................................
enjambements.
...............................................................................................
b. Identifiez les types de questions suivantes :
1. Comment Verlaine parvient-il à créer une atmosphère mystérieuse ?
Question
sur le texte.
...............................................................................................
2. Le poème de Verlaine vous semble-t-il musical ?
Question
sur l’appréciation personnelle.
...............................................................................................
3. S’agit-il d’un poème en vers libres ?
Question
sur les connaissances culturelles.
...............................................................................................
4. Quels éléments de ce poème renvoient à la poésie symboliste ?
Question
sur le contexte
...............................................................................................
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
40 S’adapter à son destinataire :
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les niveaux de langue
Observer et retenir
1. Niveau de langue familier :
Discours spontané, utilisé à l’oral ou à l’écrit dans les œuvres littéraires (langue
d’un personnage ou d’un milieu).

Les Ritals, on est mal piffés. C’est parce qu’il y en a tellement, par ici. Les
mômes français ne risquent pas le bout de leurs pompes dans nos rues de
Ritals, mais à l’école, là, ils se rattrapent. Se sentent costauds les petites vipères.

Lexique pauvre
Expressions populaires ou argotiques

Syntaxe : répétition du complément
du lieu, inversion incorrecte du sujet

Figures de style

Lexique usuel

Syntaxe simple et correcte

Lexique précis et riche

Syntaxe : longue phrase ou période

Mode subjonctif

Figures de style : apostrophe,
accumulations de noms, images
François Cavanna, Les Ritals, 1978, © Éditions Belfond.
2. Niveau de langue courant :
Discours employé à l’oral et à l’écrit, au quotidien. Usage neutre et le plus commun de
la langue.
« Connaissez-vous l’Écu-de-France ?
– C’est à Dijon, ça, ma bourgeoise !
– Dans toutes les villes, il y a un hôtel qui s’appelle l’Écu-de-France.
– Connais pas ici ! »
Jules Vallès, L’Enfant, 1878.
3. Niveau de langue soutenu :
Discours employé à l’oral dans certaines situations (discours solennel…) et à l’écrit dans
les textes littéraires. Attention marquée au langage.
« Qu’il me soit permis, dis-je, de rendre justice à l’administration supérieure,
au gouvernement, au monarque, messieurs, à notre souverain […] qui dirige
à la fois d’une main si ferme et si sage le char de l’État parmi les périls incessants
d’une mer orageuse […] »
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857
Repérer et manipuler
1 Identifiez le niveau de langue de chaque mot et
proposez un équivalent dans les deux autres niveaux.
Vous pouvez recourir au dictionnaire.
courant
1. Rejeter : ................................................................
(familier) – ostraciser (soutenu)
équivalents : jeter
.......................................................
soutenu
2. Apathique : ...........................................................
(familier) – paresseux (courant)
équivalents : cossard
.......................................................
3. Tromperie : courant
...........................................................
entourloupe (familier) – duperie,
équivalents : .......................................................
imposture (soutenu)
...............................................................................
soutenu
4. Trépasser : .............................................................
(familier) – mourir (courant)
équivalents : crever
.......................................................
courant
5. Chance : ...............................................................
(familier) – fortune (soutenu)
équivalents : veine
.......................................................
familier
6. Ringard : ...............................................................
(soutenu) – dépassé (courant)
équivalents : suranné
.......................................................
courant
7. Se presser : ............................................................
grouiller (familier) – se hâter (soutenu)
équivalents : se
.......................................................
2 Indiquez le niveau de langue de cet extrait en jus-
tifiant votre réponse par deux exemples que vous
expliquerez.
« V’la l’affaire. J’étions embusqué à l’Eperon quand
quèque chose nous passa dans le premier buisson à
gauche, au bord du mur. Mailloche y lâche un coup,
ça tombe. Et je filons, vu les gardes. Je peux pas te dire
ce que c’est, vu que je l’ignore […]. – C’est-i pas un
chevreuil ? – ça s’peut bien, ça ou autre chose ? Un
chevreuil ?... oui… C’est p’t-être pus gros ? »
Guy de Maupassant, Contes, « L’Âne », 1883.
Le niveau est familier comme le montrent la transcription
...............................................................................
d’un énoncé oral et du parler campagnard, les phrases
...............................................................................
non verbales, les interruptions, la prononciation
...............................................................................
(« quèque » pour quelque, « pu » pour plus), la
...............................................................................
1re personne du pluriel à la place du singulier (« j’étions »),
...............................................................................
les tournures populaires (« comme qui dirait » pour « en
...............................................................................
quelque sorte », « y lâche » pour « lui lâche »).
...............................................................................
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Les Précieuses ridicules de Molière
3 Précisez le niveau de langue dominant dans cette
tirade en justifiant votre réponse. Que révèle-t-il du
personnage ?
Le niveau est soutenu. La langue est précieuse par le
.............................................................................
lexique, l’abondance d’exclamations, l’inversion du
.............................................................................
sujet…. Cathos en précieuse ridicule critique le non
.............................................................................
respect des codes de la galanterie.
.............................................................................
.............................................................................
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trd
ite
Cathos. – […] Venir en visite amoureuse avec une jambe
toute unie1, un chapeau désarmé de plumes, une tête irrégulière en cheveux, et un habit qui souffre une indigence
de rubans !… mon Dieu ! quels amants sont-ce là ! Quelle
frugalité d’ajustement et quelle sécheresse de conversation !
Molière, Les Précieuses ridicules, scène 4, 1659.
1. jambe toute unie : sans dentelles serrées aux genoux.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
L’Assommoir d’Émile Zola
Et, maintenant, sa mère dégringolait à son tour dans son
amitié. Elle buvait, elle aussi. Elle entrait par goût chercher
son homme chez le père Colombe, histoire de se faire offrir
des consommations ; et elle s’attablait très bien, sans afficher
des airs dégoûtés comme la première fois, sifflant les verres
d’un trait, traînant ses coudes pendant des heures et sortant
de là avec les yeux hors de la tête. Lorsque Nana, en passant
devant l’Assommoir, apercevait sa mère au fond, le nez dans
la goutte, avachie au milieu des engueulades des hommes,
elle était prise d’une colère bleue, parce que la jeunesse, qui
a le bec tourné à une autre friandise, ne comprend pas la
boisson. Ces soirs-là, elle avait beau tableau, le papa pochard,
la maman pocharde, un tonnerre de Dieu de cambuse où il
n’y avait pas de pain et qui empoisonnait la liqueur.
Émile Zola, L’Assommoir, 1877.
VERS LA 1re •
Le roman
4 a. Identifiez le niveau de langue dominant dans
cet extrait en vous appuyant sur des exemples précis.
Le
niveau est familier comme le montrent les outils de la
............................................................................
langue
:
.............................................................................
–
lexique familier : « goutte, liqueur » pour « alcool » ;
............................................................................
«
pochard» pour « alcoolique » ; « siffler » pour
............................................................................
«
boire » ; « son homme » pour « son mari » ;
............................................................................
–
argot : « cambuse » pour « logement » ;
............................................................................
–
juron grossier : « tonnerre de Dieu » ;
............................................................................
–
images familières : « colère bleue », « bec ».
............................................................................
La
syntaxe est proche du registre familier en raison des
............................................................................
juxtapositions.
............................................................................
b. Quelle est l’intention du romancier ?
Il
s’agit de donner l’illusion du réel en faisant entendre
............................................................................
la voix des personnages et de rendre compte de la
.............................................................................
langue du peuple à travers le milieu étudié.
............................................................................
Zazie dans le métro de Raymond Queneau
Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. Pas possible,
ils se nettoient jamais. Dans le journal, on dit qu’il y a pas onze
pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bain, ça
m’étonne pas, mais on peut se laver sans. Tous ceux-là qui
m’entourent, ils doivent pas faire de grands efforts. D’un autre
côté, c’est tout de même pas un choix parmi les plus crasseux de
Paris. Y a pas de raison. C’est le hasard qui les a réunis. On peut
pas supposer que les gens qui attendent à la gare d’Austerlitz
sentent plus mauvais que ceux qu’attendent à la gare de Lyon.
Non vraiment, y a pas de raison. Tout de même quelle odeur.
Gabriel extirpa de sa manche une pochette de soie couleur
mauve et s’en tamponna le tarin.
– Qu’est-ce qui pue comme ça ? dit une bonne femme à haute
voix.
Elle pensait pas à elle en disant ça, elle était pas égoïste, elle
voulait parler du parfum qui émanait de ce meussieu.
– Ça, ptite mère, répondit Gabriel qui avait de la vitesse dans
la repartie, c’est Barbouze, un parfum de chez Fior.
– Ça devrait pas être permis d’empester le monde comme
ça, continua la rombière sûre de son bon droit.
– Si je comprends bien, ptite mère, tu crois que ton parfum
naturel fait la pige à celui des rosiers. Eh bien, tu te trompes,
ptite mère, tu te trompes.
Raymond Queneau, Zazie dans le métro, 1959, © Éditions Gallimard.
III. Employer une langue correcte et précise
5 a Caractérisez le niveau de langue employé
par les personnages en justifiant votre réponse.
Le niveau est familier :
........................................................................
– lexique familier : « se nettoyer» pour « toilette » ;
........................................................................
« rombière » (argot), « tarin » pour « nez » ;
........................................................................
– la forme familière récurrente « ça » pour « cela » ;
........................................................................
– la syntaxe proche du registre familier en raison des
........................................................................
juxtapositions ;
........................................................................
– les négations incomplètes ;
........................................................................
– l’orthographe phonétique.
........................................................................
........................................................................
b. Quel est l’effet produit par le niveau de langue
utilisé ?
C’est un effet de réel à travers la langue parlée. Le
........................................................................
néo-français est un élément de la conception du
........................................................................
langage selon Queneau qui se voulait un
........................................................................
remplacement du français écrit standard. Il se
........................................................................
caractérise par une syntaxe et un vocabulaire
........................................................................
typiques du langage parlé et par une orthographe
........................................................................
plus ou moins phonétique.
........................................................................
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Réécrivez l’extrait de Zazie
dans le métro de Queneau en choisissant un
autre niveau de langue.
Sur une copie
41
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
Employer des connecteurs logiques
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Observer et retenir
Rapport
logique
Fonction
Explicite
Addition
Cause
Ajouter une idée
à une autre
Exposer l’origine
d’un fait, expliquer
Implicite
• Et, de plus, en outre,
ensuite, enfin…
Le loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès
« Le Loup et l’Agneau »
Le mulet en se défendant
• Ponctuation
• Virgule ou point virgule Se sent percer de coups : il gémit, il soupire
« Les deux Mulets »
Explicite
• Car, en effet, parce que, La peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom), […]
Faisait aux animaux la guerre. « Les Animaux malades de la peste »
puisque…
Implicite
• Ponctuation
Explicite
Énoncer le résultat
Conséquence d’un fait ou d’une
idée
Exemples
Jean La Fontaine, Fables, 1668-1694.
Types de connecteurs logiques
Implicite
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin
« Le Rat de ville et le Rat des champs »
• Donc, ainsi, c’est
pourquoi, si bien que…
La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva
• Ponctuation
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
« La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf »
« L’Ours et l’Amateur des jardins »
Explicite
Opposition
Confronter deux
faits pour mettre
Implicite
en valeur l’un d’eux
Explicite
Concession
• Mais, toutefois,
cependant, alors que,
tandis que…
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu’un troubla la fête
• Juxtaposition
• Composition du texte
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile ;
Et le beau souvent nous détruit.
Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit.
« Le Cerf se voyant dans l’eau »
« Le Rat de ville et le Rat des champs »
Amusez les Rois par des songes,
• En dépit de, bien que,
quoique, quelque que… Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges :
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,
Ils goberont l’appât ; vous serez leur ami.
Constater des faits
opposés à sa thèse
« Les obsèques de la Lionne »
Implicite
• Ponctuation
J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons (= hôpital pour les fous).
« Les Oreilles du Lièvre »
Repérer et manipuler
1 Complétez les phrases avec des connecteurs
logiques sans altérer le sens des énoncés.
car
Les randonneurs avançaient résolument ..................
ils
savaient qu’ils touchaient au but en dépit de conditions
météorologiques difficiles. Quand le brouillard se dissipa,
ils s’aperçurent qu’ils étaient revenus au point de départ.
Alors
et
..................
le découragement les gagna ..................
ils
Mais
se laissèrent tomber d’épuisement. ..................
ils ne tarEn effet
dèrent pas à réagir. ..................
ils ne devaient pas se
Ainsi
laisser engourdir par le froid et la nuit. ..................
d’un
pas ralenti par l’épuisement, ils poursuivirent leur chemin.
2 Réécrivez les proverbes suivants en employant un
connecteur logique et en conservant le sens général.
1. Chose promise, chose due.
Puisque la chose est promise, elle est due.
...............................................................................
2. Fais ce que dois, advienne que pourra.
Fais ce que tu dois et il arrivera ce qui arrivera.
...............................................................................
3. Les paroles s’envolent, les écrits restent.
Les paroles s’envolent, mais les écrits restent.
...............................................................................
3 Dans chaque énoncé, indiquez si la relation logique
est explicite ou implicite. Précisez le sens des liens
logiques.
1. « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ;
mais c’est un roseau pensant. » (Pascal, Pensées)
La relation logique est explicite. La conjonction de
...............................................................................
coordination « mais » introduit une opposition entre la
...............................................................................
fragilité physique de l’homme et le pouvoir de son esprit.
...............................................................................
2. « Plus le même nombre d’habitants occupe une grande
surface, plus les révoltes deviennent difficiles, parce
qu’on ne peut se concerter ni promptement ni secrètement, et qu’il est toujours facile au gouvernement
d’éventer les projets et de couper les communications. »
(Rousseau, Le Contrat social)
La relation logique est explicite. La conjonction de
...............................................................................
subordination « parce que » introduit une cause :
...............................................................................
justification du nombre limité de révoltes. La conjonction
...............................................................................
de coordination « et » relie les deux parties de la
...............................................................................
subordonnée introduite par « parce que » et « que » et
...............................................................................
développe l’explication.
..............................................................................
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
« Le roman » de Guy de Maupassant
4 a. Encadrez chaque connecteur logique et
indiquez sa fonction.
«
non pas à … mais » : opposition ; « car » :
...................................................................
cause ; « alors » et « donc » : conséquence ; « en
...................................................................
outre » : addition ; « voilà pourquoi » : cause ;
...................................................................
« et » : addition ; « mais » : opposition ;
...................................................................
« donc » : conséquence ; « et non » : opposition
...................................................................
...................................................................
...................................................................
b. Relevez un paradoxe dans cet extrait.
De
l’idée de peinture exacte de la vie, l’auteur
...................................................................
nous conduit à la reproduction d’une illusion.
...................................................................
...................................................................
...................................................................
c. Quelle définition du réalisme l’auteur propose-t-il ?
La réalité perçue par le romancier ne peut être
...................................................................
transmise
telle quelle. Sélectionnée et modifiée,
...................................................................
elle passe par la sensibilité de l’écrivain qui
...................................................................
recrée le foisonnement excessif de la vie.
...................................................................
...................................................................
...................................................................
...................................................................
...................................................................
...................................................................
...................................................................
...................................................................
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Le réaliste, s’il est artiste, cherchera, non pas à nous montrer la
photographie banale de la vie, mais à nous en donner une vision
plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume
au moins par journée, pour énumérer les multitudes d’incidents
insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s’impose donc, – ce qui est une première atteinte à la
théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les
plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale,
sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques
et contradictoires qui doivent être classées au chapitre fait divers.
Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans
cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l’à-côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre de gens qui meurent chaque jour par accident est
considérable sur la terre. Mais pouvons-nous faire tomber une
tuile sur la tête d’un personnage principal, ou le jeter sous les roues
d’une voiture, au milieu d’un récit, sous prétexte qu’il faut faire la
part de l’accident ? […]
Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai,
suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt
des Illusionnistes.
Guy de Maupassant, Préface à Pierre et Jean, 1888.
L’argumentation
Préface de Sauver l’humain de Jean Rostand
Jean Rostand, Préface au livre d’É. Bonnefous, Sauver l’humain, 1976
© Flammarion.
5 a. Encadrez les connecteurs logiques qui
ouvrent et ferment chaque paragraphe et
indiquez leur fonction.
«
Et d’abord » introduit le premier argument
...................................................................
d’un
raisonnement structuré ; « donc » conclut
...................................................................
sur la première raison que nous avons de
...................................................................
respecter la nature. « En outre » introduit un
...................................................................
nouvel argument, relié au précédent. « Enfin »
...................................................................
introduit
l’argument marquant la fin du
...................................................................
raisonnement.
...................................................................
...................................................................
...................................................................
b. Reformulez la thèse que défend l’auteur.
Multiples sont les motifs que nous avons de
...................................................................
protéger la nature.
...................................................................
...................................................................
...................................................................
Ve
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r s la
e r tati
o
En employant des connecteurs
logiques, rédigez un paragraphe de dissertation qui définira l’un des rôles du romancier
sur le modèle de Maupassant.
D
Et d’abord, en défendant la nature, l’homme défend l’homme : il
satisfait à l’instinct de conservation de l’espèce. Les innombrables
agressions dont il se rend coupable envers le milieu naturel (envers
« l’environnement », comme on prend coutume de dire) ne vont pas
sans avoir des conséquences funestes pour sa santé et pour l’intégrité
de son patrimoine héréditaire. Rappellerons-nous que, du fait de la
pollution radioactive causée par les explosions des bombes nucléaires,
tous les habitants de la planète, surtout les plus jeunes, portent dans
leur squelette des atomes de métal radioactif ? […] Protéger la nature,
c’est donc en premier, accomplir une tâche d’hygiène planétaire.
Il y a, en outre, le point de vue des biologistes qui, soucieux de
la nature pour elle-même, n’admettent pas que tant d’espèces
vivantes […] s’effacent de la faune et de la flore terrestres, et qu’ainsi,
peu à peu, s’appauvrisse, par la faute de l’homme, le somptueux et
fascinant musée que la planète offrait à nos curiosités.
Enfin, il y a ceux-là – et ce sont les artistes, les poètes, et donc
un peu tout le monde – qui, simples amoureux de la nature,
entendent la conserver parce qu’ils y voient un décor vivant et
vivifiant, un lien maintenu avec la plénitude originelle, un refuge
de paix et de vérité, parce que, dans un monde envahi par la pierraille et la ferraille, ils prennent le parti de l’arbre contre le béton,
et ne se résignent pas à voir les printemps devenir silencieux.
n
VERS LA 1re •
Sur une copie
III. Employer une langue correcte et précise
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
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42 Employer un champ lexical
Observer et retenir
Le champ lexical désigne l’ensemble des mots qui se rapportent à une même idée ou
à un même domaine.
Il permet de saisir la cohérence d’ensemble et la progression d’un texte, de dégager
le ou les thèmes importants, d’exprimer une intention, de caractériser une écriture,
de créer une atmosphère, de renforcer un effet de sens, de traduire un registre et de
susciter une émotion chez le lecteur.
Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené1 un cerveau, la maladie est
presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles
de Saint Pâris, s’échauffaient par degrés malgré eux : leurs yeux s’enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage et ils
auraient tué quiconque les eût contredits.
Il n’y a d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs
des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car, dès que ce mal fait des
progrès, il faut fuir, et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion
ne suffisent pas contre la peste des âmes ; […]

Synonymes
Mots appartenant à la même famille
Ex. : dans le texte, mal , mal adie

Mots appartenant au même domaine
Ex. : dans le texte, la maladie du
« fanatisme » et son « remède »

Voltaire, article « Fanatisme », Dictionnaire philosophique, 1764.
1. gangréné : corrompu ou perverti.

Figures de style (métaphore, périphrase…)
Repérer et manipuler
1 Quels sont les deux champs lexicaux contenus
dans la liste de mots suivante ?
flamme • torride • haineux • ardent • brûler • palpitant •
idolâtrer • exécrer • séduisant • abhorrer • galamment •
ressentiment
La
liste associe le réseau lexical de l’amour et de la
...............................................................................
chaleur
à celui de la haine.
...............................................................................
2 Identifiez le champ lexical dominant dans les
strophes suivantes et justifiez son emploi.
1. « Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir »
(Apollinaire, La Chanson du Mal-Aimé)
de la navigation et de la mer.
Champ lexical : ....................................................
Le
poète souligne l’aspect tumultueux de sa vie.
...............................................................................
2. « Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant ! » (Gautier, L’Art)
de la sculpture. Pour les poètes du
Champ lexical : ....................................................
Parnasse
prime le travail sur la forme, qui doit aboutir à
...............................................................................
la
perfection.
...............................................................................
3 a. Quel type de lexique domine dans l’extrait
suivant ? Comment les champs lexicaux sont-ils organisés ?
Le lexique dominant est celui des préoccupations
...............................................................................
ménagères et familiales, de la consommation de produits
...............................................................................
matériels, évoquées dans une énumération hétéroclite.
...............................................................................
b. Quel effet produit la dernière phrase ?
La dernière phrase qui reprend de façon parodique la
...............................................................................
réflexion du dramaturge latin Térence : « Je suis un
...............................................................................
homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger »
...............................................................................
constitue la chute du texte en créant un effet de surprise.
...............................................................................
L’énumération précédente apparaît comme la somme
...............................................................................
dérisoire de ce qui constitue l’humanité.
...............................................................................
Il y eut la lessive, le linge qui sèche, le repassage. Le
gaz, l’électricité, le téléphone. Les enfants. Les vêtements et les sous-vêtements. La moutarde. Les soupes
en sachets, les soupes en boîte. Les cheveux : comment
les laver, comment les teindre, comment les faire tenir,
comment les faire briller. Les étudiants, les ongles, les
sirops pour la toux, les machines à écrire, les engrais,
les tracteurs, les loisirs, les cadeaux, la papeterie, le
blanc, la politique, les autoroutes, les boissons alcoolisées, les eaux minérales, les fromages et les conserves,
les lampes et les rideaux, les assurances, le jardinage.
Rien de ce qui était humain ne leur fut étranger.
Georges Perec, Les Choses, 1965, © Éditions Julliard.
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Dom Juan de Molière
4 a. Quel champ lexical domine dans cette tirade de Dom
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Dom Juan s’adresse à son valet Sganarelle.
Dom Juan. – […] On goûte une douceur extrême à
réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté,
à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à
combattre par des transports, par des larmes et des
soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à
rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites
résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules
dont elle se fait un honneur. […] Enfin il n’est rien de
si doux que de triompher de la résistance d’une belle
personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants,
qui volent perpétuellement de victoire en victoire et ne
peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien
qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me
sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre,
je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.
Molière, Dom Juan, Acte I, scène 2, 1665.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
La Bête humaine d’Émile Zola
Et le train annoncé, l’omnibus parti de Paris à midi
quarante-cinq, venait au loin, d’un roulement sourd.
On l’entendit sortir du tunnel, souffler plus haut dans
la campagne. Puis, il passa, dans le tonnerre de ses
roues et la masse de ses wagons, d’une force invincible
d’ouragan.
Émile Zola, La Bête humaine, 1890.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
Juan ? Quels sont les deux réseaux lexicaux qui structurent l’extrait ?
Le champ lexical de la guerre est organisé en deux réseaux
.....................................................................................
antagonistes : le conquérant-vainqueur et l’ennemi-vaincu.
.....................................................................................
.....................................................................................
b. Quelle place occupent les images ? Quel rôle jouent-elles ?
Les images guerrières structurent la tirade ; elles associent la
.....................................................................................
conquête amoureuse à l’art du combat.
.....................................................................................
.....................................................................................
c. Quelle conception de l’amour Dom Juan défend-il ?
En assimilant la séduction à une conquête militaire, Dom Juan
.....................................................................................
révèle sa conception de l’amour comme une stratégie (étapes
.....................................................................................
du combat) et un rapport de force (vainqueur – l’homme vs.
.....................................................................................
vaincu – la femme). Il fait ainsi l’éloge du libertinage
.....................................................................................
amoureux et affirme son besoin de puissance et de
.....................................................................................
domination de la femme.
.....................................................................................
.....................................................................................
5 a. Quels sont les deux champs lexicaux dominants ?
La
machine (« train », « omnibus », « roues », « wagons ») et
.....................................................................................
un phénomène météorologique de grande ampleur
.....................................................................................
(« roulement sourd », « tonnerre », « ouragan »).
.....................................................................................
b. Quel effet produit leur association ?
Leur association produite une personnification, voire une
.....................................................................................
allégorie du train en lien avec le titre. Elle donne une
.....................................................................................
impression de violence dévastatrice liée à l’objet.
.....................................................................................
« Le pain » de Francis Ponge
La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette
impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on
avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus1 ou la
Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer2 fut glissée
pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans
dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière
avec application couche ses feux, – sans un regard pour la
mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu
pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des
sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque
le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent
alors les unes des autres, et la masse en devient friable…
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche
moins objet de respect que de consommation.
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942, © Éditions Gallimard.
1. Taurus : chaîne de montagnes située en Turquie. 2. éructer : roter.
6 a. Identifiez les champs lexicaux dominants
dans le texte.
Le champ lexical de la nature domine à travers les
........................................................................
reliefs (chaînes de montagnes), les paysages (vallées,
.......................................................................
crêtes, crevasses…), les végétaux (feuilles ou fleurs…).
.......................................................................
Le pain donne à voir le monde à une échelle réduite.
.......................................................................
b. Quels jeux d’images sont utilisés ici ? Quel
effet en résulte-t-il ?
L’effet
de surprise est dû au jeu d’images : le pain est
........................................................................
comparé à la nature et à l’univers. Le pain est une
.......................................................................
métaphore du monde. L’objet est transformé par
.......................................................................
l’écriture poétique.
.......................................................................
c. Quel effet produit la dernière phrase ?
La dernière phrase crée un effet de rupture (phrase
........................................................................
détachée et introduite par un connecteur « mais »
.......................................................................
qui marque l’opposition). Le texte descriptif devient
.......................................................................
injonctif (impératif : « brisons »). Ponge rompt
.......................................................................
l’éloge poétique pour nous inviter plus
.......................................................................
prosaïquement à consommer et à jouir de la vie.
.......................................................................
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Dans un texte en prose, vous célébrerez un objet banal de votre choix en vous
inspirant du poème de Francis Ponge. Vous utiliserez des champs lexicaux et des images.
III. Employer une langue correcte et précise
Sur une copie
Maîtriser l’emploi et les valeurs
des temps dans un récit au passé
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43
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
Observer et retenir
Plus-que-parfait
PASSÉ
de l’histoire
Passé antérieur
Passé simple
PRÉSENT
de l’histoire
(coupé du temps
du narrateur)
Présent
Imparfait
FUTUR
de l’histoire
TEMPS
du narrateur
• Événements antérieurs au présent de l’histoire
Ex. :
Il résolut de ne jamais dire
• Événements antérieurs au présent de l’histoire le plus
de mensonges à la duchesse,
souvent dans les subordonnées temporelles après quand,
et c’est parce qu’il l’aimait à
dès que, alors que…
l’adoration en ce moment,
qu’il se jura de ne jamais lui
• Événements qui se succèdent chronologiquement
dire qu’il l’aimait ; jamais il
et constituent le présent de l’histoire
ne prononcerait auprès d’elle
• L’ordre des verbes = l’ordre des faits
le mot d’amour, puisque
la passion que l’on appelle
• Faits qui se déroulent au moment où on les lit
ainsi était étrangère à son
• Impression d’accélération, effet de surprise, de réalité
cœur. Dans l’enthousiasme
(présent de narration)
de générosité et de vertu qui
• Dans le discours direct, moment où parle le personnage
faisait sa félicité en ce moment,
• Faits dont la durée est non limitée dans le temps (avant il prit la résolution de lui tout
dire à la première occasion :
et après le présent de l’histoire)
son cœur n’avait jamais connu
• Dans le discours indirect, transposition du présent
l’amour.
Stendhal, La Chartreuse de Parme,
1839.
Conditionnel simple
• Événements postérieurs au présent de l’histoire
Conditionnel composé
• Événements postérieurs au présent de l’histoire
considérés comme accomplis
Présent
• Intervention du narrateur qui commente
Passé composé
• Commentaire, persistance des événements passés dans
le présent
Imparfait
Passé simple
Plus-que-parfait
Conditionnel simple
Présent
Repérer et manipuler
1 Indiquez le (ou les) temps employé(s) dans ces
phrases de récit.
1. Ils s’acquittèrent de leur mission exactement.
simple
Temps : passé
...................................................................
2. Ces faits eurent lieu un matin de juin.
simple
Temps : passé
...................................................................
3. Il leur avait recommandé la prudence.
Temps : plus-que-parfait
...................................................................
4. Il pensait qu’il pourrait agir le lendemain.
conditionnel présent
Temps : imparfait,
...................................................................
5. Après qu’ils eurent consulté le sénat, ils s’élancèrent.
antérieur, passé simple
Temps : passé
...................................................................
2 Conjuguez le verbe entre crochets selon le rapport
temporel indiqué.
1. Rapport temporel : succession d’actions
trouva puis les [nourrir] .............
nourrit .
Une louve les [trouver] ...........
2. Rapport temporel : antériorité
s’était procuré
Il [se procurer] ...............................
une forte somme
qui lui permit d’acheter la ferme.
3. Rapport temporel : postériorité
Il crut que son ami [venir] viendrait
.................... .
3 Dans chaque phrase, relevez les verbes conjugués
puis placez-les sur l’axe chronologique.
1. « La Maréchale s’était peu souciée de savoir qui payerait. »
(Flaubert)
passé
présent
futur de l’histoire
← s’était peu souciée
payerait
......................
....................... .........................
2. « Elle leur acheta une couverture, des chemises, un fourneau ; évidemment ils l’exploitaient. » (Flaubert)
passé
présent
futur de l’histoire
|acheta|
← l’exploitaient
→
......................
.......................
.........................
4 Pour chaque phrase, indiquez s’il s’agit du présent
de narration ou d’un commentaire du narrateur.
1. « Tout l’ennui de cette vie sans intérêt que menait Julien
est sans doute partagé par le lecteur. » (Stendhal)
commentaire du narrateur
..........................................................................
2. « Ils entendirent du bruit :/Le rat de ville détale » (La
Fontaine)
présent de narration
..........................................................................
3. « Il lui avait proposé l’un de ces pactes infernaux qui ne
se voient que dans les romans.» (Balzac)
commentaire du narrateur
..........................................................................
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
Le Blanc et le Noir de Voltaire
5 a. Soulignez les verbes qui signalent les étapes du
combat : quels temps sont employés ? Quelle est leur
valeur ?
L’emploi
du présent de narration précipite le début du
.............................................................................
combat
; le passé simple en réduit le déroulement et
.............................................................................
l’issue
à des esquisses.
.............................................................................
b. Encadrez les verbes à l’imparfait : quels éléments
mettent-ils en évidence ?
Ces
verbes peignent une cour avide de spectacles violents
..............................................................................
ainsi
que l’état d’esprit d’une princesse indifférente.
.............................................................................
c. Quelle est la valeur du présent à la fin du passage ?
Ce
présent de vérité générale (intervention du narrateur)
..............................................................................
témoigne
de la réflexion voltairienne sur le manichéisme.
.............................................................................
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Rustan, un noble perse, s’est épris de la princesse du
Cachemire, qui l’aime également. Il affronte Barbabou,
son rival, devant la cour de Cachemire.
[…] ils commencent le combat ; tous les courtisans
faisaient un cercle autour d’eux. La princesse, se tenant
toujours renfermée dans sa tour, ne voulut point assister à
ce spectacle ; elle était bien loin de se douter que son amant
fût à Cachemire, et elle avait tant d’horreur pour Barbabou,
qu’elle ne voulait rien voir. Le combat se passa le mieux du
monde ; Barbabou fut tué roide, et le peuple en fut charmé
parce qu’il était laid, et que Rustan était fort joli : c’est presque
toujours ce qui décide de la faveur publique.
Voltaire, Le Blanc et le Noir, 1764.
xxe siècle : du romantisme au surréalisme
« Plume au restaurant » d’Henri Michaux
Plume déjeunait au restaurant, quand le maître d’hôtel
s’approcha, le regarda sévèrement et lui dit d’une voix basse
et mystérieuse : « Ce que vous avez là dans votre assiette
ne figure pas sur la carte. »
Plume s’excusa aussitôt.
– Voilà, dit-il, étant pressé, je n’ai pas pris la peine de
consulter la carte. J’ai demandé à tout hasard une côtelette,
pensant que peut-être il y en avait, ou que sinon on en
trouverait aisément dans le voisinage, mais prêt à demander tout autre chose si les côtelettes faisaient défaut. Le
garçon, sans se montrer particulièrement étonné, s’éloigna
et me l’apporta peu après et voilà… […]
Henri Michaux, Plume, 1938, © Éditions Gallimard.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
6 a. Soulignez les verbes conjugués au passé simple :
qui raconte les événements ?
Les
premiers passés simples relèvent d’un narrateur
.............................................................................
anonyme,
les derniers appartiennent aux paroles de Plume.
.............................................................................
b. Encadrez les verbes conjugués au passé composé :
quels temps apparaissent dans les paroles de Plume ?
Pourquoi donnent-ils au texte un caractère poétique ?
Plume
fait le récit, au passé composé, d’événements
..............................................................................
récents
et de pensées qui ont agi sur le présent.
.............................................................................
L’imparfait
et le conditionnel présent révèlent, au
.............................................................................
discours
indirect, les conjectures de Plume, qui ont eu le
.............................................................................
pouvoir
de modifier la réalité. L’alternance du passé
.............................................................................
composé
et du passé simple abolissent la distance entre
.............................................................................
temps
l’histoire
et temps du narrateur.
.............................................................................
Le Rouge et le noir de Stendhal
Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830.
1. persienne : volet à claire-voie.
III. Employer une langue correcte et précise
7 a. Encadrez les pensées des personnages et les
paroles rapportées au discours direct.
b. Soulignez d’un trait les verbes indiquant des actions
chronologiquement bornées : quels temps sont employés ?
Quel caractère donnent-ils à l’action ?
Le
présent de narration confère son énergie à la scène. La
...............................................................................
contiguïté
du récit et du discours entraîne la fusion entre
...............................................................................
actes
et paroles. Le passé simple rompt l’élan narratif.
...............................................................................
c. Soulignez de deux traits les verbes à l’imparfait :
que révèlent-ils des personnages ?
L’ascension
du héros est ralentie, suspendue sans limite
...............................................................................
temporelle,
mais hâtée par le sémantisme du verbe
...............................................................................
«
voler » : ce procédé dit l’élan du désir et l’impatience qui
...............................................................................
étire
la durée de l’attente. Julien apparaît comme un
...............................................................................
héros
romanesque. Le discours narrativisé résume les
...............................................................................
paroles
tourmentées de Mathilde.
...............................................................................
...............................................................................
Ve
r e
om s l t ai
men
Rédigez un paragraphe de commentaire qui
montrera le réalisme de Stendhal dans l’extrait du
Rouge et le Noir.
Sur une copie
C
Julien Sorel est amoureux de Mathilde, une jeune
aristocrate hautaine. Il place une échelle sous sa fenêtre.
Elle va se fâcher, m’accabler de mépris, qu’importe ? Je
lui donne un baiser, un dernier baiser, je monte chez moi
et je me tue… : mes lèvres toucheront sa joue avant que
de mourir !
Il volait en montant l’échelle, il frappe à la persienne1 ;
après quelques instants Mathilde l’entend, elle veut ouvrir
la persienne, l’échelle s’y oppose : Julien se cramponne
au crochet de fer destiné à tenir la persienne ouverte, et,
au risque de se précipiter mille fois, donne une violente
secousse à l’échelle et la déplace un peu. Mathilde peut
ouvrir la persienne.
Il se jette dans la chambre plus mort que vif :
– C’est donc toi ! dit-elle en se précipitant dans ses
bras…
................................................................................................
Qui pourra décrire l’excès du bonheur de Julien ? Celui
de Mathilde fut presque égal.
Elle lui parlait contre elle-même, elle se dénonçait à lui.
re
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au
Maîtriser l’emploi et les valeurs
du subjonctif et du conditionnel
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44
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
Observer et retenir
LES VALEURS DU SUBJONCTIF
LES VALEURS DU CONDITIONNEL
Dans une proposition indépendante ou principale, il exprime :
Dans une proposition indépendante ou principale, il exprime :
• un ordre
Ex. : Qu’il sorte !
• une hypothèse
Ex. : Si j’échouais, ce serait une
catastrophe !
• un souhait (subjonctif
présent) ou un regret
(subjonctif imparfait)
Ex. : Que les dieux te soient favorables !
Plût au ciel qu’il ne fût pas né !
• un conseil,
une demande atténuée
Ex. : Vous devriez venir.
Je voudrais vous voir.
• une indignation
Ex. : Moi ! Que je m’enfuie !
• des faits imaginaires
Ex. : Je serais riche. J’achèterais une
grande maison. Je serais heureux !
• une question oratoire
Ex. : Il serait amoureux ?
• une incertitude du locuteur Ex. : Les otages auraient été libérés.
Dans une proposition subordonnée, il exprime :
Dans une proposition subordonnée, il exprime :
• un sentiment (désir,
regret, crainte…)
Ex. : Je désire que ces paroles
ne soient pas prononcées.
• le futur dans le passé,
concordant avec le temps
du verbe principal
Ex. : Elle pensait qu’elle parviendrait
à réussir.
Elle pensait qu’elle aurait réussi.
• une volonté
Ex. : Que veux-tu que je dise ?
• une éventualité
Ex. : Elle cherche quelqu’un qui
l’aiderait.
• une obligation
Ex. : Il faut qu’il parte.
• une probabilité
Ex. : Est-ce possible qu’il ait soixante ans ?
• une action ou un état
non encore réalisé
Ex. : Il ouvrit les yeux avant que j’eusse
essuyé mes larmes.
• une intention
Ex. : Je lirai le contrat avec vous afin
que nous soyons bien d’accord.
• une concession /
une opposition
Ex. : Quoique le temps fût menaçant,
il décida de sortir.
Repérer et manipuler
1 Pour chaque phrase, conjuguez le verbe au condi-
tionnel ou au futur.
rais bien un peu de dessert.
1. Je prend........
ra demain.
2. Elle affirme qu’il viend......
riez choisir cette option.
3. Selon moi, vous devr........
rais de m’aider.
4. Même si je te suppliais, tu refuse........
ra certainement du succès.
5. Plus tard, son livre au......
rais faire.
6. Je me demandais ce que je pour........
rais la défense d’un criminel ? Hors de
7. Moi ? Je prend........
question !
2 Ajoutez au début de chaque phrase une proposition principale exprimant la nuance indiquée entre
crochets. Attention à la conjugaison du verbe de la
subordonnée !
1. [Volonté] Son emportement cessait
Il voulait que son emportement cessât.
..........................................................................
2. [Crainte] Sa colère se transformait en fureur contre lui.
Il..........................................................................
avait peur que sa colère ne se transformât en fureur
contre lui.
...............................................................................
3. [Obligation] Son courroux s’apaisait.
Il fallait que son courroux s’apaisât.
..........................................................................
3 Pour chaque phrase, précisez la nuance exprimée
par la proposition soulignée et complétez en utilisant
l’indicatif ou le subjonctif.
1. Avant que son roman Madame Bovary ne [paraître]
parût
...............
, Flaubert ne s’attendait pas à recevoir des
critiques.
action non réalisée
Nuance exprimée : ..............................................
2. On lui intenta un procès afin que l’œuvre [être interdit]
fût interdite
....................................
.
intention
Nuance exprimée : ..............................................
fût
3. Bien que le réquisitoire [être] ...........
persuasif, l’auteur
fut acquitté.
concession
Nuance exprimée : ..............................................
4. Selon l’accusateur, il faut que la littérature [s’abstenir]
s’abstienne de porter atteinte à la morale.
...................
obligation
Nuance exprimée : ..............................................
5. Pour la défense, il est possible que la littérature [servir]
serve la morale par la représentation du vice.
............
probabilité
Nuance exprimée : ..............................................
6. Il est certain que des œuvres littéraires [pouvoir choquer]
peuvent choquer
....................................
des lecteurs.
certitude
Nuance exprimée : ..............................................
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
L’École des femmes de Molière
4 a. Soulignez en bleu les verbes conjugués au
conditionnel.
b. Que révèlent ces conditionnels sur l’état d’esprit
d’Agnès ? Relevez des procédés et expressions qui
justifient votre affirmation.
Agnès
...........................................................................
manifeste ses désirs, ses volontés, mais sous une
forme
...........................................................................
atténuée, avec précaution : elle a conscience du
caractère
...........................................................................
hardi de sa démarche. Son désir s’oppose aux
convenances,
...........................................................................
comme le montre la construction des
phrases
...........................................................................
: « en vérité… mais… », «Peut-être… mais… ».
Le
...........................................................................
cœur d’Agnès s’exprime dans cette lettre (« je
sens
...........................................................................
») sans qu’elle connaisse les codes qui régissent les
...........................................................................
relations
amoureuses (« je ne sais »).
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Horace, jeune homme amoureux d’Agnès, lit à son tuteur la
lettre qu’elle lui a écrite.
Horace. – « […] J’ai des pensées que je désirerais que vous
sussiez ; mais je ne sais comment faire pour vous les dire, et
je me défie de mes paroles. Comme je commence à connaître
qu’on m’a toujours tenue dans l’ignorance, j’ai peur de mettre
quelque chose, qui ne soit pas bien, et d’en dire plus que je ne
devrais. En vérité, je ne sais ce que vous m’avez fait ; mais je
sens que je suis fâchée à mourir de ce qu’on me fait faire contre
vous, que j’aurai toutes les peines du monde à me passer de
vous, et que je serais bien aise d’être à vous. Peut-être qu’il y
a du mal à dire cela, mais enfin je ne puis m’empêcher de le
dire, et je voudrais que cela se pût faire sans qu’il y en eût. »
Molière, L’École des femmes, Acte III, scène 4, 1662.
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Madame Bovary de Gustave Flaubert
Pendant que son mari dort, Emma rêve.
Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit
jours vers un pays nouveau, d’où ils ne reviendraient plus. Ils
allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du
haut d’une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité
splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts
de citronniers et des cathédrales de marbre blanc […]. Et puis
ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs […]. Ils se
promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et
leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de
soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu’ils
contempleraient. […] Mais l’enfant se mettait à tousser dans
son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne
s’endormait que le matin […].
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
5 a. Soulignez les verbes conjugués au condition-
nel. Comment sont conjugués les autres verbes ?
Pourquoi ?
Le
passage au conditionnel est encadré par des verbes
...........................................................................
à
l’imparfait de l’indicatif : si le début marque la
...........................................................................
confusion
entre le réel et l’imaginaire, la fin souligne
...........................................................................
le
retour à la réalité.
...........................................................................
b. Comment le rêve d’Emma s’exprime-t-il dans les
lieux décrits ?
La
beauté des lieux est soulignée. Les « citronniers », le
...........................................................................
«
hamac
», soulignent l’exotisme de l’endroit, mais la
...........................................................................
«
gondole » surprend. Les éléments naturels côtoient
...........................................................................
la
civilisation et la nature semble faite pour l’homme
...........................................................................
dans
ce monde merveilleux. Les répétitions et les
...........................................................................
énumérations
amplifient le lyrisme du passage.
...........................................................................
Candide de Voltaire
Candide découvre progressivement les horreurs du monde et
vient de rencontrer des souverains déchus. Il interroge son
ami Martin.
« Que pensez-vous, dit-il, qui soit le plus à plaindre, de
l’empereur Achmet, de l’empereur Ivan, du roi CharlesÉdouard, ou de moi ? – Je n’en sais rien, dit Martin ; il faudrait
que je fusse dans vos cœurs pour le savoir. – Ah ! dit Candide,
si Pangloss1 était ici, il le saurait, et nous l’apprendrait. – Je
ne sais, dit Martin, avec quelles balances votre Pangloss aurait
pu peser les infortunes des hommes, et apprécier leurs douleurs. Tout ce que je présume c’est qu’il y a des millions
d’hommes sur la terre cent fois plus à plaindre que le roi
Charles-Édouard, l’empereur Ivan, et le sultan Achmet. – Cela
pourrait bien être », dit Candide.
Voltaire, Candide, 1759.
1. Pangloss : Précepteur de Candide, que l’on croit mort.
III. Employer une langue correcte et précise
6 a. Soulignez les verbes conjugués au conditionnel et encadrez ceux au subjonctif.
b. Quelles diverses opinions sur le sort de Pangloss
les conditionnels mettent-ils en évidence ?
Si
Candide évoque la possibilité de la survie du
...........................................................................
personnage
(conditionnel simple), Martin semble ne
...........................................................................
pas
y croire (conditionnel composé).
...........................................................................
c. Pourquoi les paroles de Candide traduisent-elles sa
candeur ?
Candide
interroge son ami, évoque son présent de
...........................................................................
manière
incertaine à travers le subjonctif, et clôt
...........................................................................
l’échange
avec un conditionnel qui redouble la nuance
...........................................................................
modale
. . . . . . . . . . de
. . . . «. . pouvoir
. . . . . . . . . . .». .:. il. . .n’a
. . . .pas
. . . . .encore
. . . . . . . . .de
. . . .certitudes.
.............
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
Développez en dix lignes le discours de Martin dans l’extrait de Candide, en
nuançant sa pensée grâce à l’emploi de verbes au
subjonctif et au conditionnel.
Sur une copie
Maîtriser les valeurs des temps de l’indicatif
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45
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
Observer et retenir
TEMPS SIMPLES : action verbale envisagée dans son déroulement (aspect non accompli)
PRÉSENT
Présent d’énonciation
Passé ou futur proche
Présent étendu
Présent de vérité
Présent de narration
(répétition, habitude,
générale, définition
description)
Ex. : « Monsieur, j’ai deux
Ex. : Il parle depuis
Ex. : Le petit prince est
mots à vous dire. » (Molière) longtemps. Je reprends le fil blond.
de mon récit.
Action non achevée et non limitée
dans le temps
Ex. : Julien lisait.
Ex. : Ventre affamé n’a pas
d’oreilles.
IMPARFAIT
Imparfait d’habitude, de répétition, de description
Ex. : « Le berger vient,
le prend, l’encage »
(La Fontaine)
Potentiel, irréel du présent
Ex. : Cet homme prenait quatre repas par jour.
Ex. : S’il obtenait une chambre, il ne
dormirait pas dehors.
PASSÉ SIMPLE
Action achevée et limitée dans le temps
Ex. : « Les chiens reconnurent la voix de leur maître et aboyèrent. » (Balzac)
Action située dans l’avenir
Ex. : « Quand ils auront trop faim, ils retourneront aux
fosses. » (Zola)
FUTUR SIMPLE
Indignation
Injonctif
Ex. : « Vous ne vous tairez point ? » (Molière)
Ex. : « Homme libre, toujours tu chériras /
la mer ! » (Baudelaire)
TEMPS COMPOSÉS :
action verbale envisagée dans son achèvement (aspect accompli) ou antériorité par rapport au temps simple
PASSÉ COMPOSÉ
Antériorité par rapport au présent
Remplace le passé simple mais conserve une proximité avec le présent
Ex. : « Ils disent alors qu’ils ont les premiers approuvé cet
ouvrage. » (La Bruyère)
Ex. : La maison où se sont déroulés les événements de cette histoire se trouve à Dijon.
PLUS-QUE-PARFAIT
Antériorité par rapport aux temps du passé Répétition, habitude
Irréel du passé
Ex. : « Elle se rappela cet aigle qu’elle avait vu. » Ex. : Il l’avait attendue chaque jour avec
(Maupassant)
impatience.
Ex. : S’il avait obtenu une chambre, il n’aurait
pas dormi dehors.
PASSÉ ANTÉRIEUR
Antériorité par rapport au passé simple
Ex. : Quand il eut achevé sa lecture, il posa ses lunettes.
Antériorité par rapport au futur simple
FUTUR ANTÉRIEUR
Hypothèse
Ex. : « Quand tu t’éloigneras, tu nous auras laissé des enfants. » (Diderot)
Ex. : « Notre neveu aura fait quelque sottise, et se sera attiré de
fâcheuses affaires. » (Voltaire)
Repérer et manipuler
1 Dans chaque phrase, conjuguez le verbe entre
crochets à un temps simple en respectant la valeur
indiquée.
commençait
1. Le jour [commencer ; absence de limites] .......................
s’arrêta .
à paraître quand un homme [s’arrêter ; limites] ............
2. L’homme sage [se fortifier ; vérité générale (deux possise fortifie/se .....................
fortifiera
bilités)] ..................
par la pratique de
la philosophie.
écouteras
3. Tu n’[écouter ; indignation] .....................
donc pas les
conseils qu’on te donne ?
pourraient
4. Ils pensaient qu’ils [pouvoir ; futur] ......................
retirer quelque profit de cette aventure.
veniez
5. Si vous [venir ; potentiel] ...................
, nous pourrions
converser un peu.
2 Même exercice : conjuguez les verbes entre cro-
chets à un temps composé.
eut fini
1. Quand il [finir ; antériorité] .......................................
de parler, elle garda le silence.
aura vu
2. Un homme d’autant d’esprit [voir ; hypothèse] ...............
l’étendue de ma faiblesse.
3. Il lui prit la main : toute sa philosophie [disparaître ;
avait disparu
antériorité] .............................................................
auras avertis
4. Dès que tu nous [avertir ; antériorité] .........................
de ton arrivée, nous nous rendrons à la gare.
avait aimé
5. Si elle l’ [aimer ; irréel du passé] ...............................
,
elle l’aurait rejoint dans sa lointaine retraite.
III. Employer une langue correcte et précise
Lire et analyser
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviie siècle
Les Caractères de Jean de La Bruyère
3 a. Soulignez les verbes conjugués à un temps simple : quels
temps sont employés ? Quelles valeurs prennent-ils ?
Le
présent étendu exprime la répétition et l’état durable. Le futur
.............................................................................................
scrute l’avenir, où réapparaît, identique, la réalité présente : les
.............................................................................................
comportements ne changent pas comme les rôles au théâtre.
.............................................................................................
b. Encadrez les verbes conjugués à un temps composé : de quels
temps s’agit-il ? Qu’apportent-ils à cette réflexion ?
Le futur antérieur prend pour référence le futur « subsistera » ; sa
.............................................................................................
proximité avec les verbes au présent suggère que le présent est
.............................................................................................
comme mort-né, et que l’avenir en oubliera le souvenir. Le passé
.............................................................................................
composé
semble renverser l’ordre des temps : le passé succède au
.............................................................................................
présent. Ce jeu révèle la vanité des ambitions.
.............................................................................................
.............................................................................................
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Dans cent ans le monde subsistera encore en
son entier : ce sera le même théâtre et les mêmes
décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs.
Tout ce qui se réjouit sur une grâce reçue, ou
ce qui s’attriste et se désespère sur un refus, tous
auront disparu de dessus la scène. Il s’avance
déjà sur le théâtre d’autres hommes qui vont
jouer dans une même pièce les mêmes rôles ;
ils s’évanouiront à leur tour ; et ceux qui ne sont
pas encore, un jour ne seront plus : de nouveaux
acteurs ont pris leur place. Quel fonds à faire
sur un personnage de comédie !
Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au xxe siècle :
« Hier au soir » de Victor Hugo
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
Nous apportait l’odeur des fleurs qui s’ouvrent tard ;
La nuit tombait ; l’oiseau dormait dans l’ombre épaisse.
Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;
Les astres rayonnaient, moins que votre regard.
Moi, je parlais tout bas. C’est l’heure solennelle
Où l’âme aime à chanter son hymne le plus doux.
Voyant la nuit si pure et vous voyant si belle,
J’ai dit aux astres d’or : Versez le ciel sur elle !
Et j’ai dit à vos yeux : Versez l’amour sur nous !
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.
OBJET D’ÉTUDE • La tragédie
au xviie siècle
4 a. Soulignez les verbes conjugués à l’imparfait :
quelle est leur valeur ?
Les imparfaits décrivent le clos naturel et protecteur qui
................................................................................
entoure les amants.
................................................................................
b. Encadrez les verbes au présent ; comment sont-ils
disposés dans le poème ? Quelles valeurs prennent-ils ?
Le premier présent exprime une vérité générale ; le second
................................................................................
forme un halo autour de l’instant désigné par le troisième
................................................................................
présent et célébré par les vers.
................................................................................
c. Quel temps de l’indicatif apparaît à la fin du poème ?
Quelle évolution manifeste son emploi ?
Le passé composé enchâsse soudain la déclaration amou................................................................................
reuse relatée dans ce moment suspendu hors du temps.
................................................................................
Horace de Pierre Corneille
Rome vient de déclarer la guerre à Albe. Camille, une
Romaine, est fiancée à Curiace, un Albain.
Camille. – […] il1 obtint de mon père
Que de ses chastes feux2 je serais le salaire.
Ce jour nous fut propice et funeste à la fois :
Unissant nos maisons, il désunit nos rois ;
Un même instant conclut notre hymen3 et la guerre,
Fit naître notre espoir et le jeta par terre,
Nous ôta tout, sitôt qu’il nous eut tout promis
Et, nous faisant amants, il nous fit ennemis.
Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes !
Combien contre le ciel il1 vomit de blasphèmes4 !
Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux !
Je ne vous le dis point, vous vîtes nos adieux,
Vous avez vu depuis les troubles de mon âme,
Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme
Et quels pleurs j’ai versés à chaque événement,
Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant.
Pierre Corneille, Horace, Acte I, scène 2, 1641.
III. Employer une langue correcte et précise
sonne : à quels temps sont-ils employés ? Quels moments
Camille évoque-t-elle ?
Ces verbes, conjugués au passé simple et au passé
................................................................................
antérieur, racontent deux événements essentiels que la
................................................................................
pièce ne représente pas : « l’hymen et la guerre ».
................................................................................
b. Encadrez les verbes conjugués à la première et à la
deuxième personne : à quels temps sont-ils conjugués ? À quel moment correspondent-ils ?
Le conditionnel simple évoque l’avenir espéré autrefois par
................................................................................
Camille. Le présent et le passé composé désignent le
................................................................................
présent de l’action représentée.
................................................................................
c. Quel effet dramatique la diversité de ces valeurs
temporelles entraîne-t-elle ?
L’emploi du passé simple montre un personnage qui, au
................................................................................
seuil d’un bonheur immense, tombe dans le plus profond
................................................................................
malheur. Le spectateur est témoin de la détresse de Camille,
................................................................................
dont l’avenir heureux désormais appartient au passé.
................................................................................
Ve
r e
om s l t ai
men
Rédigez un paragraphe de commentaire qui
montrera que le jeu des temps illustre la condition tragique
de Camille dans l’extrait d’Horace.
Sur une copie
C
1. il : Curiace. 2. feux : amour. 3. hymen: mariage.
4. blasphème : parole qui outrage la divinité ou le sacré.
5 a. Soulignez les verbes conjugués à la troisième per-
re
du romantisme au surréalisme
EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
46 Employer le vocabulaire de l’argumentation
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Retenir
Les principaux genres argumentatifs
La structure du texte argumentatif
APOLOGUE (un) : récit fictif bref qui délivre une morale
DIATRIBE (une) : discours polémique et moralisateur
DISCOURS (un) : énoncé oral qui use de procédés rhétoriques
ÉPIGRAMME (une) : courte pièce en vers satirique et cinglante
ESSAI (un) : texte dans lequel un auteur expose son point de vue
ARGUMENT (un) : preuve par laquelle une thèse est défendue
CIRCUIT ARGUMENTATIF (un) : les différentes étapes d’un
en le confrontant à d’autres
LETTRE OUVERTE (une) : lettre publiée évoquant un sujet
d’actualité sur un ton polémique
raisonnement
CONTRE-ARGUMENT (un) : argument de la partie adverse
EXEMPLE (un) : référence concrète illustrant un argument
EXPLICITE vs. IMPLICITE : exprimé directement vs. sous-entendu
MODALISATEUR (un) : mot exprimant un degré de certitude ou
d’incertitude
LIBELLE (un) : écrit publié dans le but de dénigrer quelqu’un
MANIFESTE (un) : texte dans lequel un écrivain, un artiste
PROBLÉMATIQUE (une) : problème soulevé, engageant une
PAMPHLET (un) : texte satirique bref qui dénonce violemment
PANÉGYRIQUE (un) : discours écrit ou oral très élogieux
PLAIDOYER (un) : discours qui défend une opinion ou une
convaincre, persuader, démontrer ou délibérer
définit un mouvement auquel il se rattache
personne
réflexion
STRATÉGIE ARGUMENTATIVE (une) : démarche argumentative :
THÈME (un) : ce dont parle le texte
THÈSE (une) vs. ANTITHÈSE (une) : opinion défendue vs. opinion
réfutée
RÉQUISITOIRE (un) : discours qui condamne une opinion ou une
personne
SATIRE (une) : texte présentant des genres et des sujets divers
dans le but de dénigrer ses contemporains
Le lexique du débat
CONCESSION (une) : prise en compte et acceptation partielle des
arguments adverses pour mieux renforcer sa thèse
CONTROVERSE (une) : débat, discussion polémique
DÉLIBÉRER : envisager tous les aspects d’une situation en vue
d’aboutir à une conclusion
DIALECTIQUE (la) : discussion, raisonnement rigoureux
DILEMME (un) : alternative n’offrant pas une totale satisfaction
OBJECTION (une) : argument qui s’oppose à une affirmation
PARTI-PRIS (un) : absence de neutralité
POLÉMIQUE (une) : débat vif, voire virulent
PRÉJUGÉ (un) : pensée préconçue
QUERELLE (une) : opposition entre deux partis
Les verbes pour exprimer
un accord/un désaccord

Accord :
adhérer • approuver • concéder • corroborer •
défendre • étayer • faire l’éloge • louer •
renforcer • revendiquer • soutenir • valoriser

Désaccord :
blâmer • condamner • décrier • démentir •
dénoncer • discréditer • invalider • nuancer •
objecter • prétendre • récuser • réfuter •
rétorquer • ridiculiser • se dresser contre
Repérer et manipuler
1 Complétez chaque phrase par l’un des mots suivants.
réquisitoire • corroborer • démentir • étayer • exemple •
préjugés
exemple
1. L’.....................
choisi illustre sa thèse à la perfection.
réquisitoire
2. Il a prononcé un violent .....................
contre la peine
de mort.
préjugés
3. Voltaire a lutté toute sa vie contre les ....................
au
profit de la raison.
démentir
4. Cette histoire est indéniable : nul ne peut la ...................
.
corroborer
5. Seule une vérité probante pourra ...................
de tels
propos.
étayer
6. Je te conseille d’ ....................
ton argument si tu veux
nous convaincre.
2 Pour chaque phrase, remplacez le mot ou l’expression
en couleur par un mot des listes de vocabulaire ci-dessus.
1. L’exotisme des lettres de Montesquieu permet de dissimuler
la problématique
e à la notion de
[le problème] .................................
lié...
pouvoir.
soutiens
2. Je [dis] .....................
qu’il est responsable de ce désastre.
3. Le fait sur lequel il s’appuie rend impossible la moindre
objection .
[opposition] ..................
apologue
4. La fable est un [récit] ....................
riche d’enseignement.
5. Dans ses discours, Rousseau exprime [son point de vue]
explicite
sa thèse
...................
de façon [claire] ..................................
.
dilemme
6. Cette situation est un véritable [casse-tête] .....................
;
je ne parviens pas à me décider.
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • La comédie
au xviie siècle
Dom Juan de Molière
1
3 a. Isolez entre crochets les différentes étapes de l’ar-
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Dom Juan. –[Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer
au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au
monde pour
lui et qu’on n’ait plus d’yeux pour per2
sonne ?][La belle chose de vouloir se piquer d’un faux
honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans
une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les
autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non,
non, la constance n’est bonne que pour des ridicules,
toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage
d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux
autres les3 justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos
cœurs.][Pour moi, la beauté me ravit partout où je la
trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont
elle nous entraîne.]
Molière, Dom Juan, Acte I, scène 2, 1665.
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
« Le roman » de Guy de Maupassant
Maupassant vient d’évoquer les caractéristiques des
récits qui « transforment la vérité ».
Le romancier, au contraire, qui prétend nous donner une image exacte de la vie, doit éviter avec soin
tout enchaînement d’événements qui paraîtrait exceptionnel. Son but n’est point de nous raconter une
histoire, de nous amuser ou de nous attendrir, mais
de nous forcer à penser, à comprendre le sens profond
et caché des événements. À force d’avoir vu et médité
il regarde l’univers, les choses, les faits et les hommes
d’une certaine façon qui lui est propre et qui résulte
de l’ensemble de ses observations réfléchies. C’est
cette vision personnelle du monde qu’il cherche à
nous communiquer en la reproduisant dans un livre.
Guy de Maupassant, Préface à Pierre et Jean, 1887.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
gumentation de Dom Juan.
b. Nommez dans l’ordre les éléments qui composent son
circuit argumentatif.
1 : antithèse – 2 : réfutation développée en une
.....................................................................................
succession
d’arguments – 3 : thèse explicite.
.....................................................................................
c. Soulignez l’oxymore de la dernière phrase.
d. Rédigez un paragraphe montrant que Dom Juan cherche
à renverser les valeurs traditionnelles du XVIIe siècle.
Vous emploierez le vocabulaire suivant : faire l’éloge •
arguments • ridiculiser • valoriser • récuser • se dresser contre
Dom Juan fait l’éloge de l’infidélité. Ses arguments
.....................................................................................
ridiculisent les honnêtes hommes et valorisent la beauté des
.....................................................................................
femmes. Le libertin récuse toute morale et se dresse contre
.....................................................................................
l’idéal classique fondé sur l’ordre et la raison.
.....................................................................................
4 a. Identifiez le genre argumentatif de l’extrait de
Maupassant.
L’extrait
est un manifeste.
.....................................................................................
b. Comment qualifieriez-vous le passage en gras dans le
texte ?
Le
passage est une énumération de contre-arguments.
.....................................................................................
c. Soulignez dans le texte un argument louant le travail
du romancier réaliste.
d. Rédigez une phrase mettant en évidence la thèse
défendue et la thèse réfutée par Maupassant.
Maupassant
discrédite les récits fictifs et divertissants et il
.....................................................................................
soutient l’idée que le romancier doit observer le monde et le
.....................................................................................
reproduire avec exactitude.
.....................................................................................
.....................................................................................
.....................................................................................
Le Mondain de Voltaire
Regrettera qui veut le bon vieux temps,
Et l’âge d’or et le règne d’Astrée1,
Et les beaux jours de Saturne et de Rhée2,
Et le jardin de nos premiers parents3 ;
Moi, je rends grâce à la Nature sage
Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
Tant décrié par nos pauvres docteurs :
Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
J’aime le luxe, et même la mollesse,
Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
La propreté, le goût, les ornements :
Tout honnête homme4 a de tels sentiments.
Voltaire, Le Mondain, 1736.
1. Astrée : déesse de la justice.
2. Saturne et Rhée : dieux de l’Âge d’or.
3. parents : référence à Adam et Ève et au jardin d’Éden.
4. honnête homme : homme de qualité.
III. Employer une langue correcte et précise
5 a. Soulignez les vers correspondant à la thèse de Voltaire.
b. À quoi correspondent les vers non soulignés ?
Les autres vers reformulent l’antithèse défendue par ceux que
.....................................................................................
Voltaire nomme ironiquement « pauvres docteurs ».
.....................................................................................
c. Rédigez un paragraphe présentant les deux avis exprimés dans le poème. Vous veillerez à employer le lexique
du débat et de l’argumentation.
Les adversaires de Voltaire se dressent sans concession contre
.....................................................................................
les progrès de leur siècle et revendiquent un retour à une vie
.....................................................................................
pure et détachée de toutes préoccupations matérielles à
.....................................................................................
l’image du jardin d’Éden. Voltaire, quant à lui, invalide cette
.....................................................................................
thèse de façon polémique par l’énumération des « plaisirs »
.....................................................................................
de « l’honnête homme », cherchant par des termes élogieux à
.....................................................................................
remporter l’adhésion de ses lecteurs.
.....................................................................................
V
É c e r s l’
ion
rit
ure d’invent
À votre tour, rédigez le plaidoyer qu’un
adolescent pourrait exprimer en faveur du luxe. Vous
adapterez votre discours à votre époque.
Sur une copie
Employer le vocabulaire de l’analyse
littéraire
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EMPLOYER UNE LANGUE CORRECTE ET PRÉCISE
Observer et retenir
La Laitière et le Pot au lait
Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée […]
Jean de La Fontaine, Fables, VII, 16, 1668.
Ce qui caractérise Perrette, c’est sa gaieté implicitement
suggérée par les sonorités de l’alexandrin initial. L’allitération
en [t] et l’assonance en [e] du premier hémistiche traduisent
le caractère joyeux et sautillant du personnage.
La Fontaine parsème cependant la présentation de Perrette
de quelques indices qui annoncent le drame. L’équilibre de
l’alexandrin initial est comme fragilisé par l’octosyllabe qui le
suit immédiatement. Le verbe « Prétendait » au vers 3 et
l’adverbe « déjà » au vers 8 laissent poindre une inquiétude :
l’optimisme de l’héroïne peut la conduire à une déception.
Sujet : Vous commenterez les huit premiers vers de cette fable
de Jean de La Fontaine.
Pour commenter un texte littéraire, on doit distinguer et exploiter
différents « vocabulaires » variant en fonction du texte.
Le vocabulaire « du commentaire »
Ex. : illustrer, souligner, retarder, qualifier, brosser, camper,
atmosphère, style, évocation…
Le vocabulaire « appréciatif »
Ex. : poignant, plaisant, pittoresque, gai, délicieux, tristesse,
inquiétude, conformisme…
Le vocabulaire « général de l’analyse »
Ex. : registre, rythme, ellipse, discours, récit, métaphore, burlesque,
héroï-comique, épique, portrait…
Le vocabulaire « spécifique d’un genre et d’un mouvement »
Ex. : dramaturge, tirade, strophe, sonnet, roman, tragi-comédie,
réalisme…
Le vocabulaire « grammatical »
Ex. : épithète, en apposition, substantif, verbe, pronom,
déterminant, subordination, sujet, coordination…
Repérer et manipuler
1 Soulignez le vocabulaire « général de l’analyse » et
encadrez celui « spécifique du genre poétique ».
Dans cette strophe, la terre est devenue « un cachot ». Cette
image n’est pas la seule à évoquer un caractère carcéral : le recours
à l’allégorie de « L’Espérance » comparée à « une chauve-souris »
mis en apposition, permet à Baudelaire de créer un climat à la fois
dramatique et pathétique.
2 Réécrivez ce commentaire en remplaçant les termes
soulignés par des termes choisis dans la liste suivante.
souligner • idéaliser • adjectif • narrateur • romancier •
groupe nominal • métaphore • hyperbolique • substantif •
illustrer • intention
La comparaison « comme un ange » est exagérée. Le mot
« ange » indique que l’auteur veut rendre la beauté de l’enfant
exceptionnelle.
La
comparaison « comme un ange » est hyperbolique. Le
...............................................................................
substantif
« ange » souligne l’intention du narrateur :
...............................................................................
idéaliser
la beauté de l’enfant.
...............................................................................
3 Améliorez l’expression de ce commentaire en remplaçant les termes raturés par des termes issus des
différents « vocabulaires » de l’analyse littéraire.
[…]
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous les meules,
[…]
Victor Hugo, « Melancholia », Les Contemplations, 1856.
poème
s’ouvre sur
L’extrait du texte ................
commence par ....................
interrogations qui prennent .............................
se développent sur
des questions ..................
trois vers et qui portent sur l’endroit où vont les enfants
la destination des enfants ; elles rendent attentif ....................
impliquent
....................
s’interroge
le lecteur qui se demande ....................
alors vers quel endroit
sur cette destination mystérieuse
ils se rendent ............................................
que le poète
dévoile
annonce ....................
au dernier vers.
III. Employer une langue correcte et précise
Analyser et employer
OBJET D’ÉTUDE • Le roman et la nouvelle
au xixe siècle : réalisme et naturalisme
L’Assommoir d’Émile Zola
4 a. Recherchez des termes « appréciatifs » pour
caractériser ou qualifier les deux personnages.
Sérieux,
mesurés, vulnérables, sympathiques,
............................................................................
attachants,
vertueux, simples, frustres, naïfs, craintifs
............................................................................
(voir
aussi les substantifs)…
............................................................................
............................................................................
............................................................................
b. Commentez la présentation des personnages en
exploitant ce vocabulaire.
Dans
cette scène, le narrateur offre le portrait de deux
............................................................................
jeunes
gens sérieux voire vertueux lorsqu’ils affirment
............................................................................
le
dégoût que leur inspire l’alcool. Leur attitude
............................................................................
vis-à-vis
de la « prune » avertit toutefois d’une certaine
............................................................................
naïveté
d’autant que le narrateur rappelle une hérédité
............................................................................
qui
les rend déjà vulnérables : leurs parents sont
............................................................................
alcooliques.
............................................................................
............................................................................
............................................................................
............................................................................
............................................................................
............................................................................
............................................................................
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Gervaise et Coupeau vont entamer une relation amoureuse.
Ils se rencontrent à L’Assommoir, un débit de boissons.
– Oh ! c’est vilain de boire ! dit-elle à demi-voix.
Et elle raconta qu’autrefois, avec sa mère, elle buvait de
l’anisette1, à Plassans. Mais elle avait failli en mourir un jour,
et ça l’avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs.
– Tenez, ajouta-t-elle en montrant son verre, j’ai mangé
ma prune1 ; seulement, je laisserai la sauce, parce que ça me
ferait du mal.
Coupeau, lui aussi, ne comprenait pas qu’on pût avaler de
pleins verres d’eau-de-vie. Une prune par-ci par-là, ça n’était
pas mauvais. Quant au vitriol2, à l’absinthe1 et aux autres
cochonneries, bonsoir ! il n’en fallait pas. Les camarades
avaient beau le blaguer, il restait à la porte, lorsque ces cheulards3-là entraient à la mine à poivre. Le papa Coupeau, qui
était zingueur comme lui, s’était écrabouillé la tête sur le
pavé de la rue Coquenard, en tombant, un jour de ribote,
de la gouttière du n° 25 ; et ce souvenir, dans la famille, les
rendait tous sages.
Émile Zola, L’Assommoir, 1877.
1. anisette, prune : alcools. 2. vitriol : acide sulfurique.
3. cheulards : alcooliques.
OBJET D’ÉTUDE • La poésie du xixe au xxe siècle :
du romantisme au surréalisme
« Le Dormeur du val » d’Arthur Rimbaud
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons1
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue2,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
[…]
Arthur Rimbaud, Poésies, 1871.
1. haillons : vêtements usés, loques, guenilles.
2. nue : ciel nuageux.
OBJET D’ÉTUDE • Genres et formes
de l’argumentation : xviiie siècle
5 a. Recherchez les termes « généraux » de l’analyse du
texte littéraire et ceux spécifiques au genre poétique pour
commenter ce texte.
Description, portrait, rythme, musicalité, métaphore, allitération,
..........................................................................................
assonance, quatrain, alexandrin, hémistiche, césure, rejet, rimes,
..........................................................................................
disposition…
..........................................................................................
b. Commentez l’association de la lumière et de l’eau.
Dans le premier quatrain, la métaphore « haillons/D’argent » (vers
..........................................................................................
1 et 2) décrit les projections d’eau sur les « herbes » proches de la
..........................................................................................
rivière, gouttes d’eau où s’accroche la lumière du soleil qui les
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métamorphose en gouttes « D’argent ». « la lumière pleut » en
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signe de deuil.
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Article « guerre » de Voltaire
Que deviennent et que m’importent l’humanité, la
bienfaisance, la modestie, la tempérance, la douceur,
la sagesse, la piété, tandis qu’une demi-livre de plomb
tirée de six cents pas me fracasse le corps, et que je
meurs à vingt ans dans des tourments inexprimables,
au milieu de cinq ou six mille mourants, tandis que
mes yeux, qui s’ouvrent pour la dernière fois, voient
la ville où je suis né détruite par le fer et par la flamme,
et que les derniers sons qu’entendent mes oreilles sont
les cris des femmes et des enfants expirant sous des
ruines, le tout pour les prétendus intérêts d’un homme
que nous ne connaissons pas ?
Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764.
6 En exploitant les différents « vocabulaires » de l’ana-
lyse littéraire, vous montrerez que Voltaire cherche à
convaincre et persuader que la guerre est un fléau.
Un
argument implicite rappelle la violence de la guerre qui
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blesse ou tue de jeunes soldats mais aussi des innocents. Le
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registre pathétique renforce l’efficacité de l’argument.
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L’énumération et l’évocation de la ville détruite constituent un
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argument
moins commun : la guerre anéantit les vertus les plus
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nobles ainsi que le passé des hommes.
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Ve
r s l e B AC
Établissez des listes pour chaque type de
« vocabulaire » de l’analyse littéraire à partir de cette
fiche, des devoirs corrigés en classe et des dévoirs rédigés
dans les manuels.
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