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TD HERMENEUTIQUE. OK...

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INTRODUCTION
Dès l’antiquité, l’herméneutique a été définit comme l’art de l’interprétation. Elle était exercée dans
la philologie classique, l’exégèse biblique et la jurisprudence. Cependant avec la conception moderne, elle
se désolidarisera des autres sciences pour se constituer comme discipline scientifique autonome à part
entière. Elle sera considérée comme une science de la compréhension. Dans son projet de porter la
compréhension à une universalité scientifique, l’herméneutique se déclinera en plusieurs sous disciplines ;
à savoir l’herméneutique historique, l’herméneutique philosophique, l’herméneutique littéraire, etc. Ces
deux dernières constituant l’objet de notre sujet de réflexion, nous invitera à réfléchir sur la nature de leur
rapport. Pour analyser notre travail, nous allons le structurer en trois points ; d’abords nous ferons une
analyse conceptuelle de ces différentes notions, ensuite nous ressortirons la spécificité de leurs différentes
approches scientifiques, enfin nous montrerons en quoi consiste leur unicité.
1
I. APPROCHE CONCEPTUELLE
1. L’herméneutique
L’herméneutique est l’art d’interpréter ou la science de l’interprétation. Ce concept provient du mot
grec hermeneuein qui signifie parler ou s’exprimer. De ce fait, il désigne en premier lieu une pratique guidée
par un art. Ce dernier est compris comme celui de la traduction, de l’explication et de la compréhension.
Ainsi s’est développé dans l’hellénisme plus tardif le sens strictement cognitif d’hermeneia (l’interprète) et
d’hermeneus (le traducteur) pour designer « l’explication savante » ou encore « l’interprète » et « le
traducteur ». Il désigne donc un art dont les sentences font autorité, parce qu’il permet de comprendre et
d’exposer quelque chose de mystérieux. L’herméneutique a en ce cas une validité régionale : « Il s’agit
pour elle d’écarter, par le travail de l’interprétation, les éventuelles erreurs de la compréhension, quelle
qu’en soit la cause. De ce point de vue, l’interprétation a pour fin la compréhension : si l’on interprète, c’est
pour comprendre, de sorte que lorsque la compréhension advient il n’est plus besoin
d’interpréter »1. Cependant, lorsque nous parlons aujourd’hui d’herméneutique, nous nous situons dans la
tradition scientifique des temps modernes. L’usage du terme herméneutique apparait en même temps que
le concept moderne de méthode et de sciences. Dorénavant une sorte de conscience méthodique sera
toujours impliqué au concept herméneutique. C’est ce qu’atteste Hans-Georg GADAMER lorsqu’il
affirme : « au moment où l’échelle des valeurs du monde homérique conçue par une société des nobles a
perdu sa force d’adhésion, il est devenu nécessaire de développer un nouvel art d’interpréter la tradition. »2
Ainsi, l’herméneutique se définit comme la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des
textes, de la poésie, de la Bible, des mythes, etc. Dans cette même logique, André Lalande défini
l’herméneutique comme étant une science de l’interprétation des textes philosophiques ou religieux, et
spécialement de la bible3.
D’autre part, l’herméneutique est non seulement comprise comme science de l’interprétation mais
aussi comme « science qui définit les principes et les méthodes de l’interprétation des textes »4. Dans son
souci de compréhension, l’herméneutique s’appliquera à plusieurs domaines notamment la philosophie et
la littérature.
2. L’herméneutique philosophique
Deux concepts apparemment opposés de par leur différence sémantique mais complémentaires.
L’enjeu de ces concepts, est de révéler le sens originel d’un texte, eu vue de sa compréhension. Ainsi, il
faut rappeler que les premiers textes philosophiques sont composés des dialogues de Platon et les écrits
1
Guy Deniau, Gadamer, Paris, Ellipses, 2004, p. 5.
Hans-Georg GADAMER, La philosophie herméneutique, Paris, PUF, 1996, p.88.
3
André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, Quadrige/PUF, 2002, p.412.
4
Theo. Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Droguet-Ardent /Fayard, 1992 P.216a
2
.
2
doctrinaux d’Aristote, écrit en grec, ce qui pose déjà immédiatement le problème herméneutique
fondamental de l’écriture. L’écriture qui met déjà enjeux « ipso facto », le lien entre la pensée et le langage.
Et pour Gadamer, c’est ce lien entre la pensée et le langage qui a obligé l’Herméneutique à devenir une
philosophie. D’où l’Herméneutique philosophique, qui est une science fondée sur une pratique, celle de
l’interprétation et de la compréhension, aspirant ainsi à l’universalité. Ainsi donc, l’herméneutique
philosophique se distingue de l’herméneutique comprise comme méthodologie des sciences humaines, mais
se rattache aux traditions de rhétoriques et de la philosophie pratique. Ce qui n’est pas le cas pour
l’herméneutique littéraire.
3. L’herméneutique littéraire
L’herméneutique dans sa généralité se veut une science d’interprétation et de compréhension du sens
caché des textes ou de l’existence. Mais l’herméneutique littéraire à un sens plus rétrécie et plus précis. Et
lorsque nous parlons de l’herméneutique littéraire, nous nous intéressons à l’interprétation littéraire et
poétique. Que voulons-nous signifions par-là ? L’herméneutique littéraire revoie à l’art de manifester ou
d’interpréter le sens littéral des textes. En effet c’est cette technique qui décrit le processus de saisie du sens
d’un texte littéraire. Il y a ainsi un retour à la littéralité d’où la naissance de la philologie. C’est donc une
science qui s’intéresse ou qui privilégie le sens littéral d’un texte. Ce dernier produit lui-même son propre
sens qu’il faut révéler. Alors, il est question ici de retrouver ces textes en leur pureté en détruisant les ajouts
des autres. L’herméneutique littéraire concerne donc l’explication ou la compréhension du sens, du texte.
Cependant, quel rapport pouvons-nous faire entre cette technique et l’herméneutique philosophie ? Quelle
est leur spécificité ou leur particularité ?
II. SPECIFICITE DE DEUX APPROCHES SCIENTIFIQUES : leurs différentes démarches et
leur objet d’étude
L’herméneutique littéraire et l’herméneutique philosophique sont deux approches différentes quant à
leurs démarches et leurs objets. Elles constituent la manifestation de deux paradigmes proches, mais
indépendantes dans la quête de vérité. Notre analyse visera à montrer leurs différentes démarches et objets
d’études.
1. L’herméneutique littéraire
En ce qui concerne l’herméneutique littéraire, il faut signaler qu’elle émane du débat entre
compréhension et interprétation. A l’époque de Dilthey, explication et compréhension, étaient deux notions
différentes. Expliquer, renvoyait aux sciences de la nature, et comprendre, aux sciences de l’esprit. Mais
avec l’évolution de la pensée, le concept d’explication, est devenu une démarche propre de la linguistique.
C’est en ce sens que Paul Ricœur affirme que : « la notion d’explication s’est, en effet, déplacée ; elle n’est
plus héritée des sciences de la nature, mais de modèles proprement linguistiques »5.
5
Paul RICOEUR, Du texte à l’action, Essais d’herméneutique II, Paris, Du Seuil, 1986, p. 137.
3
Ainsi donc, l’objet d’étude, la matière première de l’herméneutique littéraire est le texte, en tant que
discours fixé par l’écriture. Dans cette approche littéraire du texte, ce qui est important, c’est le texte luimême dans sa nudité. Toute référence du texte est « interceptée », c’est-à-dire voilée, cachée, oblitérée.
L’arrière-monde du texte, la référence n’est pas recherchée, non pas volontairement, mais par l’absence de
l’auteur et des circonstances de rédaction. Car, comme le dit Paul Ricœur, dès l’instant que le texte s’institue
comme texte, le mouvement de la référence vers la monstration se trouve intercepté, en même temps que
le dialogue se trouve interrompu par le texte. Les évènements circonstanciels de rédaction du texte sont
absents. Ils ne peuvent exister que par le dialogue avec l’auteur. Par-là, ce qui se présente au lecteur, à
l’herméneute, c’est l’écrit. Et la démarche face à cette textualité est proprement linguistique. Alors, nous
pouvons nous demander, en quoi consisterait justement cette démarche linguistique de l’herméneutique
littéraire ?
Il faut noter que, tout écrit, tout texte possède en soi un vouloir-dire, une manifestation cachée de
l’intention originelle de l’auteur. La distanciation qui nous sépare de l’auteur, rend difficile ce contact
directe avec lui. Ainsi l’herméneutique littéraire, ne cherchera pas à réveiller ce contact, ce dialogue avec
l’auteur, mais analysera le texte tel qu’il se présente à nous. C’est une analyse linguistique, voire
sémantique, sémiologique, avec les méthodes, les techniques d’analyses du langage. En fait, c’est expliquer
le texte à partir de sa structure. Et pour Paul Ricœur, « ce comportement explicatif, à la différence de ce
que pensait Dilthey, n’est aucunement emprunté à un autre champ de connaissance et à un autre modèle
épistémologique que celui du langage lui-même »6. Pour cela, les mots cessent de s’effacer devant les
choses, devant leurs désignations. Les mots écrits deviennent mots pour eux-mêmes. Ainsi, l’analyse
sémantique constitue l’objectivité même du texte, et que Paul Ricœur structure en quatre petits points. A
savoir, la fixation de la signification, la dissociation du texte d’avec l’intention de l’auteur, le déploiement
de références non ostensives, et l’éventail universel de ses destinataires. De cette situation littéraire, le texte
s’ouvre ainsi aux autres œuvres littéraires, aux autres récits. Ce rapport de texte à texte, dans l’effacement
du monde sur quoi parle l’auteur, engendre le monde de la littérature. De ce statut épistémologique,
l’herméneutique littéraire, dans son approche analytique, fait appel à l’imagination et à la créativité de
l’herméneute. Ce caractère imaginaire est le propre de l’herméneutique littéraire, et qui fait advenir un
monde propre à la littérature, avec son langage, ses mondes imaginaires qui stimulent et fascinent par la
beauté qu’elles présentent.
En somme, nous pouvons dire que, l’herméneutique littéraire a pour démarche d’analyse,
l’explication par les procédés linguistiques. Sa méthode s’arrête au niveau de la clarification des textes.
Cependant, si l’herméneutique littéraire a pour démarche, l’explication linguistique des récits, qu’en est-il
de l’herméneutique philosophique ?
6
Paul RICOEUR, Du texte à l’action, Essais d’herméneutique II, Paris, Du Seuil, 1986, p. 146.
4
2. L’herméneutique philosophique
Si pour Dilthey, la compréhension est le propre des sciences de l’esprit, cette compréhension s’est
délocaliser et est devenue la démarche même de l’herméneutique philosophique. La notion de
compréhension renvoie à une communication vivante avec l’auteur. A ce sujet, Gadamer affirme que : « La
philosophie de l’herméneutique est d’abord fondée sur une pratique, celle de l’interprétation et de la
compréhension »7. Ainsi, dans sa démarche de compréhension, le premier lieu où l’herméneutique
philosophique s’exercera sera assurément le langage et, plus particulièrement le langage écrit. Dans son
ambition d’atteindre l’universalité, l’herméneutique philosophique sera confrontée aux problèmes du
langage et de la pensée de l’auteur. Du coup, avec Schleiermacher, le père de l’herméneutique moderne,
tout le travail consistera à désobstruer, à dérégionaliser la compréhension d’un texte, qui est toujours vue
sous un angle épistémologique. Mais pour y parvenir, il faudra s’élever non seulement au-dessus de la
particularité des textes, mais aussi de la particularité des règles, des recettes entre lesquelles se disperse
l’art de comprendre. Ainsi, le problème de l’herméneutique philosophique avec lequel Schleiermacher s’est
battu est celui du rapport entre deux formes de l’interprétation : l’interprétation grammaticale et
l’interprétation technique. « L’interprétation grammaticale s’appuie sur les caractères du discours qui sont
communs à une culture ; l’interprétation psychologique, qu’il appelle encore technique, s’adresse à la
singularité, voire la génialité, du message de l’écrivain »8.
Pour Paul Ricœur, c’est dans la seconde interprétation que s’accomplit le projet même d’une
herméneutique. Il s’agit d’atteindre la subjectivité de celui qui parle. Par-là, l’herméneutique grammaticale
est une médiation pour arriver à cette finalité. Entrer dans la pensée de l’auteur, voilà l’enjeu de
l’herméneutique philosophique que Schleiermacher tentera de fonder difficilement.
Toutefois, dans sa démarche, dans sa méthode d’approche, l’herméneutique philosophique va subir
l’influence de Wilhelm Dilthey. Il est avant tout l’interprète de ce pacte entre herméneutique et histoire. Il
ajoutera la conscience historique, c’est-à-dire la vie de l’auteur à comprendre ; car « l’homme n’est
radicalement un étranger pour l’homme, parce qu’il donne des signes de sa propre existence. Comprendre
ces signes, c’est comprendre l’homme »9. Du coup, l’objet de l’herméneutique philosophique est sans cesse
déporté du texte, de son sens et de sa référence, vers le vécu qui s’y exprime. On passe ainsi de la génialité
à la conscience historique de l’auteur. Ce dynamisme de l’herméneutique s’ouvrira finalement à une
dimension ontologique de la compréhension.
Avec Heidegger, nous quittons la dimension épistémologique de la compréhension pour son caractère
ontologique. La première fonction du comprendre chez Heidegger, c’est de nous orienter dans une situation.
Le comprendre ne s’adresse donc pas à la saisie d’un fait, mais à l’appréhension d’une possibilité d’être. Et
comme le dit Paul Ricœur au sujet de l’herméneutique heideggérienne : « comprendre un texte, dironsnous, ce n’est pas trouver un sens inerte qui y serait contenu, c’est déployer la possibilité d’être indiquée
Hans-Georg GADAMER, la philosophie herméneutique, Paris, PUF, 1996, p.5.
Paul RICOEUR, Du texte à l’action, Essais d’herméneutique, II, Paris, Du Seuil, 1986, p.80.
9
Ibidem, p.83.
7
8
5
par le texte ; ainsi serons-nous fidèle au comprendre heideggérien qui est essentiellement un projeter
(…) »10. Nous voyons par-là que la démarche de l’herméneutique philosophique quitte cette
méthodologisation épistémologique des sciences pour demeurer dans une vérité ontologique du Dasein qui
se comprend comme pouvoir-être. Ainsi donc, la compréhension ne désigne plus un comportement de la
pensée humaine parmi d’autres qui pourrait être discipliné méthodologiquement et élevé au rang d’une
procédure scientifique, elle constitue la mobilité fondamentale de l’existence humaine.
A côté de cette philosophie heideggérienne, vient s’ajouter celle de Gadamer, qui vient comme unir
toutes ces démarches herméneutiques déjà suscitées. Il prendra au sérieux le problème du langage dans sa
démarche herméneutique, et aussi celle de la dimension ontologique. Pour Gadamer, la philosophie
herméneutique est une méditation philosophique sur les limites imposées à toute domination technoscientifique de la nature et de la société. C’est une volonté de pouvoir s’affranchir des limites
méthodologiques imposées par le concept moderne de science.
Enfin de compte, Si l’herméneutique est devenue philosophique, c’est parce qu’elle ne peut pas se
limiter à n’être qu’une technique qui se « contenterait » de comprendre les opinions d’autrui. Mais elle vise
l’universalité, c’est-à-dire la totalité. Ainsi, le propre de l’herméneutique philosophique, c’est d’être
critique, autocritique.
C’est en cela que l’herméneutique philosophique contemporain, à la suite de Gadamer, se conçoit
comme une théorie de la compréhension de l’œuvre littéraire (Ecrits, textes) et artistique. Elle questionne
la textualité en elle- même et son rapport à l’auteur dans le processus d’explication, et au lecteur dans le
processus de compréhension. On voit bien que dans ce sillage il est bien question de conjuguer l’intention
de l’auteur avec ce que dit le texte. Il s’agit d’un processus qui englobe deux principaux mouvements, à
savoir la conceptualisation et l’actualisation. La conceptualisation cherche à comprendre le texte en luimême tandis que l’actualisation va au-delà de l’intention de l’auteur pour s’appliquer sur des questions
existentielles ou actuelles. Tout texte est une réponse à une question. L’herméneutique philosophique
cherche à analyser ce qui se présente en soi dans l’œuvre.
III.
UNICITE
Malgré les différentes tendances de l’herméneutique que nous venons d’étudier et leur spécificité
originale, il y a un rapprochement entre elles concernant leur but et leur dimension essentielle qui est le
langage. En quoi, est-ce que l’herméneutique littéraire et l’herméneutique philosophique se rapprochent audelà de leur divergence ? Qu’est-ce qui les unifient fondamentalement ?
1. Le but
L’herméneutique littéraire tout comme l’herméneutique philosophique se rapprochent dans leur but.
Mais avant d’entrer en profondeur dans l’essence de leur finalité, il faut d’abord noter que les deux
10
Ibidem, p.91.
6
approches ont un dénominateur commun : l’herméneutique. Et l’herméneutique, comme nous l’avons
défini plus haut, est la théorie ou science de l’interprétation ou de compréhension. A travers cette définition,
nous pouvons déjà déceler le but de ces deux approches ayant fait l’objet de notre analyse. Selon le
dictionnaire encyclopédique Le Petit Larousse, l’interprétation est le fait de donner sens à quelque chose11.
En d’autres termes, c’est l’action d’expliquer ou de donner une signification claire à une chose obscure ou
difficile à comprendre. Elle est aussi synonyme de traduction12. De ces définitions, on peut dire que
l’herméneutique comme art d’interprétation vise à donner une signification à ce qui est obscure. Il s’agit de
donner sens à ce qui est incompréhensible. Et la compréhension vise une vérité qui échappe au modèle de
la vérité scientifique. Cependant, l’interprétation et la compréhension n’ont pas été considérées sur le même
plan. Dans la logique interprétative, « l’interprétation a pour fin la compréhension : si l’on interprète, c’est
pour comprendre de sorte que lorsque la compréhension advient il n’est plus besoin d’interpréter »13. Mais
Heidegger considérait que la compréhension ne nait pas de l’interprétation, au contraire l’interprétation se
fonde dans la compréhension14.
Ainsi, peu importe les différentes perspectives de ces deux disciplines herméneutiques, il est
fondamental de reconnaitre qu’elles ont un but principal commun qui est celui de la détermination de la
signification cachée des textes, des œuvres, des énigmes, des symboles, des discours, de l’histoire, etc.
L’herméneutique dans cette double dimension cherche à reconstruire le sens des œuvres comme telles. Mais
ce sens nécessite le langage car toute compréhension se fait dans un dialogue et un langage d’où le deuxième
axe de notre rapprochement des dites approches. L’herméneutique philosophique cherche à analyser ce qui
se manifeste, ce qui se présente en soi dans l’œuvre. Elle pose le problème de la représentation et de la
phénoménalisation de manière originaire. De là nous voyons que l’herméneutique littéraire et
l’herméneutique philosophique se rencontrent quant à l’immédiateté du texte ou de sa manifestation brute.
2. Le problème du langage
Le langage est considéré comme le milieu de toute pensée et de tout sens. En herméneutique, tant
littéraire que philosophique, il occupe une place fondamentale et essentielle. En effet, les œuvres, les
symboles, les discours nous parlent dans un langage. Et lorsque nous interprétons par exemple un texte,
nous le faisons dans un langage. Chez Gadamer, il est le lieu même de comprendre. Car il est caractérisé,
« en tant qu’unité directionnelle de sens, comme dialogue »15. Cela voudrait dire que le langage est le lieu
universel de la compréhension littéraire ou philosophique. Et la compréhension dans la perspective
gadamérienne doit être comprise comme dialogue. En fait, le fait de se tourner par exemple vers les œuvres
du passé revient à les lire, à les comprendre c’est-à-dire mettre à jour un sens. Comme le langage est pour
Le Petit Larousse illustré de 1995.
C’est le fait d’expliquer ce qui est dit dans une langue vers (ou dans) une autre langue.
13
Guy Deniau, Gadamer, Paris, Ellipses, 2004, p. 05.
14
Heidegger, Être et temps, §32 cité par Guy Deniau, Idem.
15
Op. Cit., p. 31
11
12
7
tout dialogue, il est le milieu de la compréhension. Nous interprétons les choses ou le monde dans un
langage. Mais en quoi serait-il universel chez Gadamer ?
Il faut noter que le langage, dans la perspective gadamérienne, est la condition de notre expérience
du monde. Selon Gadamer, le langage n’est pas un instrument neutre qui nous permettrait de communiquer.
Au contraire, il est lié au monde : « non seulement le monde n’est monde que dans la mesure où il vient au
langage, mais le langage n’a sa véritable existence que dans le fait que, en lui, le monde se présente »16.
En ceci, on peut voir que Gadamer élève le langage au rang de « condition langagière de notre expérience
du monde » (l’Art de comprendre). Il est finalement le « lieu » où nous avons accès à l’être puisque l’être
est parole. Ce n’est pas seulement l’être qui se donne dans le langage mais surtout autrui. Le langage est la
marque de notre finitude, puisque nous ne pouvons jamais espérer de parole conforme, mais il est la
condition d’une compréhension mutuelle, d’un dialogue possible. De ce fait, « le mot n’est certes pas la
chose mais la chose se présente dans le mot »17. Les œuvres nous parlent et les écouter c’est les recevoir
comme parole. Entendre, écouter c’est « se soumettre ou reconnaitre notre appartenance à une langue qui
nous dépasse »18. On interprète alors comment peut être reprise l’idée que la langue nous parle, c’est-à-dire
qu’à la fois elle s’adresse à nous et qu’elle dit notre être.
Le langage est constitutif, révélateur de ce qu’il manifeste. Il est le milieu, l’élément où la présence
vient à se configurer. Il y a aussi une vérité du mot ou de la parole c’est-à-dire le dévoilement du sens mot
dans le son. Gadamer affirme que « le langage est à vérité l’unique parole dont la virtualité nous ouvre
l’infinité du parler et du parler les uns avec les autres ». 19 L’identité spéculative du monde et du langage
signifie ainsi le primat de la manifestation. Le langage apparait comme le champ d’unification de la
présence au sein duquel l’étant peut se configurer. La parole est le champ où peut apparaître le sens de
l’être. L’objectif scientifique et méthodologique sur laquelle elle repose est ainsi l’expression d’ « un
rétrécissement conscient de l’ampleur et du caractère vague de l’articulation langagière de notre
expérience du monde».20
Au-delà de tout, on peut dire que les deux approches herméneutiques se rencontrent sur la
dimensionnalité du langage. Elle constitue le lieu de croisement.
Gadamer, Vérité et méthode in Guy Deniau, Ibid., p. 33.
Ibid., p. 30.
18
Christian BERNER, « L’herméneutique dans son histoire. À propos de Peter Szondi », Revue germanique internationale [En
ligne], 17 | 2013, mis en ligne le 01 juin 2016, consulté le 24 novembre 2019. URL : http:// journals.openedition.org/rgi/1373 ;
DOI : 10.4000/rgi.1373.
19
Guy Deniau, Ibid., p. 32
20
Ibid. P. 9
16
17
8
CONCLUSON
Au terme de notre analyse, il ressort que la question du rapport entre l’herméneutique littéraire et
l’herméneutique philosophique semble être antagoniste. L’herméneutique littéraire nous renvoie dans sa
démarche à une analyse purement linguistique, voire à une explication textuelle, littéraire d’un genre ou
d’un écrit. Par contre l’herméneutique philosophique nous situe dans son approche à une compréhension
intégrale qui implique non seulement la compréhension d’un texte mais aussi la génialité de l’auteur. Sa
démarche est essentiellement critique et auto critique. C’est en cela qu’elle est philosophique. Cependant,
après analyse, loin de se rejeter, l’herméneutique littéraire et l’herméneutique philosophique ont en
commun cette dimension universelle du langage, moyen primordial de communication. Toutefois, malgré
son caractère universel, peut-on comprendre la réalité existentielle de l’être humain à partir du langage ?
9
Bibliographie
-
Hans-Georg GADAMER, La philosophie herméneutique, Paris, PUF, 1996.
-
André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, Quadrige/PUF,
2002.
-
Guy Deniau, Gadamer, Paris, Ellipses, 2004
-
Paul RICOEUR, Du texte à l’action, Essais d’herméneutique II, Paris, Du Seuil, 1986.
-
Theo. Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Droguet-Ardent /Fayard, 1992.
-
Le Petit Larousse illustré de 1995.
-
Christian BERNER, « L’herméneutique dans son histoire. À propos de Peter Szondi », Revue
germanique internationale [En ligne], 17 | 2013, mis en ligne le 01 juin 2016, consulté le 24
novembre 2019. URL : http:// journals.openedition.org/rgi/1373 ; DOI : 10.4000/rgi.1373.
10
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ....................................................................................................... 1
I. APPROCHE CONCEPTUELLE ........................................................................ 2
1. L’herméneutique ..................................................................................................... 2
2. L’herméneutique philosophique ............................................................................. 2
3. L’herméneutique littéraire....................................................................................... 3
II. SPECIFICITE DE DEUX APPROCHES SCIENTIFIQUES : leurs différentes
démarches et leur objet d’étude ................................................................................. 3
1. L’herméneutique littéraire....................................................................................... 3
2. L’herméneutique philosophique ............................................................................. 5
III.
UNICITE ........................................................................................................... 6
1. Le but....................................................................................................................... 6
2. Le problème du langage .......................................................................................... 7
CONCLUSON.............................................................................................................. 9
Bibliographie .............................................................................................................. 10
11
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