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LES TOXICOMANIES
De façon simple, la toxicomanie peut être définie comme un comportement de
consommation, plus ou moins habituelle, de produits psychotropes susceptibles
de créer un état de dépendance. Cette consommation, réservée jadis à une
minorité, s’est démocratisée, engendrant un certain nombre d’effets pervers.
LES FORMES TRADITIONNELLES DE LA TOXICOMANIE
Les travaux des historiens montrent que la consommation de stupéfiants est aussi
vieille que l’humanité et possède une dimension religieuse indéniable.
q La toxicomanie peut être considérée comme un fait social
Les substances toxiques servent au chaman à entrer en transe pour être plus réceptif
aux messages de ses divinités; les croyants étant impressionnés par les manifestations de
l’absorption de drogues. Celles-ci ont aussi été utilisées pour des rites initiatiques, symbolisant un changement d’état,
par exemple lors du passage
L’ EXPÉRIMENTATION DE PRODUITS LICITES
de l’enfance à l’âge adulte,
ET ILLICITES À 17-18 ANS EN 2003
ou de celui d’ignorant au
Pays
Filles
Garçons Ensemble
statut d’initié. Parfois, la
Alcool
92,8 %
93,8 %
93,3 %
consommation de drogues
Tabac
79,3
%
75,9
%
77,6
%
obéit à une logique proche
Cannabis
49,7 %
56,2 %
53,0 %
de ce l’on qualifie de dopage
Médicaments
aujourd’hui, par exemple le
37,9 %
15,5 %
26,5 %
psychotropes
mâchage de boulettes de
Produits à inhaler
4,1 %
5,2 %
4,7 %
feuilles de coca par le paysan
Poppers
3,7 %
5,3 %
4,5 %
andin pour supporter la péniChampignons
2,6 %
5,9 %
4,3 %
bilité du travail en altitude.
hallucinogènes
L’alcoolisme chronique chez
Ecstasy
3,0 %
5,2 %
4,2 %
les ouvriers du XIXe siècle
Amphétamines
1,5 %
3,0 %
2,3 %
entre également dans le
Cocaïne
1,7 %
2,8 %
2,3 %
même ordre d’idées.
LSD
0,9 %
1,9 %
1,4 %
Ainsi, la consommation de
Héroïne
0,8 %
1,3 %
1,1 %
drogues est une constante
Crack
0,7 %
1,0 %
0,9 %
dans l’histoire de l’humanité,
Kétamine
0,4 %
0,7 %
0,6 %
sans que le drogué ait touSubutex®
0,6 %
0,9 %
0,8 %
jours conscience de son état.
GHB
0,3 %
0,5 %
0,4%
On retrouve bien ici l’apSource : Rapport de l’Office français des toxicomanies, enquête
proche du fait social par Émile
ECSAPAD 2003, octobre 2004
Durkheim : il se manifeste
Note : ces données mesurent le pourcentage de personnes dans une
population ciblée, qui a consommé au moins une fois un produit psypar une contrainte sur le
chotrope dans sa vie.
comportement des individus.
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q Une toxicomanie de différenciation sociale
La consommation de stupéfiants se répand chez les intellectuels et les artistes au
XIXe siècle. Cette toxicomanie obéit à une logique expérimentale, et, suivant les drogues,
traduit le désir de rompre avec les entraves de l’espace-temps, d’élargir les perceptions
humaines au-delà des limites connues, d’accéder à une jouissance ignorée (les « paradis
artificiels » de Charles Baudelaire…).
Les toxicomanes, refusant de rester dans le cadre des lois, usent des produits stupéfiants pour mieux marquer leur condition sociale. Les travaux du sociologue américain
Howard Becker (Outsiders, études de sociologie de la déviance, Métaillé, 1985) sur les fumeurs
de marijuana parmi les musiciens de jazz dans les années 1950 constituent une référence
pour comprendre la consommation de drogues de ces « outsiders », tentés par des conduites
déviantes par provocation. Ils intériorisent ainsi leur image de déviant, et sont de plus étiquetés comme marginaux par la population du fait de leur mode de vie. Il semblerait alors que ces
interactions les conduisent à entrer dans une carrière déviante, de toxicomane notamment.
LES TOXICOMANIES D’AUJOURD’HUI
q Une toxicomanie anomique…
Dans les années 1950 ou 1960, les mouvements « beat » et « hippie » ont contribué
à la démocratisation des stupéfiants. En effet, un des moyens d’opposition aux institutions sociales pouvait consister à adopter des pratiques choquantes pour les « braves
gens » : port de cheveux longs, écoute de musiques d’un genre nouveau, consommation de stupéfiants… En définitive, c’est l’inadéquation entre les normes de la société et
leurs attentes qui permet de qualifier la toxicomanie des jeunes des années 1970 d’anomique, c’est-à-dire résultant d’une carence de règles sociales communément acceptées
(refus de la conformité petite-bourgeoise) au sens durkheimien du terme, mais aussi au
sens de Robert K. Merton. En effet, il y a bien décalage entre les aspirations des jeunes hippies et les moyens d’expression que la société leur autorisait.
q … mais aussi une toxicomanie festive d’intégration sociale
L’exemple de l’alcool (particulièrement en France) est révélateur d’une représentation
bien ancrée dans les esprits : l’idée que la fête s’accompagne de la consommation d’alcool
est partagée par toutes les générations. L’Observatoire français des toxicomanies constate
d’ailleurs que la fréquence de consommation d’alcools autres que le vin s’accroît. Ce mouvement semble généralisé aux produits stupéfiants, puisque le cannabis, la cocaïne et de
nouveaux produits de synthèse (ecstasy) sont de plus en plus consommés, le plus souvent
en association, y compris avec de l’alcool, dans des ambiances festives. L’alcool consommé
en premier ôte les inhibitions de ceux qui demeurent des utilisateurs occasionnels de stupéfiants, en fin de soirée par exemple.
La consommation de cannabis est si répandue que certains utilisateurs n’hésitent pas à
demander sa légalisation, du fait de l’écart existant entre la loi et les pratiques de consommation. Au contraire, la consommation d’héroïne semble régresser à cause de la désaffectation à l’égard de cette machine à fabriquer des « accros » qui, par ailleurs, a une image
« datée » auprès de la population (alors que les produits de synthèse sont plus en vogue).
De plus, les traitements de substitution se sont répandus depuis 1996.
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